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PHYSIOLOGIE DE ^ABSINTHE

plus spécialement étudiés, les absinthes, qui d'ailleurs représentent le type des boissons à essences.

On sait que toute liqueur d'absinthe contient de Talcool, des essences d'anis et d'absinthe, et, accessoirement, de la badiane, du fenouil, etc. (Voy. p. 62). Pour Magnan (études diverses de 1864 à 1888) et pour Laborde, anis et absintlie, voilà les deux substances à étudier. Or, Tanis, pour eux, ne donne lieu à rien de spécial. Restent Talcool et l'essence d'absinthe.

Li'ailaque épilepliforme, tel est le critérium expérimental de l'absinthisme. L'expérience est facile à réaliser. Si l'on injecte, sous la peau d'un cobaye, un 1/2 centimètre cube d'essence d^absinthe, ou si on le lui fait inhaler, il est pris (au bout de deux à trois minutes en cas d'injection, et de quinze à vingt minutes en cas d'inhalation) de raideur dans les pattes antérieures ; puis il se dresse, grimace, tombe, se contracture en demi-cercle, tout le corps agité de soubresauts, et jette en môme temps des cris plaintifs. Ensuite, les membres se relâchent un peu, quoique secoués encore de mouvements continus, comparables à des mouvements inconscients de natation. Après une petite détente et un calme fort courts, l'attaque recommence. Si la dose a été forte, ces accès deviennent plus fréquents et plus intenses, et ils peuvent entraîner la mort, après vingt à trente minutes d'agonie asphyxique (*).

Quand, ainsi qu'il est de règle dans la consommation courante, l'alcool et l'absinthe sont mélangés, leurs effets respectifs s'additionnent chez le même sujet; mais on note du retard et un peu moins d'intensité, dans les convulsions absinthiques

On vient do décrire l'accès d'épilepsie absinthique expérimentale par intoxication aiguë, obtenue avec V essence d'absinthe. C'est là un fait qu'on ne peut discuter, l'expérience étant à la portée de tous; toutefois ce qu'on ignore, quoi qu'aient affirmé les auteurs précités, c'est le rôle exact de tel ou tel produit de la liqueur d'absinthe, breuvage complexe, dans la réalisation des phénomènes convulsifs épileplif ormes.

0 J.-V. Laborde. Rapport Acad. Méd.. i«f ocl. 1889.

Avec Cadéac et Meunier (*), après Lancereaux et Dujardîn- Beaumetz, on peut tenir Tattaque épileptiforme pour l'exception dans Fabsinthisme /;a/' liqueur. Les accidents constants sont la paresse cérébrale, Tannihilation de la volonté, les vertiges, les tremblements, la somnolence, Thébétude ; et pour Cadéac et Meunier, cet « abrutissement » n'est pas absinthique^ mais anisique.

De l'ensemble d'actions épileptisantes ou stupéfiantes résulte ou la crise épileptiforme, ou Tabrutissement, suivant le degré de susceptibilité des individus, et surtout, suivant l'origine des plantes et le mode de fabrication de la liqueur. Les stupéfiants anis, badiane, angélique, origan, mélisse, entrent en quantité dominante et relèguent au second rang l'essence d'absinthe, qui n'entre dans la composition des absinthes consommées, qu'à dose inférieure à celle de l'ensemble précédent.

Parmi les autres breuvages dont la toxicité est due en grande partie aux essences surajoutées, il faut citer les vermouths, bitters, amers, et toute une gamme d'apérilifs^chaque jour allongée. Laborde et Magnan ayant entrepris l'étude toxicologique du vermouth et du bitter (■), ont, à propos du premier de ces produits, expérimenté l'action dé deux toxiques puissants: Valdéhyde salicylique et le salicylate de méthyle.

L'aldéhyde salicylique a une action épileptisante considérable, ce qui, d'après ces expérimentateurs, explique qu'on ait pu croire que certains vermouths etbitters étaient additionnés d'absinthe (^). Le salicylate de méthyle a, lui aussi, une action convulsivante, mais différente de l'épilepsic proprement dite.

