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I. — Réactifs et procédés de dosage des urines albumineuses

L’albuminurie est caractérisée par la présence dans l’urine de l’albumine du sérum. La peptone, l’hémi-albumose, la mucine, l’hémoglobine, peuvent se trouver dans l’urine albumineuse; mais si l’urine ne contient, que ces albuminoïdes, isolées ou mélangées, à l’exclusion de l’albumine du sérum, elle ne saurait être dite albumineuse.

Comme on l’a vu, le sérum sanguin contient deux matières albumineuses, la sérine et la séro-globuline. Autrefois, on ne faisait pas de différences entre ces deux substances; aujourd’hui, on sait les distinguer et établir leurs proportions réciproques dans l’urine aussi bien que dans le sang. Nous aurons à indiquer les moyens de les séparer et de les doser isolément. Mais dans l’étude des réactifs ordinaires de l’urine albumineuse, cette distinction est inutile, car leurs réactions sont les mêmes, et, à ce point de vue général, nous confondrons sous la même dénomination d’albumine la sérine et la séro-globuline.

A. — Réactifs de l’ albumine urinaire ( sérine et séro-globuline).

Quand on recherche l’albumine dans l’urine, il est indispensable, quel que soit le procédé mis en usage, que le liquide soit clair et aussi limpide que possible. Si l’urine est trouble, il faut la filtrer. Parfois, surtout avec des urines qui ont déjà séjourné un certain temps dans un vase, la filtration, même répétée, ne suffit pas pour éclaircir le liquide. Les mierococcus de la fermentation ammoniacale et les bactéries de la putréfaction qui ont eu le temps de se développer maintiennent un trouble persistant. Pour obtenir une clarification suffisante, en pareil cas, Salkowski conseille d’ajouter quelques gouttes d’une solution saturée de sulfate de magnésie, puis un peu de bicarbonate de soude, d’agiter et de filtrer. Le précipité de carbonate de magnésie qui se forme reste sur le filtre avec le trouble, et le liquide qui passe est assez clair pour pouvoir être utilisé. ' ‘ ‘ '

32 TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE

Nous diviserons en quatre groupes les différents procédés employés pour la recherche de l’albumine dans les urines :

1° La chaleur; — 2° Les acides; — 3° Les réactifs composés; — 4° Les réactifs colorants.

1° La chaleur. — Une urine acide, riche en albumine, c’est-à-dire contenant au moins 50 centigrammes 0/0 d’albumine, donne presque immédiatement, par le simple échauffement vers GO", un trouble qui va en augmentant à mesure que la température s’élève. En continuant à chauffer, on voit se former un précipité lloconneux blanc qui tombe peu à peu et se tasse au fond du tube. Quand la quantité d’albumine est considérable et atteint 2 0/0, le liquide se prend en masse.

Aucune erreur n’est possible avec d’aussi fortes proportions d’albumine, et la chaleur seule constitue, en pareil cas, un réactif infaillible. Mais il n’en est pas ainsi dans les cas ordinaires, dans les cas d’albuminurie commune n’atteignant pas 5 pour 1,000. Ici, deux sortes d’erreurs sont possibles, soit que la chaleur ne donne pas de précipité dans une urine albumineuse, soit qu’elle produise un trouble dans une urine qui ne contient pas trace d’albumine.

Cette deuxième cause d’erreur est facile à éviter; elle a été indiquée par Owen Rees le premier. L’auteur anglais montra qu’une urine contenant un excès de phosphates alcalino-terreux donne, quand on la chauffe, un dépôt blanc abondant qui ressemble au coagulant albumineux. Il montra en même temps le moyen d’éviter l’erreur par l’addition de quelques gouttes d’acide nitrique. La formation d’un nuage sous l’influence de la chaleur dans une urine non albumineuse est due, en effet, aux réactions alcalines que détermine l’ébullition. Les phosphates ne sont souvent maintenus en dissolution dans l’urine que par l’acide carbonique libre ; cet acide se dégageant sous l’action de la chaleur, les sels se précipitent sous forme d'un nuage lloconneux blanc grisâtre qui simule à s’v méprendre le précipité albumineux. Mais le trouble phosphatique se distingue aisément du trouble albumineux par sa solubilité dans les acides. Il suffit d’ajouter quelques gouttes d’acide nitrique ou d’acide acétique pour voir le trouble produit par les sels phosphatiques s’éclaircir et se dissiper.

Il peut se faire, d’autre part, qu’une urine contenant de l’albumine ne donne aucun trouble par la chaleur. Le plus souvent, il s’agit d’urine neutre ou alcaline. L’albumine s’y trouve à l’état d’albuminate alcalin, combinaison soluble à chaud, et aucun précipité ne se forme sous l’action de la chaleur. Dans d’autres cas, la quantité d’alcali étant proportionnellement insuffisante pour une forte quantité d’albumine, on observe seulement un léger trouble laiteux, tandis que la même urine traitée par l’acide nitrique donne un épais coagulum.

Dlv L'ALBUM IN l’ Kl U

Pour éviter l’erreur, il faut avoir soin do toujours constater, à l’aide du papier de tournesol, la réaction de l’urine. Si la réaction esL neutre ou alcaline, il faut acidifier l’urine, soit avant, soit après l’action de la chaleur.

Si on le fait avant, on doit procéder avec prudence et n’ajouter l’acide acétique, qu’on emploie habituellement, que goutte à goutte (en moyenne, une goutte pour 10 centimètres cubes d’urine). Un excès, même insignifiant, d’acide acétique, peut, en effet, suffire à maintenir l'albumine dissoute et incoagulable par la chaleur. Si on acidifie, après avoir chauffé, l’addition d’une trop grande quantité d’acide acétique est moins à craindre, surtout, d’après Hammarsten, quand on a affaire à une urine riche en sels. Au lieu d’acide acétique, on peut se servir d’acide nitrique. Ici encore, il est préférable d’acidifier après avoir chauffé. D’après Beale, en effet, si la proportion d’acide nitrique ajouté est trop faible, deux à trois gouttes seulement, il se forme une combinaison acide d’albumine que la chaleur ne coagule pas; ou bien, d’après le même auteur, dans les mêmes conditions, l’acide nitrique met en liberté l’acide phosphorique de l’urine, lequel maintient l’albumine dissoute. 11 vaut donc mieux porter d’abord l’urine à l’ébullition, puis ajouter l'acide nitrique goutte à goutte; il est difficile d’indiquer exactement la proportion d’acide nécessaire; en moyenne, on doit ajouter 10 gouttes par 5 centimètres cubes d’urine.

