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L'ALCOOL- A LIMENT

Pour remplir le mieux possible ce programme, je vais emprunter aux divers auteurs, ou plus exactement, aux diverses périodes de l'évolution scientifique, leur documentation.

Sur la question de Futilité alimentaire de Talcool du vin, on peut, avec Joffroy(*), faire remonter la période des recherches scientifiques, aux travaux de Liebig, lequel, dès avant i85o, considérait Talcool comme le type de Paliment respiratoire, Bouchardat et Sandras, Hugo Schiilinus (*) Dupré (*) et Anstie (*), reconnaissent qu'une certaine, qu'une forte proportion même, de Talcool ingéré, est brûlée, Télevant, eux aussi, par conséquent, au rang d'aliment.

Aujourd'hui, ce n'est pas une partie, mais c'est la presque totalité de l'alcool ingéré, dont on admet la combustion : 90 p. 100, pour Strasmann (*) ; gS p. loo, d'après Bôdlander (^). Les expériences d'Atwater et Benedikt Ç) portent même à 98 p. 100 la proportion d'alcool comburé, c'est-à-dire transformé en CO* et eau.

Qui plus est, alors que Liebig avait établi que Talcool, aliment combustible, n'est utile que par la chaleur qu'il développe^ Albertoni et Lussana (*) vont jusqu'à supposer qu'une certaine quantité d'alcool s'incorpore dans les tissus, et concourt à la formation de la graisse et de quelques autres substances de l'organisme. Munk (•) croit prouver que Talcool, dans l'alimentation, ménage les réserves albuminoïdes. Plus récemment, Miura (**') admet cet effet utile, mais seulement comme très relatif.

Quoi qu'il en soit, un fait s'impose, en ce qui concerne Tusage

Cj JoFFROY. Médic. par l'alcool. Thèse d'agrég. i8;5, p. 16. (*) H. ScHULiNUS. Arch. der I/eilkunde, 1866, t. II, p. 97. i*) Dupré. Proceedings of royal 8oc., 187a, n» i33, p. a68. (*) Anstie. The PractUioner, 1874.

'*) Strassmann. Arch. fur die ges. Physiol.y Bd XLIX* (•) BôDLA^DEE. Arch, fiir die ge». PkysioL, Bd XXXIU

(') Atwater et Bbnedikt. Étude expérimentale concernant la valeur nutritive de l'alcool, jïfém . Acad. nat. des Se, Washington 190a, t. VIII. (*) Albertoni et Lussana. Lo sperimentale, 1874, n" 10 et 11. (•) 1. Munk. Arch. fiir Phyaiol., 1879, ('•) MiuRA. ZeiU. f klin. Med., 189a, Bd XX.

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alimentaire de l'alcool, à savoir son effet thermique, qui est de 7 calories par gramme. Un litre de vin à lo p. loo, — ou, si Ton veut, loo ce. d*alcool — peuvent assurer près du quart de la quantité totale d^énergie dépensée dans les vingt-quatre heures (*).

Il y a donc longtemps que Talcool est considéré comme un aliment (*), et particulièrement comme une source de chaleur.

Gela restait à confirmer à Taide d'une preuve inattaquable. Les exi)ériences d'Atwater et Benedikt, grâce à l'emploi d'un merveilleux calorimètre, ont fait cette preuve.

Qu'en est-il advenu de nouveau ? Rien autre que la confirmation scientifique de ce qu'on savait déjà.

Voici donc qui est définitif, en chimie bictlogique : Valcool est un aliment.

D'autre part, c'est une substance si répandue dans la nature, on la retrouve si constamment au cours des phénomènes d'assimilation et de désassimilation des êtres vivants, végétaux et animaux, qu'il y a lieu de se demander si nous n'avons pas jusqu'ici méconnu sa valeur.

Duclaux a montré qu'en dehors de la période de germination des spores (où il est contraire),, l'alcool éthylique est utilisable, au degré de 6,8 p. loo, pour la nutrition de Taspergillus niger adulte, et que l'Eurotiopsis prospère dans un mélange à lo p. loo d'alcool.

M. Mazé (^), suivant pas à pas la germination de diverses plantes, a pu déterminer des oscillations dans leur teneur en alcool, qui lui font conclure que l'alcool produit a été utilisé par ces graines pour leur croissance ; et il en induit que c'est un produit normal et nécessaire de la digestion des matières hydrocarburées, dans les graines en cours de développement. '

M. Berthelot a fait des constatations analogues, dans la végé-

(V) Gley. VH" Cong^rès Intern. contre abus des boissons alcool.. 1899, t. II, p. 7 et suiv. — L'auteur dit Too cal. ; c'est seulement 56o, le poids spécifique de l'alcool éthylique étant 0.80.

