INTRODUCTION XIII
désaccord entre Télément laïque et rélément ecclésiastique, la question est portée devant le corps des anciens. En outre, toute décision importante devait être sanctionnée par le magistrat.
Cette constitution s'étendit en dehors de Strasbourg. Elle fut adoptée par les barons de Fleckenstein et la noblesse immédiate de la Basse- Alsace.
Dans les autres seigneuries composant l'Alsace, ou les régions limitrophes telles que le pays de Montbéliard,le partage d'attributions entre le seigneur et la communauté fut d'autant plus large au profit du premier, que le gouvernement était plus personnel, — pourvu cependant que le prince lui-même fût protestant.
La paroisse est bien représentée par des anciens qui y maintiennent le bon ordre, mais c'est au Consistoire général ou Conseil ecclésiastique qu'appartiennent vraiment tous les pouvoirs : discipline et juridiction, administration du temporel de rEglisc, liturgie, nomination des pasteurs et des maîtres d'école, et ce corps, c'est de délégués du prince et d'un certain nombre de pasteurs, d'ordinaire aussi désignés par lui, qu'il est formé. L'un des membres ecclésiastiques du Consistoire exerce sur les paroisses, avec le titre d'inspecteur ou de surintendant, le droit de contrôle et de surveillance qui, à Strasbourg, était départi au corps des anciens et à une commission de censeurs.
Parfois, le ressort du Consistoire est assez étendu pour qu'il faille des inspecteurs multiples. Ainsi, au xviii^ siècle, la seigneurie comté de Hanau-Lichtenberg avait à sa tête un Consistoire qui exerçait son autorité sur huit bailliages, desservis par plus de soixante pasteurs et groupés en cinq inspections ecclésiastiques (Bouxwiller, Hatten, Ingwiller, FfaffenhofFen et Westhoffen).
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Par une anomalie assez étrange, mais tout apparente et fort explicable, la constitution redevenait démocratique, les fidèles rentraient en possession de leurs droits et libertés quand le prince était catholique. Les droits cpiscopaux n'avaient pu alors lui être remis ; ils avaient passé tout entiers au Consistoire, sous la seule réserve d'un droit de haute tutelle politique. C'est de cette situation privilégiée que TAlsace bénéficia quand, incorpo-rée à la France, elle passa sous l'autorité de souverains catholiques, puisque le traité de Westphalie maintint solennellement les protestants d'Alsace dans leurs libertés et leurs droits acquis. Strasbourg, de son côté,quelques années plus tard, par la capitulation de 1681, obtint la reconnaissance formelle et la consécration de son régime religieux. Quant au pays de Montbéliard, il ne fut réuni à la France qu'en 1793.
Toute cette région échappa donc aux désastreux effets de la révocation de TEdit de Nantes, laquelle ne fut jamais enregistrée au Conseil souverain d'Alsace. Des tentatives furent faites, il est vrai, par la Cour, le clergé, la magistrature, pour éluder les traités, mais elles se brisèrent contre l'attitude résolue de la population luthérienne d'Alsace. Ni les appâts ne purent la séduire, ni les menaces ne purent l'intimider ; à Strasbourg, les Jésuites en furent réduits à a délibérer s'il fallait prier le roi d^eniployer les douces pioleuces dont on s est servi en France y>; euphémisme génial d'un programme de conversion en masse qu'ils remirent au préteur royal Obrecht (i685-i70i)(i).
Ainsi arriva-t-il que l'Alsace comptait, avant et r.près la Révolution, une nombreuse population luthérienne et put, d'accord avec Montbéliard et l'Eglise réformée de France, prendre une part
(i) Publié par Hemiann. Notices hislcriqucs sur Strasbourg, T. I, p, 179-181. Strasbourg, 1817.
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active à la réorganisation de Tan X, si bien que le premier oratoire luthérien créé en 1806 à Paris fut rattaché par décret à TEglise consistoriale du Temple neuf de Strasbourg.
Qu'était elie-méme TEglise de Paris à cette époque, et qu"est-elle devenue depuis lors ? Esquissons-le rapidement.
En Tan X, il n'existait à Paris ni paroisse ni consistoire de la Confession d'Auo;sbouror. Ce n'est pas que les luthériens ne s'y comptassent déjà par milliers, mais c'est que, durant le siècle écoulé entre la révocation de TEdit de Nantes et TEdit de tolérance, ils avaient dû chercher asile dans les chapelles des ambassades étrangères. Là, sous Tégide des ambassades de Suède, de Danemark, cle Hollande, d'Angleterre, ils retrouvèrent un service religieux, ils réussirent à se marier (c'était un mariage « à l'étranger »), à faire baptiser leurs enfants, ils parvinrent à échapper à la loi draconienne qui commandait de jeter à la voirie les corps des religion naires. Jusqu'à la loi du 20 septembre 1792, l'état civil des luthériens de la capitale française fat tenu par les chapelains étrangers. Un modeste serviteur de l'Eglise, le sacristain Kobler, a relevé sur les registres de l'ambassade de Suède et de Danemark 869 mariages et 893 baptêmes célébrés depuis 1680 et ce chiffre est de beaucoup inférieur à la réalité, plusieurs registres s'étant perdus. Les 869 mariages concernent 793 Français ou Françaises.
Après même qu'en 1792 la tenue de l'état civil eût été confiée aux municipalités, c'est dans une chapelle étrangère que le mariage religieux des luthériens se célébrait. Notre grand naturaliste Çuvier ne fut-il pas marié en i8o3 par un
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chapelain Scandinave, comme l'ont été l'orientaliste Kieffer et le célèbre industriel Oberkampf ? Et n'était-ce point là une anomalie étrange dans un pays où, par la loi organique de l'an X(i8o2), le culte luthérien était reconnu par l'Etat au même titre que le culte catholique et le culte réformé ? Napoléon ne put manquer d'en être vivement frappé.
Dans le même décret où, le 22 juillet 1806, il ordonnait de déposer aux actes de l'hôtel de ville un extrait général des registres tenus par les chapelains étrangers, il chargea le ministre des cultes de lui présenter un projet d'établissement d'une église consistoriale ou d'une succursale luthérienne à Paris. En attendant, et dès le i5 août suivant, il concéda, par un autre décret, aux luthériens de Paris, un oratoire ou maison de prières.
Deux années s'écoulent, durant lesquelles la Communauté ne reste pas inactive. Elle compte dans ses rangs des hommes que leur rare mérite avait élevés aux plus hautes fonctions de l'Etat, le général comte Walther, grand chambellan de l'Empereur, le général Rapp, le comte Otto de Mosloy, conseiller d'Etat et ambassadeur.
Le 2 5 février 1808, le général Walther, en fonctions aux Tuileries auprès du Souverain, lui remit, en l'appuyant de tout le poids de son influence, une pétition de la communauté luthérienne rappelant les promesses faites et sollicitant avec instance la création d'une Eglise consistoriale et de deux postes de pasteur. Deux décrets suivirent coup sur coup, Tun du 20 juillet 1808 affectant au culte luthérien Tancienne Eglise des Carmes, rue des Billettes, l'autre du 1 1 août instituant la Consistoriale de Paris.
Le premier Consistoire fut élu, conformément à la loi de germinal, le 21 octobre; deux pasteurs,