Si la coagulation de l’albumine par la chaleur ne se fait pas dans des urines alcalines, il paraît en être de même dans certaines urines acides. 11 s’agit surtout d’urines dont l’acidité excessive est due àl’acide phosphorique libre, à l’acide lactique, qui maintiennent l’albumine en dissolution. Dans ces cas encore, l’addition suffisante d’acide nitrique est nécessaire, après l’action de la chaleur, pour déterminer un trouble. D’après Furbringer, certaines urines albumineuses acides, qui ne précipitent pas par la chaleur seule, donnent un coagulum après addition d’une goutte d’acide acétique. Ce défaut de coagulation par excès d’acidité de l’urine est exceptionnel ou du moins beaucoup plus rare que la non-précipitation due à l’excès d’alcali. Nous n’avons pas eu occasion d’observer de faits de ce genre.

En tout cas, si la proportion plus ou moins grande d’alcali ou d’acide peut modifier le phénomène de coagulation de l’albumine par la chaleur au point de 1 empêcher complètement dans certaines urines, on ne comprend guère comment Lauder Brunton et Power ont pu espérer trouver dans la détermination du point de coagulation un procédé pour différencier les albumines urinaires (l). Si un excès d’alcali peut empêcher

(1) Laudeii Brumom et Power, Si. üartliolomew’s hosp. rep ., 1K77.

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complètement la coagulation, les variations de ce seul l'acteur ne suffisent-elles pas à abaisser ou à élever le point où le phénomène se produira? lit il existe certainement d’autres causes capables de changer le point de coagulation. Brunton et Power l’ont si bien compris, qu’ils ont essayé, et à ce titre leurs recherches sont fort intéressantes, de déterminer l’inlluence de- la proportion d’urée ou d’acide urique contenue dans le liquide albumineux. Ils ont ainsi constaté que l’urée agit comme les alcalis et élève le point de coagulation, tandis que l’acide urique l’abaisse. Une solution d’albumine pure, précipitant par la chaléur entre 86 et 88°, ne se trouble plus qu’à 93°, quand on y ajoute 1 0/0 d’urée; à 96°, après addition de 2 0/0 d’urée; si la proportion d’urée s’élève à 5 0/0, la coagulation ne se fait plus. L’acide urique agit en sens inverse et hâte au contraire la précipitation de l’albumine; une solution albumineuse, contenant 2 0/0 d’acide urique, se coagule à 88°; le point de coagulation tombe à 80° si le liquide est saturé d’acide urique. Mais, en fait, en dépit de toutes les corrections basées sur ces recherches, aucun résultat pratique certain ne saurait être retiré de la méthode des deux auteurs anglais. C’est la conclusion qui paraît aussi ressortir de quelques expériences de contrôle entreprises par Dauvé à ce sujet (1).

a) Chaleur combinée avec les acides. — En somme, la chaleur seule n’est un réactif certain de l’albumine urinaire que lorsque l’urine est nettement acide. Ainsi, quand une urine est troublée par des u rates non dissous, l’existence de ces urates en suspension étant par elle-même la preuve évidente de la franche acidité du liquide, si par l’action de la chaleur seule, l’urine, devenue limpide après dissolution des urates, se trouble de nouveau, il est certain que ce trouble est du à la présence de l’albumine.

En règle générale, même quand l’urine possède son acidité normale, il est préférable de combiner l’action de la chaleur avec celle de l’acide acétique ou de l’acide nitrique.

Si on emploie l’acide nitrique, on chauffera d’abord, on ajoutera ensuite 10 gouttes d’acide par 5 centimètres cubes d’urine.

Si on emploie l’acide acétique, on procédera de la manière suivante : Dans un tube à urine on verse 10 centimètres cubes de l’urine à examiner. On ajoute une goutte d'acide acétique, et l'on porte à l’ébullition la moitié supérieure de la colonne de liquide. Si l’urine est albumineuse, cette partie supérieure deviendra opalescente, et ce trouble contrastera avec la limpidité de la moitié inférieure restée intacte.

(1) Dauvé, Contrib. à l’étude de la patliogôuje de l’ai bu mi nu rie (Th. Lyon , 1880;.

DE L’ ALBUM IN mi E

h) Chaleur' combinée arec acide acétique et sels neutres. — Nous avons dit que l’acide acétique en excès forme, avec l’albumine, une combinaison soluble, mais que, d’après Hainmarsten, cette dissolution n’est pas à craindre si l’urine est rielie en sels. Au lieu de se contenter d’acid ilier avec l’acide acétique, il- est donc préférable de saturer l’urine avec un sel neutre, qui peut être soit le chlorure de sodium, soit le sulfate de magnésie, soit le sulfate de soude. On ajoute à l’urine de l’acide acétique goutte à goutte jusqu a réaction fortement acide au papier de tournesol; on l’additionne ensuite d’un volume égal d’une solution saturée d’un des trois sels que nous venons de mentionner, et on porte à l’ébullition. Si l’urine contient de l’albumine, il se formera un trouble qui se déposera en une masse blanche et floconneuse. La valeur de cette réaction est absolue et ne laisse aucun doute sur la présence de l’albumine dans l’urine ainsi traitée.

2° Les acides. — La plupart des acides, comme nous l’avons vu, sauf l'acide pliosphorique, l’acide acétique et quelques autres, coagulent les solutions albumineuses. Celui que l’on emploie habituellement pour la recherche de l’albumine urinaire est l’acide nitrique. Nous placerons, à la suite de l’acide nitrique, les acides jpicrique, métaphosphorique, cliromique, phénique, trichloracétique, qui, sauf l’acide picrique, ne méritent pas de retenir longtemps l’attention.

Pour l’emploi des acides, aussi bien d’ailleurs que pour la plupart des autres réactifs dont nous aurons à parler, on peut procéder de deux façons, ün peut, l’urine élant placée d’abord dans un tube, verser le réactif de façon à mélanger les deux liquides; si l’urine est albumineuse, il se forme un trouble, une opalescence diffuse; c’est, si l’on veut, le procédé par diffusion. On peut, d’autre part, et ce procédé est souvent beaucoup plus sensible, verser en premier lieu le réactif au fond du tube, puis, à l’aide d’une pipette, laisser couler, le long de la paroi du tube incliné, l’urine goutte à goutte, de manière que les deux liquides ne se mélangent point, mais viennent simplement se mettre en contact; en cas d’albuminurie, il se forme un disque plus ou moins épais au point où le réactif et l’urine se touchent. C’est le procédé par contact, pour employer l’expression proposée par Oliver.

a) Acide nitrique. — C’est, avec la chaleur, le réactif le plus sûr et le plus usuel de l’albumine urinaire. Il est de mise, dans tous les cas, quelle que soit la réaction de l’urine, qu’elle soit acide, alcaline ou neutre; son emploi n’est discutable que lorsque l’urine est troublée par les urales.

