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II. — Albumines digérées

Les matières albuminoïdes, introduites par l’alimentation dans le tube digestif, subissent, en présence des ferments solubles de l’estomac et du pancréas, pepsine et trypsine, une modification particulière qui aboutit à la formation de produits facilement solubles et diffusibles qu’on nomme peptones.

Autrefois, et surtout d’après les travaux de Meissner, on distinguait de nombreuses variétés de peptones, suivant la substance digérée et suivant le moment de la digestion. 11 y avait des peptones gastriques et des pep-

(1) Estelle, Rev. de méd., 1880, p. 704.

DE L’ALM MINUIUE

tones pancréatiques; on admettait une albumine-peptone, une fi hrinepeptone, une caséine-peptone, etc. Meissner, dans la transformation des albuminoïdes, distinguait trois modifications principales, la peptone, la parapeptone et la métapeptone. La peptone elle-même se présentait sous trois états différenciés par Meissner sous les noms de peptone a, peptone b, peptone c.

Actuellement, ces divisions ne sont [dus admises par la plupart des physiologistes, et on considère généralement que les réactions différentes indiquées par Meissner sont dues au mélange des peptones avec diverses matières étrangères, telles qu’albuminé non digérée, graisses, etc. Toutefois, les recherches ultérieures de Kuhne, de Schmidt-Mulheim, de Salkowski, de iïerth, ont établi que l’idée de Meissner n’était pas absolument erronée et que, si les variétés de peptones ne sont pas aussi nombreuses que ce chimiste avait cru le démontrer, il n’en existe pas moins des degrés successifs dans la transformation des albuminoïdes en albumine soluble. Nous n’avons pas à entrer dans le détail des faits, ni dans la discussion des différentes formes de peptones ou d’albuminoses. Nous devons nous limiter à l’étude de celles dont la présence a été signalée dans l’urine. A ce point de vue, deux variétés seulement nous intéressent : la substance albuminoïde que Kuhne a dénommée hèmi-albumose, et Schmidt-Mulheim propeptone , et en deuxième lieu, la peptone proprement dite, ou albuminose.

A. — Hémi-albumose ou propeptone. — L’hémi-albumose est un produit intermédiaire entre les matières albuminoïdes et la peptone. Elle parait identique à la peptone a de Meissner. Kuhne a démontré sa formation pendant la digestion stomacale et l’a obtenue par action des acides étendus sur l'albumine (1). On nia d’abord l’existence de ce corps, et. Herth, en 1877, pensait que les réactions caractéristiques de l’hémi-albumose étaient dues à un mélange d’albumine non modifiée par la pepsine avec l’albumine peptonisée. Mais Schmidt-Mulheim (2) soutint qu’il s’agissait d’une matière albumineuse spéciale, intermédiaire à l’albumine et à la peptone, pour laquelle il proposa le nom de propeptone , et Salkowski établit l’identité de la propeptone de Schmidt-Mulheim avec l’hémi-albumose de Kuhne (3).

L’hémi-albumose est-elle une espèce chimique? N’est-ce pas un mélange de plusieurs variétés d’albuminoïdes modifiées? Kuhne et Chittenden ont été amenés, par leurs recherches sur la digestion artificielle de la fibrine, à admettre cette dernière opinion. Ils considèrent l’bémi-albumose comme un mélange de quatre albumoses :

. (1) Kuhne, Verhandl. des natur. ver. su Heidelberg, Bd I, Hft 1.

(2) Schmidt-Mulheim, Arciiiv. f. Anal, und Phys., 1880, p. 34.

• (3) Salkowski,' '-Virchow' s Archiv., Bd 81, p. 56o.

1“ La protalbumose, précipitable par le chlorure de sodium et soluble dans l’eau chaude et froide;

2° La deutéro-albumose, non précipitable par le chlorure de sodium, mais précipitable par le chlorure de sodium en présence des acides, soluble dans l’eau;

3° L’hétéro-allmmose, précipitable par le chlorure de sodium, mais insoluble dans l'eau froide et l’eau bouillante, soluble dans les solutions salines;

4° La dysalbumose, ayant les mêmes propriétés que la précédente, mais insoluble dans les solutions salines (1).

