‹ Traité de l'acupuncture, d'après les observations de Jules Cloquet -- et pubChapitre 2 sur 7 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

De l’Acupuncture chez les Chinois et les Japonais.

L’acupuncture paraît chez ces peuples tenir lieu de la saignée (i), dont ils sont ennemis ir-

(i) Ten^Rhyne, Disserlalio de Acupuncturd. Londini, i683.

2 TBAITÉ

réconciliables, la regardant comme un moyen

destructif du principe de la vie.

Les Chinois et les Japonais attribuent la cause la plps. b’équente des maladies à certains vents (V) (jui , se développant dans le tissu des organes, s’y frayent des routes inconnues et souvent y causent dumalaise et des élancemens ( 2 ) ; et en cela, dit Ten-Rhyne, leur doctrine est d’accord avec celle d’Hippocrate (5). Cette matière morbifique (4) se change bientôt en une vapeur subtile, âcre, laquelle enfle et corrode les parties qui la contiennent, cause leur dissolution et occasione des douleurs qui les empêchent d’exécuter leurs fonctions. C est pourquoi, disent-ils,, quand on la tire de sa prison étroite, dans le mor ment même, la douleur causée par le gonflement des parties doit cesser.

Les habitans de la Corée, les Chinois et les Japonais n’ont dans la chirurgie que deux remèdes principaux, qu’ils supposent réussir également pour guérir et pour prévenir les maladies. Ils prétendent qu’ils les connaissaient avant l’in-

(1) Voir Cleyer, Specime.n medicinæ sinicas.

( 2 ) « Flatu» sæpiuscule inter cutem et ransculos cæcos et patentes sibi per cuniculos ( quales sub scapulis haud exlgui sunt) vagantur ; ac lancinationes, vel etiam artuum lassihudines

(3) Liber de Flatibus.

(4) Kerapfer, Histoire et description du Japon. Lemgovia, 1779 '

vpntion de la médecine ; ce sont le feu (le moxa), et le métal (les aiguilles). Toute maladie qui résiste à ces deux moyens curatifs est déclarée incurable. L’efficacité de ces deux agens serait-elle vraiment si générale? ou plutôt la chirurgie de ces peuples n’est-elle si bornée que parce qu’ils ont une aversion extrême pour l’ouverture des cadavres, qui seule peut l’étendre davantage? Il jiaraît, en effet, que le peu qu’ils savent d’anatomie , ils le doivent à l’inspection de quelques cadavres d’animaux.

Les Chinois (i)*, donnent le nom de Gecqna à ceux qui appliquent les remèdes externes; « Au Japon on donne le nom de farittate [piqueurs d’aiguilles) à ceux qui appliquent l’aiguille de leur chef ou selon les désirs du malade. La connaissance des parties où il faut appliquer ie moxa ou les aiguilles est si importante, qu’elle fait à elle seule l’objet d’un art particulier. Ceux qui le pratiquent s’appellent tensasi ( toucheurs ou chercheurs des parties). »

Les philosophes de ces pays prétendent que l’or et l’argent sont la production du soleil et de la lune, et qu’ils sont enrichis des vertus de ces deux corps célestes. Les habitans en fabriquent des aiguilles très-polies et propres à ponctionner.

(i) Ko-mptor.

Ils en font si grand Cas pour celte raison (Kœmpfer)i qu’ils les portent toujours avec eux, ainsi que quelques : autrés instrumens.

Les instrumens que les Chinois emploient pour pi’atiquer l'acupuncture, sont dés aiguilles très-finesi sans quoi leur piqûre serait dangereuse. La- manière de les tremper et de leur donner la dureté requise fait un métier particulier qu’on ne peut exercer qu’avec des lettres patentes données sous le sceau de l’empereur. Ces aiguilles sont de deux espèces ; les unes sont indifféremment d’or ou d’argent. C’est une sorte de stylet délié , de quatre pouces de longueur, terminé ,en pointe fort aiguë, qui a un-manche retors, pour qu’on imprime plus facilement à l’instrument des mouvemehsde rotation pendant qu’on l’introduit. 11 est renfermé dans le manche d’un marteau qui est creusé à cet effet, Cè marteau est en corne de taureau sauvage il est poli, un peu plus long que l’aiguille, et se termine par une tête ronde, légèrement aplatie, dans laqrjelle se trouve enchâssée une'pièce de plomb pour en augnienter la pesanteur. Le- côté qui: bat l’aiguille est revêtu d’une pièce de cuir pour - empêcber que l’aiguille qu’on - enfonce dans le corps n’en ressorte (i).Les’autres,aiguillesne diffèrent des précér