La série d'expériences de Laborde et Magnan est close par l'expérimentation de Vessence de noyau^ contenue dans la liqueur de ce nom, à la dose de 5 grammes par litre.

L'essence de noyau se compose d'une petite quantité de

(*) Cadéac et Meukier. Bull. Acad. méd., 1889. — Rev. d hygiène , 1889, p. loCo etsuiv.

(') Nous demandons au lecteur de se reporter aux textes in extenso, et nous ne donnons ici qu'un aperçu rapide de la question.

(') Les vermouths sont, en effet, ù base d'absinthe, mais ils en renferment i3 à ao fois moins que la liqueur d'absinthe (Voy. p. 48). On remarquera qu'aucune des analyses de bitter et de vermouth que nous avons données ne signale la présence d'aldéhyde salicylique et de salicylate de méthyle.

PHYSIOLOGIE DES DIVERSES ESSENCES lag

benzoaitrile et d'aldéhyde benzoïque (odeur d'amandes amères). Ving^ centimètres cubes de la liqueur de noyau, en injection intraveineuse, produisent chez Tanimal, une raideur tétanique passagère; une nouvelle dose égale rend le tétanos presque généralisé, et une troisième dose réussit à tuer un animal de 9 kilogrammes, en tétanos généralisé, avec contracture du diaphragme. C'est donc un tétanisant puissant.

Laborde et Magnan se demandent si quelques cas de mort subite, chez l'homme, ne seraient pas dus à Faction de certains de ces poisons encore mal définis (').

En même temps qu'ils étudiaient l'absinthe et ses composants, Cadéac et Meunier ont étudié une liqueur non moins populaire, le vulnéraire. Les essais du vulnéraire nous révèlent que l'essence de sauge y représente un élément cowvulsivant terrible, trois fois plus actif que l'essence d'absinthe, et qu'on y trouve encore des excito-stupéfiants (menthe, origan), et des essences nettement stupéfiantes (lavande, thym, mélisse) .

A l'heure actuelle, l'étude des essences est, nous le répétons, loin d'être terminée et nous pensons qu'il n'existe pas, touchant leur toxi-physiologie, de notions dûment acceptables, en dehors des faits présentés dans le travail, déjà cité^ de Ulou(*).

Nous empruntons à ce dernier quelques*unes de ses conclusions :

i"" La plupart des essences d'absinthe sont convulsivantes ; l'intoxication, chez le chien, débute par une phase d'agitation et d'hallucinations, et se termine par une période d'abattement et de stupeur ;

7? Des doses d'essence d'absinthe; inoffensives au début, finissent, après un usage plus ou moins prplongé, par déterminer des phénomènes toxiques. Ces substances s'accumulent

(*) J.-V. Larorde et Magnan. De la toxicité des alcools dits supérieurs, et des bou- «luels artificiels. Bev. d*hygiène, 1889, et Bull. Acad. méd., a et lO oct. 1888.

(') ^oy. encore le rapport récent de l'Acad. de méd., et les discussions auxquelles il a donné lieu (C. R. Acad. méd. ^ déc. 1902 « janv. , Tévr., mars 1903). — Voy. également E. Comtet. La phase actuelle de la question de l'alcoolisme. Gaz. kép., 10 fév. 1903.

Triboulet, Mathieu et Mignot. Traité de l'alcoolisme. 9

i3o PHYSIOLOGIE

donc dans l'organisme, ou tout au moins entraînent une dimi^ nation de résistance, chez les animaux qui les absorbent;

3° Le essences d'absinthe, administrées pendant plus longtemps, entraînent des troubles marqués de l'intelligence (*) ;

4*" Dans Tapéritif-absinthe, le poids total des substances convulsivantes (absinthe, fenouil, hysope) est de beaucoup inférieur à celui des substances stupéfiantes et excito-stupéfiantes (menthe, mélisse, angélique, anis, badiane coriandre.)

