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Angine de Poitrine par Anémie excessive

Il n’est pas douteux pour nous qu’une anémie profonde peut déterminer des troubles extrêmes dans le fonctionnement du muscle cardiaque ; le sang, dans ce cas, est moins oxygéné, les globules moins nombreux, l’hémoglobine moins abondante, et bientôt survient l’heure ou le myocarde devenu lui-même plus pâle, et plus exsangue, présente sa part de souffrance et d’altérations.

à'oici comment s’exprime à ce sujet le D" Renaut (11, de Lyon :

« Le cœur, écrit-il, est dans sa portion active ou myocarde, un muscle strié à contraction brusc[ue. L’action de ce muscle est pour ainsi dire continuelle ; il ne se repose que pendant les diastoles qui se suivent à intervalles réguliers, séjiarés par les périodes de contraction. C’est dire que l’activité du muscle cardiaque est la plus élevée de toutes, si l’on considère le système musculaire dans son ensemble. Pour fonctionner ainsi constamment, l’élément contractile du cœur a besoin de se nourrir avec une intensité proportionnelle à son travail. Or, on sait que l’élément principal des disques contractiles

(1) J. Renaut, professeur à l’école Je Lyon. — Contribution à l’histoire de quelques cardiopathies, d’Angine anoxémique (In Lyon-Médical, janvier 1880).

SYMPTOMES

d’un muscle strié est la m;/os<ne, substance quaternaire renfermant une matière spéciale, Vhémoglobine musculaire , analogue, sinon identique à la matière colorante rouge des globules sanguins. Cette hémoglobine doit s'oxygéner pendant les repos du muscle (et cela aux (lé])ens du sang des capillaires musculairesl ; puis se réduire au moment môme où la contraction s’elTectue. Si donc l’oxygène qui arrive à la libre cardiaque e.st en quantité insutïisante, le phénomène chimi([ue corrélatif à la contraction s'eftectuera avec une moindre intensité ; 1e travail moteur, qui est fonction de l’action chimique précitée, sera lui-mème amoindri ; et, par conséquent, il en sera de meme du rendement du cœur, considéré en tant que moteur mécanique. L'anoxémie pure et simple doit donc rigoureusement déterminer l’affaiblissement des mouvements du cœur, et devenir ainsi une première et puis.sante cause de troubles cardiaques. «

Mais si cet état d’anoxémie continue, aux troubles fonctionnels se joindront bientôt des attérations plus graves, le cœur devient flasque, pâle, jaunâtre, son tissu est facile à déchirer, ses faisceaux musculaires primitifs sont parsemés de gouttelettes graisseuses qui se sont substituées à la striation primitive transversale ; les faisceaux contractiles du cœur sont surchargés de granulations graisseuses ; pour([uoi ? parce c[ue la myosine du cœur n’a pas reçu une quantité suffisante d’oxygène, que l’hémoglobine musculaire, celle du cœur, aussi bien que celle du reste du corps a disparu peu à peu, convertie en graisse, qui a envahi lentement ce muscle strié (stéatose cardiaque). De là, des désordres fonctionnels au premier rang desquels apparaît YAngor Pectoris.

lia])pelons à cet égard, l’observation du D'' Gauthier, de Charolles, dans lac[uelle un mineui-, atteint d’anémie professionnelle et victime d’un accident effroyable (il resta suspendu à l’entrée d’un puits de mine), devint angoreux le surlendemain de l’accident; certainement le saisissement, le pres.sentiment d’une fin prochaine et terrifiante ont dû contribuer largement à l’apparition du premier accès d’Angor, mais croit-on que l’excessive pauvreté de son sang n’y a pas joué un rôle considérable et n’a pas aidé à centupler l'impression que le malheureux a ressentie en se voyant suspendu au-dessus d’un abîme béant au-dessous de lui ?

DK l’axGINE de poitrine

Voici, du reste, une observation du D'' Renaud (1) où une anémie profonde consécutive à l’action des vapeurs de charbon respirées pendant lon.crtemps a évidemment favorisé l’apparition do VAnyor.