fl) Selon l’injartlin {Histoire de la chirurgie), la tête fin maillet

dentes qu’en ce: qu’elles sont extrêmement déliées ét en ^argentoseulementT Leur manehev-court èt épai'Sy est tourné iénivis sur sa Jongueur ; onles mqt dans une boîte, de 'bofô^ngarnie/au fond.djé' drap bien’ douXjCjsur lequeh elles sont-ieodchéeA'Si , comme il arrive;souvent, l’on:passe ces aiguilles dans un tubfe'délîéi de'ûuivre j pour les'enfoncer, on les ^^^eWe aigaiUéà-à tuyùwæ- (fiidabarri.).' Ce tube est d’environ un pouce plus court que l’aiguille, et. gros nommé une plume d’oie; il sert à guider l’aiguille pour faire plus sûrement la ponction dans un lieu choisi du corps.

Au reste l’opération se fait de la manière suivante, dit Kœmpfer qui l’a vu pratiquer (i) : «Le chirurgien prend l’aiguillé près de sa pointe, , entre le bout du doigt médius gauche et Tongle de l’index, appuyé par le pouce. Il ' la tient ainsi vers la partie qui doit être piquée; et qui doit être Soigneusement examinée, pour savoir si ce n’est pas un nerf. Ensuite prenant le marteau de la main droite, il en donne un coup ou deux, précisément ce qu’il faut pour vaincre la résistance de la peau et faire entrer l’aiguille. Cela fait, il met le marteau de côté, et prenant le

est pcrce'e de petits trous, comme' un d<; à coudre, pour recevoir la tête de l’aiguille; ce qui suppose qu’il y a au.ç.si. des aiguille.^ .sans manclie.

(i) Op. cit.

maûche de l’aiguille entre, les extrémités de l’iùdex et du pouce, il la tourne jusqu’à ce que la pointe entre dans le corps, à la profondeur que les règles de l’art exigent; ce qui est ordinairement un demi-pouce, rarement un pouce et audessus; enmn mot, jusqu’au siège de la douleur efemù Ton croit la maladie renfermée.

Les aiguilles de la deuxième sorte ne sont point frappées du marteau ; on les enfonce en les tournant en vis, l’opérateur les tenant entre les extrémités du pouce et du doigt du milieu (i). Ceux qui opèrent adroitement donnent un coup avec l’index sur le doigt du milieu, justement autant c[u’il faut pour que l’aiguille traverse la peau; ensuite ils achèvent l’opération en tournant. Quelques-uns se servent, à cet effet, d’un tuyau tel qu’il est décrit ci-dessus : n’étant qu’un peu plus court que l’aiguille, il borne par ce moyen son intromission. Les règles et les préceptes pour pratiquer cette piqûre sont fort différons eu égard surtout aux vapeurs cachées qu’on supposé être la cause de la maladie ; de là vient que, lorsqu’on veut faire cette opération, un médecin

(ij Selon Ten-Rhyne, l’aiguille doit être introduite dans la partie affecte'e par une simple piqûre ou eu la tournant entre le pouce et le doigt indicateur, ou en l’enfonçant légèrement avec le maillet, suivant la nature de la maladie et la structure de la partie sur laquelle on opère.

DE L’ACUPUNCTUBE. 7

iiabile et prudent doit déterminer avec toute son attention et tout son jugement, où et jusqu’à quelle profondeur les vapeurs séjournent.