B, — Boissons fermentées

Le vin, la bière, le cidre — pour ne parler que des boissons fermentées de consommation courante dans nos contrées — quand ils sont de bon aloi, naturels, possèdent certaines propriétés alimentaires. Ne renferment-ils pas des matières ex* tractives azotées, des sels, du glycose et aussi de Talcool qui, dans l'état de dilution, en général considérable, où il se trouve, agit comme un stimulant sans effet nuisible appréciable ? Et de fait, ces produits naturels sont consommés couramment, se combinent à Talimentation habituelle d'un grand nombre de gens.

Les questions à résoudre sont celles-ci : l'organisme tire-t-il réellement profil de la consommation de ces liquides ? Sont-ce là des substances indispensables, utiles ou indifférentes ? On conçoit qu'en l'espèce, l'expérimentation soit de peu de valeur. De ce ([u'on peut, avec ces produits ajoutés à Talimentation, réaliser, par exemple, plus ou moins vite, l'engraissement d'un animal, il ne s'ensuit pas qu'on procure ainsi à son organisme un gain réel. Nous devons ici, en somme, nous en tenir aux faits observés chez Thomme ; et nous allons envisager surtout ceux qui concernent le vin.

Vieille comme l'histoire du vin est l'idée que ce breuvage donne de la force. Dans Hippocrate, nous lisons que « le vin est c( merveilleusement approprié à l'homme, si, en santé commeen « maladie, on l'administre avec à-propos et juste mesure ». De nos jours, s'appuyant sur des données chimiques, Bouchardat reconnaît que « la complexité des matériaux qui entrent dans

(*) S.-D. Lalou. Loc. cit. p. iDi

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a la composition du vin, et qui, à certains égards, se rappro- « chent de ceux de l'organisme humain, rend bien compte de « son action restaurante ».

Renfermant 6 à 7 p. 100 de glycérine, des matières grasses, du sucre, des albumines, à la dose de 16 p. 1000; capable, grâce à ces éléments de nutrition et grâce à l'alcool qu'il contient en proportion variable, de donner, par litre, le nombre imposant de 700 calories (de i/4à i/3 du total quotidien), le vin est bien — chimiquement parlant — un aliment. Toutefois, ce qu'il faut se hâter d'ajouter, c'est que le vin, comme les autres boissons fermentées, n'a de raison d'intervenir dans un régime alimentaire, qu'à titre de supplément ; qu'il n'est en aucune façon indispensable. Bien des gens s'en passent, dont l'activité et la force ne le cèdent cependant en rien à celles de buveurs de vin (*).

Si d'ailleurs le vin renferme quelques substances physiologiquement utilisables, il n'est pas moins exact qu'il contient de multiples éléments nocifs. D'abord, si, pour le moment, nous ne considérons qu'un échantillon de type moyen, nous rencontrons un de ses composants d'importance, Talcool, et l'on n'ignore pas que, trop souvent, le vin n'est recherché que pour sa stimulation alcoolique. Or, grâce à l'alcool, à partir d'une certaine dose, le vin mérite d'être considéré comme un toxique. Cette dose, qu'elle est-elle ?

11 est bon de rappeler, à ce propos, que la teneur du vin en alcool, est éminemment variable : certains petits vins n'en renferment pas plus de 4 à 5 p. 100; certains grosxms en contiennent jusqu'à i3p. 100, et certains vins-liqueurs, jusqu'à 20 et 22 p. 100 (Voy. p. 20).

L'expérimentation ne nous a rien appris sur la quantité d'alcool normalement tolérable par l'organisme , quand cet alcool est dilué dans un vin; mais, d'une façon empirique, on peut estimer, pour Thomme, à un gramme par kilogramme du poids du corps, en vingt-quatre heures, la quantité d'alcool assimilable etéliminable sans effets nocifs bien patents. C'est ce chiffre qu'acceptent la plupart des hygiénistes, puisqu'on

0 ^^y-y <iu paragraphe suivant, la question de a l'alcool dans l'alimentation »,

i33 PHYSIOLOGIE

fixe à I liire de vin par jour, environ, la consommation d'un adulte du poids moyen de 65 à 70 kilogrammes. Or, un litre de vin, au titre moyen de 7 à 8 p. loo, renferme de 70 à 80 c. cubes d'alcool, et ajoutons, en y insistant, d'alcool dilué (*).