(*) Voy. Ch. Pfeiffer, loc. cil.^ p. 56.

(^) Mazé. Cité in Reynolds Green, Heu, Scientif., a5 avril 1903, p. 519 et suiv.

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talion normale: lokgrde feuilles de noisetier ont donné lo gr d'alcool; même résultat obtenu par M. Mazé, avec des sarments de vigne et avec des grains de maïs (*).

Pour cet auteur, l'alcool est formé, dans les cellules vivantes des graines, aux dépens du sucre de raisin, en vertu d'un processus diastasique normal : il semble que la molécule de sucre soit dédoublée en alcool et acide carbonique, et (jue Calcool soit la partie nutritive de la molécule de sucre,

M. Laborde (^) aurait établi que TEurotiopsis transforme le sucre en alcool, dont il se nourrit lui-même. 11 y aurait dans le champignon une zymase destinée à accomplir ce mode de nutrition parfait.

On sait que Duclaux est allé plus loin encore, et a déclaré que l'alcool formé déifient un {véritable matériel de réserve pour la nutrition.

11 semble donc bien, si Ton acceptait les conclusions de quelques savants, que Ton trouve dans la physiologie végétale la preuve formelle que Talcool représente un agent normal de la nutrition immédiate et même de la constitution des réserves.

Dans le travail de Duclaux, Ce que c'est qu'un aliment^

on verra comment ce qu'on avait cru particulier à la levure de

bière, la formation d'alcool, apparaît comme une propriété de

•la cellule vivante en général. Celle-ci, grâce à des diastases,

dédouble le produit alimentaire, et c'est ainsi que la zymase

fait, avec les sucres, de Talcool et de Facide carbonique. De

quel droit, demande cet auteur, négligeons-nous cet alcool

intérimaire, doué d'une certaine stabilité ? « Tout ce qui pré-

« cède revenant à dire que l'alcool est un stade du progrès

« de démolition que subit la molécule sucrée, il était impos-

•<( sible que l'alcool n'apparaisse pas pendant la digestion du

« sucre, et que, par conséquent de l'alcool ne soit forcément

« brûlé dans la profondeur des muscles même de ceux qui le

« repoussaient religieusement en nature. La vérité ne se fâche

« pas ; elle s'est amusée. Elle s'est même montrée particu-

f) Berthelot. Cité in Reynolds Green,/7^i'. Scientif., a5 avril 1903, p. 519 et suiv. (') E. Laborde. Cité in Reynolds Green, Rev, Scientif., aS avril 1903, p. 519 et suiv.

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« lièrement spirituelle dans l'espèce : elle a montré aux anti- « alcoolistes qu'ils consommaient de Talcool sans le savoir! c( Tout récemment, MM. Stoklaza et Czerny, de Prague, ont « découvert dans les tissus vivants, une diastase, pareille à « la zymase de Bùchner, qui transforme en alcool ce que « la digestion lui présente de sucre. Les gens audacieux, a dont je suis, estiment que cela a été fait pour quelque « chose. » (*)

Voilà une partie de l'argumentation documentée de Duclaux.

Pour répondre, il y a lieu de rappeler, à propos des zymases, du sucre intracellulaire (") et de l'alcool des tissus, que la question est encore entièrement à l'étude. (Reynolds Green, président de la section de botanique au Congrès de l'Association britannique pour l'avancement des sciences ; Belfast, 1902.)

Même pour les végétaux, chez qui le contrôle est bien plus facile que chez les organismes animaux, on ne peut rien affirmer de définitif.

« Tant que la plante reste près de son point de croissance, « il est possible de mettre la présence du sucre en évidence; c< mais à partir de ce moment, la réaction n'est plus réalisable, « et nous savons que l'assimilation s'est produite. Il reste à « démêler les étapes successives, ce qui n'est pas un pro- « blême aisé. La moitié de l'alcool du sucre que prend le prdi( toplasma serait-elle l'expression, non d'un phénomène respi- « raloire, mais une fermentation préliminaire à l'assimilaa tion ? » (*)

On voit que les conclusions doivent s'en tenir encore au stade dubitatif, alors que Duclaux a déclaré que l'alcool formé devient un véritable matériel de réserve pour la nutrition.

