NATURE PROPORTION
des délits des cas d'ivresse
Homicide 7^ P- ^00
Coups et blessures 61 —
Attentats contre les mœurs 34 —
De môme, d'après un rapport du ministre des chemins de fer belges, sur une série de 800 accidents, la moitié serait due à l'alcool.
En France, les documents montrent que, de 1888 à iSgS, la mortalité visible par accidents imputables à Talcoolisme, est à peu près restée stationnaire, oscillant autour de 45o cas annuels (*).
Influence de l'alcool sur la longévité, la morbidité,
la dépopulation
Portant atteinte aux individualités de tout âge, de tout milieu social, cause efficiente et aggravante de morbidité, cause de paucinatalité et de mortalité infantile, Talcoolisme doit avoir
1') Voy. pour les documents statist. étrangers, thèse de Verhœghe. Paris, 1900.
ALCOOLISME ET DÉPOPULATION aSg
pour aboutissant la dépopulation, dans les pays où il sévit.
La question de la dépopulation est si complexe, que je ne crois pas possible de la résoudre par cette formule trop simple: l'intensité de la dépopulation est en raison directe de Talcoolisation. Nous manquons d'ailleurs , en France , des documents statistiques nécessaires, ainsi que le fait remarquer Maussire. Cet auteur cite ces lignes du D' Barthez : « le « résultat de Talcoolisme et des maladies qu'il entraîne, se « traduit dans deux cents villes, bourgs et villages du Cal- «vados, par une diminution de 5,ooo habitants, en quinze « années » (').
Au sujet des rapports de l'alcoolisme et de la longévité, des chiffres fort intéressants nous viennent d'Angleterre.
D'après Jean White (*), secrétaire de l'Alliance du Royaume- Uni contre l'alcool, les contrôles des diverses grandes compagnies d'assurances ont permis de constater un fort appréciable abaissement de la mortalité chez les abstinents.
Table statistique portant sur 29 années
ge:(s faisant usage d alcool
ABSTINENTS
décès prévus décès
décès prévus décès
Le même auteur nous fournit cette autre constatation : la longévité est notoirement plus marquée chez les abstinents.
Sur I 000 assurés abstinents Sur i ooo buveurs
attcigaent l'Age de 65 ans.
Soit i37 vies gagnées, sur i ooo.
Les documents concernant la France ne peuvent prétendre à une telle précision ; d'ailleurs, il faut signaler que les conditions générales deTexistence ont chez nous changé à ce point, que ce qui se passe actuellement ne peut être comparé à ce qu'on observait il y a quelque quarante ou cinquante ans.
i') Barthez. Rev. génér. méd. et thérap., 189*), cité in thèse de Maussire, p. 77. i*) J. White. Comptes rendus in Ecf. scient., i5 fév. i896, p. a 18.
Triboulet, Mathieu et Micnot. Traité de l'alcoolisme. 19
La morbidité a beaucoup diminué du fait de la prophylaxie des maladies infectieuses ; par suite, la mortalité des sujets jeunes est moins fréquente et la moyenne de la vie humaine s'est élevée. Il y a bien les statistiques assez fournies concernant Tinfluence étiologique de Talcool sur la tuberculose ; mais si Téthylisation est une des causes cette affection, elle n'est pas la seule, et Tencombrement, le surmenage, ralimentation insuilisante, les logis insalubres réclament une part d'influence considérable (').
VAmÉTÉs DE l'Alcoolisme suivant le sexe, et suivant l'âge : Alcoolisme chez la femme, alcoolisme chez l'enfant.
/.Alcoolisme chezlafemme. — La symptomatologie deTalcoolisme est, pour une bonne part, l'exposé des réactions du système nerveux contre les agressions de l'alcool. Plus le système nerveux est proportionnellement volumineux, et plus il présente de délicatesse physiologique, plus les effets toxiques sont accusés : d'où la prédominance des réactions nerveuses, telles que nous allons les observer, chez la femme et chez l'enfant. Il est bon d'ajouter que sédentaire, obligée de dissimuler le plus souvent, la femme s'adonne à la consommation de produits assez spéciaux, ceux qui, précisément, passent pour agir au maximum sur le système nerveux : vulnéraire, eau de mélisse, liqueurs monachales et autres. Notons que l'égalité tend à se faire entre les sexes, sous le rapport de la consommation de l'absinthe.
L'alcoolisme de la femme diffère de l'alcoolisme deThonime, d'abord au point de vue étiologique, et aussi par certaines manifestations, dont quelques-unes lui sont exclusives (A. Cat) (*).
La femme française s'alcoolise moins volontiers que la belge ou que l'anglaise ; mais, dans le Nord, en Bretagne, en Normandie, il y a presque prédominance de l'ivrognerie féminine sur celle de l'homme.