Nous verrons, au chapitre de Thygiène des boissons, que cette dose est très discutable, et bien supérieure à une moyenne vraiment physiologique, étant entendu d'ailleurs que nous parlons d'un vin naturel^ ou, tout au moins, d'un vin sans excès d'un de ses composants, et surtout sans addition d'un produit nuisible (conditions qui ne sont pas toujours remplies, tant s'en faut).

Passons maintenant aux effets nocifs. Théoriquement, audessus d'un litre, pour un adulte — mais déjà à dose moindre, pour bien des gens, les sédentaires, les dyspeptiques, etc., — le vin devient nwisïble p^Lvla quantité d'alcool qu'il fait ingérer. Le vin, comme l'alcool dont il est le véhicule, peut agir par intoxication aiguë, et, suivant les aptitudes organiques individuelles, produire V ivresse^ avec toutes ses conséquences. Si l'intoxication est répétée fréquemment, on voit, sous l'apparence d'une certaine accoutumance, se montrer V intoxication chronique^ identique à celle que nous étudierons dans l'alcoolisme proprement dit.

Le vin porte atteinte aux fonctions digestives, avec une déplorable facilité, surtout quand il est absorbé à jeun; et il faut incriminer ici, non seulement l'alcool, dont nous apprendrons plus loin à connaître les effets sur la muqueuse digestive, mais aussi certains principes acides, certains sels de potasse.

Sur un malade opéré par Verneuil pour rétrécissement de l'œsophage, et porteur d'une fistule gastrique par laquelle se faisait Talimentation, Ch. Richet avait remarqué que la teneur du contenu stomacal en acide chlorhydrique, passait de 1,5 à 3 ou 4) après introduction devin dans Testomac. « On peut « donc affirmer, d'après cette expérience, dit le D"^ E. Mauriac, (c que le vin rouge active la digestion, à l'état physiologique; « qu'il est un agent eupeptique (*) ».

C) La dilution est un gros argument en physiologie, comme nous l'avons vu. (') Dr £. Mauriac. La Défense du vin. Doin, édit., 1901, p. 5;.

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PHYSIOLOGIE DU VIN i33

Celle assertion me paraît aisémenl réfutable. L'usage du vin augmente Tacidité, mais amoindrit le pouvoir peptique. A un questionnaire dressé par l'un de nous, le D' Frémont aobligeamment répondu en ces termes, qui nous paraissent devoir fixer les idées, à l'égard de l'influence du vin sur les processus digestifs. « Au congrès de Montpellier, en 1898, dit-il, cf j'ai publié que le vin excite beaucoup l'estomac : si, à vide, il « sécrète i\ avec du vin il sécrète 4. Malheureusement, si celte « notion est précieuse surtout pour proscrire le vin aux « hypersécréteurs, les hypochlorhydriques ne peuvent guère « en bénéficier, parce que chez ces derniers, toute excitation « de l'estomac devient facilement irritation, et est suivie d'une « diminution de sécrétion. Ainsi voyons-nous l'irritation pro- « longée transformer la muqueuse de l'estomac et constituer « la gastrite alcoolique (*). »

De telles conséquences sont, on le conçoit, favorisées par certains détails de composition du vin consommé.

L'acidité totale d'un vin varie de i,5o à 5 p. i 000. Entre 3 et 5 p. I 000 , certains vins deviennent pour ainsi dire intolérables : ils donnent une sensation constrictive pénible ; ils provoquent, chez les sujets sensibles, le vomissement alimentaire ou muqueux, et certaines gastrites se développent parfois, rapidement, sous leur seule influence.

Peut-être les principes acides jouent-ils un rôle très important dans la production d'un accident grave de l'intoxication chronique par le vin. C'est à eux, en eff*et, que certains auteurs attribuent la genèse de la cirrhose dite alcoolique du foie, sans d'ailleurs s'appuyer sur une expérimentation suflîsante. Plus documenté, peut-être, Lancereaux a été conduit à incriminer spécialement les sels de potasse, comme cause eflîciente de cette aff'ection (^).