Herth, au contraire, revenant sur sa première opinion, soutient, dans un travail récent, l’unité ded’hémi-albumose et conclut de ses expériences que la propeptone est un corps spécial, une espèce chimique définie (2).

1° Mode de préparation. — Salkowski indique le procédé suivant pour obtenir la propeptone (3). On fait digérer pendant douze heures, à 40°, de la fibrine du sang bien nettoyée, en présence du suc gastrique artificiel. La solution est débarrassée de syntonine par la chaleur et le carbonate de soude ; puis on filtre. Le liquide filtré est réduit au quart. On ajoute une solution de chlorure de sodium, de manière à ce que le filtrat contienne 2 0/0 de sel. On acidifie avec l’acide acétique, ou chauffe jusqu’à l’ébullition et on filtre pour se débarrasser de l’albumine. La liqueur filtrée est acidifiée de nouveau fortement avec l’acide acétique et additionnée d’un excès de chlorure de sodium en poudre. Il se forme un précipité glutineux qu’on filtre ; on lave le dépôt sur le filtre avec une solution concentrée de chlorure de sodiuui.

2° Propriétés physico-chimiques. — La propeptone, obtenue à l’état de pureté, est une poudre d’un blanc de neige; elle est insoluble par elle-même dans l’eau ; mais elle se dissout très facilement avec des traces d’acides, d’alcalis ou de sels. D’après Herth, elle est aussi peu soluble dans l’eau que l’albumine coagulée. Elle a une tendance prononcée à se combiner avec les acides ou les alcalis. La combinaison acide est insoluble dans une solution forte de chlorure de sodium. Le pouvoir rotatoire de l’hémi-albumose est de 75°.

3° Réactions. — Une solution de propeptone ne précipite pas par la chaleur ; le liquide reste clair à l’ébullition.

Elle précipite par le chlorure de sodium en présence de l'acide acè-

(1) Kuhne et Ciuttenden, Zeitsch. f. Biol ., 1884, Bd XX.

(2) Herth, Untersuchungcn ubcr die Hcmialbumose oder das propeptone ( Sitzgsb . U. Wiener Alcad. 1884, et Centrulblatt , 1885, n° 30).

(3) Salkowski et Leube, Die Lettre von liant. Berlin, 1882, p. 210.

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tique. On acidifie jusqu’à ce que l’acidité soit très prononcée, et on ajoute du chlorure de sodium; le liquide se trouble. Si on chauffe, le trouble disparait; il réparait par le refroidissement. C’est là la réaction caractéristique de l'hémi-albumose. En ajoutant du sel marin en excès, il arrive un moment où le trouble ne disparait plus par la chaleur et où la propeptone est complètement précipitée.

L’acide nitrique donne un précipité qui se dissout par la chaleur en colorant le liquide en jaune intense (réaction xanthoprotéique) ; le précipité reparaît par le refroidissement. — Si l’acide nitrique est versé en excès, le précipité se dissout môme à froid en donnant une teinte jaune citron ou jaune orangé.

L’acide acétique et le ferro-cyanure de potassium précipitent la propeptone comme l’albumine. Il en est de même de l’alcool, du tannin, du phospho-tungstate de soude.

Chauffée avec le nitrate de mercure, ou réactif de Millon, une solution d’hémi-albumose prend une coloration d’un rouge sombre. Elle se colore en violet pourpre intense, si on l’additionne de quelque gouttes de lessive de soude et d’une solution étendue de sulfate de cuivre (réaction du biuret). Avec un excès de sulfate de cuivre, la liqueur prend une couleur bleue.

L'hémi-albumose présente, comme on voit, un certain nombre de réactions communes aux diverses matières albuminoïdes, à l’albumine et aux peptones, et des réactions différentielles. Comme toutes les matières albuminoïdes, elle rougit par le réactif de Millon; elle jaunit par l’acide nitrique ; elle donne une dissolution violette dans l’acide chlorhydrique concentré; elle précipite par l’alcool, le tannin, le phospho-tunsgtate de soude. Elle donne, comme la peptone, la réaction du biuret, et, comme elle, n’est pas coagulée par la chaleur. Enfin, comme l’albumine, elle précipite par l’acide nitrique et par le ferro-cyanure de potassium en présence de l’acide acétique.

