‹ Traité de l'acupuncture, d'après les observations de Jules Cloquet -- et pubChapitre 7 sur 7 · ARTICLE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE DEUXIÈME

Considérations générales sur VAcupuncture.

L’acupuncture est connue depuis trop longtemps pour qu’on puisse supposer à M. J. Cloquet l’idée d’en revendiquer l’invention. Mais , qu’estce qu’une découverte par elle-même ? Celui qui sait la rendre utile n’a-t-il pas au moins autant de mérite que l’inventeur ?

Si l’acupuncture, entre les mains de M. J. Clo-^ quet, a ouvert un nouveau champ aux recherches sur le galvanisme animal et aux vues physiologiques qui doivent en découler, la thérapeutique lui doit certainement beaucoup.

On doit s’être convaincu par la lecture des ob- ■ servations rapportées, 1° que l’acupuncture est un des agens thérapeutiques les plus énergiques ; 2° qu’elle combat elBcacement un grand nombre de maladies dans lesquelles les autres moyens thérapeutiques ont été peu efficaces, ou ont échoué complètement ; 3° qu’elle a l’avantage d’agir presque instantanément dans bien des cas ; 4° qu’elle n’a pas, comme la saignée , l’inconvénient de priver l’économie de .son aliment, et d’attaquer la vie dans ses principes; 5" enfin, que cette- opé-

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ration ne torture pas le malade à l’instar du moxa , du vésicatoire, etc.

N’aurait-on pas fait jusqu’ici la médecine des effets , parce qu’on ne connaissait pas de moyens qui pussent agir directement sur l’influx nerveux? Et n’attaque-t-on pas tous les Jours le système vasculaire , au lieu de chercher à détruire l’irritation nerveuse ?

La pratique de l’acupuncture aura encore l’avantage de mieux faire connaître les maladies de l’appareil locomoteur et du système nerveux, dont on n’a jusqu’à présent que des descriptions imparfaites.

Rien n’est plus simple que cette opération ; et c’est presque là un défaut, parce que l’ignorance venant à s’en emparer , il pourrait en résulter des accidens funestes aux malades. La négligence a déjà été cause de quelques-uns de ces accidens, que la malveillance et la mauvaise foi ne manquent pas de rejeter sur ce moyen thérapeutique.

§ 1“ Préceptes généraux sur le mode d'application de V Acupuncture.

En général, M. J. Cloquet introduit l’aiguille dans le point le plus douloureux. Cependant, dans les maladies, des yeux ( ophthalmie , etc. ), il inti’oduit l’aiguille à la région temporale , et en

dirige la pointe jusque vers la commissure des

paupières.

Dans des inflammations bornées à une petite surface , il applique Taiguille à un pouce ou deux du siège de l’affection.

Dans les céphalalgies, etc. , il l’applique dans le point du cuir chevelu qui correspond au siège des douleurs ; il place, dans ce cas, une ou plusieurs aiguilles, et les laisse tantôt pendant quelques heures , tantôt durant plusieiu’s jours.

Dans les convulsions , l’épilepsie et le délire , il conseille d’introduire des aiguilles à la nuque ou derrière les oreilles.

Dans les contractures musculaires, il faut introduire l’aiguille dans l’épaisseur du muscle contracté.

M. J. Cloquet conseille de se comporter de même dans le tétanos, et cela d’après l’observation dont nous avons fait mention. Il est prudent de pratiquer cette opération quand le malade est à jeun.

Quand on veut employer l’acupuncture sur un malade , il faut donc en général s’assurer du siège précis des douleurs, et, pour atteindre ce but, il faut, quand les douleurs ne sont pas continuelles , mettre le malade dans les conditions nécessaires à leur développement , faire exécuter certains mouvemens au membre malade, etc.

S’il y a plusieurs points douloureux, il faut introduire une aiguille pour chacun de ces points. Quelquefois cependant une seule aiguille suffit pour faire disparaître une douleur plus ou moins éloignée. J’ai vu plusieurs fois une seule aiguille appliquée à la partie supérieure d’un membre , faire cesser des douleui’s qui s’étendaient dans toute sa longueur. Quand l’aiguille était introduite à sa partie inférieure, plus rarement la douleur située entre elle et l’origine du nerf disparaissait-elle ; mais j’ai vu quelquefois l’influence de l’acupuncture se faire sentir jusque dans le côté opposé du tronc.