OBSERVATION LXV (J. Renaut. — Lyon Médical, 1880, p. 115)

Une femme de trente-quatre ans, nommée Fauchère, .Iulie, entre le 8 mai 1875 dans la salle de femmes du service do mon excellent maître et ami le docteur Gomhault, à l'hùpital de la Pitié. Cette malade est petite, replète, elle s’est toujours bien portée jusqu’en février 1874. Elle était alors mariée à un ouvrier, ne s’occupait que des soins de son ménage et était convenablement logée. Mais, à la date que je viens d’indiquer, cette femme devint veuve, et pour gagner sa vie, elle dut se placer cuisinière dans une maison de commerce où elle avait à nourrir un nombreux personnel d’employés. (Elle était confinée dans un local étroit qui contenait il peine un énorme fourneau et faisait l’ordinaire de quatorze personnes.) Au bout de peu de mois elle s’aperçut qu’elle s’affaiblissait considérablement, Son énergie musculaire était si atténuée qu’elle avait peine à descendre et à monter les escaliers et à faire ses courses. Elle était arrêtée dans sa marche par des palpitations subites qui se renouvelaient à chaque tentative d’exercice un peu violent. Elle était fort colorée et sanguine, disait-elle, avant d’entrer en service, et au bout d’un an environ elle était devenue d’une grande pâleur avec des congestions subites et passagères vers la tête. Au mois de février 1875, elle prit un gros rhume qui l’alita, pour lequel elle fut soignée et que le médecin traitant appela une bronchite. Elle eut huit ou dix jours de fièvre et garda la chambre ; après quoi, à peine convalescente, elle reprit son travail ordinaire.

Elle toussait violemment surtout le soir lorsque, brusquement, une quinzaine de jours après le début de sa bronchite, celte dernière disparut, de telle sorte que Julie F... se crut définitivement guérie ; mais le lendemain et les jours suivants elle fut prise plusieurs fois par jour d’accès douloureux dans tout le côté gauche de la poitrine, dans la moilié du cou du même côté et dans le bras correspondant. La douleur était d’abord sourde et généralisée à tout le côté atteint, sans points douloureux distincts. Au bout de peu de jours la malade n’eut plus qu’un accès par vingt-quatre heures, mais cet accès était extrêmement douloureux et laissait après lui une grande faiblesse ; il survenait régulièrement dans le cours de chaque après-midi. C’est alors que Julie F... se décida à entrer à l’hôpital.

A son entrée, cette malade fut soigneusement examinée et l’on ne trouva aucune trace de lésion organique ou autre, dans les appareils méthodiquement examinés. Il n’y avait aucune lésion d’orifice et le cœur battait faiblement avec un rhythme régulier. L’on entendait au foyer des bruits anémiques, un murmure doux, systolique, prolongé dans les vaisseaux du cou. Le pouls était faible, les artères périphériques souples et nullement athéromateuses, 11 n’y avait rien qui pût faire penser que la malade fut alcoolique, elle n’avait jamais eu de

(1) Lyon-Médical. — Janvier 1880.

ÉTIOLOGIE

rhumatismes. Il n’existait point non plus d’engorgement des ganglions du col ni de la région pré-trachéale. En raison des S3'mptômes douloureux obsei'vés, nous recherchâmes des traces de médiastinite et de péricardite sans pouvoir en trouver aucune.

La région latérale gauche du thorax était le siège d’un engourdissement douloureux constant. Par l’emploi de la palpation et des pressions méthodiques sur le trajet des nerfs intercostaux, nous pûmes constater l’existence des points douloureux caractéristiques de la névralgie intercostale. Les nerfs du plexus cervical superficiel étaient vaguement douloureux à la pression, mais sans points véritablement distincts en tant que foyers de douleurs spontanée ou provoquée. En présence de la pâleur de la malade, de son genre de vie, du souffle précordial prolongé dans les vaisseaux et de l’absence en dehors de cela de toute lésion organique appréciable, le diagnostic fut posé comme suit : Anémie, névralgie intercostale gauche symptomatique et névralgie cervicale obscure. Un traitement tonique et ferrugineux fut institué.

Mais chaque jour, entre la visite du matin et la contre-visite du soir, la malade éprouva des accès douloureux durant de cinq à dix minutes, et qui mettaient la salle en émoi. Je résolus alors d’être témoin de l’un d’eux, et le 18 mai, étant resté toute l’api’ès-midi à l’hôpital, j'en vis un se développer complètement sous mes yeux.

