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HISTORIQUE DE L'ALCOOLISME CIJROXIQUE

La manie ébrieuse a pu être considérée comme un « équivalent psychique » de l'épilepsie, en raison de son évolution rapide et de quelques-uns de ses symptômes, tels que la répétition des mômes actes à chaque accès, la violence des réactions, les impulsions dangereuses, Tamnésie consécutive. Ne connaît-on pas d'ailleurs les propriétés épileptogènes de Talcool? Pourtant, étant donnée, en l'espèce, l'absence habituelle (le phénomènes convulsifs ou vertigineux dans les antécédents des malades, une pareille interprétation ne saurait être admise, à moins d'admettre également que Tépilepsie se'réduise parfois à des manifestations psychiques.

S 2. — Alcoolisme chronique.

Quelques mots d'historique. — L'ivrognerie est de tous les temps, de tous les pays, de toutes les races.

Aussi haut que Ton remonte dans l'histoire, on rencontre Tiisage, et Tabus corrélatif, des boissons alcooliques.

Si le médecin suédois Magnus Hiiss, au milieu du xix^ siècle, donna la première description d'ensemble des phénomènes morbides déterminés par ces boissons, et leur appliqua Theureuse dénomination d'alcoolisme, il s'en faut donc que cette endémie soit d'éclosion récente.

Bien plus, nos ancêtres les plus éloignés n'ignoraient pas les lésions engendrées par l'alcoolisation habituelle ; et il faut insister sur ce fait, puisque d'aucuns de nos contemporains, et non des moins doctes, soutiennent encore que l'alcoolisme proprement dit, celui qui remplit nos hôpitaux de cirrhotiques, de paralytiques, de déments, date delà découverte de la distillation, les boissons fermentées, le bon vin naturel, en particulier, leur semblant incapables de produire autre chose que l'ivresse, sans grands dommages pour l'organisme ; puisque même, certains auteurs classiques ne le font pas remonter au delà de l'époque, plus moderne encore, où fut instaurée la grande industrie des alcools, et où apparurent les eaux-de-vie artificielles, les spiritueux aromatisés, etc.

L'histoire de la médecine nous oflVe pourtant nombre de

ao8 ETUDE CLINIQUE

faits — et Delpeuch en a coiligé quelques-uns, des plus suggestifs, dans sa remarquable étude sur Y Alcoolisme avant l*alcool (^) — qui réduisent à néant la légende de « l'alcoolisme, maladie contemporaine. »

Cinq cents ans avant notre ère, au temps des Asclépiades, on savait que Tabus du vin congestionne le foie, le rend dur ((jxÂT,p6v) et douloureux.

Ilippocrate consigne, dans son livres des Épidémies^ plusieurs observations personnelles de delirium tremens.

Erasistrate, qui pratiquait au m" siècle avant J.-C, rencontra, au cours de ses nombreuses nécropsies, les lésions de la cirrhose éthylique.

Plus tard, Rufus d'Ephèse, étudiant les symptômes de l'ivresse, avertit le buveur que le « vin détermine au foie^ à la rate et à la tôte, les maladies propres à chacune de ces parties.»

Puis, c'est Galien, qui écrit : « Il faut permettre de boire des « vins sucrés à ceux qui ont besoin d'être restaurés, mais à con- « dition que leurfoie, leur rate et leurs reins soient en bon étal»).

A la même époque que Galien, Arétée accusait l'abus du vin, de produire des lésions du foie, la paralysie et la folie.

Delpeuch cite encore ce passage d'un petit traité d'hygiène alimentaire, écrit au vu* siècle, par un médecin byzantin : « Le vin, si l'on en boit trop et qu'on s'enivre continuelce lement, lèse gravement les organes suivants : le foie, le « cerveau et les nerfs; il fait trembler tout le corps, il cause « de vives douleurs de l'estomac et empêche les digestions; il « affaiblit la vue et détermine une paralysie générale.»

M. Deneffe, dans le Janus (1902, t. Vil), signale un épigramme de Martial, qui donne à croire que Tamblyopie éthylique était déjà connue, au début de notre ère. Le médecin Héros avertit un borgne que s'il continue à abuser du vin, il deviendra aveugle. « Phryx, dit Martial, but le vin et le vin but les yeux. »

Nous savons d'autre part, que les Romains étaient grands consommateurs de vins aromatisés, lesquels n'étaient pas sans analogie avec nos vermouths. Les vieux manuscrits

(') Presse médicale^ i8<).S, i() cl 19 novembre.

ÉTIOLOGIE DE V ALCOOLISME CIIROMQUE 209

nous ont transmis les inénarrables recettes de ces breu-

vages.

Nul cloute, par conséquent, que Tinloxication aromatique, , l'aromatisme de Laborde, ait fourni son appoint à l'intoxication élhylique, telle que l'avaient observée les médecins de l'antiquité.

En somme, ce qui dislingue Talcoolisme contemporain de l'alcoolisme des anciens, ce n'est pas qu'il produit un type nouveau de lésions et de troubles ; c'est, d'abord, qu'il s'engendre avec une particulière facilité, grâce à Tusage, devenu général etcourant, des boissons distillées; c'est, aussi, qu'ils'est diffusé, avec le bien-être relatif, dans tous les milieux sociaux, alors qu'autrefois il ne sévissait guère que dans les grandes cités, rendez-vous des gens riches, des libertins, des oisifs, des soldats en congé, domaine de toute cette «clientèle» politique que les patriciens traînaient à leur suite (*).

Étiologie. — Au sujet de l'étiologie générale, il nous est possible d'olfrir quelques chiffres précis et instructifs. Ayant fait des relevés à différentes époques de l'année, nous sommes arrivés à des chiffres dont la valeur est à peu près constante et dont nous donnons ici deux exemples : (^).

Eu 1899, du 12 au 20 mai, inclusivement, nous avons examiné :

Hommet;

Alcoolises

Femmes

Alcoolisées

La même année 1899, en six jours de décembre, nous voyons :

Hommes

Alcoolisés

Femmes ■245

Alcoolisées

1') Ces lig'nes d'historique sont du D' F. Mathieu.

I*) Statistiques recueillies à la consultation de Lariboisière pur le D> H. Triboulet médecin des hôpitaux, et par M. Kahn, interne du service, 1899.

Triboulet, Mathieu et Mig?{Ot. Traité de l'alcoolisme.

ETUDE CUMQVE

Voici ce qui concerne Tî^ge des sujets atteints, dans les deux groupes que nous avons séparés.

Do 10 à 10 ans . .

De ao à 3o ans , .

De 3o à 40 ans . .

De 41 à 5o ans . .

Au-dessus de 5o ans

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