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III. — Albumine des tissus

L’albumine fixe, l’albumine des tissus n’est éliminée par les reins qu’après avoir subi diverses transformations, dont les étapes ou les produits sont représentés par l’urée, l’acide urique, la créatinine et les diverses matières dites extractives. Nous rangeons cependant sous ce titre deux matières albuminoïdes qui se rencontrent, l’une d’une manière constante, l’autre d’une façon accidentelle, dans l’urine, la mucine et l’/ie-

(1) Raxdolph, Acad, of sciences of Philadelphia ( Tlie Lancet , juin 1884, p. 1174).

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moglobine. Nous reconnaissons volontiers que cette division est artificielle et notoirement arbitraire. Car, s’il est vrai que la mucine et l’hémoglobine proviennent des tissus, celle-ci du tissu des hématies, celle-là de la muqueuse urinaire, si môme l’hémoglobine est éliminée par les glomérules comme la sérine ou la peptone, il faut bien avouer que, d’une part, la mucine se mélange à l’urine déjà sécrétée et n’est nullement séparée, comme les autres albumines, par filtration à travers l’épithélium rénal, et de l’autre, ces deux substances constituent des albuminoïdes modifiées et d’une constitution toute spéciale. La mucine, en effet, ne contient pas de soufre; l'hémoglobine contient du fer, et, de plus, est une matière cristallisable. Il y a là des différences considérables qui, chimiquement, ne permettent pas la comparaison avec les albumines dont nous avons parlé. Mais la manière dont ces deux substances se comportent en présence des réactifs des albuminoïdes, les erreurs auxquelles leur présence dans l’urine peut donner naissance, nous font une nécessité d’en donner ici les caractères et les principales propriétés.

A. — Mucine. — La mucine est la substance albuminoïde propre aux différentes variétés de mucus; c’est la mucosine de Blainville (1), le mucus animal de Fourcroy et Yauquelin (2). C’est à la mucine que les mucus doivent leur viscosité plus ou moins prononcée. Elle se trouve dans toutes les sécrétions muqueuses de l’organisme. Elle est toujours en fortes proportions dans les urines fébriles et pathologiques. L’urine normale en renferme d’une manière habituelle, sinon constante, une petite quantité (Hofmeister).

1° Préparation. — La mucine peut s'extraire soit de la glande sousmaxillaire du bœuf, par le procédé d’Obolensky, soit du corps des limaces, par le procédé d’EicInvald, soit encore de la bile de bœuf. Eiclrwald coupe les limaces en morceaux, les exprime dans un pilon, fait bouillir dans de l’eau, filtre la liqueur et précipite la mucine à l’aide de l’acide acétique. 11 lave le précipité à l’eau acidulée, puis à l’eau pure, et le redissout dans l’eau de chaux. La solution est filtrée, puis précipitée de nouveau par l’acide acétique. Le dépôt de mucine obtenu est lavé avec de l’eau acétique, puis avec de l’eau pure (3).

Pour préparer la mucine de la glande sous-maxillaire du bœuf, Obolensky triture la glande dans un mortier, ajoute de l’eau et filtre après douze heures. Le résidu est repris par l’eau, puis précipité par l’acide

(1) De Beainville, Physiologie générale el comparée, Paris, 1829, t. I, p. 32o.

(2) Fourcroy et Vauquecik, Muni, sur lo mucus animal (Ann. de phys. et de chimie, 180.3, t. LXVJI, p. 226).

(.3) Eichwald, Uebor (1er Mucin imbesondere (1er Weinbor^snechUen ( Chentisclie Centra II)., 186G, n° 14),

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acétique en excès. On lave avec de l’eau acétique, puis avec de l’alcool. Le dépôt ainsi lavé est desséché.

2° Propriétés physico-chimiques. — La mucine ainsi préparée forme une masse lloconneuse grisâtre. Elle se gonlle dans l’eau sans s’y dissoudre. Elle est soluble dans les alcalis et dans les eaux de baryte et de chaux. Elle est soluble également dans les acides minéraux concentrés, mais insoluble dans les acides organiques. L’alcool la coagule sous forme de Ilocons blancs; les flocons déposés reprennent au contact de l’eau l’aspect visqueux, gélatiniforme, demi-transparent, qui caractérise la mucine; on sait qu’au contraire la sérine, précipitée par l’alcool, ne reprend plus, au contact de l’eau, l’aspect qu’elle avait primitivement.

