‹ Traité de l'alcoolismeChapitre 80 sur 201 · HOMMES · texte numérisé non relu

HOMMES

Première statistique

Deuxième statistique

FEMMKS

Première statistique

Deuxième statistique

Résultat saisissant et navrant, c'est entre vingt elquaranteans

que se voient les maximums ( — pour les hommes, ~ pour les

femmes), c'est-à-dire à Tâge où, socialement, par la reprodiution, les êtres sont utiles ou nuisibles au maximum à la communauté.

L'influence de la profession du sujet prend une importance dominante ; et, pour peu qu'on ait eu à étudier, à ce point de vue, les malades de la ville et ceux des services hospitaliers, il est facile d'arriver à une sorte de groupement hiérarchique des professions. Sans pouvoir développer complètement ce cùté si intéressant de la question, voici quelques documents statistiques tirés de l'observation hospitalière. Sur une série de 1. 000 à 1.200 malades hommes, nous voyons représentées, S3 professions ébriogènes ; sur ime série de 3 à 4^0 femmes, nous en trouvons 7. C'est dire que la plupart des corps de métier, à l'heure actuelle, sont alcoolisés (*). Les médecins connaissent bien l'argument devenu classique : « c'est le métier qui veut ça », et n'en voient guère qui « ne le veuillent pas ». Veut-on établir la part proportionnelle des diverses

[*) S'il était, pour le lecteur, de quelque intérêt de connaître la répartition des ca» d'alcoolisme suivant les professions, nous lui conseillons de se reporter aux statistiques anglaises de Tatham, dont Jacquet a donné un résumé très documcnl^^, dans son rap* port de 1899, ù la Société médicale des hùpitauxde Paris.

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professions, on remarque (d'après notre statistique) (*) que les terrassiers, les cochers et les hommes de peine sont représentés à peu près à égalité. Au premier rang, et de beaucoup en tête sur la liste féminine, les femmes de ménage. On conçoit que, suivant les milieux observés, les chiffres proportionnels puissent notablement varier (^).

Au point de vue médical, nous avons surtout à redhercher par quelles infractions à Thygiène, les différents intoxiqués réalisent leur alcoolisme chronique.

C'est un chapitre fort chargé de détails que celui des modes d'alcoolisation chronique — et même, n'étaient les tristes conséquences de cette intoxication endémique, certaines particularitésde Tétiologie ne manqueraient nide pittoresque.ni d*imprévu.

L'éthylisation se pratique différemment suivant le milieu social où Ton observe. Chez l'ouvrier, on boit le matin à jeun, pour tuer le ver ; on prend Y apéritif nv^mi les repas; on boit le vin en mangeant (un demi-litre ou un litre par repas) ; contre la fatigue, contre la chaleur, contre le froid aussi, on se désaltère, qui avec du vin, qui avec des mixtures alcooliques.

Pour bon nombre de commerçants, le vin blanc du matin et les apéritifs sont également de mise ; et, comme la plupart des affaires se traitent en buvant, soit chez le marchand de vin, soit au café, soit à domicile, négociants et courtiers arrivent facilement à l'alcoolisme.

Quant à ceux dont le métier consiste à trafiquer de Talcool, il n'y a pas à rappeler comment se réalise chez eux l'intoxication.

Dans la classe aisée, les uns deviennent éthyliques par des habitudes de café, qu'entretient l'oisiveté ; les autres, par la bonne chère et par le luxe de la table, luxe consistant trop souvent en vins recherchés et en liqueurs vieillies. Nombre de sujets riches le deviennent au régime d'un apéritif avant les repas, d'une bouteille de vin pur aux repas, et du petit verre, à la fin du déjeuner et du dîner.

Plusieurs auteurs ont signalé la manière désolante dont le plus grand nombre des ouvriers des villes comprennent leur

r H. Triboulf.t et Kahn. Statist. de Lariboisière, 1899-1900.

(•i De Grandmaison. Méd, mod.y a sept. 1896. — Raymond. Alcoolisme à Paris. Pruir. méd., 18 sept. 96.

21 a ÉTUDE CLLXIQUE

budget, au point de vue de la nourriture. Les statistiques de Bonnet (*), celles de Tourdot, en majorité fournies par Brunon (de Bouen), nous mettentà même de constater que beaucoup de travailleurs dépensent plus en boisson qu'en alimentation. Letulle, dans un travail dont les éléments ont été pris à Fliôpital Boucicaut, nous donne les chiffres de quelques dépenses ouvrières. Avec des salaires de 475o à 6 francs, rarement l'ouvrier dépense-t-il 2 francs de nourriture ; le plus sobre ne consomme guère moins de i'%25 par jour, en boissons alcooliques. Très communs sont les budgets où les deux dépenses sont égalisées : boissons i^S7o, aliments i'',8o; enfin, il n'est pas rare que, d'une façon intermittente, chez beaucoup, et d'une façon continue, chez quelques-uns, la proportion soit renversée.

