‹ Traité de l'acupuncture, d'après les observations de Jules Cloquet -- et pubChapitre 6 sur 7 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la manière <le pratiquer l’Acupuncture, et des jiliènomèues qui accompagnent ou suivent cette operation.

article’ premier.

Z)u procédé opératoire et de ses phénomènes.

Je vais traiter successivement dans cet article des instrumens qu’emploie M. J. Cloquet pour pratiquer l’acupuncture , du mode d’introduction de l’aiguille, des phénomènes apparens de la piqûre, de ses accidens, des phénomènes chimiques et physiques de cette opération ; et je terminerai par dire un mot des diverses théories émises à ce sujet.

§ i". Des instriirnen.'-'.

La première fois que M. Cloquet pratiqua l’acupuncture, il se servit d’une aiguille armée d’un manche d’ivoire en spirale, et ne différant de celles des Chinois qu’en ce que le métal était de l’acier.

Deux ou trois jours après, il crut, en tenant l’extrémité libre de l’aiguille entre les doigts., sentir un frémissement dans ces doigts, et même

dans le bras. L’idée qn’il eut alors qu’il pouvait bien se dégager un fluide pendant l’opération, lui fit supprimer le manche de l’instrument; il augmenta l’épaisseur de l’extrémité obtuse de l’aiguille, à laquelle il adapta un conducteur métallique. Cette espèce d’aiguille diffère de l’autre en ce que le manche fait corps avec la tige, et se termine par im petit anneau. Ces aiguilles ont en général d’un à quatre pouces de longueur ; elles sont très-acérées, parfaitement polies, flexibles , et de grbsseur variable ; quelques-unes sont capillaires.

>Les conducteurs sont le plus souvent en fil déliés de laiton ou d’acier recuit. On adapte une. de leurs extrémités à l’anneau de l’aiguille , tandis qu’on fait plonger l’autre dans un vase de métal, lequel contient de l’eau salée.

Depuis quelque temps, AI. J. Cloquet emploie avec autant d’avantage des aiguilles dites à reprises, très-fines et détrempées. Pour les détremper, on les passe à la flamme d’une bougie , ef on les laisse refroidir lentement. L’acier devient alors flexible. Leur extrémité mousse, est recourbée en crochet, et porte une tête en plomb arrondie, afin qu’elles ne viennent pas à se perdre dans les organes. Cette précaution est de toute rigueur, car en perdant des aiguilles dans les tissus , on s’expose à exciter chez les malades une

frayeur qui peut causer de graves accidens. 11 faut aussi prendre garde que la tête soit arrondie de manière à ne pas entamer la peau. M. Cloquetne s,e sert que de cette espèce d’aiguilles, quand il veut en laisser pendant vingt-quatre heures et plus dans les tissus, parce que, leur tête présentant peu de longueur, il est facile de la recouvrir d’un petit emplâtre de diachylon. Sans cette dernière précaution, le frottement des vêtemens pourrait faire sortir l’aiguille , après avoir tiraillé les tissus d’une manière douloureuse.

M. J. Cloquet se sert aujourd’hui à peu près indifféremment de toutes les aiguilles ; il tient surtout à ce qu’èlles soient très-hnes; et il les choisit de longueur différente, suivant la profondeur à laquelle il veut les faire pénétrer.

Il s’est aussi servi avec avantage d’une lame de plomb, trempée, ayant son application, dans de l’eau salée (i)’, et à ti’avers laquelle il a enfoncé les aiguilles.

Chaque fois qu’on pratique l’acupuncture, il faut avoir soin de désoxider l’aiguille avant de l’introduire. On se sert pour cela de papier à l’éméri ; il y a beaucoup d’autres moyens de parvenir au même but.

(i) Dans un cas de déliré furieux, il appliqua avec avantage une lame do plomb trempe'c dans de l’eau salee, sur la tête qu’on avait auparavant rasée; le délire sc calma.

§ 2 . Mode d’introduction de Vaiguille.

On saisit l’aiguille entre le pouce et les deu> premiers doigts de la main droite, tandis (ju’avec le pouce et l’indicateur de la main gauche on tend la peau à l’endroit où l’on veut l’introduire. Cette précaution rend l’introduction plus prompte, plus facile et moins douloureuse. On a généralement conseillé d’introduire l’aiguille par rotation. Je crois cependant, d’après des épreuves faites sur moi-même, que l’introduction de l’aiguille par .pression 'est moins douloureuse. C'est, à mon avis, parce que la rotation augmente les frottemens, et par conséquent les tiraillemens et les douleurs. Il est bon aussi que l’introduction ne soit pas trop brusque.

Il faut, dans tous les cas, percer la peau perpendiculairement à sa surface, parce que l’aiguille pénètre plus facilemani à travers les aréoles du derme, et sans être obligée de rompre les libres de cette membrane , comme cela arrive lorsqu’on l’introduit obliquement. Lorsqu’on veut introduire une aiguille dans le cuir chevelu et au niveau des os supeiTiciellement placés, M. J. Cloquet donne le conseil d’introduire d’abord perpendiculairement l’aiguille jusqu’à ce que la peau soit percée dans toute son épai.sseur, et ensuite de la

DE I;ACl;l>U^CTlRE.

coucher horizontalement, et de la faire glisser ohlic[uement dans le tissu cellulaire sous-cutané. On dirige ensuite la pointe de l’aiguille obliquement ou directement, scion que les parties molles sont plus ou moins épaisses, et selon que le siège de la douleur est plus ou moins profond. 11 faut, autant qu’on le peut, introduire ^aiguille dans l’endroit le plus douloureux ; sinon on l’introduit dans les tissus les plus voisins, ayant soin de diriger la pointe vers l’organe malade, dont on s’approche le plus près possible.

Quand les douleurs ont leur siège dans les parois d’une cavité , M. J. Cloquet a soin de no J)as la transpercer ; il le fait, au contraire, si c’est un des organes qu’elle contient qui est affecté.