3° Réactions. — Une solution neutre de mucine ne se trouble pas par la chaleur; elle reste limpide à l.a température de l’ébullition.

Elle est précipitée par l'acide acétique, et le précipité est insoluble dans un excès d’acide.

L’acide azotique donne aussi un précipité, mais qui se redissout si on ajoute un excès de réactif, il en est de même des acides chlorhydrique et sulfurique.

Les acides citrique et tartrique donnent, comme l’acide acétique, un précipité insoluble dans un excès.

Comme les autres matières albuminoïdes, les solutions de mucine donnent, avec le réactif de Millon, une coloration rouge.

Elles ne sont précipitées ni par le tannin, ni par le sublimé, mais elles sont précipitées par l’alcool.

4° Spermatine. — On peut rapprocher de la mucine une autre matière albuminoïde qui est souvent mélangée à l’urine et dont les réactions tiennent à la fois de celles du mucus et de l’albumine. C’est la spermatine, qui donne au sperme frais sa consistance gélatiniforme.

La chaleur ne coagule pas une solution de spermatine, et l’acide azotique n’y fait naître qu’un trouble à peine appréciable. Mais, comme la mucine, elle est précipitée par l’acide acétique; par contre, le précipité est soluble dans un excès d’acide. Et, comme l’albumine, cette solution acétique précipite à son tour par le ferro-cyanure de potassium (1).

(1) Tl faut signaler ici diverses autres matières albuminoïdes qui ue méritent qu’une mention très courte : les unes, comme la métalbumine et la paralbumine de Schérer, n’ont pas été d’ailleurs trouvées dans l’urine; les autres, la néphrozy nuise de Bécbamp, la letb-albumine de Green, n’offrent que dos caractères très discutables, et leur présence dans l’urine n’a pas été contrôlée.

1° Paralbumine et métalbumine. — La paralbumine a été signalée par Schérer dans le liquide d’un kyste ovarique. Les caractères principaux qui la différencient de la séro-albuminc sont les suivants: 1” précipitation par alcool concentre, et solubilité-flans l’eau du précipité, môme après plusieurs jours de contact avec l’alcool ; 2" coagulation incomplète par la chaleur, même après addition d’acide acétique;

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B. — Hémoglobine. — L'hémoglobine, ou hématocristalline, est la matière colorante des globules rouges. Unie au stroma globulaire (globuline de Denis) elle forme le tissu des hématies. On ne sait dans quel état elle se trouve combinée au stroma; est-elle contenue dans les mailles de la substance globulaire, s’y trouve-t-elle à l’état d’imbibition ou de combinaison chimique? 11 est certain toutefois que l’union des deux matières doit être assez intime, car le sérum dissout l’hémoglobine, et à l’état normal cette dissolution n’a pas lieu, le globule rouge circulant avec le sérum sanguin sans laisser diffuser sa matière colorante.

L’hémoglobine est une combinaison ail >u mi no-ferrugineuse. Sa composition chimique a les plus grandes analogies avec celle des matières albuminoïdes. Ses deux caractères différentiels sont : la présence d’une certaine proportion de fer, et son pouvoir de cristallisation.

1° Propriétés p/ii/sico-chimirjues et réactions. — Les cristaux d’hémoglobine présentent des caractères différents suivant les espèces (1).

.1° précipitation par l’acide acétique et solubilité du précipité dans un excès de réactif (caractère qui la différencie de la mucine). D’après Eichwald, ce corps ne serait qu'un mélange d’albumine, de mucine et d’une substance colloïde, mélange que l’on rencontre habituellement dans le liquide des kystes de l’ovaire.

Schérer a donne le nom do métalb amine à une substance albuminoïde trouvée dans les exsudais hydropiques. La métalbumine présente la plupart des caractères de la paralbumine. Elle s’en distingue parce qu’elle ne précipite pas par le ferro-cyanure de potassium en présence de l’acide acétique.

