ACCOMPAGNEMENT MODAL DES MÉLODIES PROFANES
Par comparaison avec l’art religieux, quelques chansons du Moyen Age rattachées, elles aussi, aux anciennes échelles, mais plus nettement orientées vers le Majeur et le Mineur modernes, montreront que, dans l’art laïque, une harmonisation discrète est beaucoup moins compromettante. Pourvu qu’elle soit « modale », elle ne contreviendra pas à l’essence de ces œuvres, nées à une époque [xne à xve siècle] où la polyphonie prend un rapide développement. Le temps est passé [du moins souhaitons-le !] où les éditeurs de chansons, totalement étrangers aux « modes », bémolisaient et diésaient, selon leur goût, les mélodies du folklore , estimant celles-ci d’autant plus belles qu’elles s’assortissaient davantage, par leur contexture, au Majeur et au Mineur modernes. Il y a, dans les anciennes publications de chansons françaises, bien des erreurs à rectifier.
Des chansons suivantes cinq sont empruntées aux beaux travaux de J. Beck, qui a exhumé ces mélodies charmantes et propose une clef de leurs rythmes, dont la tradition s’était perdue. Elles montreront à la fois la perpétuité des modes, les oscillations de la pente mélodique à une époque transitoire, l’invasion de la carrure rythmique et l’assistance qu’elle donne aux formules conclusives : les cadences, qui ne sont point encore « parfaites » — même en mode
d’uT, où la Sensible n’est pas encore impérieuse — se trouvant par la périodicité des rythmes, singulièrement accentuées. J’ai harmonisé modalement, en usant le plus possible des accords adventices de passage. Il semble certain que les Trouvères et les Troubadours, sur leurs instruments à cordes, accompagnaient à l’ordinaire les mélodies de leurs chansons. Nul doute que leurs contrepoints rudimentaires n’engendrassent déjà des accords, plus ou moins barbares il est vrai.
Mode de MI
L’antique Doristi se retrouve, sous l’espèce de la Doristi- La, dans la « sauteuse » qui suit la chanson charmante par laquelle s’ouvre le Jeu de Robin et de Marion, d’Adam de la Halle (j- 1287). Le mode et la tournure mélodique appellent, presque invinciblement, l'usage exclusif de la Quinte Modale, dans l’accompagnement ajouté. La mélodie est tirée du manuscrit 25566 [ms. français, Bibl. Nationale].
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Mode de LA
L’antique Hypodoristi, que les Modernes ont conservée dans le Mineur descendant, quittes à l’abolir dans le Mineur ascendant, est habillée ici d’un contrepoint très simple, sous lequel une double pédale — quelque chose comme le bourdonnement d’une vielle grave — installe la Quinte Modale en permanence. Autour du la terminal un balancement mélodique se produit et le sol prend du relief. La mélodie est empruntée à J. Beck, Musique des Troubadours ,
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