‹ Traité de l'age du chevalChapitre 1 sur 11 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le mémoire sur l'âge des chevaux fut imprimé pour la première fois dans le recueil de médecine vétérinaire, numéros de janvier, février et mars 18M. L'auteur étant décédé l'année suivante, je me déterminai, d'après de vives instances, à faire réimprimer cet opuscule, l'un des premiers essais d'un fils unique , sur lequel je fondais les plus douces espérances, et qui s'était déjà montré avec quelques avantages dans le professorat. Cette deuxième édition , totalement épuisée, parut en 1828, et elle était accompagnée de deux planches lithographiées , destinées à faciliter l'intelligence des préceptes émis. Dans la préface placée en tête, j'ai exphqué les motifs qui m'avaient décidé à surveiller la réimpression du mémoire, et à y faire quelques changemens. Je ne rappellerai pas ici ce que j'ai dit à ce sujet.

L'édition que je publie aujourd'hui est plus étendue que les deux premières : non-seulement elle renferme diverses observations nouvelles sur l'iigo du cheval et autres monodactyles ; elle comprend encore la connaissance de l'âge des animaux ruminans, ainsi que du chien et du porc. Cette dernière partie, qui ne se trouve pas dans les deux premières éditions, fait suite aux détails concernant le cheval,

que j'ai pris pour type de comparaison. Cette manière de procéder est la même que celle suivie dans l'anatomie Tetérinaire et dans le traite du pied ; elle est aussi la plus simple, la plus convenable pour des descriptions qui doivent embrasser plusieurs (jenres d'animaux. La partie relative à l'âge du che* val et qui est l'ouvrage de mon fils , est reproduite avec plusieurs changemens et additions ; elle comporte des dëveloppemens fort étendus, et qui laissent peu à désirer ; tandis que la partie consacrée à l'âge du bœuf, du mouton , du chien et du cochon, se trouve réduite aux notions les plus simples. Il devait en effet suffire d'indiquer les principales différences des dents de ces derniers , comparativement aux dents du cheval , type des observations. Toutefois , cette troisième édition aura le précieux avantage de comprendre l'âge des principaux quadrupèdes domestiques , et elle formera ainsi un traité complet sur la matière.

J'ai fait connaître, en 1828, les circonstances qui me déterminèrent à faire des recherches sur les dents des animaux domestiques ; j'ai parlé d'une collection de pièces anatomiques que j'avais formée pour atteindre plus sûrement mon but ; j'ai même relaté celles de ces pièces qui me paraissaient offrir un intérêt tout particulier. Lesévénemens politiques de 1814 causèrent la dispersion de cette collection, qui m'avait coûté beaucoup de peines et de soins.

Des motifs qu'il est inutile de rapporter ici m'avaient mis, en 1811, dans la nécessité de prendre date pour quelques observations nouvelles sur l'organisation , raccroissement et l'usure des dents iuci-

sives du cheval. J'adressai à cet effet à M. Tessier, de l'Institut , une lettre qu'il fit insérer dans les A71nales de V Agriculture française, tome XLYl. Il m'importait surtout de faire connaître les diverses nuances que présente la dent après le rasement , et de prouver que , contre l'opinion généralement admise, elle marque toute la vie, tant qu'elle est implantée dans l'alvéole maxillaire.

Dans les premiers temps de sa formation , l'incisive du cheval représente un corps celluleux , dont les parois minces , molles et membraniformes prennent promptement de la dureté, de l'épaisseur : en se réfléchissant du côté de la table . cette première production dentaire donne lieu à deux cavités , qui n'ont entre elles nulle communication , et diffèrent sous plusieurs rapports l'une de l'autre. La plus grande , placée du côté de la racine [pi, I^, fuj. 14 et 16), contient la substance pulpeuse, tandis que la cavité extérieure est béante, et constitue le cornet de réflexion. Cette même production dentaire se transforme en émail , qui ne tarde pas à être recouvert à ses deux surfaces par la substance osséiforme : celle-ci s'incruste en plus grande quantité du côté de la racine, et ne remplit jamais complètement le cornet, dont la cavité ne devient rase que par l'effet du frottement.

Après avoir éprouvé un certain degré d'usure^ l'émail de l'incisive se trouve divisé en deux parties : l'une extérieure ou l'émail d'encadrement; l'autre intérieure et centrale, qui circonscrit le cornet. Étant plus dure et plus résistante que la substance osséiforme qui l'entoure de toutes parts, l'émail

central forme une légère exubérance isolée sur le milieu de la table. A mesure que l'usure avance, le restant du cornet , ou mieux l'émail central , prend diverses formes, se rapproche du bord postérieur de la dent , et finit par disparaître complètement : alors la table devient lisse, polie, et se trouve nivelée. Ces considérations anatomiques que je ne fais qu'énoncer, et qui fournissent diverses indications pour la chronométrie de l'âge , ont été plus amplement développées dans le texte du mémoire.