Mais elle se distingue de la peptone par sa réaction en présence de. l’acide nitrique, qui coagule l’hémi-albumose et ne modifie pas la peptone. Elle se distingue de l’albumine par deux caractères: lu sa non-coagulation par la chaleur; 2° sa précipitation à froid par l’acide acétique et le chlorure de sodium, le précipité se dissolvant à chaud et reparaissant par le refroidissement.

■\° Présence de la propeptone dans les tissus. — La propeptone se forme dans l’estomac pendant la digestion des matières albuminoïdes. En existe-t-il ou s’en forme-t-il dans les autres tissus ou organes de l’économie? C’est là une question que des documents suffisants manquent pour éclaircir. Salkowski, analysant les organes d’un individu mort

TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE

d’un atrophie du foie dans le service de Lewin, mose dans les proportions suivantes (1) :

a trouvé de l’hémi-albu

Foie

Rate

Reins

Virchow avait indiqué dans la moelle des os d’un osléomalacique l’existence d’une matière albuminoïde présentant les réactions de la propeptone. Langsdorf et Mommsen ont fait la môme constatation (2). Enfin, d’après Fleischer, cette même substance se trouve, avec quelques légères différences toutefois, dans la moelle des os à l’état normal (3). Quant à l’élimination de l’hémi-albumose par les reins, nous aurons à y revenir plus longuement dans un instant.

B. — Peptone. — La peptone est le dernier terme de la transformation des matières albuminoïdes par les ferments solubles de l’estomac et du pancréas. En quoi consiste cette transformation? Dumas avait émis l’bypothèse d’une simple hydratation des albuminoïdes; l’albumine se transformerait en peptone en présence du suc gastrique de la même manière que l’amidon et la glycose se transforment eri sucre en présence de la diastase. Les expériences de Henninger semblent justifier cette hypothèse. D’après Adamkiewicz, les peptones donneraient une moindre proportion de cendres que les albuminoïdes, et leur non-précipitation par la chaleur serait due à leur prauvreté relative en matières salines. En fait, on ignore au juste la modification intime subie par l’albumine au contact des sucs digestifs. Dans l’état actuel de la science, la meilleure définition est encore la définition physiologique : la peptone est l’albundue devenue facilement soluble et diffusible.

1° Mode de préparation. — AdamkieAviez emploie le procédé suivant pour préparer la peptone (4). La fibrine du sang, bien lavée et bien blanche, est soumise à la digestion d’un suc gastrique artificiel pendant soixantedouze heures, à une température de 40°. On neutralise par le carbonate de soude; on porte à l’ébullition, après légère acidification pour séparer les traces d’albumine qui ont pu rester en dissolution. On filtre, et les peptones du liquide filtré sont précipitées par l’alcool absolu. On lave le précipité avec un mélange d’alcool et d’éther. On redissout de nouveau dans l’eau et on précipite une seconde fois par l’alcool ; cette deuxième opération a pour but de purifier le produit. On dessèche alors dans le vide à la température de 30°.

(1) Salkonvski, Vircliow's Archiv., Bd. LXXXYIII, p. 394.

(2) Langsdorf et Mommsen, Vircliow’s Archiv ., Bd. LXIX.

(3) Fleischer, Vircliow's Archiv., Bd. LXXX.

(4) Adamkiewicz, U cher Natur. und Nahrwerth des Peptons, 18".

DE L’ALBUMINURIE

2° Caractères physico-chimiques. — La peptonc obtenue après dessiccation se présente sous forme d’une matière jaunâtre, transparente, cassante, pouvant être réduite en poudre comme la colophane. Ses deux caractères les plus importants sont : son extrême solubilité dans l’eau et sa diffusibilité. La solution se fait plus facilement à chaud qu’à froid. Elle dévie à gauche la lumière polarisée. D'après Hofmeister, le degré de déviation polarimétrique de la peptone est de 63,5 (1). Le pouvoir osmotique d’une solution peptonique à travers le papier de parchemin et les membranes animales est telle qu’Otlo Funke le donne comme plus élevé que celui du chlorure de sodium (2); aussi la dialyse peut-elle séparer les peptones des autres matières albuminoïdes.