,') E. Duclaux. Ce que c'est qu'un aliment. Ann. Inst. Pasteur, a5 avril 1903 t. XVn, p. 307 et suiv.

(*) Sur la présence de Talcool dans les tissus animaux, consulter Pfeifffr, thèse de Paris, 1904, page 34 et suiv.

(') Reynolds Gkeetc. Problèmes de la Physiol. végét., Rev. Svientif., a5 avril 1903,

D'ailleurs, dans ses audacieuses assertions, Duclaux s'est peut-être un peu trop payé d'hypothèses et défaits naal établis. Pour ne parler que des expériences de Stoklaza et Czerny, je tiens à mettre en opposition avec les affirmations du directeur de l'Institut Pasteur, une note récemment lue à l'Académie des sciences, sur la Prétendue fermentation alcoolique des tissus animaux^ et due à M. F. Botelli,

Dans une série de publications, Stoklaza avait annoncé que Ton peut extraire, des tissus des animaux supérieurs, un enzyme transformant le glucose en alcool et anhydride carbonique. Les résultats de Stoklaza ont été d'abord confirmés par ses élèves, et surtout par Simacek, puis par Feinschmidt. De son côté, M"® Borino attribue la fermentation alcoolique obtenue par les extraits des tissus animaux, aux nucléo-protéïdes qu'ils renferment.

Mais Cohnheim avait émis une hypothèse contraire, à savoir que la fermentation observée est due à des microorganismes.

Botelli est amené par ses expériences à conclure dans le même sens que Cohnheim, c'est-à-dire que la fermentation obtenue in vitro par les extraits d'organes d'animaux supérieurs, est due à la présence de niicroorganisnies (*).

D'autre part, au point de vue de la biologie cellulaire de l'homme, est-il possible d'accepter la conception des mutations alimentaires, telles que nous les représente Duclaux, et d'aboutir, comme lui, à la « consommation forcée de l'alcool, même par les anti-alcoolistes ? »

Comment ! de ce que, dans une série de décompositions successives, les molécules de sucre ou d'amidon peuvent aboutir à de l'alcool de fermentation, il faut conclure que cet alcool se trouve à coup sur destiné à sustenter nos cellules ! Mais cet alcool intraorganique, quel est-il ? Est-ce, je le demande, un terme définitif? N'est-ce pas, au contraire, un corps en perpétuel devenir ? Il y a longtemps que Schûtzenberger a écrit : « Tout aliment respiratoire, ou de force^ subit la

(*} F. Botelli. C. A. Acad. des Se, 1903. n° a4. Rés. in Trib. méd,, a6 décembre 1903, P- 45:.

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fermentation alcoolique, avant d'être comburé » ; mais ce savant a grand soin de ne parler du produit de cette fermentation, que comme d'un alcool à Vétat naissant^ ce qui, si je ne me trompe, doit représenter un corps appelé à subir aussitôt telle ou telle transformation, par combinaison ou par décomposition. Il faut, pour faire de cet alcool quelque chose d'utile, l'intervention, de la cellule vivante, qui en fera tout, excepté de Talcool, lequel, à l'état stationnaire de molécule C^H'O, serait comme un corps étranger nuisible (M- Or, je le demande à nos contradicteurs, en abreuvant nos cellules de ce produit artificiellement arrêté à un stade de sa transformation, Talcool de nos distilleries, sommes-nous en droit d'aflirmer que nous leur donnons tout ce quelles peuvent demander de meilleur, et que c'est, pour elles, de bonne besogne toute faite ?

Je n'insisterai pas sur cette considération que l'alcool n'est pas l'aboutissant naturel des fermentations ; la levure doit donner de l'eau et de l'acide carbonique, quand elle travaille bien et complètement ; la production d'alcool est quasi artificielle, quasi morbide, si elle est le dernier terme que réalise le ferment. Je n'insisterai pas davantage sur cette autre remarque que M. Rœser, dans son intéressante communication à la Société médico-chirurgicale de février igoS, a si bien mis en valeur (^).

« L'alcool, avant d'aboutir au stade ultime représenté par « l'eau et l'acide carbonique, passe par une phase d'oxyda- « tion préalable qui fournit deux composés toxiques, l'aldé- « hyde et l'acide acétique, dont la présence dans les tissus « est loin d'être favorable au bon fonctionnement de la « cellule. »

Et je reviens encore à ce fait de chimie théorique (théorie des zymases), que Duclaux a voulu nous faire admettre comme une vérité physiologique.