ün verse, dans un tube, 3, 4, 10 centimètres cubes d’urine, puis on laisse couler le long de la paroi l’acide nitrique, qui, par sa pesanteur spécili cj ue, gagne le fond sans se mêler à l’urine. Si l’urine est albumineuse, où voit apparaître entre la zone inférieure d’acide nitrique et la zone supé-

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rieure d’urine, une zone moyenne opalescente, blanc grisâtre, plus ou moins épaisse, formée par l’albumine coagulée. Si l’albumine est en faible proportion, le disque ne se forme qu’au bout de quelques minutes; l’observateur le distinguera d’une façon plus nette sur un fond noir, en dirigeant alternativement le tube vers le fond clair de la fenêtre et vers la manche sombre de son habit. C’est là, à proprement parler, ce qu’on appelle la réaction de llcller.

Guider a modifié le procédé de la manière suivante. Un verre à pied conique, est rempli aux trois quarts d’urine. On verse l’acide nitrique avec précaution, le long de la paroi du vase, comme dans le procédé Heller, On voit alors, au bout de quelques instant, se disposer de bas en haut les couches suivantes : au fond, l’acide nitrique, incolore; immédiatement au-dessus, une ligne colorée en rouge, en violet ou en bleu, selon le cas; puis la zone plus ou moins étendue occupée par le coagulum albumineux; enfin, une couche d’urine transparente coupée en son milieu par un diaphragme horizontal d’acide urique mis en liberté.

Enfin, on peut encore vrnrser d’abord l’acide au fond du tube et ajouter ensuite l’urine au moyen d’une pipette ; l’urine, moins dense, surnage sans se mélanger aucunement à l’acide, et le disque d’albumine apparaît plus ou moins net au point de contact.

Lorsque l’urine contient de l’acide carbonique en excès, soit à l’état libre, soit combiné à l’ammoniaque ou à la soude, l’addition d’acide nitrique provoque une vive effervescence, qui empêche d’abord la constation de ce disque albumineux; mais, an bout d’un instant, les bulles se dissipent, et les zones superposées se dessinent nettement.

Dans les urines riches en urée, l’acide nitrique détermine, au niveau de la surface de séparation des deux liquides, un précipité de nitrate cl’urée; mais ce précipité ne se forme que lentement, et, en outre, son apparence cristalline diffère tellement de l’albumine coagulée, que l’erreur n'est guère possible.

Les urates donnent aussi, au contact de l’acide nitrique à froid, un précipité blanc, amorphe, formant un disque semblable au coagulum albumineux. Mais la distinction est facile à faire : 1° Le disque d’acide urique se forme, non au point de contact de l’urine et de l’acide, comme le disque albumineux, mais dans les parties supérieures et près de la surface de l’urine. Cette disposition est surtout évidente dans le procédé du verre de Gubler. 2° 11 suffît de chauffer avec précaution l’anneau supérieur d’u rates pour le voir disparaître rapidement, tandis que le disque d’albumine persiste ou augmente par la chaleur.

Enfin, une dernière cause d’erreur peut s’observer à la suite de l’usage interne ou externe du cubèbe, du copabu, du pétrole, peut-être de la térébenthine. L’urine contient dans ce cas des acides résineux qui préci-

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pilent par l’acide nitrique comme l’albumine. Mais les précipités résineux sont solubles immédiatement dans l’alcool concentré.

Quant à la mucine, elle ne saurait être que difficilement une source d’erreur. La mucine, en effet, est bien précipitée par l’acide nitrique dilué, mais ce précipité se dissout dans un excès d’acide. 11 ne se forme donc jamais de zone opalescente de mucine à la ligne de contact de l’urine et de l’acide. Le disque qui apparaît à ce niveau ne peut être que de l’albumine. Mais à une certaine distance de la couche d’acide, vers la partie moyenne ou supérieure de la colonne d’urine, on voit la mucine former une sorte de nuage poussiéreux. Parfois même, ce nuage s’épaissit en un disque assez net, situé à peu près à égale distance de la ligne de contact et de la surface supérieure de l’urine, un peu au-dessous du point où se forme le disque d’acide urique. L’aspect diffus, comme granuleux, du trouble produit, le siège de sa formation, loin du contact de l’acide, sont les deux caractères principaux qui ne permettent pas de confondre le disque de mucine avec le disque d’albumine coagulée par l’acide nitrique.

b) Acide picrirjue. — L’emploi de l’acide picrique comme réactif de l’albumine a été préconisé pour la première fois par Galippe. Depuis, Esbach l’a utilisé, en le mélangeant à l’acide citrique, pour le dosage de l’albumine à l’aide de son tube. Dans ces derniers temps, Johnson s’est fait, en Angleterre, le défenseur convaincu de ce réactif et l’a placé audessus de tous les autres procédés pour la recherche de l’albumine urinaire (1).

Un prépare une solution saturée à chaud, en versant de l’eau bouillante sur les cristaux d’acide picrique ; on laisse reposer un jour, de manière à laisser déposer l’excès de cristaux, et à avoir une solution bien limpide. 11 est même bon d’ajouter un dixième de son volume d’eau à la solution ainsi préparée; cette addition n’enlève rien à la sensibilité du réactif, et a l’avantage de prévenir la formation d’un trouble gênant qui se fait parfois au point de contact avec l’urine, trouble du à la mise en liberté d’une certaine quantité de l’acide picrique en excès, lequel est nécessairement moins soluble dans l’urine que dans l’eau pure.

L’urine étant placée dans un tube, on verse doucement un volume égal delà solution picrique, qui en raison de sa faible densité (1003) se mêle seulement à la partie supérieure de la colonne d’urine. Aussi loin que s’étend la coloration jaune due au réactif, on voit le liquide se troubler par la coagulation de l’albumine, et le trouble contraste avec la limpidité des couches inférieures de l’urine restées en dehors du contact de l’acide. En maintenant le tube droit, le coagulum se tasse et, au bout d’un

(1) George Johnson, Brit. mal. journ., 188.3, t, II, p. 1083. — Ibid., 1884, t. II. p. 6U7. Lancet, 18(52. t. II, p. 737. — Albumen and. sugar testings, London, 1884.

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certain temps il s’est formé un disque plus ou moins épais à la jonction des deux liquides; la liqueur picrique jaune au-dessus et l’urine au-dessous restent absolument claires et limpides.

Si l’albumine est en faible proportion, après avoir ajouté le réactif, il faut chauffer les parties supérieures ; la chaleur augmente le trouble primitivement produit par l’acide. Tantôt le trouble reste diffus, formant une opalescence uniforme; tantôt il s’émiette en llocons qui se rétractent et tombent au fond du tube.