2” Néphrozymase. — D’après Béchamp, toute urine contient une matière albuminoïde précipitable par l’alcool. Cette matière possède les propriétés des ferments solubles, et transforme l'amidon en sucre, d’où le nom de néphrozymase (Béchamp, Comptes rendus, t. LX, p. 445).. On n’est pas très fixé sur la véritable nature de la substance décrite par Béchamp. D’apres Leube, ce serait un mélange de mucine et d'un corps saccharifiant. En 1863, Cohenheim ( Virchow' s Archiv., Bd 28, p. 241) avait d’ailleurs avancé que la ptyaline, qui transforme l’amidon en sucre, passe dans les urines.

3" Leth- albumine. — Green désigne sous ce nom la matière qui est précipitée d’une manière constante dans l’urino par le bichlorure de mercure ( fi rit . med. journ., 1879, t. I, p. 696). Il la regarde comme un produit d’oxydation de l’albumine inférieur à l'urée, comme une variété de matière extractive, comme un produit mort, d'où le nom de leth-albumen, albumine morte, par opposition avec l’albumine vivante et circulante du sang. Mais Green ne démontre pas que la matière en question soit une albumine. Le bichlorure de mercure ne précipite pas, il est vrai, comme il ledit, l’urée, les urates ni les autres sels de l’urine; elle n’a pas d’action sur la mucine; mais elle précipilo la créatinine, et il est vraisemblable que la lcthalbumine n’est pas autre chose.

(1) Pour obtenir rapidement dos cristaux d’hémoglobine elles étudier au microscope, il suffit d’ajouter à une goutte de sang de chien ou de cobaye un peu d’éther ou de chloroforme et do recouvrir d une lamelle. On peut encore mélanger parties égales de sang défibriné et d eau distillée, ajouter au mélange un quart de son volume d alcool absolu, et laisser reposer à 0” pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures (Preyer).

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La plu part appartiennent au système rhorabique; ceux du cobaye et de l’écureuil appartiennent au système hexagonal. Les cristaux de l’homme sont des prismes ou des tables rhomboédriques. Si la cristallisation peut varier avec les espèces animales, pour une même espèce, la forme cristalline est toujours la même.

Les cristaux d’hémoglobine sont d’un rouge sang, transparents, biréfringents, d’un éclat soyeux. À l’état humide, ils ont l’aspect d’une masse pâteuse d’un rouge cinabre, qui, desséchée au-dessous de zéro, se transforme en une poudre rouge brique.

Ils sont solubles dans l’eau, mais leur solubilité est variable, et d’ordinaire en raison inverse de leur facilité de cristallisation.

Les solutions aqueuses sont d’un rouge de sang pur ; elles se décomposent peu à peu et deviennent brunâtres à une température supérieure à zéro.

Les cristaux sont solubles dans l’eau ammoniacale très faible, dans les eaux de chaux et de baryte, dans les solutions moyennement concentrées de carbonates, de borates, de phosphates alcalins.

Ils sont encore dissous dans l'urine normale, dans les solutions albumineuses très diluées, dans les sérosités, dans la bile.

L’hémoglobine est au contraire insoluble dans l’éther, le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone, les huiles grasses et essentielles. L’alcool faible la dissout, mais non l’alcool absolu, qui se comporte comme l’éther ou le chloroforme.

Les solutions d’hémoglobine donnent par la chaleur un coagulum albumineux entre 64 et 68°.

Elles sont coagulées à froid par les acides nitrique, sulfurique, chlorhydrique, par l’acide chromique, par l’acide métaphosphorique.

Les acides tartrique, citrique, malique, oxalique, les acides gras, l’acide phosphorique, ne précipitent pas l’hémoglobine, mais ils produisent dans ses solutions, d’après Preyer, des décompositions spéciales, en en séparant le fer à l’état d’oxvdule.

Un papier imprégné de teinture de gaïac bleuit au contact d’une solution d’hémoglobine. Si on mélange de l’essence de térébenthine agitée à l’air avec de Ja teinture de gaïac, celle-ci conserve sa couleur jaunâtre; si on ajoute au mélange un peu d’hémoglobine, on voit apparaître une coloration bleu indigo. Cette réaction pourrait être masquée ou amoindrie par de petites quantités de quinine.

Les solutions d’hémoglobine se comportent dans le dialvseur de Graham comme les substances colloïdes; elles ne passent pas à travers le papier de parchemin.