(*) Se reporter, pour ces questions de statistique, uu livre de J. Bertillon. L'Alcoolisme 1904.
(*) Alcoolisme chez la femme. Thèse de Paris, 1900, û laquelle nous emprunterons une partie des détails qui vont suivre.
ALCOOLISME DE LA FEMME agi
Il y a lieu, pour le moraliste et pour le sociologue, d^envisager la double influence du paupérisme et de la prostitution, et aussi celle de certains états professionnels.
D'après Brunon (de Rouen), dont je transcris quelques conclusions, il appert :
I** Que les ouvrières des filatures et tissages sont — dans la région normande — celles qui boivent le moins; les femmes d'ouvriers restant dans leurs ménages, les femmes des matelots, les ménagères de la campagne, sont celle qui boivent le plus 0).
Le D*" Thomeuf, de Lorient, parle de môme des femmes des marins bretons (*).
Dans les villes, chez les concierges, femmes de ménage, cuisinières, blanchisseuses, marchandesdes quatre saisons, etc., Falcoolisation est matutinale et se répète dans la journée, Elle se rencontre aussi chez les femmes du monde (soupers, lunchs avec madère ou malaga, liqueurs monastiques, etc.)
Gat, d'après son maître Villard, signale Tinfluence de la perversion du goût chez la jeune fille, surtout s'il y a chlorose, au moment de la puberté (prédilection pour l'eau des carmes, l'alcool de menthe, l'eau de cologne même).
Ces faits servent d'autre part à expliquer pourquoi la jeune fille et la femme présentent, avec une fréquence particulière, l'alcoolisme médicamenteux, spontané ou formulé. On connaît les chiffres de la statistique hospitalière de Jacquet ; un pharmacien de Marseille assurait au professeur Villard qu'il vendait, surtout ad usum mulieris, au moins 1200 litres de quinquina au malaga par an (•*).
Quant aux particularités symptomatologiques de l'alcoolisme féminin, elles se rencontrent dans les accidents aigus et dans les détails de l'alcoolisme chronique.
L'ivresse de la femme est plus rapide et plus bruyante, et elle revêt parfois la forme d'une crise d'hystérie. Du reste.
(') R. Brunon, de Rouen. Bull, méd., 8 mars 1899, p. 217.
^ Thomeuf, de Lorient. Alcoolisme chez la femme. Paris, 1890.
^) ViLLAKD, (de Marseille) , in Thèse de Cal, p. 25.
agi ÉTUDE CUMQUE
l'hystérie peut éclore sous Tinfluence de rintoxicalion alcoolique, chez une femme tant soit peu prédisposée, et continuer à évoluer, même sans appoint alcoolique nouveau (Voy. plus loin le paragraphe de Thystérie).
Une lésion grave, qui se montre plus accentuée et incontestablement beaucoup plus fréquente chez la femme, c*est la polynévrite. On peut dire que presque tous les faits de paralysies toxiques alcooliques généralisées, que la mort vient terminer, s'observent chez les femmes (Voy. polynévrites et psychoses).
Le D"" Cat, à propos de l'action de la prostitution sur le développement de Talcoolisme, se demande s'il n'y a pas lieu souvent de renverser les termes : à son avis, il est assez fréquent de rencontrer la nymphomanie chez la femme alcoolique, et l'alcoolisme devient ainsi, pour un certain nombre de femmes, une cause de prostitution.
Si la nymphomanie est le premier terme de la série des désordres génitaux de la femme provoqués par l'alcool, elle n'est pas le plus important. Tous les auteurs sont unanimes à reconnaître l'influence de l'éthylo-absinthisme sur la fonction menstruelle (irrégularités, retard suppression prématurée) (*).,
Cette influence se retrouve dans les avortements et les accouchements prématurés ('*).
Plusieurs auteurs expliquent par les mômes déviations fonctionnelles, la fréquence des complications delà grossesse et do la parturation.
Parmi les accidents puerpéraux, le plus redoutable, comme aussi le plus certainement relié à l'alcoolisation de la femme, est l'éclampsie. Avec Cat, on peut énoncer ce syllogisme : l'éclampsie est due à l'autointoxication ; celle-ci agit par insuflisance hépatique, et à cause d'elle ; or, le foie est constamment lésé chez les éclamptiques (Pilliet, Ribemont-Dessaignes, Boufl*e de Saint-Biaise) ; comme, enfin, c'est le foie, avec notre système nerveux, que l'alcool modifie le plus, l'alcoo-
(') A. FouK^îiEii. Dict. des se. méd., art. Alcoolisme.
(') Lancekeaux. PaasitHy et notamment art. Alcoolisme. Dict. encyclop.