La solution picrique suffit dans une urine acide pour précipiter l’albumine. Mais le picrate d’albumine est soluble dans les alcalis. Si donc l’urine est alcaline ou même neutre, il devient nécessaire de l’acidifier avant de se servir du réactif picrique. Johnson soutient que, dans la plupart des cas, cela n’est pas nécessaire. 11 pense que la solution picrique est suffisamment acide pour dissoudre les précipités phosphatiques que détermine la chaleur dans les urines neutres ou alcalines. Cette dernière assertion n’est vraie que si l’on ajoute à l’urine trois ou quatre fois son volume de la solution picrique. A volume égal, l’acidité est insuffisante le plus souvent, et le nuage phosphatique se produit sous l'influence de la chaleur aussi nettement qu’avant l'addition du réactif. 11 vaut donc mieux acidifier au préalable à l’aide de l’acide acétique ajouté avec précaution et goutte à goutte.

Ce n’est pas la seule cause d’erreur. La solution picrique précipite, outre l’albumine, les urates, les peptones, les alcaloïdes et aussi, quoi qu’en ait dit Johnson, la mucine.

Les urates et les peptones donnent un trouble blanc grisâtre absolument semblable au trouble de l’albumine coagulée. Un a indiqué cette différence pour le trouble uralique, qu’il n’apparaît qu’au bout d’un certain temps, tandis que le précipité albumineux est immédiat. 11 ne faudrait pas se fier à ce signe, car il est des cas où le précipité uratique se produit presque aussi rapidement que le coagulum d’albumine. Le seul signe différentiel est l’action de la chaleur. Le précipité albumineux s’obscurcit et s’épaissit quand on chauffe ; les précipités de peptones et d’urates se dissolvent au contraire avec la plus grande rapidité et la liqueur redevient limpide.

Il en est de même pour le précipité formé par les alcaloïdes. Tous les alcaloïdes végétaux, quinine, morphine, atropine, sont précipités par l’acide picrique. Mais, pratiquement, le sulfate de quinine seul doit être mis en ligne de compte; car seul il peut être pris à dose suffisante pour produire un trouble capable d’induire en erreur. En chauffant légèrement, on voit le trouble disparaître.

11 est donc facile d’éviter l’erreur en ce qui concerne les urates, les peptones et les alcaloïdes, erreur que l’on est surtout exposé à commettre

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quand on traite par la solution picrique des urines fébriles. 11 suffit d’avoir toujours soin d’ajouter l’action de la chaleur à l’action du réactif. Si le trouble produit par l'acide picrique disparait par réchauffement, il ne s’agit sûrement pas d'albumine.

La distinction n’est malheureusement pas aussi facile à faire quand l’urine contient une certaine proportion de mucine. Le trouble produit par l’addition d’acide picrique, loin de s’éclaircir par la chaleur, s’épaissit au contraire comme le trouble albumineux. Johnson a prétendu, il est vrai, que la solution picrique, employée seule et indépendamment de tout autre acide, et en particulier de l’acide citrique ou acétique, ne précipite pas la mucine. II invoque à l’appui de son assertion les deux expériences suivantes.

On verse dans 10 centimètres cubes d’urine normale une quantité égale de la solution picrique. Le mélange reste clair, à moins que la présence d’urates en excès ne détermine un trouble qui disparait par la chaleur. Qu'on ajoute alors quelques gouttes d’acide acétique ou citrique, et un trouble va se former en quelques minutes par la précipitation de la mucine. Ce trouble apparaît plus lentement que l’opalescence immédiate résultant de la coagulation de l’albumine, mais, comme celle-ci, il persiste par l’action de la chaleur.

Par une expérience inverse, on additionne d’abord l’urine normale de quelques gouttes d’acide acétique ou citrique ; au bout d’une à deux minutes, on filtre. La mucine coagulée reste sur le filtre. On ajoute alors le réactif picrique. Aucun trouble ne se produit.

Cette deuxième expérience ne prouve rien quant à l’action de l’acide picrique sur le mucus. La première est vraie pour certaines urines. Mais il est non moins avéré que la solution picrique seule, sans addition d’acide acétique, détermine dans d’autres urines un trouble évidemment dû à la précipitation de la mucine; car ce trouble diminue considérablement, ou devient à peine appréciable, si l’urine est préalablement débarrassée par la filtration des traces de mucine qu’elle contient. D’autre part, une solution pure de mucine, retirée de la bile de bœuf, précipite abondamment par l’acide picrique. Il est donc impossible de recevoir comme valable l’assertion de Johnson qui est d’ailleurs contredite par la plupart des auteurs.

c) Acide mêtaphosphorique. — Hindenlang a proposé de se servir de cet acide pour la recherche de l’albumine (1). L’acide mêtaphosphorique se trouve dans le commerce sous forme de cristaux extrêmement déliquescents; il se liquéfie très facilement, même au contact de l’air, et doit être, par conséquent, conservé dans des vases bien clos. On peut préparer

(1) Hindenlang, Berlin, klin. Woch., avril, 1881.

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d’avance une solution de 200/0 d’acide métaphospliorique; mais en raison de la facile altération de cette solution, il est préférable de dissoudre un fragment de cristal au moment même de l’examen de l’urine, dans 3. ou h centimètres cubes d’eau.

Suivant qu’on emploie la méthode de diffusion ou la méthode de contact, on obtient, quand l’urine est albumineuse, une opalescence diffuse ou un disque blanchâtre apparaissant à la limite des deux liquides. La chaleur augmente le trouble produit.

On peut encore se servir de l'acide métaphospliorique sous forme solide. On plonge directement un petit fragment cristallisé dans l’urine; si celle-ci contient de l’albumine, on voit se former autour du cristal un anneau gris blanchâtre, qui va peu à peu s’élargissant et se diffusant dans le liquide.

Comme l’acide picrique, l’acide métaphospliorique précipite, non seulement l’albumine, mais aussi les urates et les peptones.

Mais le sérieux désavantage de ce réactif est sa facile transformation en acide phosphorique ordinaire qui ne coagule pas l’albumine. En une ou deux semaines, une solution d’acide métaphospliorique ne donne plus aucun trouble dans une urine albumineuse. Une altérabilité aussi grande limitera toujours l’usage de ce réactif en clinique.

cl) Acicle chromique. — Le docteur Ivirk (1) dit s’être bien trouvé dans ses recherches d’une solution d’acide chromique d’une densité de 1005. Ce réactif n’est ni supérieur, ni inférieur à bien d’autres dans les cas d’albuminurie ordinaire. Il a l’avantage de ne pas précipiter le sulfate de quinine et les alcaloïdes; mais il précipite les urates et la mucine. Nous ne saurions admettre, comme l’avance Kirk, que sa sensibilité égale celle de la solution picrique; elle lui est notablement inférieure, comme nous le montrerons plus loin.

e) Acide phénique. — Méhu a proposé, pour le dosage de l'albumine, un mélange d’acide phénique, d’acide acétique et d’alcool. On a aussi utilisé l’acide phénique pour la recherche de l’albumine. Il entre dans la composition d’un réactif composé, formulé par Millard, de New-York, dont nous étudierons tout à l’heure la valeur.

f) Acide trichlor acétique. — Cet acide s’emploie sous forme solide, comme l’a conseillé Raabe. On dépose dans l'urine un fragment cristallisé, qui gagne le fond du tube et s’y dissout. Au contact de l’urine avec l'acide dissous, apparaît une zone trouble, à limites nettes, formée par l’albumine coagulée. D’après Penzoldt, l’acide trichloracétique produit un trouble analogue dans les urines riches en urates, et même dans l’urine normale, et ce trouble ne disparaît pas par l’action de la chaleur. L’emploi de ce

(1) Robert Kirk, Glascow med. journ., avril 18Si, p. 320.