[*) (( Dans la série des transformations des albuminoïdes, certains corps très n toxiques sont produits. C'est ainsi qu'il se forme du carbamate d'ammoniaque, a corps très toxique du groupe des amides-acides. que la cellule hépatique déshy- « drate et transforme en urée. » (J. André. Conférences d'urologie clinique, 1903.)

(•) Rœser. Rôle de l'alcool dans la nutrition. C. R, Soc. médico-chirurgicale, <) fév. 1903, p. i37 et suivantes.

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M. Rœser a déjà répondu victorieusement à cet argument débile de la théorie de Talcool-aliment : « Les microbiologistes « nous disent qu'il se forme de l'alcool partout, dans les fer- « mentations digestives, et par suite du dédoublement du « glycogène et des sucres musculaires, et cet alcool doit être « autre chose qu'un résidu... ; mais l'organisme sait fabriquer n la quantité réclamée par ses fonctions, il ne parait pas « nécessaire de lui offrir ce qu'il possède déjà, et ce qu'il « trouve le moyen de produire par lui-même, de la façon la « plus naturelle et sans fatigue. Du reste, on rencontre aussi « dans les réactions cellulaires du phénol, du crésol, et « d'autres substances dont la présence ne suffirait pas à légi- « time'r l'emploi alimentaire. »

Voilà le langage que nous parlons avec notre bon sens ; Ton n'y rencontrera pas des inconséquences du calibre de celle-ci :

a II y a dans nos cellules une diastase dont le rôle est de transformer en alcool ce que la digestion lui présente de sucre^ donc... présentons-lui de V alcool. »

Je sais bien que Duclaux s'était placé parmi les gens audacieux; nous, qui sommes parmi les timides, nous nous demandons s'il n'est pas plus sage de donner du sucre à ces cellules qui ont leur diastase spécifique, capable de transformer le sucre en un alcool physiologique (^)

Sur la valeur alimentaire de Talcool, tout a été dit, ou bien peu s'en faut, par le professeur G. Pouchet, à Targumentation de qui je ferai quelques emprunts, pour terminer ce long exposé :

« L'alcool est immédiatement transformé dans l'économie, « d'où la théorie de la destruction de Talcool dans l'organisme, « et par ricochet, la théorie de r alcool-aliment d'épargne, »

En même temps que la fixation de l'alcool se fait dans le foie, on observe une excitation très notable des fonctions hépatiques : le glycogène augmente dans le foie, on observe également une augmentation de l'urée éliminée par les urines,

(') Voy. H. Triboulet. L'alcool dans ralimentation. Bull. gen. de Thérapeut.^ i5 et a3 juin 1903.

Tribol'LET, Mathieu et Mignot. Traité de ralcooliânic. 10

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malgré cependant le retard et la difficulté apportés, comme nous le verrons, parTalcool, dans les combinaisons intérieures de l'organisme.

L'extrême difficulté, dans l'étude de l'action physiologique de Talcool, c'est de faire la part qui revient à l'alcool transformé par l'organisme, et celle qui appartient à l'alcool demeuré « en nature », et agissant par sa seule présence.

Peut-on, avec Schmiedeberg et Baudot, conclure que l'alcool, fixant de façon plus intense l'hémoglobine sur l'hématie, et entravant la puissance osmotique du sang, est bien, à ce litre, un aliment d'épargne ?

La seule conclusion qui transparaisse, c'est que par l'alcool, comme par tout hypnotique, il y a arrêt des échanges.

En effet, d'après Pouchet, si on prend un peu d'alcool avec une ration d'albumine alimentaire forte, il y a légère diminution d'azote, pendant un certain temps ; mais si la dose augmente un peu (par exemple, au point de provoquer l'ivresse légère), nous assistons aune élimination d'azote, qui peut être de lop. loo au-dessus de la normale. Bizarre aliment d'épargne que celui-là !

« L'épargne que l'alcool exerce à l'égard des matières albu- « minoïdes est à peu près nulle, et cette épargne n'est en « aucune façon intéressante, parce que ces albuminoïdes con- « stituent ce qu'on peut appeler des aliments de luxe.