• Quoi qu'il en soit de cette discussion, que nous aurons à reprendre au chapitre de la pathologie, il n'en reste pas moins

(*J D' Frémont, de Vichy. Congères de Montpellier, 1898.

(*l Cette action nuisible est contestée, d'ailleurs, par la plupart des médecins des régions vinicoles.

certain que, par un ou plusieurs de ses principes composants, le vin peut constituer une menace ou un réel danger pour quelques organes (estomac, foie).

Il est de notion vulgaire que le vin blanc a une action assez différente de celle du vin rouge ; on en trouve la raison dans quelques particularités de la fabrication de ces deux produits. Le vin rouge, d'après Daremberg {*), est plus toxique que le blanc, parce que celui-ci résulte de la fermentation du seul jus du raisin, tandis que le vin rouge est toujours produit par la fermentation du jus, de la peau et des pépins. Les impuretés venant de ces dernières matières, et souvent aussi de la grappe, sont constituées par des huiles essentielles, du furfurol, des alcools supérieurs, des acides volatils, du tannin, et du bitartrate de potasse. Ce dernier sel, comme tous les sels de potasse, est dangereux lorsqu'il est absorbé en notable quantité, pendant longtemps. Il contribue à la toxicité spéciale du vin rouge.

Le vin blanc, par contre, est plus riche en éther, en éther acétique surtout (4 à 5 grammes par litre, d'après Rabuteau). Ensuite, il contient fort peu de tannin, substance capable, selon Magnan, de corriger l'action toxique des vins ; et ce fait expliquerait ses effets plus excitants que toniques (Lunier).

Enfin, la pauvreté des vins blancsen tannin ferait comprendre pourquoi le dyspeptique les supporte moins mal que les vins rouges — car 3 ou 4 centigrammes de ce corps, pour 100 grammes d'eau acidulée, arrêtent les digestions artificielles — et pourquoi le vin blanc est réputé a plus léger ».

Les vins mousseux, dont le type est le vin de Champagne, ne sont que des vins blancs travaillés et ne renferment aucun principe toxique particulier ; mais le sucrage et la surcharge en acide carbonique les rendent lourdSy c'est-à-dire lents à sortir de Testomac, et, en conséquence, un peu plus nuisibles.

Nous n'avons jusqu'ici parlé que des vins naturels. Mais, parmi les vins livrés à la consommation, on rencontre, dans les villes surtout, des vins frelatés à l'aide de substances nuisibles. Nous nous hâtons de dire que ces sophistications, qui, non

(*) Daremberg. Acad. méd., i5 oct. iSyS.

PHYSIOLOGIE DE LA BIÈRE ET DU CIDRE i35

sans raison , crailleurs, ont fait grand bruit, il y a quelques années , sont de moins en moins fréquentes, grâce à une surveillance active. Nous ne retiendrons que deux sophistications, d'une nocuité discutable : le vinage ^ ou addition d'une quantité plus ou moins considérable d'alcool d'industrie, et l'addi* lion de bouquets^ ou huiles de ifin (*). Ces huiles essentielles de lie de vin, riches en éthers, sont, l'une, de fabrication française, l'autre, de fabrication allemande — et cette dernière, d'après les expériences de Laborde et Magnan, a une toxicité double de la première (').

Nous ne pouvons, dans ce travail, aborder en détail l'étude des autres boissons fermentées: bière^ cidre. Si nous nous en tenons à ce que l'analyse chimique nous apprend d'eux, nous devons leur reconnaître de faibles propriétés alimentaires. Pouchet voit dans le cidre de bonne qualité, une boisson hygiénique dont remploi est très recommandable et dont la valeur alimentaire dépasse même celle de la bière.