DE L’ALBDMINURTE ;l 1

réactif reste donc sujet à caution et réclame quelques recherches de contrôle.

3° Réactifs composés. — Outre la chaleur et les acides, un grand nombre de corps sont capables de déterminer dans l’urine un trouble qui y décèle la présence d’une certaine proportion d’albumine. On s’est attaché à en utiliser quelques-uns comme réactifs — il s’agit le plus souvent d’un sel métallique — en les mélangeant à une solution acide. Chaque pays, pour ainsi dire, a son réactif de prédilection. C'est ainsi qu’en Angleterre, Oliver recommande surtout le tungstate de soude en solution citrique, et Roberts le chlorure de sodium acidifié avec l’acide chlorhydrique; en Allemagne, c’est le ferro-cyanure de potassium en solution acétique qui est le réactif usuel. Dans les hôpitaux de Paris, on emploie plus communément le réactif de Tanret, iodure mercuro-potassique acidifié par l’acide acétique, ou la solution acéto-picrique.

Les principaux de ces réactifs composés sont :

L’acide acétique et le ferro-cyanure de potassium ;

L’acide acétique et le biclilorure de mercure ;

L’acide acétique et l’iodure de potassium et de mercure, ou réactif de Tanret;

Le réactif de Millard, mélange d’acide acétique, d’acide phénique et de potasse;

Le réactif de Roberts, solution saturée de chlorure de sodium acidifiée avec l’acide chlorhydrique;

Le réactif d'Oliver, mélange de phospho-tungstate de soude et d’acide citrique.

a) Acide acétique et ferro-cyanure de potassium. — 5 ou fi centimètres cubes d’urine étant versés dans un tube, on ajoute quelques gouttes d’acide acétique, de manière à acidifier fortement; il est inutile de procéder avec les précautions que nous avons recommandées quand on veut coaguler l’albumine par la chaleur; le ferro-cyanure précipite l’albumine môme en présence d’un excès d’acide acétique. On verse alors 1 centimètre cube environ d’une solution à 5 0/0 de ferro-cyanure de potassium ou cyanure jaune. La réaction se fait à froid. Si l’urine ne contient que peu d’albumine, il se forme un trouble laiteux plus ou moins opaque; si l’albumine est en forte proportion, le cyanure détermine un précipité en flocons.

Ce réactif a l’avantage de ne précipiter ni les urates, ni la peptonc Mais il précipite l’hémialbumosc, la mucine, quoique faiblement, et la spermatine.

b) Acide acétique et sublimé. — On acidifie l’urine avec quelques gouttes d’acide acétique et, par contact ou par diffusion, on la mélange

avec une solution de sublimé à 5 0/0. Suivant le procédé employé, il se forme un disque blanc ou un trouble laiteux.

Le sublimé ne précipite ni l’urée, ni les u rates; mais il précipite l’hémialbumose, la peptone, la créatinine et la xantbine, et la matière désignée par Green sous le nom de leth-albumine(voir plus haut), et qui n’est sans doute autre que la créatinine. Par lui-même, il n’a aucune action sur la mucine; mais l’emploi combiné de l’acide acétique et du sublimé peut l'aire naître un trouble dans une urine qui contient du mucus.

c) Réactif de Tanret. — Ce réactif est un mélange de sublimé et d’iodure de potassium en solution acétique. La formule donnée par Tanret est la suivante (1) :

lodure de potassium pur 3sr32

Bicldorurc de mercure 1 sr 33

Acide acétique 20 co.

Kau distillée Q. S. pour 100".

Un peut se servir de cette solution par le procédé de contact ou par le procédé de diffusion. La chaleur augmente le trouble produit parle réactif dans une urine albumineuse.

Le réactif de Tanret est un des réactifs les plus sensibles de l’albumine, mais il présente certains inconvénients pour la recherche de cette substance dans l’urine. Il précipite, en effet, les urates, les peptones, les alcaloïdes, la créatinine, la guanine, la xantbine, la mucine et, en outre, d’après Méliu, une matière albuminoïde qui se trouve dans l’urine des sujets atteints de blennorragie récente et même ancienne (2).

Le trouble laiteux et opaque produit par la précipitation des urates, des peptones, des alcaloïdes, de la créatinine, ne saurait induire en erreur; car il suffit de chauffer même légèrement pour voir le liquide s’éclaircir et devenir parfaitement limpide.

Il n’en est plus de même pour le mucus et la matière albuminoïde de l’urine blennorragique. La chaleur ne dissipe pas le trouble produit. Sans doute, l’apparence du précipité n’est pas la même. Le disque ou le

(1) Tanret, Journ. des conn. méd., 1870, et Th. Paris , 1872.

Voici comment on peut le préparer. On dissout, d’une part, 33'', 32 d’ioduro de potassium dans un peu d’eau distillée; on délaie, de l’autre, à consistance pâteuse, lS'’,3o de sublimé dans quelques gouttes d’eau. Puis lentement, le long d’une baguette de verre, on verse la solution iodurée sur le sublimé, en agitant constamment. Il se forme du bi-iodure de mercure reconnaissable à la couleur rouge intense qui so développe aussitôt. On remue le mélange, on y ajoutant, au besoin, quelques gouttes d’eau distillée, jusqu’à ce que la couleur rouge ait complètement disparu. On verse alors le liquide légèrement jaunâtre ainsi obtenu dans 60 centimètres cubes d’eau distillée; on ajoute 20 centimètres cubes d’acide acétique, et on libre.

(2) Méhu, .1 un. d‘s mal. des organes génito-urinaires , mai 1881.

