XII. — Réactif de Tanret
Acide urique ; peptones; mucus; alcaloïdes; créali-
ninc; guanine xanthine.
DK L’ALBUMINURIE
On voit qu’une seule réaction peut être considérée comme exempte de toute cause d’erreur: c’est l’emploi combiné de la chaleur, de l’acide acétique et d’une solution saturée de chlorure de sodium, de sulfate de soude ou de sulfate de magnésie. Un trouble se produisant dans une urine traitée par ce procédé ne peut être dû qu’à un précipité albumineux : c’est donc la seule réaction dont on puisse regarder la valeur comme absolue. Toutes les autres sont sujettes à caution.
2° Degré de sensibilité. — Pour juger de la sensibilité comparative des divers réactifs, nous avons procédé de la façon suivante. Nous avons pris l’urine albumineuse d’un malade atteint de mal de Bright chronique; la quantité d’albumine contenue dans 100 centimètres cubes de cette urine ayant été déterminée, nous avons dilué un échantillon de cette même urine avec de l’eau, de manière à obtenir des solutions graduées albumineuses, contenant depuis 50 centigrammes jusqu'à 1 milligramme d’albumine pour 1,000. Des épreuves successives ont été faites alors, sur chacune de ces solution^, avec les différents réactifs. Voici les résultats donnés par ces recherches qui ont été répétées à plusieurs reprises.
Aucun réactif n’a pu déceler trace d’albumine dans les solutions à 1 milligramme, à 2 milligrammes et à 2 milligrammes et demi pour 1,000
C’est seulement dans les solutions de 3 à 5 milligrammes par litre que trois réactifs commencent à donner des résultats positifs: le réactif de Millard, le réactif de Tanret et le réactif d’Oliver. Les autres réactifs ne donnent rien à ce degré de dilution. Le réactif de Millard et le réactif de Tanret donnent à froid, par la méthode de contact, un anneau bleuâtre au point de contact du réactif et de la solution. L’anneau obtenu par le réactif de Millard est d’un blanc bleuâtre, très mince, mais net, à limites précises, beaucoup plus net que l’anneau produit par le réactif de Tanret, lequel est très pâle et très diffus. Le réactif d’Oliver ne donne rien par la méthode de contact, à froid; mais par diffusion, et en portant le mélange à l’ébullition, on obtient une très légère opalescence. A chaud et par diffusion, les deux premiers réactifs ne produisent aucun trouble.
Ce sont là les trois réactifs de ce qu’on pourrait appeler l’albuminurie minima. Leur sensibilité est extrême, car ils décèlent la présence de l’albumine dans une solution au 1/200, 000e. A froid, et par la méthode de contact, le réactif de Millard tient le premier rang; l’anneau obtenu est incontestablement plus net que l’anneau pâle et diffus produit par le réactil de Tanret. Mais combiné à la chaleur, le réactif d’Oliver l’emporte sur le réactif de Millard, comme sur celui de Tanret.
Dans les solutions de 1 centigramme par litre, c’est-à-dire au 1/100,000?, par la méthode de contact, à froid, les trois réactifs donnent un anneau albumineux bleuâtre, mince et net pour le Millard, plus diffus pour le Tanret, très pâle et mal délimité pour le tungstate de soude. Par difi’u-
TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE
sion et il chaud, le réactif d’Oliver produit un trouble marqué, une opalescence laiteuse, que l’on obtient aussi avec le Tanret, mais moins prononcée, et qui lait défaut avec le Millard. A ce degré, un nouveau réactif vient prendre rang, c’est l’acide picrique en solution saturée. A froid, le trouble est à peine appréciable, mais en chauffant le mélange, le trouble augmente et devient net, quoique très inférieur a l’opalescence produite par le Tanret et surtout par l’Oliver.
