ALCOOLISME HÉRÉDITAIRE 29J
lisme (touchant d'ailleurs aussi le rein), devient bien une cause puissante de Téclampsie puerpérale (*).
Le chapitre suivant va nous l'aire voir ces déterminations de Talcool sur la sphère génitale maternelle, se poursuivant dans la descendance, avec ou sans adjonction de Timprégnation toxique paternelle.
Alcoolisme héréditaire. — Une des plus tristes conséquences de Talcoolisme, c'est qu'il ne détériore pas seulement Torganisme du buveur, mais qu'il le frappe aussi dans sa descendance, selon la loi inflexible de l'hérédité. L'alcoolisme menace la race.
Personne n'oserait nier Tinfluence fâcheuse de l'alcoolisme des parents, sur la progéniture. On trouve citée dans tous les auteurs, cette apostrophe de Diogène à un enfant stupide et idiot : « Jeune homme ton père était bien ivre, quand ta mère t'a conçu {^^) ». Admise par tous, l'influence héréditaire de l'éthylisme est restée longtemps comme une conséquence morale nécessaire, pour ainsi dire, de la faute des ascendants; nous verrons prochainement, comment se trouve justifié le proverbe : « Le fils de qui a bu, boira. »
Vers le milieu du siècle dernier, notre savant aliéniste Morel fit connaître un très grand nombre des particularités cliniques de Talcoolisme héréditaire (') ; depuis lui, les auteurs, à l'étranger (Demone) comme en France (Legrain), tout en développant les idées fondamentales de Morel, nous ont fait envisager toute retendue de la dégénérescence individuelle et sociale, imputable à l'alcoolisme. Enfin, aux détails d'étiologie clinique accumulés par ces auteurs, les travaux contemporains ont donné une sanction scientifique, en nous faisant comprendre la pathogénie des désordres fonctionnels, .des tares et des malformations qui frappent la descendance des alcooliques.
(') Cat, loc. cii.t p. Ga. — Voyez sur ce sujet Casanova. Bull. Acad. deméd., 1S88. t. XX, p. 53o. et t. XXXIV, 1895, p. 122. — R. de Rtckère. Alcoolisme féminin. Independ. niéd. Paris, i8t)g, n» 17, p. ]3o.
(•) D' Vlavianos, d'Athènes. Comptes rendus Vil» Congrès. Paris, 1899, t. II, p. 3o5.
i^) MoKEL. Traité des dégénérescences humaines. Paris, i85o.
Envisageant d'abord Tétiologie générale, telle que la révèle l'observation directe, nous dirons :
L'alcoolisme des parents retentit sur les enfants, mais cette action est modifiée par certaines conditions.
C'est ainsi qu'on admet que le maximum d'intensité des accidents hérédo-alcooliques coïncide souvent avec Tétat d'alcoolisation dçs procréateurs, au moment de la conception. De même, la précocité et l'intensité des excès des parents, avant qu'ils aient donné naissance à l'enfant, constituent une aggravation. De même encore, un enfant né d'un père alcoolique et d'une mère sobre, aura plus de chance d'être normal, qu'un enfant issu de deux alcooliques. Cette bilatéralité de l'alcoolisme des procréateurs n'est pas un fait exceptionnel. Legrain fait remarquer, en effet, que les mariages entre buveurs ne sont pas rares, les personnes qui ont des goûts ou des tares similaires se recherchant volontiers. Dans d'autres cas, la contagion de l'alcoolisme se fait d'un des conjoints à l'autre, le buveur d'habitude étant porté au prosélytisme.
Influence de Palcoolisme chronique des parents. — Etant donnés des êtres reproducteurs alcoolisés, nous avons à démontrer scientifiquement, qu'il existe un alcoolisme congénital effectif, c'est-à-dire une imprégnation éthylique du fœtus. Pour en faire supposer, sinon admettre, la réalité, il y a lieu de rappeler, avec Ladrague (*), à qui nous ferons de nombreux emprunts, que le testicule a été trouvé atteint d'atrophie relative ou absolue, chez des alcooliques chroniques (Roesch) ; que la diminution de volume des ovaires, que la ménopause anticipée, que l'avortement, sont lésions et désordres assez fréquemment observés chez les femmes alcooliques (Lancereaux). On peut admettre ainsi que l'alcoolisme chronique a déterminé des modifications génitales — et nerveuses — intéressant grandement . l'avenir de la reproduction.
L'être engendré par ces organes en déchéance, sera-t-il déchu, « enfant de vieux » ? Sera-t-il, à proprement parler, un hérédo-
[*) Ladrague. Alcoolisme et enfants. Thèse de Paris, Steinheil, 1901 .