S’il n’y a pas de soulagement, cela peut tenir à ce que l’aiguille est trop ou trop peu profondément enfoncée, ou qu’elle ne l’est pas dans un point convenable ; on recherche alors avec plus de soin le siège de la maladie.

§ 3 . Phénomènes opparens de Vncupunclure.

Quelquefois, à l’instant mémo de l’introductioti. le malade sent partir de l’aiguille une sorte d’étincelle électrique qui sillonne les tissus voisins. D’autres fois on voit do légers frémissemens agiter l’îiiguille introduite dans un muscle, et pendant

ces frémissemens le malade .éprouve des élance-

mens dans la région de Taiguille.

Pendant que Taiguille traverse la peau, le malade sent ordinairement un léger picotement.

Quand Taiguille pénètre dans un muscle , les contractions de cet organe déterminent une sorte de tiraillement légèrement douloureux. Si le malade éprouve .des douleurs vives , il ne sent pas ordir nairement celles de l’introduction de l’aiguille; En général, les douleurs de l’introduction et du séjour de Taiguille deviennent beaucoup plus vives quand Tacupuricture a été répétée plusieurs fois.

Ordinairement, quèlques miiilites après Tintroduction de'. Taiguille, il • semanifeste' autour d’elle, une auréole' érythémateuse ‘plus .ou moins régulièrev d’un pouce et demi à-deux pouces d’étènduc; Quelquefois cette àurédlè est'très-vive, d’autres fois elle est à peine apparente ; souvent enfin elle n’a pas lieu. Elle paraît ordinairement avant la sixième minute, mais il n’est pas rare de ne la voir se manifester qu’au bout d’une demiheure.

Quand on laisse les aiguilles à demeure Tauréole disparaît au bout de quelques heures, et les: aiguilles ne sont assez souvt nt environnées d’aucune trace d’inllainniation , môme au bout de huit jours...

Jusqu’à présent cette auréole ne m’a pas paru

DE L’ACUPUNCTURE. s 5 y

toujours en rapport avec les résultats de l’acupuncture. Je l’ai vue à peine apparente dans des cas où la guérison a été complète. Je l’ai vue quelquefois au contraire très-prononcée , quand le soula- ,gement était à peine sensible. Rarement voit-on s’écouler du sang par les piqûres, lorsqu’on retire les aiguilles, et cela n’arrive que quand cellesci ont traversé quelques veines ou artères superficielles, ou quand les fibres qu’elles avaient écartées ne revenaient pas de suite sur elles-mêmes. Je n’ai d’ailleurs jamais remarqué que cela influât sur les résultats de l’opération.

L’endroit de la piqûre est marqué par un petit point rouge qui ne tarde pas à s’effacer. La peau qui environnait l’aiguille est ordinairement un peu engorgée dans l’étendue d’une à deux lignes. L’aiguille étant mise à demeure, cet engorgement persiste, et il s’établit un léger suintement de sérosité qui vient ordinairement se concréter sur les bords de la petite plaie.

Mais quelquefois, si la tête de l’aiguille, placée à demeure, n’est pas garantie du frottement des vêtemens, il se forme un léger engorgement inflammatoire , qui peut même se terminer par suppuration.

§ 4- ^ccidens de la piqûre.

L’aiguille > qu’on l’introduise par rotation ou par pression, pénètre dans les tissus en écartant leurs fibres. Quand on parle d’accidens survenus, à la suite d’une piqûre de nerfs ou d’artères, cela s’entend le plus souvent de piqûres faites par un canif, la pointe d’une épée, une écharde de bois; et'il y a très-loin delà aux aiguilles acérées dont on se sert pour pratiquer l’acupuncture. Je crois toutefois la question trop importante pour ne pas m’y arrêter un instant. Je vais examiner successivement les piqûres des nerfs, celles des artères et des viscères.

1° Piqûres des nerfs. Quand un nerf est piqué par un instrument peu acéré, il est vrai qu’il se manifeste toujours une douleur très-vive que le malade rapporte aux parties dans lesquelles le nerf se ramifie, et que cette douleur peut môme être suivie des accidens les plus graves. Mais il n’en est pas ainsi, lorsque l’on se sert d’aiguilles fines et très-acérées; dans plus de douze cents acupunctures, je n’ai jamais vu'se manifester de douleurs assez vives pour qu’on ait été obligé de retirer de suite l’aiguille ; dans les cas rares, des douleurs vives ont lieu, mais elles n’ont jamais manqué de se dissiper quelques minutes après. Souvent, il est vrai, les malades ont souffert da-

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vantage , mais ils savaient bien nous dire que c’était des douleurs qu’ils éprouvaient auparavant, tandis qu’ils s’apercevaient à peine de celles dépendant de la piqûre. Cependant plusieurs acupunctures, pratiquées dans un même endroit, y déterminent parfois une sorte de susceptibilité nerveuse , et alors la douleur de la piqûre se conserve quelque temps après que l’aiguille a été retirée. Cette douleur, d’ailleurs ordinairement légère, est bien différente des élancemens qui résultent de la piqûre d’un nerf. J’ai cependant voulu m’assurer plus directement de l’innocuité des piqfu’es de nerfs.

Pour cela, j’ai introduit des aiguilles dans le cerveau et dans la moelle épinière d’un cbat, et cet animal n’a témoigné aucune douleur à la simple piqûre ; il n’est survenu aucun changement dans l’exécution des fonctions. Ayant mis à nu une branche du nerf crural, j’y ai enfoncé une aiguille à plusieurs reprises, et l’animal n’a donné aucun signe de douleur. Il en donnait, au contraire, quand, au lieu de traverser te nerf, je l’irritais avec la pointe de l’instrument. La cessation de cette manœuvre paraissait aussitôt suivie de celle de la douleur. Il ne pourrait, je crois, se présenter de cas semblables dans l’acupuncture, que si Ton faisait exécuter des mouvemens à la partie où l’aiguille se trouve enfoncée ; et encore

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suffirait-il d’interrompre ces mouvemens pour faire cesser les douleurs. J’ai vu au reste plus d’une fois M. J. Cloquet piquer la plante du pied sans aucun accident.