DE I.’ALUUMINUlUE

trouble albumineux est plus compacte, plus homogène; le nuage lormé par le mucus coagulé est, au contraire, comme granuleux, poussiéreux; quand on chauffe, il semble se diviser en petits filaments qui flottent comme des fils presque imperceptibles dans le liquide. Ces caractères sont exacts et utiles à connaître; ils suffisent pour éviter l’erreur lorsque le précipité muqueux est très abondant. Mais lorsqu’il s’agit de très faibles proportions d’albumine ou de mucine, d’anneaux ou de disques à peine visibles, ces signes différentiels deviennent aléatoires et absolument illusoires, et le plus souvent il est impossible de se prononcer.

cl) Réactif de Millard.— Le docteur Millard, de New-York, a proposé le mélange suivant comme le réactif le plus sensible de l’allmmine (1) :

Acide pliéniquc cristallisé 7 f 76

Acide acétique pur 27 «•' 21

Liqueur de potasse 85 cr 53

La liqueur de potasse américaine contenant 5(j grammes de potasse pour 944 d’eau, la proportion de la solution potassique indiquée par Millard correspond à 4sr, 78 de potasse caustique. Le mélange ainsi obtenu est filtré; il doit être acide, incolore et parfaitement limpide.

Ce réactif s’emploie comme le réactif de Tanret : il possède la même sensibilité; mais, comme lui, il précipite les tirâtes etles peplones, qui se redissolvent à chaud ou par addition d’alcool. 11 a toutefois, sur le réactif de Tanret, l’avantage de ne pas précipiter les alcaloïdes. Mais de même que tous les réactifs dans la composition desquels entre l’acide acétique, il donne un trouble poussiéreux dans les urines contenant de la mucine. Nous verrons tout à l’heure la supériorité qu’il possède sur la solution de Tanret pour la recherche de minimes proportions d’albumine.

e) Réactif de Roberts. — Sous le nom de saumure acidifiée {acidulated brine), W. Roberts a préconisé l’emploi d’une solution saturée de chlorure de sodium acidifiée avec 1 0/0 d’acide chlorhydrique concentré (2).

L’urine étant placée dans un tube, on verse doucement le réactif le long des parois du tube, et la zone albumineuse se forme à la ligne de contact des deux liquides. On peut aussi faire couler directement l’urine sur le réactif préalablement versé dans le tube. D’après Roberts, la précipitation n’est pas une vraie coagulation; car le précipité se dissout dans un excès d’urine si on agile le mélange; il se dissout aussi par addition d’eau. Il est évident qu’un excès de chlorure de sodium est nécessaire au point où la réaction se produit.

La saumure acidifiée ne précipiterait pas les u rates, d’après Roberts, ni les alcaloïdes; mais elle précipite les peptones et la mucine.

(1) Millard, Xew-Yorh mal. record., n° 14, 1885.

(2) W. Rouerts, The Lancet, 1882, t. II, p. 823.

44 TRAITÉ DE L’ALBUM I NU RIE

f) Réactif d'Oliver. — Ce réactif a pour base le lungstate de soude en solution citrique. Il se prépare selon la formule suivante proposée par Oliver (1):

Solution du lungstate de soude (20 pour 100).. )

Solution saturée d’acide citrique (100 pour 00).. , aa, parties égales.

Eau distillée )

La sensibilité de ce réactif est très grande par la méthode de contact; nous l’avons trouvée encore plus marquée par la méthode de diffusion combinée à la chaleur. Malheureusement, il donne un précipité semblable au précipité albumineux avec les peptones, les urates, la mucine. En outre, d’après Hofmeister, comme le réactif de Tanret et le sublimé, il précipite la créatinine (2).

4° Réactifs colorants. — Cette classe de réactifs n’offre, au point de vue pratique, qu’un intérêt très restreint. Leur valeur absolue est, en effet, viciée par ce fait que les réactions colorantes se produisent non seulement avec l’albumine, mais avec toutes les matières albuminoïdes. Elles ne peuvent nous renseigner sur la présence de l’albumine du sang dans l’urine, mais seulement sur l’existence d’une matière protéique dans ce liquide. D’ailleurs, d’une manière générale, ces réactions sont considérablement atténuées parla matière colorante propre de l’urine. Les applications que certains auteurs ont voulu en faire pour la différenciation de diverses variétés d’albumines sont non moins illusoires. 11 n’y a donc pas lieu d’insister longuement sur leur emploi; il suffira d’une énumération succincte.

a) Réaction xanthoprotéique. — Quand on traite une urine albumineuse par l’acide nitrique et qu’on porte ensuite le mélange à l’ébullition, si l’albumine est en faible proportion, le précipité formé se redissout, et le liquide prend une coloration jaune, par formation d’acide xanthoprotéique. Si l’albumine est abondante et l’acide nitrique en excès, par l’action de la chaleur, une partie de l’albumine est dissoute, et l’urine se colore en jaune orange, une partie se précipite sous forme de petits flocons offrant la même coloration; en ajoutant un peu de potasse, les flocons se dissolvent, et la couleur du liquide passe au rouge orangé.

b) Réactif de Millon. — Ce réactif est une solution de nitrate acide de mercure. A froid, au bout de quelque temps, ou immédiatement, par l’ébullition, les urines albumineuses prennent au contact de cette solution une coloration rouge. Mais les peptones et la mucine donnent la même réaction.

c) Réaction d’Adamkieioiex. — Nous avons déjà indiqué cette réac-

(1) Oliver, On bedsiile mine testings. London, 1883.

(2) Hofmeister, Zeitscli. f. phys. client., 1881, Y, p. 6(5.

DE L'A LBUMINUIUE

tion à propos des peptones. Si on ajoute à une urine albumineuse de l’acide acétique pur en excès, et qu’on additionne cette solution acétique d’acide sulfurique concentré, on obtient une coloration bleu violet avec une légère fluorescence verte.

d) Liqueur de Fehling et solution cupro- potassique. — Une solution cupro-potassique donne lieu, au contact de l’albumine, à une coloration d’un rouge-violet et produit un précipité noir, floconneux, plus ou moins abondant. Ces deux effets ne se manifestent pas en même temps. La coloration violette apparaît à froid ; le précipité noir se produit sous l’influence de la chaleur, lcerv, qui a particulièrement étudié cette réaction, préparait sa liqueur alealino-cuivreuse en versant goutte à goutte, dans de la potasse liquide et concentrée, une solution de sel cuivrique jusqu’à la production d’une belle nuance bleu foncé; afin d’opérer le mélange exact des deux substances, il faut, à chaque goutte nouvelle qu’on laisse tomber, agiter vivement le vase qui contient la solution potassique (1). D’après Icery, le blanc d’œuf, le sérum sanguin, l’urine albumineuse du mal de Bright et tous les produits de sécrétion normale renfermant de l’albumine donnent avec la liqueur cupro-potassique la coloration violette à froid et le précipité noir à chaud. Seule l’urine albumineuse des femmes enceintes ne donnerait lieu à aucune modification au contact de ce réactif. D’où cet auteur concluait à une différence complète de nature entre l’albumine excrétée par les femmes enceintes et l’albumine du sang ou du mal de Bright ordinaire.