« Le chirurgien tient l’aiguille enfoncée jusqu’à ce que le malade ait respiré une fois ou deux, et ensuite, la tirant au dehors, il presse la partie piquée avec le doigt, comme pour en exprimer toute la vapeur ouïe vent. » Selon Ten-Rhyne, ( 1 ) l’aiguille doit rester enfoncée pendant trente respirations (deux minutes environ), si le malade peut le supporter, sinon on la retire, pour la remettre -de nouveau à 3, l\, 5, 6 reprises, si le malade en a le courage et que le mal soit opiniâtre ( 2 ). Et il a bien soin d’ajouter que cela s’^enlend de l’inspiration et de l’expiration réunies (3). Je me contente ici de faire remarquer cette dissidence très - grande entre ces deux auteurs, tous deux médecins, et qui ont été tous deux à même d’observer sur les lieux. » Pour subir l’acupuncture, le malade doit être à jeun.

(qOp.'feit.

( 2 ) « Acus tiigenta respirationum spatio in parte punctâ Jetineatur, si facile ferai æger, sin minus eximatirr denuô, et de novo iteretur pimctura vel ter, vel quater, quandùque etiam quinties sexticsque, si facile ferai-æger et morbus sit tenax. u

(3) « Hoc est inspirationum et expirationum unà comprehensarum, ilia enim tempora computandi ratio apud Sinenscs et Japosienses medicos usualis est. »

s TRAITÉ

Quant à la profondeur de la ponction, Taiguille, selon Ten-Rliyne, doit être légèrement imprimée dansla partie malade (-i ) i excepté dans quelques maladies de la tête où l’on enfonce quelquefois Taiguille jusqu’au crâne j ainsi que dans quelques affections de la matiice où l’on ne craint point de piquer quelquefois cet organe ( 2 ). Si la maladie est grave, il'faut que la piqûre soit plus profonde ; on pique plus profondément les adultes et les personnes grasses, que les vieillards et les personnes maigres. II. faut piquer superficiellement les endroits où se trouvent des parties nerveuses• (3), parce que, ajoute le même auteur, l’acupuncture dans les partiesneiveuses est non-seulement très-douloureuse, mais encore pleine de dangers; c’est pourquoi les Japonais ponctionnent avec la plus grande circons-

(1) «Acus afiecto loco leTiusculeimprimenda.» Que penser donc

de cet autre pre'cepte du même auteur : Chez les personnes faibles , cpi’on aj)plique les aiguilles à l’abdomen, et chez les personnes fortesi au dos et quelquefois aux lombes. <c Qui natura; sunt debiliores inabdomine, quivero fortioresjn dorso (Tel lumbis, si res ita ferant) acupungantur. « ^

(2) K Excipiuntur quædam capitis Titia, in quibus ad ipsum cranium , acus aliquandô infigitur, item aliquæ uteri aflectiones in quibus ipsa matrix nonnunquam perforatur. »

(SjiLocanerTosapungitolevissimè, carnosaprofundiùs.a Je n’ai pas besoin de faire remarquer que Ten-Rbyne confond, sous le nom de parties nerveuses, les nerfs, les tendons, les ligamens , on un mot, tous les tissus blancs.

DE L’ACÜPUINCTURE.

jiectioii - dans ces dieux:, : et. ne pénètrent: guère au-delà de la peau; Qüantiaüx parties.cKarnues, on peut les, piquer plus profèndénaent :;fen jetalit les, yeux sur des planches; -de : Dujardin (i), on voit (jue les aiguilles ; pèùvent; .être..introduites dans prpque; i tous* les:. points , de laisurface -du corps ( 2 ,) ; Les-chirurgiehs sejguidentid’ailleu'rsjsur l’expérience et sur le ipeusdeileonnàissahces,qu’ils ont du trajet des gros vaisseaux, qu’ils évitent autant que possible, i :«i. II. . arrive ! souvent * dit Kœm'pfer ,'que les genà dù'commun'pè'uplë s'à- . venturent à appliquer, l’aigmlle purement, .sur leur propre expérience, et sans l’avis du tenta-si expérimenté, prenant garde seulement de ne'piquer ni nerïs, ni tendons , id auçri,ns, vaisseaux sanguins considérables. »!. Dans toutes'les maladies, il faut piquer la partie où elles ont pris naissance. (5). Kœinpfer nous apprend que.pour la cure de la. colique (4) en particulier, les Japonais font l’acupuncture dàns la région du foié.