2° Piqiîres des artères. MM. Delaunay et A. Béclard ont démontré par de nombreuses expériences l’innocuité des piqûres faites aux artères par des aiguilles déliées. Ainsi, une piqûre faite à l’artère fémorale d’un chien, avec une aiguille conique et déliée, donne lieu à l’infdtration d’une très-petite quantité de sang dans le tiàsu cellulaire qui unit l’artère à la gaine. Cette ecchymose légère se dissipe en quelques jours. On tue l’animal à cette époque , on fend Tartèi’e à la partie postérieure, et l’on n’aperçoit à son intérieur aucune trace de la piqûre. A l’extérieur, le tissu cellulaire qui unit l’artère à la gaine est encore un peu compacte.

« Si l’artère est soigneusement dépouillée de sa gaine cellulaire , la piqûre d’aiguille donne issue à une certaine quantité de sang , qui, se concrétant peu à peu à la surface de l’artère, finit par arrêter bientôt l’hémorrhagie. »

Il est arrivé une seule fois qu’une artériole delà région temporale ayant été ouverte, un sang rouge sortit en sourdant par la petite plaie; une légère compression suffit pour arrêter sur-le-champ cet écoulement. 11 ne s’en est suivi aucun accident.

Dans un au tre cas, deux jours après une piqûre faite sur le trajet de l’artère radiale, il se manifesta une tache jaune, de la largeur d’une pièce de six francs. Elle disparut trois jours après, sans qu’il en soit survenu d’accident.

Quoiqu’il soit extrêmement probable que la piqûre des artères, faite par une aiguille à acupuncture , ne puisse être suivie d’accidens, il faut cependant, èomrne le conseille M. J. Cloquet, éviter, autant que possible, celles qui ont une certaine grosseur ( i ). Il est inutile de parler de la piqûre des veines, qui ne peut entraîner d’accident grave quand les aiguilles sont très-fines.

2° Piqûres des viscères. « Il y a une masse de faits (2) qui prouvent l’innocuité de la perforation de plusieurs viscères; et sans citer la plupart des auteurs de ces faits , je me contenterai de dire que le docteur Bretonneau, de Tours, a fait tout récemment àd’hospice généi^al de cette ville, sur de jeunes chiens à la mamelle, des expériences dans lesquelles il a perforé d’outre en outre, et dans toutes les directions, le cerveau, le cervelet, le cœur, les poumons, l’estomac, etc., de ces animaux, sans qu’ils aient manifesté la moindre douleur, ni qu’il s’en soit suivi, pour eux, d’incon-

(1) On sait que dans les grosses artères l’élasticité' des tuniques est rülalivement moins grande que dans les petites.

('a) M. Haime , IS'otice sur l’ucupunciure, op. cit.

vénient notable. Il a seulement obsei’vé que si Ton piquait le cœur avec une aiguille d’un certain calibre, il pourrait y avoir effusion de sang; et dans un cas de cette espèce il a trouvé un petit épanchement dans le péricarde. Ces mêmes expériences lui ont fourni occasion de vérifier ce qu’a dit M. Béclard de l’élasticité des tuniques artérielles et du peu de danger de leur piqûre, par un instrument aigu, rond et lisse, même, d’un certain calibre. Dans une circonstance , M. Bretonneau a vu, à la suite de la piqûre d’une artère, un jet de sang s’arrêter de suite par le prompt resserrement de la petite plaie. »

Quant à moi, j’ai vu plusieurs fois M. J. Cloquet introduire sur des malades des aiguilles si profondément dans les parois de la poitrine, qu’il était impossible de ne pas croire qu’elles pénétraient dans le poumon ; il en a souvent introduit très-profondément dans la région du foie; il a plusieurs fois, à n’en pas douter, pénétré dans l’intérieur de l’estomac et des intestins. Hé bien , dans tous ces cas, les malades ont été observés pendant plusieurs jours, et Ton n’a jamais vu d’accidens s’ensuivre. M. J. Gloquet a également pénétré dans le tissu du testicule, sans que le malade accusât plus de douleurs que dans tout autre cas.

DE L’ACUDÜNGTURE.

‘§5. Des açp.idetis deVficupunçluré,

Quelquefois aussitôt après l’introduction de ï’aiguille, le malade éprouve des douleurs lancinantes vives. Si ces douleurs sont trop fortes, il suffit toujours, pour les faire cesser, comme je fai déjà dit, de retirer l’aiguille; mais on doit essayer d’abord s’il ne suffirait pas de la retirer seulement un peu.

On a lieu de s’étonner que l’acupuncture soit pratiquée sans accident à la plante des pieds, ce que j’ai vu au moins trois fois. Les panaris, diton, ne reconnaissent pas souvent d’autres causes. Quand les panaris sont la suite de piqûres, cellesci sont oi’dinairement faites par une épine, une arête de poisson, un éclat de bois, etc. ; ce cas n’a pas une parfaite analogie avec celui dont il est question. Mais ils peuvent aussi, dit-on, provenir de piqûres faites avec des aiguilles fines, acérées, semblables à cefles dont on se sert pour pratiquer l’acupuncture, et cependant dans cette opération ces mêmes aiguilles n’occasionent point d’accidens. Voici comment je crois pouvoir expliquer ces phénomènes : c|uand la piqûre doit déterminer un panaris, toujours l’aiguille a été introduite brusquement dans les tissus; au icu d’écarter leurs fibres, elle les a déchirées ,

rompues, tandis que dans l’acupuncture l’intro-» duction lente de l’aiguille donne aux fibres lé temps de s’allonger et de s’écarter davantage. On ^ conçoit facilement que dans un cas la douleur doit être très-vive, tandis qu’elle est à peine sensible dans l’autre. Peut-être aussi que dans l’acupuncture le séjour de l’aiguille enlève, comme le pense M. J. Cloquet, le principe de l’irritation.'