D’après Guider, si la coloration violette de la liqueur cupro-potassique par l’albumine est un fait incontestable, il est certain, contrairement à l’assertion de Icery, que cette coloration ne se produit pas habituellement au contact des urines albumineuses, qu’il s’agisse d’urines brightiques ou d’urines de femmes grosses. L’albumine perdrait, par son mélange avec les matériaux urinaires, la propriété de faire virer au violet la solution bleue de Fehling. À l’état de pureté, en effet, la sérosité d’un vésicatoire communique à la liqueur cupro-potassique une magnifique coloration violette. Mais si on traite parle même réactif cette sérosité préalablement additionnée d’urine normale, aucune teinte violette n’apparaît, mais seulement une coloration verdâtre. En conséquence, d’après Guider, si l’urine de la maladie de Bright prend quelquefois — quelquefois seulement — une couleur violette au contact de la liqueur de Fehling, cela dépend, non de ce qu’elle renferme une albumine différente de l’albumine des femmes enceintes, mais uniquement de son extrême pauvreté en matériaux ordinaires de la sécrétion rénale (2).

(1) Icery, Etude sur les variations dos éléments naturols de l'uriuo (Tli. Paris, 1854).

(2) Güdler, Art. Albuminurie, Dict. encyclop. des sc. méd., p. 51G.

TRAITÉ l)K L’ALBUMINURIE

Différents auteurs ont repris l’idée de Icerv et ont voulu appliquer la réaction de la liqueurcupro-potassique,ou réaction du biuret, à la distinction rapide et pratique des urines albumineuses et des urines peptoniques. D’après Halte, les peptones prennent, au contact de la liqueur de Eehling à froid, une couleur rosée particulière, absolument distincte de la coloration mauve produite par les autres variétés d’albumine. Quand l'albumine et la peptone sont mélangées dans la même urine, la couleur rose prédominerait sur la couleur mauve plus p;\le. Terre il avait aussi avancé que, dans l’albuminurie fébrile, la réaction rose du biuret est plus accusée (1), et Maurel indique une particularité analogue dans les urines typhiques albumineuses (2). D’une manière générale, la réaction du biuret tirerait plutôt sur le bleu, avec l’albumine; sur le rouge, avec, les peptones.

Ces assertions sont très discutables; aucune conclusion sérieuse ne peut se fonder sur l’appréciation de différences aussi faibles et aussi changeantes que des nuances de coloration. D’après Huppert, ces nuances dépendraient surtout de la richesse de l’urine en albumine d’une part, et de l’autre, de la quantité de sel de cuivre ajouté. D’après la remarque de Guider, il faut aussi tenir compte de la proportion variable des divers éléments constituants du liquide urinaire. Enfin nous ajouterons que la couleur même de l’urine joue un rôle important dans la variation des teintes obtenues.

e) Réactif d’Axenfele. — Le réactif d’Axenfeld est basé sur les propriétés réductrices du chlorure d’or. On sait que ce sel est réduit en bleu, en violet ou en brun par les matières organiques. Les matières albuminoïdes, au contraire, le réduisent en rose, en solution acide.

Axenfeld emploie une solution concentrée d’acide formique, d'une part, et une solution étendue de chlorure d’or, de l’autre (1 partie de chlorure d’or pour 1,000 d’eau distillée).

Dans une solution faible d’albumine, on ajoute une goutte d’acide formique, puis une goutte de la solution de chlorure d'or, et on porte à l’ébullition. La solution albumineuse prend une teinte rosée. Elle devient rouge avec deux gouttes de chlorure d’or, puis bleuâtre et bleu foncé si on ajoute plus de chlorure d’or. Si la solution albumineuse est de richesse moyenne, il faut acidifier avec plus d’acide formique ; quatre à cinq gouttes suffisent pour 50 centimètres cubes. Par la chaleur, la solution gardera sa teinte pourpre, même après addition abondante de chlorure d'or (3).

(1) Terreil, Gaz. (les hûp., 1863, p. 63.

(2) Maurel, Soc. de biol ., et Gaz. mdd. Paris, 1880, p. 60.

(3) Axea'fel», L’cijcr einc noue Eiweissrcaction. [Centralblalt, 1883, n° 13).

DK L'ALBUMINURIE M

Toutes les substances albuminoïdes donnent cette réaction rose qui leur appartient en propre.

D’après Axenfeld.le sucre se colore en violet par ce procédé; la leucine et la tyrosine eu bleu rougeâtre; la créatinine eu violet; l'urée en violet foncé.

lue solution albumineuse à 1 pour 100 donne une coloration pourpre; à l pour 1,000, une couleur pourpre pâle; à 1 pour 10,000, une teinte rose; à 1 pour 1,000,000, une teinte rose pâle encore reconnaissable.

La sensibilité de cette réaction est donc extrême, puisque, d’après l’auteur allemand, elle permet de déceler la présence de l’albumine dans une solution au millionnième, c’est-à-dire un milligramme d’albumine dans un litre d’eau.

La question intéressante pour le médecin était de savoir si une pareille réaction est applicable à la recherche de l’albumine dans l’urine. Axenfeld dit seulement que, lorsque l’albumine est mélangée à d’autres substances telles que l’urée, l’acide urique, le chlorure de sodium, le sucre, la réaction est moins nette; mais qu’elle n’en subsiste pas moins, si on a soin d’ajouter une plus grande quantité d’acide formique et de chlorure d’or.

A priori , il est évident que le réactif d’Axenfeld ne peut servir à rechercher l’albumine dans l’urine. 11 donne en effet sa coloration rose caractéristique dans tout liquide contenant des traces infinitésimales, non seulement d’albumine, mais d’une matière albuminoïde quelconque. Or, il existe toujours dans l’urine la plus normale des traces d’une substance albuminoïde, la mucine, et la mucine donne la réaction rose aussi nettement que l’albumine. Ce fait seul suffit pour condamner sans appel l’emploi du chlorure d’or.

Mais il y a plus. Nous avons fait un grand nombre d’essais avec ce réactif. Nous devons reconnaître d’abord qu’Axenfeld n’a en rien exagéré la sensibilité de son procédé. Par des dilutions successives d’une solution donnée albumineuse, nous sommes arrivés à une solution dont la teneur en albumine n'atteignait pas un milligramme par litre; même à cette dose infiniment petite, la teinte rose pâle était encore reconnaissable. Mais les choses ne sont pas d’une netteté aussi grande quand, au lieu d’une solution aqueuse, on expérimente avec l’urine. Les résultats que nous avons obtenus nous obligent à rejeter absolument l’emploi du réactif d’Axenfeld.