D'après le travail, déjà mentionné, de Daremberg, sur la toxicité des breuvages usuels, les bières françaises, à 5 p. loo d'alcool, peuvent être injectées dans les veines de l'animal, à la dose de 5o centimètres cubes, sans donner de résultat appréciable ; par contre, les cidres^ soumis à la même expérience, se montrent d'ordinaire très toxiques (').

En dehors de la gêne stomacale provoquée par leur stagnation (distension gastrique, dilatation même, due à la bière, en particulier), ces diverses boissons seraient, sans doute, d'une nocuité relativement peu considérable, s'i4s n'étaient consommés, d'ordinaire, en quantité démesurée, et si, comme il arrive trop souvent, pour la bière surtout, on ne les surchargeait d'alcool, de glycérine, de mélasse de betteraves, et de principes amers variés.

(') Nous ne parlons pas de la matière colorante, peu nocive, et souveutméme indifférente.

(') Mais il reste ù prouver que les éthers ajoutés, sous le nom d'huiles de vin, et en proportion infinitésimale, aux vins artificiels, sont plus nuisibles, ù doses égales, que l'huile naturelle des vins authentiques. Poincaré, professeur d'hygiène à Nancy, a prouvé d'ailleurs, que les bouquets (sèves-aromes) de la plupart de nos crus, étaient sans effets nocifs sur l'animal en expérience (Soc. de méd. pub., i8(j6i.

[^) Dahemberc. Acad. de méd.. 1895.

i36 PHYSIOLOGIE

D'après Pouchet, la bière est plus nutritive que le vin, grâce aux matières extractives du malt et aux sels minéraux ; elle est tonique, stomachique, en raison du principe amer du houblon. Mais il y aurait peut-être lieu d'attribuer à Thuile essentielle du houblon, à sa matière résineuse ou lupulin, Tengourdissenient, la fatigue musculaire, la pesanteur de tète. Diurétique, mais parfois irritante pour Tépithélium du rein, la bière serait encore sédative et antiaphrodisiaque.

D'après Bùchner (*), une certaine quantité de bière entrave les digestions artificielles. Il faut ici tenir compte de ce fait que la bière est chargée d'acide carbonique. La proportion de ce gaz, qui peut varier de 3 à 6 volumes p. loo, est, comme pour leschampagnes, un adjuvant de l'ivresse.

Hilger (*) a trouvé qu'à richesse alcoolique égale, un mélange d'alcool et d'eau est moins enivrant que la bière.

La consommation habituelle d'une certaine quantité de bière amène une dépression plus ou moins marquée de l'aptitude au travail et des facultés intellectuelles. L'ivresse de bière est dépressive ; elle se caractérise par l'obscurcissement rapide des idées, la paralysie, le sommeil C^).

Dernières considérations générales sur la physiologie de rintoxication par les produits alcooliques. — Nous rappelons qu'il estimpossibledejuger rtj^^/wvdel'effetproduit, en se basant sur la dose : si, généralement, dose forte = intoxication intense, on ne peut, avec des doses i, 2,3,4, ^^c., obtenir à coup sur d^s effets toxiques i, 2, 3, 4i «te* H n'est pas permi» de juger, d'une façon absolue, de la valeur toxique d'un composé^ en se fondant sur l'action expérimentale de ses composants, envisagés isolément : le vin, dans soii ensemble, par exemple, n'est pas un produit très toxique, cependant que certains de ses éléments (alcool, bouquets, etc.) sont des plus nocifs. C'est un peu théoriquement que les propriétés de quelques breuvages usuels sont rattachées à la présence de tel ou tel « hypertoxique » rencontré dans de rares

(*) BtlCIINEK.

(*) Hii.GPR, oilés in PouciiET. Phorrancodynomie, t. II, p. 37.5.

(^) VoY. G. Keferstein. Bière et alcoolisme, Miinch. med. Woch. a8 août 1903.