Quelquefois il sort quelques gouttes de sangj en même temps qu’on retire l’aiguille. J’ai vU un cas où l’artère temporale ayant été ouverte par une a,iguille, il se forma une petite tumeur sanguine qui disparut complètement en quelques heures, sous l’influence d’une compression légère établie sur la piqûre.

Je sais également qu’un malade que l’on traitait pour des coliques, à l’Hôtel-Dieu, et auquel on avait pratiqué l’acupuncture au ventre, est mort à la suite de la grande frayeur qu’il eut parce que deux aiguilles sans tête qu’on lui avait placées dans la paroi abdominale s’étaient perdues. Mais l’autopsie cadavérique prouva que ces deux aiguilles, qu’on retrouva dans la cavité abdominale, n’avaient déterminé aucune inflammai tion, et que la commotion morale très-vive du malade a été avec raison regardée par le médecin comme la cause de la mort.

Cette observation prouve que l’accident dont il

est qiiestion peut causer une frayeur mortelle. Outre l’observation deM. Berlioz, j'ai vu trois fois des aiguilles se perdre ainsi dans les tissus sans qu’il survînt aucun accident. On ne pourra, d’ailleurs, s’empêcher d’admettre l’innocuité des aiguilles dans ce cas, si Ton se rappelle que plus d’une fois des centaines d’aiguilles ou d’épingles ont été trouvées dans des cadavres humains sans qu’elles fussent entourées de^races d’inflammation.

On a parlé de beaucoup d’accidens graves, tels que du délire, des paralysies, des convulsions, des inflammations mortelles, qui auraient ou' accompagné ou suivi l’acupuncture. Je puis alErmer que je n’aî jamais ért* témoin, de semblables accidens sur les nombreux malades que j’ai vu opérer à l’hôpital Saint-Louis; et si nous en avions observé, nous nous serions empressés de les faire connaître, persuadés que nous sommes qü’il est presque toujours bien plus utile de publier les cas malheureux de la pratique qüe d’en faire connaître les succès.

On avait annoncé dans le monde qu’un oflicier opéré à l’hôpital Saint-Louis par M. Cloquet avait éprouvé des accidens tellement graves, qu’il avait été forcé de se faire transporter à l’hôpital militaire. Je crois devoir donner ici les renseignemens positifs qui ni’ont été communiqués à ce sujet par M. Devergie, chirurgien de l’hôpital militaire.

TlUITÉ

77' Obs. : Gtistrà-enU'riieÿ ( ccîhiivuik par M. DcŸ«'gre;i^ démonstrateur à l’hôpital! tlu Va)-cle^Grâce* )

: .M. Æergpix, capitaine au 7-régiment de-lignç^ en garnison à Paris (caserne. Popincourt) , souffrait depuis quatorze mois d’îprte'jirritatiop; gastroK intestinale, qu’il promena crt lispagiie pendant, la dernière campagne et ramena en France sans avoir pu y porter remède ; Içs circonstances n’étaient pas propres à favoriser sa guérisoii, son service à Paris le gênait ençpre ppur faire un traitement convenable^ Des douleurs mùseukires, abdominales, synipathiquep dé sa gastrite olîrpnique-, et des douleurs intestinales,! vinrent ajou-^ ter à son < état habituel de spulfrance,, etél était, dépidé à entrer à lihôpital du Yal-de-Grâc'e poiir s’y faite traiter et jouir du repos nécessaire , lorg,* qu’un dé ses amis, capitaine âu même-régiment^; fut débarrassé de semblables douleurs par l’acurî punclnre. Décidé à tenter ce moyen avant .d:nn employer d’autres, il se rendit à l’hôpital Sai^t- Louis accompagné du chirui-gien-rnajor du corps., M. Cloquet, consulté, pratiqua l’aGupunéture.-;; une aiguille de, ^atre pouces fût ènfpncéé sur un des cotés de l’ombilic dans la. paroi abdominale. Le malade ressentit üné do'üléur asseg, vive au fur et à mesure que l’iristrUment y péné-?

trait. Une deuxième aiguille de trois poucesfut placée sur le côté opposé, et occasiona la môme douleur, qui était assez vive pour causer de l’anxiété, des sueurs à la tête, et des faiblesses, sans cependant entraîner la syncope. Nous en fûmes tous étonnés , d’autant plus que d’autres malades présens supportaient la même opération, sans ressentir rien qui ressemblât au malaise de M. Gergoix. Après, un quart d’heure, la souffrance continuant, l’aiguille la plus longue fut retirée d’un pouce. Craignant une syncope, le malade demanda un siège. Le mouvement opéré pour s’asseoir augmenta la douleur et l’anxiété, qui dm’èrent environ une heure, temps pendant lequel le malade garda les aiguilles : à-peine furentelles retirées, que l’appareil des symptômes qui avaient existé se dissipa, et cet officier regagna à pied la caserne de Popincourt. Fatigué de cette séance inattendue, il se mit au lit, un accès de lièvre se déclara, dura de cinq à six heures, se termina par des sueurs ; la nuit se passa tranquillement, et le lendemain M. Gergoixvaquait comme de coùtume à ses occupations journalières, sans éprouver la moindre douleur abdominale , ni aucun embarras qui fût la suite de ses piqûres. Il est à remarquer qu’une défécation facile suivit l’opération , tandis que la constipation était l’état habituel.

Le surlendemain de l’acupuncture, notre ofilcier exécuta le projet qu’il avait de venir au Valde-Grâce réclamer les secours de l’art contre son affection viscérale chronique. N’ayant pu se procurer de voiture pour faire le trajet , il y vint à pied par une pluie assez abondante, ne s’arrêta qu’un instant, rue du Ppnt-aux-Choux, et traversa de suite la longue distance qui existe de là à rhôpitaî, sans s’arrêter un seul instant et sans fatigue ni douleurs.

