‹ Traité de l'albuminurie et du mal de BrightChapitre 46 sur 109 · LES DEUX SEXES · texte numérisé non relu

LES DEUX SEXES

Au-dessous de 5 ans

Üc o à 13 ans

De 15 à 25 ans

De 23 à 33 ans

Do 33 à 43 ans

De 45 à 33 ans

De 33 à 63 ans

De 63 à “5 ans

De 73 ans et au-dessus

Total

Quant aux relations des diverses variétés de néphrites avec l’âge, les formes aiguës ou subaiguës, avec gros reins, bigarrés ou blancs, s’observent surtout dans la jeunesse et l’âge adulte ; les reins contractés, les petits reins appartiennent surtout à l’àge avancé. Cette répartition s’explique naturellement par l’évolution même de ces diverses formes de lésions brigbtiques. Sur 383 cas d’atrophie rénale, Bamberger a constaté que 238 fois les sujets étaient âgés de cinquante à soixante-dix ans. Mais on peut observer des atrophies rénales dans l’enfance et des gros reins rouges ou blancs dans la vieillesse. Dickinson a rencontré le petit rein contracté chez un enfant de six ans; Buhl, à l’âge de deux ans et à l’âge de six ans; Gull etSutton, à l’âge de neuf ans. Nous avons observé deux cas de petit rein rouge granuleux, avec énorme hypertrophie du cœur gauche, chez deux petites filles âgées, l’une de cinq ans et demi, l’autre de trois ans.

Le rôle de l’hérédité a été peu étudié. Nous reconnaissons qu’il est difficile, en présence de la multiplicité des causes morbides capables de léser les reins, de faire la part de l'influence héréditaire. Elle ne nous paraît cependant pas niable dans un certain nombre de faits. En voici quelques-uns que nous avons recueillis dans différents auteurs. Il faut évidemment, pour citer des exemples concluants, éliminer tous les cas de néphrite goutteuse, l’hérédité de la cause n’étant plus à démontrer et expliquant suffisamment l’hérédité des effets.

Eicbhorst rapporte l’observation d’une famille d’artistes, dans laquelle la grand’mère, non goutteuse, succomba à des accidents urémiques

TRAITÉ DK L’ALBLMINURIE

après avoir présenté pendant longtemps les signes d’une affection rénale. La mère est atteinte depuis quinze ans de sclérose rénale ; un de ses tils, pianiste distingué, soigné par Eichhorst, est mort d’urémie. Deux ans plus tard, un autre fils, pianiste de talent, succomba aux mêmes accidents, et sa sœur, âgée de vingt-quatre ans, chanteuse très estimée, présente les symptômes de la néphrite interstitielle (1). Une observation de Ividd n’est pas moins remarquable. Une femme de soixante ans mourut d’une maladie de Briglit datant de longues années. De ses douze enfants, sept sont morts de la même maladie; de cinq qui survivent, deux en sont encore atteints. Enfin deux de ses propres frères sont aussi morts prématurément de la maladie de Briglit (2). Wagner a vu deux fois deux frères qui exerçaient le même métier, fondeurs de caractères d’imprimerie, être atteints de néphrite atrophique. Dans une autre observation, le père et le fils, qui avaient la même profession, furent aussi atteints d’albuminurie chronique (3). Baudet a signalé trois cas observés dans la même famille : chez le père, où l'affection avait succédé à un refroidissement ; chez la fille, où elle aurait été consécutive à une grossesse ; chez le fils, où l’origine n’a pu être déterminée (4).

A ces exemples, nous pouvons ajouter les six observations personnelles suivantes :

Une femme de trente-cinq ans a une albuminurie persistante depuis trois ans, avec polyurie et hypertrophie du cœur. Cette albuminurie remonte à l’enfance, époque à laquelle elle a été constatée par un oncle, médecin. Elle est restée latente jusqu’à l’âge de trente ans, où, à l’occasion d’une grossesse, elle fut de nouveau reconnue par l’accoucheur. Elle n’a donné lieu à des accidents brightiques que depuis trois ans. La mère de cette malade est atteinte d’un mal de Briglit chronique.

Un homme de quarante-neuf ans, goutteux, perd son enfant en 1885, à l’âge de sept ans, d’un mal de Bright subaigu, dont la cause n’a pu être déterminée. L’année suivante, il est pris d’une anasarque généralisée, avec albuminurie abondante, 5 grammes d’albumine par litre. On avait déjà trouvé des traces d’albumine dans son urine plusieurs années auparavant.

Un homme de quarante-deux ans, ni goutteux, ni diabétique, est albuminurique depuis longtemps, avec polyurie, troubles gastriques, hypertrophie du œur. Son fils, âgé de douze ans, est albuminurique, avec poussées d’anasarque de temps à autre, depuis trois ans, 'sans cause connue ; il n’a pas eu la scarlatine.

(1) Eichhoust, Haiulbuch der spec. patli., 1884, II, 62.

(2) Kidd, The Practitioner, 1882.

(3) Wagner, Loc. cit., p. 12.

(4) Baudet, Journ. de méd., Bordeaux.

Une jeune femme de vingt-cinq ans est atteinte de néphrite chronique avec amblyopie, hypertrophie cardiaque, œdème généralisé, albuminurie abondante, polyurie. Son père est mort à l’Age de cinquante et un ans, d’une maladie de Briglit, avec amaurose, anasarquc et phénomènes urémiques. Le grand-père a succombé à une affection mal déterminée, mais après avoir présenté des troubles urinaires, caractérisés par des besoins fréquents d’uriner, l’as de goutte, ni de diabète dans la famille.

Mm0 X..., albuminurique depuis longtemps, meurt en 1885, dans le coma urémique. Sa fille, âgée de 22 ans, est prise d’anémie avec affaiblissement général quelques mois plus tard. Obsédée de la crainte d’être affectée de la môme maladie que sa mère, elle fait examiner ses urines ; on y trouve 0.50 à 0.75 centigrammes d’albumine par litre. L’albuminurie persiste à ce taux depuis plus d’un an.

Une femme de 28 ans est albuminurique avérée depuis trois ans. L’albuminurie a été reconnue à cette époque à l’occasion d’une première grossesse ; l’enfant est venu à terme, vivant. Une deuxième grossesse, il y a dix-huit mois, a été suivie d’une fausse couche à six mois. Cette femme a un frère, âgé de 25 ans, qui est albuminurique depuis deux ans. Pas d’antécédents goutteux dans la famille.

Ces quelques exemples autorisent à affirmer l'influence de l’hérédité sur le développement de la maladie de Briglit. Abstraction faite des cas où la goutte, le diabète, la syphilis, ont amené la néphrite atrophique par transmission héréditaire de la cause, il faut admettre que des parents, atteints de mal de Briglit, peuvent léguer à leurs enfants une tendance à la même maladie. En quoi consiste cette influence héréditaire ? Probablement en une faiblesse congénitale, en une résistance moindre de l’épithélium rénal, qui le prédispose à subir plus facilement l’action nocive des agents morbides capables de léser le rein. C’est ainsi peut-être que peuvent s’expliquer un certain nombre de ces albuminuries, dites physiologiques, survenant à certains moments, à certaines heures, d’une manière intermittente, sans troubles de la santé générale, premier indice de la lésion rénale héréditaire qui, à la longue, aboutira à une maladie de Briglit confirmée.

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