{i) Histoire de la chirurgie. ;

( 2 ) Quelque nombreux qu’ils soient, ils ont cgpadant chaeun

un nom particulier, et les Ghiuois' parôîssfent’croire qu’il'Bxiste entre ces divers points, même les plus élbigne's:, des relations les plus singulièi-és. ■ , ;

(3) « Ea pars acüpungenda est ex quà originem trahit nlorbirdu Ten-Rhyne.

(1) C’est une maladie commune au Japon, où elle est appelée scn-ki. Elle est caractérisée par des douleurs vives et des tiraillo-t

Ils font neuf piqûres sur trois rangs disposés en parallélogramme, à là distance d’un demi-pouce Tune de Tautre, Chez les adultes, chacun des rangs a son nom particulier, et l’introduction des aiguilles des règles différentes. Le premier rang est nommé sioquan, on le pratique justement au-dessus des côtes; le deuxième se nomme stin- ‘quan, il doit avoir sa place entre le nombril

mens dans tout l’abdomèn. Elle paraît causée par une boisson très-commune feu Chine et au Japon j c’est une bière froide faite arec du riz. Elle a la consistance des vins d’Espagne. Les habitans peu sobres prennent beaucoup de cette boisson, qui, selon le père Mariny Romain, est aussi forte que de l’eau-devie. Elle ne paraît pas malfaisante, quand elle estj prise en quantité' modc're'e et un peu chaude, La colique sen-ki ressemble à la passion byste'rique, dit Kœmpferj elle fait craindre des suffocations par ses tirâillemens depuis les aines jusqu’aux fausses côtes, et, après de longs tourmens, se termine quelquefois en tumeurs qui s’élèvent en divers endroits du corps, et dont les suites sont dangereuses. Chez les hommes, elle cause quelquefois le gonflement du testicule (soit des Japonais), qui se termine par la suppuration et la formation d’abcès. Chez les femmes, quelquefois il en résulte des tubercules ou pustules à l’anus et aux parties génitales, ordinairement suivies de la perte des poils. Je crois qu’il esf^possible de ne pas reconnaître en cette affection une inflamm^on violente des organes de la digestion. Je suis d’autant plus porté à le croire, que Kœmpfer ajoute : « Il faut pourtant remarquer que ces tumeurs aux testicules chez l’homme, et ces pustules à l’anus chez la femme, sont aussi des maladies domestiques des Japonais; ( Hæc testiculorura inflatio, dit Ten- Rhyne, Japonibus sin-ki peculiaris imprimis luxuriosis, ut plerique sunt, morbus est.) et attaquent plusieurs personnes qui n’ont jamais ressenti les atteintes de la colique.

DE L’ACUPUNCTUllE.

et le cartilage ( xiphoïde ), et le troisième , qu’on appelle gecquan , est à environ :ün üeinipouce au--dessus du nombril. :« J’ai été. pluafeurs fois témoin, ajoute Rœmpfer,'qu’en faisant ces trois rangs de trous conformément aux règles de l’art, et d’une raisonnable profondeur; les douleurs de la colique cessaient .presqu’en un. instant, comine ;sii c’eûtuété ; par (enchantement (i). On a tenté quelquefois dé guérir cette colique en appllquaiit sur lé malade le feu ; au moyen du moxa., mais on a trouvé jaar expérience que cette fnétbode n’a.{las eu toutulé succès . de la piqûre d’aiguille. »,, ^

On emploie : l’acupuncture ( 2 );, -suivant Ténllbyne, à la tête, contre la céphalalgie, l’assoupissement, l’épilepsie, l’ophthalmiè,'>et d’autres maladies dépendant de la présence des'vapeurs malignes (3) ; à l’abdomen, surtout dans les coliques, la dysenterie, et dans quelques autres affections qui reconnaissent pour cause des vents dans les intestins; dans l’anoréxie, l’hystérie; dans les troubles de l’économie causés par l’ivresse [corporis a crapulâperturbationes) dans les douleurs

(i) On se rappelle que presque tous les gens du peuple portent habituellement avec eus dés aiguilles. Ils peuvent donc attaquer la maladie dès son début, à sa période d’irritation.