Depuis le g janvier "1825, époque de son entrée à l’hôpital (salle 18 , n” 3 ), il ne reçut que les soins qu’exige sa gastiâte chronique : il ne se plaignit nullement de douleurs d’entrailles : et s’il n’a pas éprouvé de soulagement complet de l’acupuncture, on peut attester que les suites de cette opération n’ont point aggravé son état antécédent. M. Pierre, médecin, lui donne ses soins, et le malade m’a assuré que si, à l’avenir, des douleurs musculaires venaient à le faire souffrir, il ne balancerait pas à se laisser acupuucturer, quoiqu’il ne fût plus disposé à se laisser piquer dans les parois abdominales.

§ 6 . Phénomènes d'oxidation de Vaiguille.

Dès ses premières acupunctures, M. J. Gloquet lut frappé de la rapidité avec laquelle les aiguilles

S'oxident , et. personne avant lui n’avait noté ce phénomène; il ne tarda pas non plus à remarquer que l’oxidation variait beaucoup d’intensité. Pensant qu’elle pouvait être liée aux phénomènes de guérison , il fixa notre attention sur ce point. Or , voici ce que nous avons observé avec lui.

Les aiguilles sont ordinairement plus oxidées à la pointe qu’ailleurs. Quelquefois la partie qui plonge dans les tissus est recouverte de toutes parts d’une couche d’oxide ; d’autres fois , elle ne présente que des plaques irrégulières ; le plus souvent les surfaces oxidées sont disposées en zones d’un cinquième de ligne à (ieux lignes de largeur, plus ou moins éloignées les unes des autres (d’une demi-ligne à trois lignes environ). Quand l’aiguille aséjourné pendant plusieurs jours dans les tissus, outre qu’elle est oxidée , elle est aussi baignée par de la sérosité. L’oxidation est ordinairement plus forte quand il sort du sang après l’extraction de l’aiguille. Les aiguilles polies et non détrempées paraissent s’oxider davantage. Pour savoir plus sûrement à quoi nous en tenir à ce sujet, M. J. Cloquet me donna l’idée de faire les expériences suivantes sur Th€tmme sain et sur le cadavre.

I “ Sur le cadavre froid. A midi, j’enfonce deux aiguilles dans la cuisse d’un cadavre d’individu

25 o traité

mort depuis quarante-huit heures. Je les rélire à trois heures et demie sans observer aucun phénomène d’oxidation ; il n’y a qu’une teinte d’un bleu noirâtre à l’endroit où l’aiguille touche la peau ; la partie enfoncée nè présente aucun changement.

Une autre aiguille est enfoncée à une heure dans l’abdomen d’une jeune fille morte depuis • quinze heures. Elle est retirée à trois heures et demie, et ne présente pas de phénomène d’oxidation.

2° Je verse de Teau à cinquante-cinq degrés ( therm. Réaumur) sur deux tranches de chair prises dans lesi parois abdominales td’un cadavre de femme morte depuis‘quarante - huit heures. Ces chairs sont parfaitement fraîches ; cinq minutes après qu’elle est versée l’eau marque trente-, deux degrés, température de Thomme. Je retire alors une des tranches de chairs. A une héure moins un quart j’enfonce deux aiguilles dans chaque tranche, de manière à les percer suivant leur épaisseur ,,et à arrêter la pointe des aiguilles dans la couche musculaire. Sur ces deux tranches j’arme une des aiguilles d’un conducteur métallique, que je fais^longer par son extrémité libre dans un vase de fer-blanc contenant del’eau salée. La température de l’eau est maintenue de vingthuit à trente - deux degrés ; celle de la tranche

DE E’ACÜPÜMCÏÜRE. a5i

exposoe à l'air varie de vingt-cinq à trente-cinq degrés; ' -

k. 'Tvanchè exposée à Tair. A troiAEeures un quart Ibïguille à conducteur retirée ne présente aucun phénomène d’oxidation ; elle est seulement arrosée d’ühe vapeur onctueuse, qui, bien qu’enlevée sür-le-champ , ternit légèrement l’aiguille par le contact de l’air.

E’qiguille'sâàïs conducteur, retirée;, est également très-lirillante,quoîcfüe essuyée sur-le-champ afin d’éüîévér l,a vapeur qui la mouille. Elle se ternit également à l’air. ■ '

R. L’aiguille à conducteur ,' retirée à peu près eîl'mè'iiïeitemps; àé'%s. tranche qui est élans l’eau , présente une ôXidàlion 'extrêmement prononcée dans tottté da partie qui plonge dans les chairs.. Jé'l’essuie*;'âvec Soin, et l’oxidation y persiste-. Qnent à Ici’partie de l’aiguille qui était hoi’s’des cliaii's'v et qui se trouvait dans l’eau, elle n’est point oxidée/ •

'•■•Mi'iguillëisàri's conducleiif est également fortem'ent -oxîdée-; mais la partie hors des ebairS , et qlii'-sO’trouve baignée ptir l’eaù , né l’ëst pas.

- *3'* Sur l’homme tsain. A deux heures moins un qitart jé m’enfonce une aiguille dans le mollet, à la profondeui’-d'un poüéé environ^ La douleur de rihtrodtictiôh est à peine sensible , et je ne sens (ni-’un léger picotement. Au moindre mouvement.

il se manifeste de faibles dovileurs qui me semblent de la nature de celles des crampes ; elles se. prolongent davantage vers l’attache supérieure du muscle soléaire : c’est surtout vers, la pointe de, l’aiguille que je les rapporte , et de légers frémissemens agitent les parties environnantes.