L'âge des animaux domestiques , surtout des herbivores, est un objet important, essentiel pour la connaissance de leur extérieur ; c'est aussi la partie à laquelle s'attachent plus particulièrement les amateurs et les commerçans de chevaux. Lorsqu'il s'élève quelques contestations sur le nombre des années que peut avoir un cheval ou un bœuf, l'on a ordinairement recours aux lumières d'un vétérinaire. En effet, l'élève sorti des écoles, et qui se livre à l'exercice de la médecine des brutes , n'est pas seulement appelé à traiter et guérir les maladies , il est encore consulté sur le choix et l'acquisition des animaux. Les connaissances médicales et chirurgicales ne lui suffisent donc pas ; il faut encore qu'il sache distinguer tous les signes extérieurs qui caractél'isent la beauté et la bonté de l'animal et peuvent faire préjuger de la solidité et de la durée de ses services ; il doit connaître toutes les nuances propres à marquer les périodes annuelles de la vie de l'individu : il doit surtout savoir apprécier les diverses anomalies , établir les rapprochemens nécessaires , tirer enfin des inductions exactes sur le nonibre des

années. Le défaut de notions positives sur ces points inaportans peut l'exposer à des contradictions désagréables, nuire à sa réputation, et le perdre ménrie dans l'opinion publique. A force de voir, de manier et d'exercer des chevaux, beaucoup d'hommes acquièrent, sans études préliminaires, un tact particulier pour les juger à fond, promptement et sûrement. Quelques-uns parviennent même à distinguer parfaitement l'âge jusqu'à huit ans. Ces connaissances ne sont à la vérité que routinières et empiriques ; mais elles suffisent pour mettre en défaut le vétérinaire qui aura mal jugé , soit par manque d'instruction , soit par le peu d'habitude d'appliquer les principes enseignés.

Les changemens successifs qu'éprouvent les dents incisives pendant tout le cours de la vie , constituent le chronomètre incontestablement le plus sûr, pour marquer le nombre des années des grands quadrupèdes domestiques. Les autres signes extérieurs ne sont ni assez prononcés , ni assez constans, pour préciser leur âge ; ils peuvent tout au plus indiquer les principales époques de la vie. Ainsi , les deux premières années du poulain se font remarquer par k petite taille du sujet, par la conformation générale de son corps , par l'état de ses poils , par la manière même dont le jeune animal se comporte. Les parties extérieures d'un poulain qui n'a pas dépas se 18 à 20 mois , n'ont ni ces contours , ni ces rapports harmoniques que l'on observe dans le cheval adulte de la même race ; elles sont généralement empâtées, et semblent dérober les éminences osseuses qui n'ont pas encore acquis tout leur développement. Pendant

laires supérieures sont chassées au dehors. Le maxillaire semble se rapetisser , ses branches surtout s'amincissent, deviennent étroites et sa partie inférieure prend une direction droite. Lorsque les animaux sont fort âgés , la lèvre inférieure reste pendante (1) ; les poils de certaines robes , tels que le gris, le noir, le rouan, le bai brun, etc. , grisonnent , et ces changemens ont lieu plus particulièrement à la tête , autour des yeux , aux tempes , au pourtour des naseaux , etc.

La connaissance de l'âge du cheval par l'inspection des dents remonte à des temps très-reculés, puisque les plus anciens auteurs en parlent comme d'une chose connue bien avant eux. Les Grecs et les Romains savaient parfaitement que le nombre des dents est de quarante dans le cheval et de trente-six parfaites dans la jument; que toutes les incisives sont caduques et remplacées à partir de trente mois à cinq ans; que les crochets ou angulaires des chevaux font leur éruption de quatre à cinq ans ; qu'à huit ans, toutes les incisives se trouvent rasées et deviennent agnomones, c'est-à-dire qu'elles cessent ^ de marquer.

Les anciens avaient également remarqué quelquesuns des changemens qui surviennent aux dents après l'âge de huit ans. Dans l'extrait des auteurs grecs , par J. Jourdin, on lit le passage suivant : « Sur la )> fin de la huitième année on commence à ne plus » discerner l'âge préfix du cheval , mais bien à re-

(1) La lèvre inférieure devient aussi pendante chez les vieilles brebis.