« A suivre l'ouvrier parisien, on saisit sur le vif la genèse de « l'alcoolisation, dit Letulle (^). L ouvrier parisien s' alcoolise tous « les jours. Tout d'abord, le matin de bonne heure, l'ouvrier « commence par ne pas manger ; ses instincts viscéraux ne le i( servent plus : il se contente de boire, à jeun, un vin ou unal- « cool frelaté (J) ; puis il va au travail. A 9 heures, seconde séance « d'une fausse ou incomplète alimentation, intoxiquée, elle aussi « trop souvent, par un vin alcoolisé. Enfin, à 1 1 heures ou à midi, « premier vrai repas, précédé de l'abominable apéritif alcoo- « lique^ empoisonné par quelque essence. Le menu alimentaire « du déjeuner est d'ailleurs presque toujours insuffisant: une « demi-livre de pain, o fr, 20 de viande de bœuf cuite, ou de « ragoût, un morceau de fromage de o fr, 20 ; parfois une soupe M ou du bouillon. A peine y a-t-il là de quoi soutenir les forces « d'un homme de bureau; mais il y aledemi-litrede vin, etquel « vin? et la tasse de café avec alcool, o fr, i5 ou o fr, 20, cognac « ou marc, les pires poisons offerts à Testomac. De môme, pour « le reste de la journée. Et c'est tout ! et les jours se succéde- « ront ainsi, mortellement semblables. »

(') lîONNKT. Le bilan de l'ulcoolisine (doses individuellesi. Thèse de Paris, iS<>C.

(*) Letulle. L'Alcoolisme et ses rapports avec la tuberculose pulmonaire, in Lutte antitub.y 3i mai 190 1, p. 2.) et suiv.

(') Le lecteur pensera sans doute, comme nous, que certaines épithètes appliquées ici par Letulle ou vin, ù l'alcool et aux apéritifs, manquent un peu de justesse.

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Si le travail n'exige ni beaucoup de mouvement, ni un notable déploiement de force, ces doses de breuvages alcoolisés ont leur effet intégral, et Talcoolisme se révèle plus ou moins vite : c'est ainsi que la statistique d'Alison, sur la cirrhose alcoolique, montre que cette affection se manifeste chez les gens à profession sédentaire, dans une plus forte proportion que chez les individus qui travaillent et éliminent beaucoup.

Chez la femme, le mode d'intoxication diffère suivant le milieu social. La femme de l'ouvrier accompagne souvent celui-ci au cabaret, et elle arrive à prendre ainsi des habitudes d'intempérance.

Il est à remarquer que le vulnéraire, l'absinthe et les liqueurs à essences, sont particulièrement prisées par la femme, si bien que Tabsinthisme tend à devenir aussi fréquent chez elle que chez l'homme.

Dans d'autres milieux, l'usage immodéré de l'eau de mélisse, les verres de malaga pris chez le pâtissier, sont la cause de l'intoxication féminine.

Force nous est, pour terminer ce chapitre d'étiologie, de signaler au moins la question navrante de l'alcoolisation médico-pharmaceutique. Guidés par une physiologie défectueuse, ou, plus exactement, pourvus d'un savoir physiologique insuffisant, les médecins de la génération qui nous précède, et encore beaucoup de nos contemporains, d'ailleurs, ont prescrit et prescrivent l'alcool à titre de tonique, pour tous malades, aigus, chroniques, en cours de maladie ou convalescents, etc. On en est arrivé à a l'alcoolâtrie » (D"" Baret), les objets du culte étant les vins de quinquina, de kola et de coca, et la trop fameuse « potion de Todd ». Il est bien évident que dénier a priori à l'alcool toute propriété thérapeutique, est ausssi ridicule que de lui refuser toute qualité alimentaire. 11 s'agit seulement, pour le médecin, de connaître avec une certaine exactitude, quelles sont les indications et les contre-indications de cette substance, quelle en est la posologie, quels en sont les effets, en bien ou en mal, et aussi de comparer les résultats obtenus par son emploi, avec ceux qu'on obtient sans lui.

Ce n'est pas ici le lieu de développer ce point de thérapeutique, et i>ous renvoyons le lecteur désireux d'en faire une étude spéciale, aux écrits de Béhier (*), Joffroy (^), Manquât (^!, Drysdale (*), Sano (*), Rosemann (•), A. Martinet ('), DauchezC), Le Gendre («), Mirielle (*°), Sabourin(").

Il nous suffira de dire qu'incontestablement utile dans certains cas d'urgence un peu exceptionnels — choléra algide, dysenterie, collapsus des pneumonies d'adultes ou des bronchopneumonies des enfants, déchéance et'dépression des maladies aiguës — Talcool est d'un emploi discutable, dans la plupart des états aigus moyens, et se montre nuisible, quand il y a désordres hépato-rénaux, manifestations méningo-cérébrales et tares alcooliques préexistantes.

Le rapport du D'" Jacquet sur l'alcoolisme dans les hôpitaux (*^), nous fait heureusement constater, chez les confrères de la génération nouvelle, une tendance à se passer des services du médicament Alcool, bien que la consommation du vin rouge, dans les services hospitaliers, soit restée presque stationnaire, et que celle du Champagne ait pris un essor inexplicable.

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