Dans le plus parfait repos, je sens de temps, à autre de faibles élancemens vers là pointe de Taiguille. Quinze minutes se sont écoulées sans qu’il y ait encore d’auréole érythémateuse. Après qua-rante-cinq minutes, une teinte légèrement rosée, se prononce au pourtour de l’aiguille. Au bout d’une , heure j’adapte un conducteur métallique sans ôter l’aiguille, et je le fais' plonger par son extrémité libre dans un vase en fer-blanc, conternant de l’eau salée. L’aiguille reste çn place encore pendant un quart d’heure sans phénomènes particuliers. Enfin, au bout de cinq quarts d’heure, je retire l’aiguille ; elle ne me pirésente! d’autres traces d’oxidation-qu’un cercle filiforme npir, quimarque: jusqu’où l’aiguille a été enfoncée. Deux autres demi-cercles, également noirs et filiformes, partagent en deux parties presque égales la portion de, l’aiguille, qui a été enfoncée ; mais ils sont loin de présenter des surfaces rugueuses, comme dans l’oxidation qu’on remarque chez les malades. Craignant de n’avoir pas examiné d’assez près l’aiguille avant l’acupuncture , et que ces cercles n’existas-

sent déjà au lieu d’être le résultat de cette opération, je m’enfonce de suite dans l’autre mollet une autre aiguille parfaitement brillante.

J’introduis l’aiguille à quatre heures, à la pro-^ fondeur d’un pouce et demi ; je vais même, par inégarde , jusqu’à piquer le périoste du tibia , ce dont Je suis averti parla résistance de l’os. La douleur vive que je ressens me force à la retirer un peu. A cinq heures il n’y a encore aucune trace d’auréole. Pendant le séjour de l’aiguille, mêmes phénomènes que dans le cas précédent. A cinq heures un quart, j’adapte un conducteur métallique : aussitôt après je sens un léger engourdissement dans toute la jambe (phénomène qui peut tenir, au reste, à ce qu’au mointlre mouvement l’aiguille est tiraillée par le conducteur qui est fixé au vase). Un quart d’heure apres; l’aiguille est retirée, et je sens dans le mollet un léger engourdissement qui ne se dissipe qu’une heure après. L’aiguille ne présente pas d’autrès traces d’oxidation que de petits cercles noirâtres, comme dans le cas précédent ; ils sont cependant cette fois un peu plus larges et plus multipliés (6 à 8).

Ne peut-on pas conclure de ce qui précède ; 1° que, sur le cadavre, une température élevée est nécessaire à Toxidation de l’aiguille ; 2° que, sur le vivant, elle est ordinairement très-prononcée dans le cas de douleurs, tandis qu’elle l’est à

peine chez l’homme sain? L’oxidation serait-elle relative à l’intensité des douleurs? Aiumt-elle quelques rapports avec les phénomènes de guérison? Certains malades ont présenté une oxida-^ lion de l’aiguille extrêmement prononcée, quoique le soulagement fût à peine sensible ; tandis que quelques autres ont été complètement guéris, quoiqu’il y eût à peine des traces d’oxidation. Ont se rappelle d’ailleurs que les Chinois se servent avec succès de métaux très - dilBcilement oxidables; cependant j’ai souvent remarqué que, dans le coui’s d’un traitement, l’oxidation diminuait avec les douleurs, tandis que celles causées par la piqûre augmentaient. Si donc il n’est pas prouvé que l’oxidatiqn de l’aiguille soit liée aux phénomènes cle guérison, il semblerait du moins que ces phénomènes sont plus ou moins entravés quand l’aiguille est couverte d’oxide. S’il en était ainsi, on devrait se servir de préférence d’aiguilles en or ou en argent. Ce point de l’histoire de l’acupuncture mérite de nouvelles recherches.

§ 7. Phénomènes physiques de Vacupuncture.

M. J. Cloquet ayant soupçonné que dans l’acupuncture l’aiguille pouvait agir à la manière des pointes, soutirer un fluide particulier dont l’accumulation aurait été la cause de la douleur.

m L’ACUPUNCTURE. 2 55

il fallait, pour s’en assurer , faire des expériences. Le 24 décembre 1824, MM. J. Cloquet et Pelletan constatèrent sur des malades l’existence d’un courant galvanique au moyen du multiplicateur de Shweiger (1). Je voulus m’assurer de mon côté s’il y avait également un courant galvanique lorsqu’on faisait les expériences sur le sujet sain ; et pour cela, je m’introduisis une aiguille dans les chairs du mollet, et j’observai les memes oscillations de l’aiguille aimantée.

Je m’enfonçai ensuite une seconde aiguille dans l’autre mollet, de manière à ne traverser que la peau, et j’y adaptai le conducteur que je tenais dans la bopclie ; mais je n’aperçus aucune oscillation ; ce qu’on explique eh disant que les courans partant des deux aiguilles se font équilibre.

Je voulus savoir ce qu’il pouvait en être sur le cadavre froid. Je n’observai aucune oscillation ; celles-ci, au contraire, devinrent très-prononcées quand j’avais soin de porter de vingt degrés à quarante la température des parties de cadavres dont je me servais.

De ce qu’il n’y a pas de phénomènes galvaniques sur le cadavre froid ; de ce qu’il y en a sur le cadavre chaud, et sur l’homme sain comme sur l’homme malade, on peut, je crois , conclure que

(1) M. Pouillet a fait ([uelques jours apres une série d’expériences intéressante? qu’il a fait connaître.

les phénomènes galvaniques sont en rapport avec ceux de Toxidation de l’aiguille ; qu’ils sont probablement étrangers aux effets thérapeutiques de l’acupuncture. On admettra d’autant plus volontiers cette opinion , qu’en lisant la note de M. Pouillet, on voit que des aiguilles de platine, d’dr, etc., ne s’étant pas oxidées , il n’y à pas eu non plus de courant galvanique. Cependant, dans ces cas, nous n’avons pas remarqué de différence sous le rapport thérapeutique (i).

g 8 . Théorie,

Après afoir examiné les phénomènes chimiques et physiques de l’acupuncture, je crois naturel de placer ici les diverses théories qu’on a établies.