Dans les solutions de 2 centigrammes pour 1,000 (au 1/50,000), les trois réactifs de l’albuminurie minima donnent, au lieu d’un anneau, un disque bleuâtre, très net et bien limité pour le Millard, toujours un peu diffus pour les deux autres. Par diffusion et à chaud, l’opalescence laiteuse s'épaissit, toujours plus prononcée pour l’Oliver. L’acide picrique produit à froid un trouble net qui s’accentue par la chaleur. Enfin la réaction de l’acide acétique et du ferro-cyanure de potassium commence à se dessiner; un trouble très faible apparaît. Les autres réactifs ne déterminent aucune modification.
A 3 centigrammes par litre, le [trouble produit par le ferro-cyanure devient très net. L’acide métaphosphorique, en solution à 20 0/0, prend rang à son tour. Par contact, il donne un disque bleuâtre net; par diffusion, une opalescence blanchâtre qui augmente par la chaleur. Enfin, si on verse de l’acide nitrique par le procédé de Gubler, dans la solution albumineuse placée dans un verre conique, un disque bleuâtre net apparaît au bout de trois minutes environ.
À 5 centigrammes pour 1,000, tous les réactifs donnent des résultats positifs. Par contact, ou par le procédé de Gubler, l’acide nitrique détermine, au bout de quelques secondes, la formation d’un disque bleuâtre. La chaleur, les sels neutres et l’acide acétique donnent aussi un trouble appréciable, mais très peu marqué, quand on chauffe les parties supérieures de la colonne de liquide. Par le réactif de Roberts (chlorure de sodium, et acide chlorhydrique), on obtient en chauffant un trouble laiteux beaucoup plus net. L’acide chromique donne aussi un trouble peu prononcé.
À 8 ou 10 centigrammes par litre, les caractères fournis par ces réactifs deviennent d’une netteté parfaite et indiscutable. On peut donc poser en règle que toute urine qui donne par la chaleur et l’acide nitrique un trouble apparent contient au moins de 5 à 10 centigrammes d’albumine par litre.
Si l’on poursuit l’étude des réactifs sur des solutions albumineuses un peu plus fortes, on peut constater bientôt un nouveau phénomène qui a son intérêt pratique. Jusqu’à la centigrammes par litre, les précipités obtenus à l’aide des acides ou des réactifs composés, combinés à la chaleur.
DE L’ALBUMINURIE Do
sont des trou l)los uniformes, des opalescences laiteuses, de plus en plus épaisses et opaques à mesure que la quantité d'albumine s’élève.
Entre 20 et 25 centigrammes d’albumine par litre, le mélange d urine et de réactif ayant été porté pendant quelques instants à l'ébullition, si on laisse refroidir, on voit bientôt le trouble opaque formé par le précipité albumineux se résoudre en un lin sablé, en une sorte de poussière, composée de grumeaux extrêmement lins, qui tombent peu à peu au fond du tube et y forment un petit dépôt. L’albumine coagulée se rétracte.
Le réactif de Tanret et la solution picrique sont ies deux réactifs qui produisent les premiers la rétractilité ; à 20 centigrammes pour 1,000, on voit des flocons ténus apparaître comme une fine poussière et se tasser lentement au fond du tube.
Avec le réactif de Millard et l’acide métapbospliorique, la rétractilité n’apparaît qu’à 25 centigrammes par litre, en grumeaux d’une finesse extrême, tandis qu’à ce degré, le Tanret et l’acide picrique donnent des flocons deux à trois fois plus volumineux.
L’opacité produite par le tungstate de soude ne se résout pas en albumine rétractée et reste uniforme après le refroidissement. Avec le réactif d’Oliver, la rétractilité ne se montre qu’entre 30 et 35 centigrammes pour 1,000.
Du reste, à mesure que la proportion d’albumine devient plus considérable, les flocons apparaissent plus rapidement et sont plus volumineux.
En résumant ces différentes données, nous obtenons le tableau suivant, qui donne un aperçu général du degré de sensibilité des réactifs de l’albuminurie.
Tableau II.