<( Comme la caféine, à faible dose, l'alcool — incontesta- « blement — permet une utilisation plus efficace des réserves, « stimule le système nerveux ; mais j'ajouterai que, plus u rapidement que la caféine, il produit l'inhibition du système <( nerveux. Comme conséquence de cette action secondaire, « les actes de désassimilation se trouvent excités, et l'empor- « tent de beaucoup sur la période d'épargne qu'on peut « observer au début de l'expérimentation.

« En résumé, on peut admettre que Talcool subit dans l'or- « ganisme une combustion d'autant plus complète que la « quantité qui en est ingérée est moins considérable — fait <( très important à considérer pour le rôle de r alcool-aliment,

« On a dit, encore, que l'alcool empêchait le muscle de s'user « en s'usant à sa place ; que, sous son influence, on voyait dimi-

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(( niier rélimination de l'azote, et que les phénomènes de dis- « sociation des albuminoïdes étaient ralentis, par suite de la « stabilité plus grande et plus durable des éléments azotés « des muscles....

« Mais, il y aurait à dire ce que j'ai dit à propos de la caféine: « les prétendus aliments d'épargne, anti-déperditeurs, ne réali- «< sent cette action que chez ceux qui n'en ont pas besoin. — Si (( l'alcool peut épargner, dans une certaine mesure, la com- « bustion des albuminoïdes circulant, incontestablement il « n'épargne en aucune façon l'usure de l'albuminoïde fixé a dans les tissus, c'est-à-dire l'usure de ces albuminoïdes « qui est inséparable du fonctionnement des éléments anatoa miques des tissus. » (*)

C'est en envisageant l'action de l'alcool sur la nutrition, sur la température et sur les échanges organiques, que nous allons reconnaître le vice de cette appellation : aliment d'épargne, expression qu'il faudrait absolument bannir du langage médical.

La deuxième partie de Targumentation de Duclaux se résume en ces termes :

L'alcool peut être substitué à poids isodyname (fournissant la même quantité de chaleur) à tel ou tel aliment hydrocarboné. Si nous avions le moyen d'apprécier, grâce à un mode de contrôle scientifiquement incontestable, le nombre de calories ainsi fournies parla combustion d'une quantité connue d'alcool, introduite comme dose de substitution dans un régime, nous démontrerions définitivement que l'alcool est bien un aliment comme les autres. Or, justement, ce qu'on pouvait déjà prévoir, est devenu l'évidence absolue, avec l'emploi du calorimètre de Berthelot perfectionné par Atwater et Benedikt; et dans les expériences de ces savants, l'alcool s'est montré un aliment, non plus comme tous les autres, mais meilleur que tous les autres. « II doit être placé à côté de « l'amidon et du sucre qu'il dépasse même par sa valeur « alimentaire, car, à poids égal, il contient plus d'énergie (^). »

(') G. PoucHET. Traité de Pharmacodynamie, t. II, p. i43, iG8, 172, 180, lya, etc. i') E. Duclaux. Ann. Jnsiit. Pasteur y aS nov. i9o2, p. 858 et suiv.

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Ainsi parle Duclaux. Mais d'autres savants diffèrent d'opinion, et voici ce qu'avec eux on peut répondre, à Taide d'arguments biologiques.

Il y a lieu de changer quelque chose à la loi des substitutions isodynames : on ne doit pas baser la valeur des aliments sur leur valeurcalorifîque (réserve faite pour les azotés). On ne doit pas raisonner, comme cela a été fait jusqu'ici, d'après ce point de vue que la production de chaleur est une fin en elle-même. Ce n'est qu'un incident ; la chaleur n'est qu'un terme extrême et dégradé. Un aliment vaut, non par la chaleur qu'il peut libérer, mais par le degré auquel son énergie est utilisable pour les processus vitaux, du moins dans les conditions normales de température et d'alimentation (*j.

En mettant la thermogenèse en tète des phénomènes de nutrition, en ne voyant dans l'alcool que les propriétés calorifiques, on aboutit à une appréciation de sa valeur alimentaire, qui prête fort aux critiques. On vient de lire la première, celle de Rùbner ; la seconde est plus ancienne, mais n'en reste pas moins valable.

R. Koppe (^) a judicieusement fait remarquer que, si la valeur alimentaire doit se mesurer au pouvoir calorifique, tout l'avantage revient aux alcools supérieurs, et, notamment, à l'alcool amylique, qui, à poids isodyname, dégage plus de calories.