Enfin, les solutions d’hémoglobine possèdent une réaction spectroscopique caractéristique. Si on place devant la fente du spectroscope,

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éclairée par la lumière solaire ou par la llamme d’une lampe à pétrole, une solution concentrée d’hémoglobine, tout le champ visuel est obscurci, sauf la partie rouge du spectre. A mesure qu’on dilue la solution, les différentes parties du spectre deviennent visibles jusqu’au violet. 11 reste néanmoins deux bandes noires, entre les lignes D et E, dans le jaune et le vert; la bande voisine de 1) est plus foncée et plus étroite, l’autre plus large, mais plus diffuse; les deux raies sont séparées par une partie brillante. C’est là ce qu’on appelle le spectre d’absorption de l’hémoglobine. Les raies d’absorption apparaissent nettement avec des solutions à 1 0/0, sous une épaisseur de 1 centimètre; mais elles sont encore visibles avec une solution au millième.

2° Différents dérivés de V hémoglobine. — L’hémoglobine existe dans le sang sous deux états ; à l’état d’hémoglobine oxygénée, ou oxij hémoglobine, et à l’état d’hémoglobine privée d’oxygène, ou hémoglobine réduite. La première prédomine surtout dans le sang artériel, la seconde dans le sang veineux. L’hémoglobine réduite présente une bande d’absorption spéciale. Les deux raies de l’oxyhémoglobine disparaissent et sont remplacées par une bande unique, plus large mais moins accentuée, qui occupe à peu près l’espace compris entre les lignes D et E; c’est la bande de Stokes.

11 existe d’autres variétés d’hémoglobines décrites par Hoppe Seyler, hémoglobine insoluble, méthémoglobine, et divers dérivés, hématine, hématoporphyrine, liématoïdine, etc., sur lesquelles il nous paraît inutile d’insister. Nous ne parlerons que de la méthémoglobine, parce que, d’après Hoppe-Sevler, dans ce qu’on appelle l’hémoglobinurie, la matière colorante du sang ne se trouve dans l’urine qu'à l’état de méthémoglobine. Hoppe-Seyler regarde la méthémoglobine comme un corps moins oxygéné que l’oxyhémoglobine, et plus oxygéné que l’hémoglobine. Toutes les substances oxydantes, ozone, permanganate, nitrite d’amyl, changent l’Iiémoglobine en méthémoglobine. C’est une matière amorphe, très soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et l’éther. Elle se transforme, sous l’inlluence des acides et des alcalis, en albumine et en hématine. Sous l’action de la putréfaction, qui lui enlève son oxygène, elle se change en hémoglobine; l’oxyhémoglobine est, au contraire, transformée en méthémoglobine par la putréfaction.

Le méthémoglobine a sa raie spectrale dans le rouge, entre les lignes C et D, plus près de la ligne C. Son spectre est donc différent de celui de l'hémoglobine; la raie disparait, dans les solutions étendues, par l’addition d’alcalis (1).

3° Proportions d' hémoglobine du sang. — La quantité d’hérno-

(1) Hoppe-Seyler, Plujsiol. C hernie. Berlin, 1881, p. 383.

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globine contenue dans le sang varie suivant les espèces animales, mais pour certaines dans des limites assez restreintes. Voici un tableau qui donne la proportion d’hémoglobine pour 100 grammes de sang:

Grammes.

Homme 12

Chien 13.2

Bœuf 12.3

Mouton 11.2

Lapin 8.4

Poulet 8.5

Chez l’homme, en employant des procédés de dosage fort dili'érents, Becquerel et Rodier, Preyer, Quincke, Quinquaud, Hénocque, sont arrivés à des chiffres à peu près semblables. Becquerel et Rodier, en dosant la proportion de fer, trouvent chez l’homme 12sr,0(J à 15»r,07 0/0 parties de sang, et chez la femme, lsr,l37 à 13«p,69. Quinquaud, admettant que le sang fixe toujours une quantité d’oxvgène proportionnée à la quantité d’hémoglobine qu’il contient, dose l’oxygène abandonné par le sang après qu’il a été agité à l’air. Il donne pour l’hémoglobine de 100 parties de sang les proportions de 12.5 chez l’homme, de 10.7 chez la femme. A l’aide de son procédé spécial d’hématoscopie, Hénocque trouve que la quantité d’oxyliémoglobine contenue dans le sang est de 1 0/0 chez l’homme. Voici les chiffres obtenus par Preyer et par Quincke, d’après la méthode spectroscopique.

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