Au moment où j’étais en train d’examiner la poitrine de la malade, je la vis tressaillir, pâlir, puis sa respiration s’arrêta brusquement, le visage exprima l’effroi, puis une douleur, mais une douleur intense. Julie F... avait les lèvres serrées, et ne répondait plus à mes interrogations que par de faibles signes, comme si elle eût redouté d’exagérer, en faisant le moindre mouvement, la douleur qui l’étreignait ; bientôt elle reploya son bras gauche sur sa poitrine et se soutint le coude avec la main droite comme si le membre eût été trop lourd. En même temps, elle pleurait silencieusement, comme une personne qui souffre à l’excès sans pouvoir se soustraire à la sensation douloureuse. Elle resta ainsi, assise sur son lit et immobile, pendant vingt minutes que je comptai, puis une légère sueur se montra sur le col et sur le front, la malade retomba sur ses oreillers comme anéantie. J’avais évidemment assisté à une attaque prolongée et intense d’Angine de Poitrine.

Julie F... me raconta alors que subitement, pendant mon examen, elle avait été prise d’une énorme oppression, bientôt suivie d’une douleur aiguë en demiceinture, le long du nerf intercostal affecté, et d’une sensation de brûlure rapidement propagée au col, à l’angle de la mâchoire et le long du bras jusqu’au coude gauche. Pendant l’accès douloureux j’avais ausculté le cœur, il battait faiblement, un peu précipitamment, avec un rhythme régulier.

Le 19 mai au matin, la malade était calme, je l’examinai avec mon élève et ami, M. Decaudin, interne du sei’vice, et nous ne trouvâmes encore aucune trace de lésion organique. La respiration fut toujours régulière et ne montra jamais de période d’apnée comme on en observe dans la stéatose cardiaque. Un régime tonique et calmant fut institué. Sous l’influence principalement du bromure de potassium (une cuillerée à café de solution à 20 % soir et matin) les accès, tout en restant quotidiens, devinrent de moins en moins intenses. Enfin ils disparurent au bout de trois semaines environ. La malade parais-

sait beaucoup moins anémicpie, mangeait l)ien, son souffle précordial avait en partie disparu. Elle fut envoyée en convalescence au Vésinet ; mais huit ou dix jours après y être arrivée elle prit un accès (pii fut intense, se prolongea pendant plus de vingt-cinq minutes et se termina [lar une syncope mortelle.

Voici donc une femme qui s’était toujours bien portée, c[ui n’avait jamais eu de rhumatismes, qui n’était affectée ni de lésion d’orifices cardiaques, ni d’aortite athéromateuse, ni de médiastinite chronique, et qui, changeant brusquement de vie, et s'exposant dès lors continuellement aux émanations dos fourneaux, devient gravement anémique, prend une névralgie intercostale, puis des accès de sternalgie, et meurt de syncope à la fin do l’un d’eux !

70 Angine de Poitrine due au Goitre Exophtalmique

(maladie de hasedow)

Ainsi que l’a fait avec juste raison remarquer M. Lescaux (1), ce n’est pas seulement l’innervation motrice qui est troublée dans le goitre exophtalmique, on constate encore des troubles de l’innervation sensitive. — Ainsi, quelques-uns do ces malades ont un sentiment d’angois.se rétro-sternale plus ou moins accusé, un plus petit nombre encore a do véritables accès d’Angor.

Parry est le premier qui signala cotte coïncidence, il en a cité deux cas : dans l’un, les douleurs survenaient très violentes à la partie inférieure du sternum, dans l’autre, c’était au cœur lui-même que le malade accusait l’angoisse caractéristique. Les accès se reproduisirent pondant cinq ans et s'accompagnéi-cnt plus tard de palpitations et de gêne respiratoire.

Laqueur (2) a observé une jeune femme de vingt-deux ans, atteinte de maladie de Basedow nettement caractérisée par la triade caractéristique, — bientôt après, elle eut à souffrir en outre, d’accès périodiques d’Angine de Poitrine s’accompagnant d’élancements douloureux vers la clavicule et le bras gauche. — Cette complication si grave ne détermina cependant point la mort, mais peut-être

(1) Lescaux. — Des perturbations cardiaques dans le goitre exophtalmique. Thèse de doctorat, Paris 1885, n“ 276.

(2) Laqueur. — De morbo Brsedowü nonnulla adjecta slngulari observatione. — Dissertation inaugurale. Berlin 1861,

KTIOLOGIE

ne fut-elle pas étrangère à l’apparition de complications cérébrales qui amenèrent une terminaison fatale, — Laqueur fit l’autopsie du cadavre et n’y trouva aucune lésion cardiaque poinant expliquer les symjrtômes de la sternalgie.

Trousseau avait-il eu connaissance de l’observation do Laqueur, nous ne le croyons pas, et nous reproduisons ici la page où ce grand clinicien a mentionné la coïncidence des deux maladies.

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