(•aj Ten-Hhjrne, op. cit.

(3) «Aliisque a malignis flalibiis orlis innrmilatibus. » .

12 !'! : TRIITÉ. ’

duivoiiti-é et deS memBiies. On ia praticpe en gé- -néràlj.-ajoiute.de' mènie autew’-.y'dans les 'vertiges, la. JîppitudèjijJà cataractei; l’apoplexie; . clans le spasme,i;cyaii'que, ■. rempi'osthbtonos -, l’opisthotonos si dans, '' les contractures' i ;musculaires, Ids eanvinlsiom^ dans .leaipesanteurs; de tète cpi ;accçanpagnénti';àe'.eoryzay: le rhumatisme;|, l. lès -fièvre!s)!ii'nteiïmittentâs eti con.tin'iies, ; la ^mélan-- ‘.èôlie;iilesjaff!EietrDn3."Ydr.inânèuses,. et pour comhatteèl la 1 dduleur à. Ilacjuelle.i elles donnent liem, ■Jntestùiommj lumbricis-.. et..ex Msdem ■■ ; bî'to. 'do.- ■:lorv} -on-. l’èinploie ;égaleinent' dans la diarrhée, le cholera-jnorbus, les lassitudes spontanées, cau- -séés également, par.'.des;,ivents;' dans le'.gonflement du testiaüle. (’i), clans la gonorrhée, enfin dans là, goutte,: surtout .dans la goutte vague, -car lia .:yraje goutte (Ten-Rhÿne )' est trop profondément cachée pour que l’aiguille puisse , pénétrer sans inconvénient jusqu’aux vents euxinèmes, auteurs,et, arbitres de cétte affection, ad ipsQS flatus arthritidis auctores et dominos.

i gonflement est pre'ce'dé par une fièvre ge'nèrale, et si la

fièvre et la douleur sont trop fortes, on voit diminuer la tumeur du testicule. (Quæ, mala si intendantur' præternaturalis ille diminuitur tumor.) 11 est facile à guérir, si l’on en prend soin de suite, autrement on;n’en vient à boutcfue très-difficilement. On ne peut s’empêcher, dit Sue, de regarder comme un sarcome cette tumeur du testicule. {Mémoire sur Télal de la chirurgie dans la Chine, Recueil pe'riodicpie de la Société de Médecine, tome ix. )

DE L’ACUPUNCTURE. i3

Mais il est encorè plus probable,, dit Suejrqoer dans la goutte aw genoü , la. ponotion A’auip pas eu de bonnes suitesj parce.qu’elle:attaquait:.lesi parties tendineuses et nerveuses;, ce c{ùi l’aura fait) abandonner. Bonfius (i) dit l’avoir vu employer au Japon, 'avec le plus grand succès,';dans la pleurésie. ■ i ' ■

Si l’on a de la peine à sentir le pouls ( Ten- Rliyne), oh pique le bras aux environs des veines. IJbi pulsiis 'vix vel \difficulter séntitur^i'. acu— jmngantur bmchia jiixtà venas. On vaplus loin encore; on aperce l’utérus.des femmes enceintes,, lorsque avant le terme de l’accouchement le fœtus, fait des mouvemens extraordinaires qui causent à la mère les'plus vives ' douleurs. On né craint pas de piquer le fœtus lüi-mème, àvèe une aiguille longue et'déliée:, afin qu’épouvant'é par cette piqûre (Then-Rhyne) il cesse sesimouvemens excessifs et dangereux.: üt^uncturâ terrefàctus, ab enormi. et 'periculi pleno motu désistât. ' . ■ ' é • ’ ■

On s’est bearicoüp prévalu de Tobservation rapportée par lord Macartney ( 2 ), pour s’élever contre l’acupuncture : or, voici le fait. « Un des Chinois principaux qui accompagnait lord Macartney dans

(i ) Histoire de la Chine, livre 5, chapitre' dernier.