» cognoistre la vieillesse : ce qui se remarque par » les dents canines (crochets), lesquelles, pendant la w jeunesse, sont lon^jues et aiguës, et en yieillesse w elles sont rases et cmoussëes , particulièrement w celles d'en bas, et sont en ce temps-là marquées » d'une petite noirceur au milieu; ce qui dure, » selon l'observation de quelques-uns , jusqu'à la » douzième année , auquel temps les dents commen- )) cent à se jeter en dehors , et s'engrossissent par » dedans (1). » Les auteurs postérieurs , tel que Solleysel, Garsault, Lafosse, Bourgelat, Sind, Prizelius, Brugnone, Walstein, Pessina, Fechner, etc., n'ont fait , pour ainsi dire , que commenter , plus ou moins étendre et diversement appliquer les remarques des anciens ; mais aucun d'eux n'a tenu compte de la petite noirceur, qui , selon Jourdin , se montre après le rasement dans le milieu de la table , et subsistent jusqu'à douze ans ou environ. Cette marque noirâtre était évidemment produite par le cornet dentaire , qui prend des formes particulières et disparaît vers la douzième année.

La première période de l'âge du cheval , celle de la gnomonie des Grecs, et qui va jusqu'à huit ans exclusivement , est indiquée par l'éruption et le remplacement des incisives , et par le rasement de leur cavité extérieure. La période qui suit et qui dure tout le restant de la vie, offre aussi deux époques distinctes : la destruction du cul-de-sac du cornet dentaire, et l'usure de la portion radicale de la dent.

(1) La vraie connaissance du cheval, ses maladies et remèdes; parJ. J. D. E. M., 1647, p. 10.

Pendant la première de ces deux dernières époques, la partie restante du cornet , d'abord alongëe d'un côte à l'autre , devient successivement ovalaire , triangulaire et ronde. Quelque temps avant sa destruction complète , et pendant sa période de rotondité , il apparaît , entre l'émail central et celui d'encadrement, un point coloré : c'est l'étoile dentaire ; et cette étoile prend diverses formes , diverses teintes, se perfore quelquefois, et présente alors un trou noir, qui est toujours l'indice d'un âge fort avancé (1).

En étudiant bien les marques produites par le cornet et par l'étoile dentaires , en notant exactement l'apparition et la durée des nuances diverses et successives qu'offrent ces marques , l'on peut distinguer l'âge des vieux chevaux , d'après des bases presque aussi sûres que celles fondées sur l'éruption,et sur le rasement. D'ailleurs, la direction des dents et la forme de leur table fournissent des rapprochemens importans pour rectifier les variations ; et ces rapprochemens deviennent surtout utiles après la destruction du cornet dentaire ; car l'étoile radicale n'est pas toujours très-prononcée et parfaitement distincte. Le professeur Pessina, de Vienne, a expliqué la gradation des années au-delà de huit ans, uniquement d'après la forme que prennent les incisives , au fur et à mesure qu'elles s'usent. Il a distingué quatre périodes successives : l'ovalité , la rotondité , la triangularité et la biangularité. Ses

(1) Voyez la lettre insérée dans les Annales d'ag7ucul(ure , tome XI.VI.

considérations fort étendues, mais trop minutieuses, auraient pu acquérir une plus grande importance et présenter plus d'exactitude, si l'auteur eût fait attention aux marques qui subsistent après le rasement , et s'il eût cherché à établir tous les points de comparaison qui pouvaient le conduire plus sûrement à la vérité. Dans le mémoire livré à la réimpression , l'on a fait tous ces rapprochemens , et les inductions ont été basées , autant sur la forme et la direction des dents, que sur les nuances particulières de l'émail central et de l'étoile radicale.

Quant à la notice qui fait suite au mémoire sur l'âge du cheval , je dois faire connaître les motifs qui en ont retardé la rédaction et m'ont empêché de la donner en 1828. Les notes que j'avais commencé à recueillir dès 1806 , sur l'âge tant du bœuf et du mouton , que du chien , du chat et du porc , ont été égarées pendant un grand nombre d'années. Vainement je les avais recherchées pour que mon fils pût en tirer parti lorsqu'il publia son mémoire en 1824. Je les croyais complètement perdues, lorsqu'un heureux hasard me les fit découvrir en 1832. Ces notes étaient d'ancienne date, et je ne pouvais en faire usage sans les soumettre à de nouvelles vérifications et les comparer avec les écrits sur le même objet. Pour arriver à ce résultat , j'ai dû me livrer à des recherches nombreuses, minutieuses et parfois trèsdésagréables. J'ai mis à contribution la complaisance des personnes qui pouvaient me fournir quelques renseignemens utiles , et je dois à cet égard un tribut particuher de reconnaissance à M. Yeret, mon ancien répétiteur , actuellement vétérinaire établi à

Doullens , qui a vérifié toutes les marques relatives à Fâge du bœuf, et m'a fait part de ses observations particulières. Je citerai aussi M. Rigot, professeuradjoint à l'école vétérinaire d'Alfort. M. Rigot, l'un de mes successeurs dans la chaire d'anatomie et de physiologie, ne s'est pas borné à faire les dessins des planches placées à la suite du texte de l'opuscule , il m'a encore été très-utile pour diverses recherches sur les dents du cheval et du bœuf.

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