1° Un certain nombre d’urines, parfaitement normales, dans lesquelles les réactifs les plus sensibles, tels que le réactif de Tanret, celui de Millard, le citro-tungstate de soude, ne révélaient pas la présence de la plus faible quantité d’albumine, nous ont donné avec le chlorure d'or une teinte rose pourpre magnifique.

2° Inversement, des urines qui contenaient des traces notables d’albu-

TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE

mine décelable par ces réactifs, par l’acide picrique et même par l’acide nitrique, n’ont donné aucune réaction par le chlorure d’or, ou bien ont pris une teiute violette.

d" Certaines urines, ne donnant d’abord aucune réaction, devenaient d’un rose clair ou d’un pourpre pâle, quand elles avaient été additionnées au préalable de moitié de leur volume d’eau.

4° Dans d’autres cas, la réaction se produisait ou ne se produisait pas, selon qu’on ajoutait plus ou moins de chlorure d’or ou d’acide formique à l’urine.

5° Les urines muqueuses donnent une teinte rose rouge plus belle et plus nette que les urines albumineuses, surtout quand elles sont d’une coloration pâle ou presque incolores.

G” Certaines urines qui avaient donné la réaction rose immédiatement après leur émission, ne l’ont plus présentée une demi-heure ou troisquarts d’heure après. Si alors, à cette même urine, on ajoutait parties égales d’une solution aqueuse d'albumine à 5 centigrammes par litre, l’addition du réactif au mélange ne produisait aucun effet. Et pourtant la solution albumineuse, traitée indépendamment de l’urine, prenait immédiatement une belle couleur rose pourpre au contact de la même quantité de réactif.

7° Enfin, dans un grand nombre de cas, l’urine prend une teinte lilas, violet rose, mauve, qu’il est impossible de différencier de la teinte rose pourpre, seule caractéristique de l’albumine. La couleur jaune plus ou moins foncée de l’urine même doit forcément aussi modifier la nuance pathognomonique.

Donc, tantôt le chlorure d’or décéléra de l’albumine dans une urine qui n’en contient pas trace, tantôt il laissera hésitant sur la présence ou l’absence de cette substance en raison de la coloration douteuse obtenue, tantôt même il dissimulera complètement une albuminurie évidente par d’autres procédés. Un réactif capable de variations aussi capricieuses doit être absolument banni de la pratique usuelle.

5° Papiers réactifs. — On s’est ingénié dans ces derniers temps, particulièrement en Angleterre (Oliver, Pavy), à rendre aussi pratique que possible, au lit des malades, la recherche de l’albumine dans l’urine. Le but qu’on se propose est d’avoir, sous le plus petit volume possible, un réactif sur que le praticien peut porter sur lui dans sa trousse ou dans son portefeuille. La méthode des papiers réactifs, qu’Oliver a surtout préconisée (l), paraît répondre d’une manière satisfaisante à ce besoin.

Le procédé consiste dans l’imprégnation de papier à filtre par quelqu’une des substances capables de coaguler l’albumine. Déjà Geisslcr s’é-

(1) Oliver, Ou bodside urine toslings., Londres, 1834.

DK L’ALHUMINL'HIE

tait servi de papier imprégné d’iodure douille de potassium et de mercure (réactif de Tanret). Oliver a préparé des papiers avec divers autres réactifs, avec le ferro-cyanure de potassium, l’acide picrique, le tungstatede soude. On découpe le papier à filtre en minces bandelettes qu'on laisse séjourner dans une solution saturée de ces différents sels ou acides. Le papier est ensuite desséché soigneusement et se conserve ainsi indéfiniment. 11 suffit, pour s’en servir, de laisser tomber une de ces bandelettes de papier préparé dans un vase contenant de l’urine albumineuse pour voir se produire un trouble caractéristique. 11 faut que l’urine soit récemment émise, limpide et acide. Pour éviter toute erreur, il est bon d’avoir d’autres bandes de papier imprégné d’une solution saturée d’acide citrique, qu’on laisse dissoudre dans l'urine avant de faire agir le réactif.

Abstraction faite des causes d’erreur que nous avons indiquées à propos de chacun de ces réactifs, ces papiers suffisent pour un examen sommaire de l’urine et donnent des résultats précis, pourvu que l’urine contienne de l’albumine en quantité notable, de 50 centigrammes à 1 gramme par litre.

On peut ranger dans la classe de ces réactifs portatifs , les pastilles ou tablettes formées d’un mélange de ferro-cyanure de potassium et d’acide citrique [test pellets), dont Pavy a conseillé l’emploi. On laisse dissoudre ou on écrase dans l’urine une de ces tablettes, et si l’urine est albumineuse, on voit se produire un précipité ou une opalescence plus ou moins marquée.

On peut aussi se servir de cristaux d’acide picrique, d’acide métaphosphorique ou d’acide trichloracétique, qu’il est toujours facile de porter sur soi dans un étui. Mais il ne faut tenir compte en pareil cas que d’un précipité bien net dans une urine limpide ; car il ne faut pas oublier que ces acides déterminent dans l’urine à froid un trouble en présence des urates, des peptones, et du sulfate de quinine (acide picrique).

Furbringer a conseillé encore l’usage de capsules de gélatine contenant un mélange de sublimé, de chlorure de sodium et d’acide citrique. Quand on veut s’en servir au lit du malade, on brise les extrémités de la capsule et on la jette dans le vase contenant l’urine à examiner. Ici encore, et pour les mêmes raisons, une légère opalescence n’a pas de valeur; un trouble bien marqué est nécessaire pour affirmer la présence de l’albumine (I).

Valeur comparative des différents réactifs de l’urine albumineuse.

On peut s étonner du nombre et de la variété des réactifs que nous venons de passer en revue. Cette richesse apparente s’explique aisément.

(1) FufumiNGEK, Dcutsch. med. Woch., 1883, 27.

tr a mi DU U’ALBL'MINL'UIU

Tous ces réactifs, en effet, ont leur point faible et leur défaut. Le réactif parfait, idéal, si l’on peut ainsi dire, devrait réunir les deux propriétés suivantes : 1° ne donner un précipité ou un trouble qu’en présence de l’albumine seule; 2° déceler les quantités les plus minimes d’albumine contenues dans l’urine. Or, aucun des réactifs connus ne réunit cette double qualité, et les réactifs les plus sensibles sont précisément ceux qui comptent le plus de causes d’erreurs. 11 importe donc d’étudier isolément leur valeur comparative à ces deux points de vue distincts :

Leur valeur absolue comme témoins de l’albumine ;

Leur degré de sensibilité.

1° Valeur absolue. — Sans entrer dans les détails sur lesquels nous npus sommes déjà suffisamment appesantis dans le chapitre précédent, nous nous contenterons de classer, dans une sorte de tableau synoptique, par ordre de valeur, les principaux réactifs, en indiquant en regard les fcauses d’erreur qui peuvent vicier leur emploi.

Tableau I.

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