( 2 ) Hoyage dans l’intérieur de la Chine, par lord Macartney,-

une promenade, fut attaqué de douleurs violentes aux principales articulations des bras et des jambes et dans la partie inférieure du bas-ventre, où il se manifesta une tumeur considérable, qui, commcnçantài’anneaudu muscle oblique externe du côté droit, s’étendait le long du cordon spermatique; les douleurs articulaires avaient lieu ordinairement le printemps et l’automne. ]..a tumeur abdominale se montrait et disparaissait souvent, mais elle était plus forte et plus douloureuse quand le malade avait fait quelques efforts (i). L’acupuncture pratiquée aux articulationsfutsans effet.» Ten-Rbyne nousa déjà appris que, dans la vraie goutte, elle n’avait pas dlieureux résultats ; ce qui tient aussi peut-être à ce qu’on ne laissait pas l’aiguille asséz long-temps dans les tissus, et qu’on ne poursuivait pas assez la maladie par des applications répétées ( 2 ). Le malade, voyant inefficacité de l’acupuncture, .si* refusa à ce qu’on l’appliquât à la tumeur herniaire, malgré les instancesdes médecins chinois. Gillon, médecin de Macartney, leur fit entendre qu’elle y

(1) Il est impossible de ne pas reconnatire une hernie inguinale, et , ajoute Sue. un rliumatisme articulaire. Ne sèrait-on pas aussi lùen en droit de croire que c’est une afTection g' iitteuse, surtout cpiand on fait attention que la maladie attaquait un des principaux personnages du pays.

(a) On Terra que M. J. Cloqiiel a re'iissi dans un eas de goutte.

DE I/ACUPUNCTURE. i5

aurait été très-dangereuse. Elle y eût été probablement au plus inutile.

Les habitans de la Gorce, les Japonais et les Chinois (Kœmpfer) sont grands admirateurs de l’antiquité, et scrupuleux à l’excès pour conserveries coutumes de leurs ancêtres; mais si la médecine est au même point chez tous ces peuples, leurs mœurs paraissent cependant très-différentes (i). Les Chinois sont froids et tranquilles autant par éducation que par tempérament; ils sont habitués dès l’enfance à l’ordre, à la raison et aux usages reçus; chez les Japonais, on exerce la mémoire des enfans par des poèmes où l’on célèbre les belles actions de leurs ancêtres, et où l’on inspire le mépris de la mort. Leur caractère est plus libre. Les Chinois semblent n’avoir eu d’autre but que d’émousser la violence , l’im-, pétuosité de l’âme, elles Japonais, que de prévenir son engourdissement fit sa langueur. Il est fâcheux que ce •dernier peuple ait converti en culte l’amour même, parce que, n’ayant pas les mœurs et le caractère assez développés pour s’élever aux nobles senlimcns qu’il inspire, il tombe souvent dans tous ses excès. Le riche s’abandonne tà la lubricité, et le pauvre croupit dans la misère; aussi les maladies sont-elles fréquentes chez les

(i) Martin , Histoire de la Chine.

i6 TRAITÉ

Japonais, mais surtout l’épilepsie, l’apoplexie, la paralysie, et spécialement la cécité- et la goutte. Il n’ést (donc pas étonnant que ^acupuncture soit plus souvent employée au Jalpon qu’en Chine.

Mais n’e.st^cei pas aussi une raison de plus pour que les Japonais, plus éclairés que les Chinois, eussent rejeté ce moyen, si son elEcacité n’eût été sanctionnée aussi-bien par les soulagemens qu’il apporte que par le temps?