Quand, après l’introduction de l’aiguille, une douleur se manifeste plus ou moins vive dans un autre point, cjue la première ait disparu ou non, il faut aussitôt y introduire une autre aiguille, une troisième même, etc. , dans le point où il s’en serait encore manifesté une nouvelle. Le temps pendant lequel il faut laisser l’aiguille en place varie à l’infini : quelquefois, comme dans certaines névralgies récentes, l’acupuncture a produit son effet dès la cinquième ou sixième minute, très-rarement plus tôt ; d’autres fois, comme dans certains rhumatismes anciens, il n’y a pas d’effet avant une heure. Il faut, dans tous les cas , attendre que la douleur morbide ait plus ou moins complètement disparu.

Quelquefois les organes ont contracté une telle habitude morbide, qu’il faut alors, pour se rendre maître de la maladie, prolonger l’action des aiguilles et les laisser des heures entières, et même plusieurs jours dans les tissus ; c’est le cas d’une affection ancienne, ou dépendant d’un virus, d’une lésion profonde des tissus, d’une inflammation chronique, etc. On peut encore avoir recours à l’acupuncture prolongée quand, dans tout autre cas, l’acupunture momentanée n’a pas suffi.

En général, après l’introduction d’une aiguille dans un point douloureux, ou les douleurs disparaissent entièrement au bout de quelques minutes , ou elles changent de place, ce qui est d’un très-bon augure, ou enfin elles s’étendent, et dans ce cas, quand l’aiguille est retirée, assez souvent elles disparaissent entièrement, ou bien sont moins vives.

L’espoir de guérison m’a paru aussi plus fondé quand il se manifestait à l’aiguille de légers élancemens.

Quelquefois les douleurs augmentent d’abord, puis elles diminuent et cessent enfin, ou bien elles restent les mêmes qu’avant l’acupuncture : dans ce dernier cas il arrive que le soulagement n’a lieu que quelques heures après cette opération.

Quelquefois l’acupuncture n’est accompagnée ni suivie d’aucun changement dans l’affection.

J’ai vu quelquefois une première acupuncture être presque sans effet, et l’affection diminuer ou céder à une seconde application. Il ne faut donc pas se laisser décourager par un premier insuccès, quand on croit d’ailleurs le moyen applicable.

Rarement on aperçoit des effets avantageux avant deux ou trois minutes de séjour de l’aiguille dans la partie : le plus souvent ils commencent à être marqués de cinq à dix minutes.

Ordinairement la disparition des douleurs est .suivie d’un sentiment d’engourdissement qui disparaît lui-même bientôt après.

Pendant le séjour de l’aiguille, plus d’un malade m’a dit éprouver la sensation douloureuse d’un courant se dirigeant du côté de l’aiguille ; d’autres ont dit qu’ils éprouvaient un sentiment de traction douloureuse ; d’autres enfin, des élancemens.

Quand on a été obligé d’avoir recours plusieurs fois à cette opération, on voit souvent que chaque fois le soulagement devient de moins en moins grand, quoique les douleurs de l’aiguille aillent en augmentant.

Quelquefois, mais rarement, au bout de deux, cinq ou quinze minutes, il se manifeste une lipothymie, que je n’ai jamais vue aller jusqu’à la .syncope.

Il n’est pas rare de voir l’acupuncture dévelop-

per dans les parties affectées un sentiment do chaleur suivi de sueurs salutaires.

Quand on a employé avec succès l’acupuncture dans des cas où les douleurs sont, accompagnées de gonflement et de rougeur de la partie , ces deux derniers symptômes ne tardent pas à dispaparaître comme les douleurs.

On est souvent frappé de la rapidité avec laquelle on voit, chez les malades soumis à l’acupuncture , s’épanouir les traits de la figure , où, un instant auparavant, se peignait une douleur vive et profonde ; et la joie éclater dans les gestes et les paroles d’une personne qui présentait il n’y a qu’un instant tous les signes de souffrances horribles.

Après les névralgies traitées par l’acupuncture, surtout quand elles sont anciennes, on voit parfois persister le sentiment de froid; mais le plus ordinairement, dans ce cas, au froid succède une douce chaleur qui se répand dans toutes les parties.