3° Réactions. — La peptone, en solution aqueuse, môme légèrement acidifiée, ne précipite pas par la chaleur.

Elle ne précipite pas davantage par l’acide azotique ni par l’acide acétique et le chlorure de sodium, ni par le ferro-cyanure de potassium en présence de l’acide acétique.

Ce sont là ses caractères différentiels avec l’albumine et l’hémi-albumose.

Mais, comme ces deux matières albuminoïdes, elle est précipitée par ’ le tannin, par l’alcool, par le sublimé, par l’acide phospho-tungstique, par le nitrate d’argent, par le nitrate de mercure. Par les sels métalliques et le tannin, la précipitation est immédiate quand les solutions sont concentrées, mais elle est lente à se faire dans les solutions étendues.

Les réactions qui sont plus spéciales à la peptone sont les suivantes :

L’alcool absolu détermine un précipité blanc, lloconneux, comme dans toute solution albumineuse. Mais, môme après un contact prolongé avec le réactif, la peptone n’est pas transformée, comme les autres matières albuminoïdes, en une substance coagulée insoluble, et le dépôt conserve sa solubilité dans l’eau.

Si on ajoute à une solution de peptone de l’acide acétique glacial en excès et qu’on additionne cette solution acétique d’acide sulfurique concentré, on obtient une coloration bleu violet avec une légère fluorescence verte ( réaction d’ Adamkiewicz) .

La réaction la plus caractéristique est la réaction du biuret. Une dilution faible de sulfate de cuivre, ajoutée goutte à goutte à une solution de peptone légèrement alcalinisée par de la lessive de soude, y lait apparaître une coloration pourpre intense. La réaction se produit môme dans une solution de peptone au millième. La réaction du biuret 11’est pas exclusive toutefois à la peptone; elle appartient aussi, comme

(L) Hokmkister, P/luger's Archiv. f. ges. Plu/s., Bd. IX, p. 585.

(2) Fuxcke, Lthrb. des physiol.. Bd. I, p. 235.

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nous l’avons vu, à l’hémi-albumose ou propeptone.Mais une solution d’albumine traitée de cette manière ne prend pas la couleur rouge pourpre ou rouge violet et devient seulement violette.

Randolpli a indiqué récemment un nouveau réactif dont la sensibilité est encore plus grande que celle de la réaction du biuret (1). À l’aide de son procédé, l’auteur américain dit avoir pu déceler la peptone dans la proportion de 1 pour 17,000 parties d’eau. Le procédé est basé sur ce fait que le réactif de Millon, ajouté à une solution aqueuse d’iodure de potassium, donne un précipité rouge d’iodure de mercure, mais que le précipité naissant de mercure iodique prend une coloration jaune si la solution contient des peptones ou des sels biliaires. Randolpli conseille d’opérer de la façon suivante : le liquide où l’on veut déceler la peptone étant neutre ou très légèrement acide, on ajoute à froid, pour 5 centimètres cubes du liquide à analyser, 2 gouttes d’une solution saturée d’iodure de potassium ; on mélange en agitant -, puis on verse le réactif de Millon goutte à goutte (quatre à cinq gouttes suffisent), et l'on voit apparaître la teinte jaune. La même coloration se produit en présence des sels biliaires; mais il est facile de distinguer par d’autres procédés ces sels de la peptone.

4° Méthodes pour la recherche des peptones dans les liquides. — Le point délicat dans' cette recherche est de débarrasser complètement le liquide de l’albumine qu’il contient habituellement mélangée à la peptone. Hofmeister a indiqué deux procédés, sur le mode opératoire desquels nous aurons à revenir à propos des urines peptoniques. Il se sert soit de l’acétate neutre de plomb, soit de l’acétate de fer.

Du liquide ainsi dépouillé d’albumine, la peptone est précipitée par une solution de tannin ou par une solution chlorhydrique dephospho-tungstate de soude.

Elle est ensuite décelée dans la solution obtenue par addition d’eau de baryte, à l’aide d’une de ses réactions caractéristiques.

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