‹ Traité de l'accompagnement modal des psaumesChapitre 14 sur 32 · A LAUDES, AUX HEURES ET AUX VÊPRES · texte numérisé non relu

A LAUDES, AUX HEURES ET AUX VÊPRES

Les psaumes, cette louange au Très-Haut, d’une exaltation passionnée qui va jusqu’à la rudesse, sont, sous leur forme verbale complète, mais en un revêtement musical plus simple qu’à la Messe, la partie constituante de l’Office du soir. Leur exécution nécessite des soins attentifs. Ici règne une monotonie « active » et grandiose, qui devient un facteur de pure beauté : le chant de la psalmodie, en nos cathédrales, à l’heure où la rose du couchant lance, du fond de la nef, les flammes de ses vitraux, n’est pas un des moindres attraits de la liturgie. Ce lyrisme puissant, tour à tour extatique, descriptif, batailleur, exclut — devrait exclure — une machinale interprétation. De ce que la formule psalmodique se répète bon nombre de fois il ne résulte pas qu’elle doive suivre uniformément le même « cours ». Il appartient au maître de chapelle et à l’accompagnateur de faire circuler la vie, largement, dans ces strophes ardentes, et d’appliquer à leurs réitérations mélodiques la variété des couleurs dont chaque mode dispose. C’est là une délicate et précieuse besogne, qui, si l’on s’en acquitte bien, rend l’office vespéral cher à ses interprètes. Eût-on jamais songé à « couper » les Complies, si leurs psaumes magnifiques, exécutés autrement qu’au plus vite, avaient gardé dans la pensée et dans l’attachement des fidèles, par l’excellence de la mise en œuvre, le rang qui leur est dû ?

Généralement les antiennes de Laudes, des Heures et des Vêpres sont courtes. Elles n’en sont pas moins musicales. Il semble même que leur concision ajoute à leur éclat. La plupart de celles que l’énumération suivante mettra en cause pourront être, en raison de leur brièveté, mises sous les yeux du lecteur, directement. Leur présence dispensera d’une analyse pareille à celle qui fut infligée aux précédents Introit. L 'ambitus, les sons itératifs , les repos , les Conjointes, aideront dans des mesures diverses, variables selon les pièces considérées, à déterminer l’échelle et à installer, sur la fondamentale, la Quinte Modale. La distinction entre les échelles normales et les échelles relâchées est toujours facile. Il est moins aisé de discerner les échelles intenses , confondues par les théoriciens du Moyen Age avec les relâchées ; mais presque toujours la répercussion des sons III et V de l’échelle attire l’attention et désigne la fondamentale, même lorsque celle-ci demeure sous-entendue, ce qui est le cas le plus fréquent.

Observer comme précédemment [p. 4p] que dans tous les modes et dans toutes les variétés d’échelles — à l’exception du mode de fa normal, où jamais le fait ne se produit, semble-t-il, — la sous- finale sert assez volontiers de repos, comme son terminal d’une distinction. C’est la persistance d’une habitude qui remonte à l’Antiquité.

Mode de MI

Antienne [IIe Dimanche de l’Avent, à Laudes] ecce Dominus noster :

La Quinte Modale se découvre peu à peu, par les repos successifs et par le contour mélodique. Remarquable par la netteté de sa figuration modale, cette antienne n’est pas assez développée pour que la quinte lydienne s’y oppose à la quinte dorienne ; toutefois, le /a, dans la dernière distinction, est exprimé avec une insistance qui autorise son intervention harmonique dans l’accompagnement du verset :

La médiation se fait ici sur la consonance d octave. D’une manière générale, il est très recommandable d installer soit à la médiation, soit à la terminaison, soit même aux deux, les consonances parfaites de quinte et d’octave, sans tierce incluse.

Antienne [Ier Dimanche de Carême, à Laudes] fac benigne :

Les sons terminaux des distinctions dictent l’accord parfait mineur sur la fondamentale. L’avant-dernier repos se fait sur la sous-finale, comme il arrive fréquemment, en tous modes :

Il faudra, aux versets impairs, conclure sur la tierce incluse dans la Quinte Modale : sol , pseudo-médiante. La troisième distinction oppose la quinte la-ré [de l’aigu au grave] à celle du mode, sans heurt. Donc ici ne point placer la quinte lydienne sous la teneur ut : elle ferait avec la terminaison un contraste trop âpre.

[Je me refuse, en une pièce aussi courte, à infliger deux noires au paroxyton devant une demi-barre. Et je me conformerai plusieurs fois par la suite à cette traduction de la mora vocis bénédicline, en pareil cas.]

Mode de LA transposé.

Antienne [Férié III de la première semaine de l’Avent] antequam :

Al-le - lü-ia

Les repos se font sur les degrés V, IV, III, I, c’està-dire sur les pseudo = dominante, = sous-dominante, = médiante, = tonique. Aucune altération : donc dans les versets impairs, usage exclusif du si |

L’astérisque signale non une septième, mais une broderie. Des deux conclusions A et B, la première est la plus conforme à la Quinte Modale de l’antienne ; la seconde allant au majeur parallèle — dont les Modernes ont fait le « majeur relatif » — est toute moderne en effet, et doit être employée de préférence dans les versets pairs.

Antienne [IIe Dimanche de l’Avent, à Laudes] ecce in nubibus :

L’échelle est défective : ni '-si |?, ni si fcj. On pourra « jouer », dans les variantes, de l’ambiguïté qui en résulte :

JrJ> jsjsNi

Pri-rous ' to"-'nus sic in-ci -pi- tur et sicme-di- & -tur,

Dans les versets impairs, se garder de donner au sol le caractère d’une fondamentale, car ce sol ne joue ici qu’un rôle mélodique. De là, l’accord de Sixte terminal en B.

Antienne [IIIe Dimanche de l’Avent, à Laudes], veniet Dominus :

La structure de la cantilène suffît à signaler la Quinte Modale. L’échelle est défective^ donc ambiguë. Essayons d’exprimer cette incertitude en encadrant le si [? du verset entre deux si fcj. Les « imitations » esquissées ici deviendraient vite puériles si on abusait de leur intervention dans les lignes mélodiques de l'accompagnement.

Antienne [Epiphanie, à Magnificat ] tribus miracuhs . longue cantilène en échelle défective de La transposé. La Quinte Modale y est non seulement signalée par les repos.

mais elle est deux fois émise explicitement sous la forme graphique du podatus :

Terminaisons plus simples :

(162 bis)

at-quesic fi- ni - t\ir.

Le sixième degré faisant défaut dans l’antienne, la mélodie a un caractère de grande douceur. L’ambiguité résultant du doute qui subsiste sur la nature de ce degré ne devra être que très légèrement exploitée; et, si l’on touche au si fc|, il faudra éviter toute secousse provenant de son emploi.

L’antienne du peregrinus [Vêpres du Dimanche] est d’une détermination malaisée. En supprimant la transposition qui l’affecte, on lit :

Est-ce une formule hyper-intense concluant, en mode de Sol, sur la pseudo-dominante ? [Cf. p. 80.] Le son terminal n’a rien d’une fondamentale. En tout cas la cantilène psalmique est nettement un mode de La [ordinairement en ton de ré\ ; et la réaction de sa courte antienne est d’autant plus négligeable que, aux Vêpres du dimanche, l’intonation Nos qui vivimus seule précède le psaume :

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