Je-ne conçois pas comment on a pu aussi généralement attribuer les effets de l’acupunture à une action dérivative : quant à moi, il m’est impossible d’admettre cette opinion d’après les considérations suivantes :

1° La piqûre présente à peine des traces d’irritation inflammatoire , même quand l’aiguille à séjourné plusieurs jours dans les parties, et cepen-

(i) On a remarqué que pendant les expériences galvaniques, presque toujnursles malades se sontplaints d’élancemens très-vifs à l’aiguille. Une faut pas, je crois, chercher la cause de ce phénomène ailleurs que dans les mouvemens qu’on imprimait involonlaii cment à l’aiguille.

Raiit alors on a. vu l’effet avantageux devenir de plus en plus prononcé.

2° Assez souvent l’introduction et le séjour de l’aiguille sont accompagnés de si peu de douleurs , quoique le soulagement soit complet, que j’ai entendu plus d’un malade demander s’il avait encore les aiguilles.

3° Quand il y a ele la douleur à l’aiguille, elle SC manifeste le plus souvent par des élancemens instantanés ; quand elle est continue , elle est en général moins forte que les douleurs produites par la maladie ; et il n’est pas rare de la voir diminuer et cesser en même temps que celles-ci.

4“ Plus d’une fois, j’ai vu les douleurs cesser aussitôt après l’introduction de l’aiguille : or, je ne pense pas qu’on puisse attribuer un effet aussi rapide à une dérivation ordinaire ; ce phénomène ne peut guère provenir que d’une action sur un fluide extrêmement subtil, quel qu’il soit.

5° Quand on a fait un usage répété des aiguilles, leur présence occasione toujours des douleurs de plus en plus vives ; mais je n’ai pas remarqué que l’effet fût alors plus prompt ni plus complet : j’ai même quelques raisons de croire le contraire.

6 ° Ni l’auréole érythémateuse ni son intensité ne m’ont paru être toujours en rapport avec les effets de l’acupuncture.

7° S’il était vrai que l’acupuncture fût un moyen

a58 TRAITÉ

irritant, elle ne ferait qu’exaspérer les douleurs y puisqu’on introduit presque toujours Taiguille dans le point le plus douloureux ; et cependant on voit souvent que lors même qu’il y a à peine de la douleur à la piqûre, les douleurs produites par la maladie ont disparu au bout de quelques minutes.

8 ° L’acupuncture a réussi dans les cas où avaient échoué le moxa, les vésicatoires, dont l’application est incomparablement plus douloureuse. Le sentiment d’engourdissement qui suit la disparition de la douleur, l’apparition instantanée, dans d’autres cas, de douleurs- dans des points plus ou moins éloignés , quelquefois de l’autre côté du corps, doivent encore faire regarder l’action de l’acupuncture comme spéciale, et tout-à-fait différente de celle des dérivatifs.

9° Ordinairement, à peine a-t-on introduit l’aiguille dans l’épaisseur d’un muscle contracté spasmodiquement, qu’il reprend aussitôt sa souplesse naturelle ; quand , au conti’aire , on pique un muscle dans son état sain, n’entre-t-il pas aussitôt en contraction, mêrne chez un sujet qui vient de mourir ?

lO® Pourquoi des aiguilles, des épingles , d’autres corps métalliques aigus , ont-ils été trouvés au milieu des tissus, et sont sortis à travers la peau sans traces d’inflammation ; tandis que tout autre eoi’ps non métallique y détermine des inflam-

mations suivies de suppuration? Quoi qu’il en soit, M. J. Cloquet pense que l’acupuncture agit autrement que les dérivatifs ordinaires. Cette idée l’occupait quand, tenant entre les doigts l’extrémité libre d’une aiguille implantée dans les tissus, il crut sentir un frémissement dans les doigts, et même dans le bras ; ce qui lui fit soupçonner que les effets de l’acupuncture pouvaient tenir au dégagement d’un fluide particulier. Plusieurs malades ont parlé d’un courant qu’ils sentaient se diriger vers l’aiguille (1).

Des l’echerches faites à ce sujet ont prouvé depuis que le fluide galvanique qui se dégage dans cette opération est étranger à ses effets thérapeutiques , et qu’il dépend de l’oxidation de l’aiguille. On ne peut cependant pas pour cela rejeter la théorie de M. J. Cloquet, parce qu’il faudrait aussi prouver qu’il ne se dégage pas alors un autre fluide d’une nature spéciale dont l’existence dans notre économie ne pourrait être constatée que

(i) Quelques personnes n’ayant point ressenti cet engourdissement , ont commencé par nier la sensation particulière que M. J. Cloquet et plusieurs autres me'decins ont e'prouve'e, en tenant pendant quclc|uc temps enire les doigts l’extrémité libre d’un conducteur métalli([ue fixé à l’aiguille ; mais cette sensation me semble mise hors de doute , par le dégagement de galvanisme qui se fait pendant l’opération , dégagement prouvé par le galvanomètre et paraissant dépendre du phénomène d’oxidation do l’ai-

a6o . TRAITÉ

par des instrumens plus délicats ou diflerens, et qui manquent encore à la physique. Attendon-s donc de nouvelles recherches pour conGrmer on infirmer cette théorie, que M. J. Cloquet n’admet encore que comme une hypothèse.

M. Pelletan pense que les effets de l’acupuncture ne sont pas liés aux phénomènes galvaniques, et que le courant extérieur n’est qu’un phénomène accessoire de cette opération. Voici ce qu’il en dit à ce sujet dans la Revue médicale française et étrangère :

« Il paraît certain que l’innervation naturelle peut être remplacée par un courant galvanique (Wilson Philipp. ). On a cru voir qu’une lame métallique réunissant les deux extrémités d’un nerf coupé , permettait le passage de la cause de l’innervation. On a vu qu’un conducteur métallique , réunissant les extrémités d’un nerf divisé, donnait des signes de la présence d’un courant galvanique (Edwards). On s’est assuré que les nerfs , assez bien isolés pour rester le siège d’un courant quand,le cercle nerveux est complet, agissaient pourtant à une certaine distance autour d’eux (Edwards). On a expliqué la contraction musculaire par l’existence de courans dans des nerfs parallèles (Prévost et Dumas). On a distingué des nerfs du ihouvement et des nerfs du sentiment, ayant dans la moelle-épinière une origine

DE L’ACUPUNCTEllE.