Nous retrouvons cette même réfutation de l'interprétation de Duclaux, sous la plume de M. Legris : « Ainsi, Talcool « amylique dégage par gramme 9 calories, tandis que l'alcool « ordinaire n'en produit que 7 ; donc l'alcool de pommes de « terre est un meilleur aliment que l'alcool de vin ! Voilà <( à quelle conclusion imprévue et... absurde, on arrive, par « l'application singulière de certains principes » ^).

Somme toute, il s'agit de savoir si Têtre humain, qui, d'après la théorie pure^ n'a que tout profita tirer de l'alcool, s'accommode en pratique de sa consommation.

(*) RdBNER. Subslilution isodyname des aliments. Résumé in Rev. Scienlif., 14 noveinbre 1903. p. 63.5.

(*) R. Koppe. Cong. Intern. de Moscou iS^ti, C. R., t. I, p. 17-ao.

(') E. Legris. Pourquoi Taicool n'est pas un aliment. Ann. antialcool., nov. 1903, p. 7.

V ALCOOL ALIMENT NUISIBLE i49

Duclaiix n'a pas seulement traduit, mais il a interprété Texpérience d'Atwater et Benedikt lorsqu'il a écrit : « .... On « pouvait remplacer sans inconvénient un élément par de « l'alcool. C'est un point sur lequel les auteurs du mémoire M (Ahvater et Benedikt), perdus dans le dédale des faits expé- « nmeni3iux,n' insistent peut-être pas assez » (*).

Pour répondre à cela, il suffît de noter justement que les expériences de M. Alwater n'envisageaient qu'une des faces de la question très étendue, à l'étude de laquelle la commission américaine s'est livrée, au sujet de l'alcool. M. Atwater devait répondre à ceci : l'alcool se comporte-t-il comme un aliment ? La réponse fut : oui, puisqu'il peut se substituer, dans notre alimentation, à certains produits, dans une certaine mesure, et suivant certaines règles bio-physiques (isodynamie).

Mais d'autres expérimentateurs avaient à envisager si l'alcool est nuisible ou sans inconvénient pour l'être humain, notamment au point de vue digestif, nerveux, etc. En bonne et honnête argumentation, il fallait mettre leurs réponses à côté de la précédente.

Or, M. Atwater a déjà tenu à répondre « l'alcool est un aliment ; cest un mauvais aliment ; cest un détestable aliment » ('). Et cette affirmation est celle à laquelle ont abouti tous les observateurs.

En résumé, pour établir la valeur alimentaire de l'alcool, on peut invoquer, d'une part les constatations déjà anciennes de la physiologie, établissant que l'alcool est un aliment ; d'autre part, la grandiose expérience américaine qui prouve définitivement la possibilité de la substitution de ce produit, dans un régime (à titre de puissant équivalent calorifique). Mais c'est tout ; et par contre il faut rejeter toute autre preuve invoquée — notamment, parce qu'elle est fausse, celle de la transformation du sucre intra-cellulaire en alcool libre, par une diastase spécifique (Stoklaza et Çerny, réfutés par Bo-

l'i DucLAVX. Ann. I. Pasieur, loc. cit.

C) Atwater. Communication verbale à la Gonfér. de Tlnslilut Psychologique, présidée par MM. Siegfried et Cheysson. Paris, i^ nov. 1903.

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telli) — ; il faut rejeter la théorie exclusivement calorifique du pouvoir alimentaire, puisque, d'après elle, Talcool amylique, qui donne 9 C, au lieu de 7 (éthylique), serait le meilleur aliment... ce qui est absurde.

La grosse erreur, c'est d'avoir voulu transporter des faits de théorie pure dans la biologie pratique de Tôlre humain; et, avec Atvsrater, il faut conclure, encore une fois :

« Ualcool est un aliment,,, théorique; pour Tôtre humain, « en pratique, c'est un mauvais^ c'est un détestable aliment. »

La question de Talcool-aliment a inspiré une longue liste de publications, dont nous ne pouvons donner ici l'analyse, ni même la substance. Il nous faut prier le lecteur de se reporter aux originaux (^). D'ailleurs, pour bruyante qu'ait été la polémique, elle appartient aux actualités éphémères : multa renascuntur quasjam cecidere, cadentque,

M. Grandeau, a montré en quoi les conclusions de M. Duclaux diffèrent de celles d'Atwater; M. de Varigny a exposé les expériences contraires du professeur Ghauveau.

Autour de ces pages essentielles, se groupent quantité de publications variées, dont nous donnons ici les plus documentées :

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