« La ponction, dit Dujardin, suit dans ses effets à peu près la même marche que le moxa. Elle n’agit vraisemblablement qu’en appelant dans la partie 'piquée une plus grande affluence d’humeuj’s ; :peut-être aussi, ajoute-t-il, l’imaginationÿdispensatrice delant debiens et de maux, tant physiques qüé moraux, aide-t-elle l’action de l’acupuncture. wCette dernière opinion est celle de tous les détracteurs de l’acupuncture. Mais peuton raisonnablement admettre que d’aussi grandes nations (i) aient été si long-temps dupes de leur imagination? L’acupuncture aurait-elle traversé plusieurs siècles pour venir jusqu’à nous, si elle n’eût eu d’autres bases?

Selon l’abbé Grosier (a), l’efficacité de Tacupuncture est prouvée par des guérisons sans

(i) Environ la quatrième partie du genre humain.

(q) Description générale de la Chine, lome xni.

nombre, mais il les • regarde comme surnaturelles.

Je crois, au reste, ne pas mieux terminer cet article qu’en' donnant l’observation suivante , prise dans Ten-Rliyne (1). « Un garde de l’empereur du Japon (2) qui nous servait de conducteur daiis cette cour, dit cet auteur, sortit du temple, ayant excessivement chaud. Pour se rafraîchir, il but abondamment de l’eau à la glace. Il fut bientôt saisi d’une grande douleur d’estomac , sans rien éprouver aux côtés. Cette douleur aigrie tant par l’excès des boissons et des alimens

(i)Op. cit.

(a') « Corollariura. Kostcr in aulico itiuere conductor, Japonensium imperatoris miles prœsidarius, holocaustum egressus, admodùm incaluerat, sedandæ siti gelidum-bibens affatim; undè stoinachiim sine ullis laterum molestiis ingens prétendit dolor, qui per aliquot dies ægrum, cùm insimul ob nimiam cibi potûsqiie ingluviem, tùm ob maris insuetudinem , undè nausea crebra vomitusque; quitus medendis, primo vinum japonicum cum zinzibere excalefactnm sumpsit; sed sic dolorem non sustulit, culpans reclusum perlinaciter flatum, quocircà ad acupunçturam devenit, quam bunc in modum (et ex eo de reliquis judica, lector), me præsente, sibi ipsemet administravit. Dorso incubans, sinistrum abdominis latus, suprà pylorum, quatuor diversis in locis acum (cujus cuspidem eimi in fînem primorum digitorum apicibus circumspectè continebat) adegit; quam dOim malleolo feriebat (ipsius enim duriuscula cutis erat)-comprimebat anbelitum; cum autem ad pollieis ferè latitudinem adacta esset acus, tortuosum illius manubrium circumvolvit, pertusum acu locum digitis pressit, extractam verô acum nullus sequebatur sanguis; levissimo puncturæ indicio residuo : bine leratus curatusque evasit. j.

i8 TRAITÉ

qu’il avait pris, que par le défaut d’habitude de la mer, lui occasiona pendant quelques joxirs de fréquentes nausées et des vomissemens. Pour se guérir, il prit d’abord du \'in du Japon, ,dans lequel il fit infuser du gingembre ; mais la douleur ne disparaissant pas, il en attribua la cause à un vent opiniâtrément fixé dans son estomac, ce qui le détei’mina à avoir recours à l’acupuncture , qu’il se pratiqua lui-même devant moi, de la manière suivante : après s’être couché sur le dos, il se. perça en quatre endroits dilférens le côté gauche de l’abdomen, au-dessus du pylore, avec une aiguillé dont il tenait à cet effet soigneusement la pointe avec l’extrémité de ses premiers doigts, tandis qu’il la frappait avec un petit maillet (car sa peau était un peu résistante) ; il retenait son haleine. Lorsque l’aiguille fut entrée de près d’un pouce, il lui fit exécuter des mouvemensde rotation, au moyen de son manche retors ; puis il la retira, et pressa avec les doigts les endroits piqués : il n’en sortit point de sang. Les traces qui restaient de la piqûre étaient trèslégères. Le malade fut aussitôt soulagé et guéri. »

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