Dans quelques cas rares, après l’introduction de l’aiguille, les douleurs s’exaspérant considérablement , ne serait-il pas alors convenable de la retirer et de l’introduire de nouveau à quelque distance ?

Quand on emploie l’acupuncture dans des affections articulaires anciennes, il arrive a.s.sez sou-

Tcnl; que celle opération fait disparaître toutes les douleurs sans rendre aux articulations leur mobilité naturelle , et aux muscles leur énergie ordinaire. 11 ne faut pas alors s’obstiner à pratiquer l’acupuncture ; c’est l’exercice, des bains, des frictions , etc. , moyens auparavant impui.ssans , qu’il faut employer alors.

Ne pourrait-on pas alors se servir des aiguilles pour faire passer dans les parties affectées un courant galvanique , ou pour y déterminer des commotions électric|ues? Quelcjues observations m’engageraient à le faire. Je ne crois pas êlre ici en contradiction avec moi-môme. En effet, si je suis trè.s-porté à croire que l’acupuncture agit sur le pi'incipe de l’innervation, je ne sais pas s’il est prouvé que ce principe soit du fluide électric|ue. Il faudrait d’ailleurs mettre toute théorie de côté , si l’observation prouvait que dans ce cas l’emploi de l’électricité est avantageux. Ce serait un moyen excitant auquel on aurait recours après que les aiguilles auraient soustrait le principe de la douleur.

On doit aussi avoir remarqué, en lisant les observations, que dans certaines affections chroniques des viscères, l’action de l’acupuncture, d’abord efficace, semblait bientôt s’affaiblir et réclamer l’emploi auxiliaire de quelques autres médicamens, variés suivant les circonstances.

Au reste , je ne dois pas oublier de dire que quand l’acupuncture a réussi à faire disparaître des douleurs , si ces douleurs reviennent quelques heures après , elles sont presque toujours moins fortes , et une ou deux acupunctures ne manqueront pas le plus souvent, dans ce cas, de les faire disparaître entièrement.

§ 2 . AJJ'ections ou l'on peut employer VAcupunclure avec succès.

On peut .donner une idée généi-ale des effets de l’acupuncture , en disant avec M. J. Cloquet, !" que tantôt elle procure la guéi-ison radicale de i’.affection , comme dans beaucoup de névralgies, de rhumatismes, etc. ; 2° que tantôt elle n’amène d’autre résultat que la cessation ou la diminution des douleurs dépendant d’une lésion organique profonde, comme une luxation spontanée , etc. ; 3" enfin , que d’autres fois elle ne produit aucun effet, comme dans certaines douleurs et les paralysies, etc.

1“ M. J. Cloquet emploie l’acupuncture dans les névralgies sus-orbitaires, temporales, faciales, sciatiques, etc. C’est, sans contredit, contre ce genre d’affection que l’acupunctute présente les effets avantageux les plus prompts, les plus con-

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stans et les plus durables ; c’est dans ce cas qu’assez souvent une acupuncture de quelques minutes suffit pour faire disparaître sans retour une affection qui, depuis plus ou moins long-temps, causait au malade des douleurs très-vives. Dans ce cas. je l’ai à peine vue échouer contre ces maladies une fois sur six ; et je suis très-porté à croire qu’en y associant d’autres moyens, modifiés suivant la circonstance, on pourrait rendre ses effets encore plus constans.

Cette opération m’a paru réussir aussi presque constamment contre le rhumatisme , soit aigu, soit chronique , mais plus souvent dans le rhumatisme musculaire que contre le fibreux.

Elle est presque toujours suivie de succès dans les douleurs récentes, suite de tiraillement des ligamens articulaires ; dans les raideurs des articulations , suite de ces tiraillemens ou d’une contusion ; quelquefois dans les inflammations chroniques , et même les inflammations aiguës.

L’acupuncture ayant réussi très-fréquemment dans les contractures musculaires, les crampes, M. J. Cloquet pense qu’elle pourra réussir également dans le tétanos. Elle a réussi dans la chorée. Dans le délire, il a introduit avec succès des aiguilles à la nuque et vers le sommet de la tête.