ROLE ACCESSOIRE DES IMPURETÉS ET DES ESSENCES ïS;

échantillons, et seulement à dose infinitésimale. Si les alcools de consommation étaient ce qu'en laisse supposer la seule analyse et Texpérimentation théorique, ils seraient imbuvables. Avec Joffroy, ainsi que nous Tavons signalé déjà, il faut toujours en revenir à cette notion : les impuretés, les substances surajoutées sont en si faible proportion dans Jes eauxde-vie du commerce, que c'est Falcool éthylique qu'il faut envisager, avant tout, dans l'intoxication par ces boissons (les produits dits naturels^ notons-le encore, étant toutefois plus toxiques).

Dans les liqueurs à essences, on se trouve en présence de deux ou de plusieurs toxiques réunis : alcool, d'abord, essences variées, ensuite. Certaines de ces dernières sont d'une extrême toxicité, ainsi que le prouvent les elTels terribles constatés chez les animaux en expérimentation, parfois aussi observés chez l'homme. Mais, en dehors de ces faits d'exception brutaux, l'intoxication semble prendre d'ordinaire, chez Thomme, des voies détournées, par lesquelles s'atténue chemin faisant l'action malfaisante du poison. Il y a des résistances organiques imprévues, « providentielles » diraient ceux qui croient au dieu des ivrognes, et si, au fond, ces résistances trompeuses ne servent qu'à masquer trop longtemps le mal insidieux, si, comme nous le verrons, elles ne sont d'aucune eflicacité pour protéger la descendance 'des buveurs d'alcool, il n'est pas moins vrai, physiologiquement, qu'elles assurent pour un temps à certains alcooliques, une réelle immunité apparente.

Nous rappelons notamment qu'il faut être très réservé dans l'interprétation des troublesnerveuxsupposésd'origine toxique, et qu'il y a lieu, en particulier chez l'homme, de tenir grand compte des prédispositions névropathiquesdu sujet. En effet, certains produits dits convulsivants, ingérés, non plus à des doses massives expérimentales, mais à doses successives, minimes ou moyennes, peuvent rester longtemps, ou toujours, sans effet convulsif, chez un grand nombre de buveurs. Les désordres, pour un môme toxique, peuvent être, chez les uns, des phénomènes à' excitation, chez les autres, des phénomènes de dépression. Par contre, à doses égales ou môme plus

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faibles, ce toxique détermine parfois des troubles convulsifs précoces, chez certains individus. Il est de toute évidence, dans ces conditions, que le toxique n'a fait que mettre en lumière une tare préalable du sujet; et c'est ainsi que Ton comprend aujourd'hui la provocation, par Talcool et par les essences, des attaques d'hystérie convulsive. Les recherches actuelles conduisent à interpréter également dans ce sens, bon nombre de manifestations dJépilepsie dite toxique.

Les affections aiguës ou chroniques, lorsqu'elles déterminent des troubles psychiques, sensoriels ou moteurs, ne font que mettre en velieïwne prédisposition individuelle^ héréditaire ou congénitale (^) ; or, c'est de la même façon que se comportent, pour une grande part, les intoxications (Voy. hystérie alcoolique).

14- — L'Alcool dans r Alimentation, i*" Alcool-aliment, au point de vue théorique

Il n'est guère de questions sur lesquelles on ait autant écrit, et en aussi peu de temps, que sur la question de l'alcool-aliment. Il faudrait un volume pour donner la seule liste des articles parus en un an, sur ce sujet. Passant sous silence ce qui a trait à la polémique pure, je m'attacherai surtout à présenter les points saillants du débat, renvoyant aux articles originaux, pour tout ce qui est développement.

Le lecteur trouvera ici tout ce qui montre que l'alcool est un aliment, et de quelle nature est cet aliment; en quoi il est profitable à la vie animale, et, plus particulièrement, à l'être humain, considéré soit au repos, soit en état d'activité physique ou intellectuelle, etc. Nous tâcherons de le mettre à même déjuger si ces qualités sont supérieures, dans l'alcool, à celles que chacun reconnaît à d'autres produits voisins; et enfin, si l'alcool, ayant des avantages, n'a pas également, en tant qu'aliment, certains défauts, ceux-ci pouvant égaler ceux-là, ou même les dépasser, tant en nombre qu'en importance.

(*) Lancereaux. Union médicale, iSSa, p. 673.

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