' iiGi

'distincte ( Bell et Magendie ). On a été plus loin , et l’on a vu dans le cerveau les deux sources de cette double origine par la duplicature des deux substances (Laurencet).

« 11 est donc permis d’admettre : i ° que des nerfs dillérens , mais qui se retrouvent ensemble dans toutes les parties de l’organisation, sont le siège de courans opposés d’un fluide qui se comporte comme le galvanisme ;

« 2° Que le cerveau et ses annexes sont les appareils par lesquels ces courans sont entretenus ;

« 3° Que l’innervation dépend de la rencontre de ces courans opposés dans le tissu intime de chaque organe.

« Cela posé, une aiguille métallique étant introduite dans les parties molles, rencontrera nécessairement un certain nombre de ces filets nerveux, siège de courans opposés : en qualité de plus court et de meilleur conducteur , elle réunira immédiatement ces courans, qui , dès lors , cesseront de traverser les organes où sé, rendent ces filets nerveux.

a De semblables suppositions expliqueraientd’une manière parfaitement satisfaisante tous les phénomènes de l’acupuncture ; la douleur serait diminuée ou guérie, parce que l’on aimait diminué l’innervation en arrêtant un certain nombre des courans qui la déterminent.

« Le mode particulier de l’oxidation de l'aiguille dépendrait du siège et de la nature des courans qu’elle aurait rencontrés.

« La grande variété des effets obtenus serait déterminée par le hasard des rappor-ts de l’aiguille avec les filets nerveux.

« L’engourdissement serait la suite de la diminution dans l’innervation.

« Le lieu, la profondeur et la direction de la piqûre influeraient considérablement sur les effets; et il deviendrait essentiel de les déterminer exactement par expérience pour chaque cas, en s’aidant des connaissances anatomiques , tandis que les Chinois n’ont pu le faire que par un long empirisme.

O On pourrait même concevoir qu’une communication facile et prompte entre quelques-uns des nombreux conducteurs nerveux qui seraient le siège de courans opposés, diminuât l’innervation générale de manière à produire, soit un calme général, comme on l’a souvent observé, soit un degré de faiblesse qui puisse aller jusqu’à la lipothymie.

« Il y a, du reste , deux manières de considérer la douleur dans cette hypothèse : i° elle peut être liée à un surcroît d’innervation dans le tissu des organes, ou à des courans trop rapides et trop abondans, que la présence de l’aiguille fait cesser ;

DE L’ACÜPÜNCTUHE. 265

v 2“ Elle peut dépendre, au contraire, d’un obslacle organique au passage des courans d’un système de nerfs dans l’autre ; et, dans ce cas, elle serait produite par l’innervation inaccoutumée et morbide des parties organiques qui entourent les conduits nerveux, et qui recevraient d’autant plus d’influence que le cercle nerveux serait en partie interrompu. Dans cette dernière supposition, les aiguilles auraient pour effet, en établissant des communications complètes, de faire cesser les influences latérales. »

M. Pelletan, pour prouver la justesse de cette explication, conseille, en terminant, de pratiquer l’acupuncture avec des aiguilles faites de corps mauvais conducteurs de l’électricité, ce qui serait au reste, assez diflicile ; mais il me semble que, dans ce cas ; loin de faire cesser les douleurs , elles devraient au contraire en produire autour d’elles.

M. Berlioz avait déjà bien senti que l’acupuncture ne pouvait être regardée comme un moyen dérivatif, quand il dit « qu’elle agit en stimulant les nerfs, ou en leur restituant un principe dont ils étaient privés par l’elfel de la douleur. » D’après ce qui précède , on voit que M. Haime approcha très-près de la vérité quand, dans son intéressante notice sur l’acupuncture , il posa la question suivante : « Peut-on admettre , d’après

les médecins qui regardent les douleurs nerveuses comme le produit de l’accumulation vicieuse dans la partie qui en est le siège, du Iluide qu’on dit parcourir les nerfs; peut-on, dis-je, admettre'que dans ce cas l’acupuncture agisse en favorisant la libre circulation de ce fluide , et en débarrassant ainsi ces organes de la surcharge qui exaltait ou pervertissait leur sensibilité? »

C’est très-probablement là la manière d’agir de l’acupuncture, soit qu’elle soutire le fluide morbide , comme le pense M. J. Cloquet, soit que , conformément à l’opinion de M. Pelletan, elle en interrompe le cours, ou bien encore qu’elle le répande dans quelques tissus voisins, autres que les nerfs, d’où il irait ensuite se perdre dans le sol.

Je dois rendre compte ici d’un phénomène observé sur moi-même : m’étant, il y a quelques jours, trouvé indisposé au point que mes forces étaient considérablement diminuées , je ressentis pendant un jour et demi une sensation particulière aux deux mollets , où, plus d’un mois auparavant, je m’étais plusieurs fois introduit des aiguilles, pour faire quelques expériences. Il y avait dans les muscles de ces régions plus de faiblesse dans l’étendue de trois à quatre pouces. Je sentais bien qu’à l’endroit même .des piqûres la faiblesse était plus grande, et qu’elle diminuait à mesure que mon doigt s’en éloignait ; les fibres

DE L'ACUPUfsCTUllE.

étaient moins aptes à se contracter. Pendant la marche, j’étais obligé de traîner un peu les Jambes, que j’avais de la peine à fléchir, et qui me semblaient plus pesantes qu’à l’ordinaire. A chaque pas je sentais un faible engourdissement dans les environs des piqûres. Cet état disparut le lendemain , à mesure que les forces me revinrent.

Les aiguilles ayant été introduites dans l’état sain, y aurait-il eu soustraction d’un fluide nécessaire à l’exercice des fonctions des muscles, fluide qui n’aurait pas encore été remplacé?

TllAITÉ

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