On l’emploie avec succès dans les céphalalgies , l’ophthalmie. M. J. Cloquet croit cette

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opération utile clans l’ophthalmie aiguë. On doit avoir vu que quelques observations engagent à l’employer dans d’autres affections du globe oculaire, où la vue est affaiblie ou pervertie, lors même c|u’il n’y a plus de douleurs à l’œil ni à la. tête, et même quand il n’y en a jamais eu.

On peut l’employerxlans les odontalgies , dans les troubles de la resjiiration dépendant d’une affection de l’appareil extérieur de cette fonction, telles que la pleurodynie , les contusions de la poitrine , etc. ; dans les affections nerveuses des organes de la digestion, et dans celles dépendant d’une inflammation chronique.

11 y a quelques essais heureux qui engagent à l’essayer dans la goutte. •

2° Un grand nombre d’observations portent à croii’e que l’acupuncture est surtout le remède de la douleur, ce qui doit aussi, je crois, prouver d’une manière évidente qu’elle agit directement sur le système nerveux, dont elle modifie les propriétés d’une manière quelconque.

M. J. Cloquet est très-porté à croire que l’acupuncture doit avoir de bons effets sur les douleurs dépendant d’une affection cancéreuse ; et M. Récamier, médecin de l’Hôtel-Dieu de Paris, a réussi dans des douleurs lancinantes de l’utérus.

Loin de nous cependant l’idée que l’acupuncture soit un'moyen curatif infaillible dans toutes

les espèces de maladies que nous venons de passer en revue. Si j’ai fait connaître les affections où elle a été employée avec succès, c’est pour qu’on répète les expériences dans des cas semblables. Je suis encore plus éloigné de croire qu’elle doive constamment réussir dans toutes les espèces de maladies où elle paraît le plus efficace. D’ailleurs, il ne faudrait pas borner ses essais aux affections dont il est ici mention ; car tous les jours nous sommes étonnés de voir l’acupuncture réussir là où nous n’en attendions pas d’effet.

C’est un grand malheur pour la propagation d’un moyen nouveau, quels que soient ses avantages , que d’être reçu avec trop d’enthousiasme ; et il était impossible que l’acupuncture n’en produisît pas, tant à cause de la rapidité de ses effets, qu’à cause de la singularité du moyen. On exige, dans ce cas, beaucoup plus que le moyen ne peut donner ; on est nécessairement déçu dans ses prétentions, et dès lors on ne croit plus même à ce qu’il a produit. Mais nous sommes dans un siècle trop éclairé pour qu’avant de porter son jugement on l’efuse d’interroger l’expérience.

3 “ L’acupuncture n’ayant produit aucun soulagement dans les affections qui semblent dépendre d’une diminution d’énergie dans l’influx nerveux, commelaparalysie,le tremblement mercuriel,etc..

M. J. Cloquet songea, dès ses premières expériences , à se servir d’aiguilles pour faire passer un courant galvanique dans les parties affectées, ou pour y introduire des décharges électriques. Des recherches ont été commencées à ce sujet.

Si une expérience plus étendue confirme , comme j’ai tout lieu de l’espérer , les succès obtenus par l’acupuncture, combien l’humanité ne sera-t-elle pas redevable à Mi J. Cloquet d’avoir tiré de l’oubli un moyen si précieux, et d’avoir étendu sa puissance en prolongeant son action ! Des affections contre lesquelles la médecine était presque impuissante se trouveraient ainsi guéries en très-peu de temps ; mais, ce qui lui donne encore plus de titres à la reconnaissance , c’est d’avoir fourni les moyens de soulager la classe nombreuse des artisans, des cultivateurs, des militaires et des marins, qui sont exposés à un si grand nombre d’affections douloureuses.

Il est incontestable que l’acupuncture mérite un rang distingué dans la thérapeutique ; c’est l’avis de tous ceux qui se sont donnés la peine d’assister aux expériences de M. Jules Cloquet ou qui ont bien voulu en faire eux-mêmes.

Quelques médecins ayant fait des essais au hasard sur deux ou trois malades, ont remarqué que chez eux l’acupuncture avait été sans effet bien marqué, ils en ont conclu que ce

moyen doit être rejeté. Puisse ce faible travail les porter à révocpier leur jugement et à recommencer leurs expériences !

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