PERSONNELLE
Angine de Poitrine compliquant un rhumatisme articulaire aigu
J’ai soigné en 1856, dans un des villages composant la commune de Ruellesur-Touvre, où j'étais alors médecin de la Fonderie de canons, une femme de trente-deux ans, atteinte de rhumatisme articulaire aigu très grave. Après avoir envahi plusieurs articulations, le mal disparut soudain, les jointures se dégagèrent, mais en meme temps, celte femme vit tout tourner autour d’elle, ses idées s’obscurcirent, se voilèrent; une rougeur pourprée s’étendit sur tout son visage, la malade paraissait comme en attente d’un évènement grave, d’un danger menaçant son existence. Quelques instants après, elle poussait un cri d’angoisse, portait ses mains sur son cœur, accusant une violente douleur à la région sternale. Il semblait, disait elle, qu’on lui donnait en cet endroit des coups de couteau et elle resta immobile, altérée, n’osant ni respirer, ni parler, ni développer sa poitrine. L’accès dura un quart d’heure, s’apaisa, des gaz s’échappèrent bruyamment de l’estomac, les traits devinrent moins anxieux, la détente se fit, l’accès était terminé.
Témoin de cette scène douloureuse, je me hâtai de demander l’assistance et les conseils éclairés du D>' Bessclte, médecin distingué d’Angoulême, et notre diagnostic fût : « Rétrocession du rhumatisme sur le cœur. Endocardite rhumatismale, Angine de Poitrine symptomatique. »
J’avais dès le premier accès, fait une application de sangsues au-dessous du cœur, donné des antispasmodiques et mis des dérivatifs. Nous y ajoutâmes, car nous nous préoccupions surtout de la cause profonde du mal, des préparations
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de colchique, digitale et aconit, et les événements nous donnèrent raison; car notre malade, après avoir eu h nouveau quelques accès, les vit s’éloigner, s’atténuer de plus en plus, et guéiit sans conserver vestiges de lésions cardiaques.
3me Pohme. — L’Angine de Poitrine co.mpliquant la Goutte
ou RECONNUE COMME UNE DES FORMES VISCÉRALES DE LA GOUTTE.
A peine l’Angine de Poitrine était-elle signalée comme maladie que les anciens auteurs, et surtout les auteurs anglais et allemands, Elsner (1) , Scliaelïer (2) , Schmidt (11) , Butter (4) , Darvin (5) , Stoller (G), Hesse (7), Bergins (8), Malcom-Macijueen (9), Jonhstone (10), Barthez (11), Blackall (12), liasse (13), Kreysig (14), reconnurent en elle une des (‘ormes de la goutte.
Citons les paroles de Schmidt : — Sæpissimè morbum rnagnus numerus variorum sijmpiomatuvi antecedit, quibus evanescentibus morbus ipso ingruit ; quœ haud, luculenter causam suam sœpe produnt et ma.vimam partem ab arthritide anomala deduci possunt. Inter principua horum sgmptomatum numerari possunt, varia ventriculi incommoda, vitiavirium et partium digestioni inserventium, spasmi uarii generis, convulsiones, dolores colici et cardialgici dolores in artibus vagi et ipsi insultus podagrici. — Omnia ista sgmptomata, plerum que ingruente Anginœ Pectoris insultu , vel plane evanescunt, vel magna tamen ex parte, tum numéro, tum vehementia, minuuntur. »
Caron d’Annecy (15) avait signalé également cette sympathie et
(1) Elsner Abhanlung über die Brust brattne Kdnisberg, 1778).
(2) Schaeffer (Disp, de Anginà Pect. Gdttingue 1781). ^
(3) Schmidt (loc. cit.).
(4) Butter. A treatise on the disease commonty called Ang. Pect. 1796.
(5) Darwin, Zoononiia. — Vol. 14. Page 42.
(6) Stoller. — Loc. cit., p. 115.
(7) Hesse. — Speumon de Ang. Pect. Ilallé 1800.
(8) Bergins. — In Abhand f. p. aertzé 10 Bd.
(9) Malcom-Macqueen. — In Lond. med. Journal. T. V. P. 162.
(10) Jonhstone. — Case o!'. Ang. Pect., Mem. of Med. soc of London T. P. 376.
(11) Barther. — Traité de mal. Goût. Paris 1882.
(12) Blackall. — Loc. cit.
(13) liasse. Anatom. Beschreihung der Krankheiten des respirations, und circulations. Organe Leipzig, 1841.
(14) Kreysig. — Loc. cit.
(15) Caron d’Annecy. — Journal général de médecine 1811, p. 645.
ÉTIOLOOIE
disait que comme la Goutte « l’Angor ne se rencontre pas sous le chaume. » Bouchard, Gilbert Blanc (l) ont dit aussi qu’elle était plus commune chez les riches ([uechez les pauvres, aussi l'a-t-on appelée « Morbus Dominorum » et lamaladie des Capitales. Frank a dit que les sujets qui y sont prédisposés sont principalement des hommes de 40 à 50 ans, ayant le cou court et doués d’un grand embonpoint, surtout lorsqu’ils sont goutteux.
11 e.st vrai que, par contre, Wichmann (2) dit n’avoir ])as vu un seul goutteux parmi les malades qu'il a soignés comme étant atteints d’Anginc de Poitrine.
Voici, d’apres Lartigue, les caractères particuliers à cette variété : la douleur est moins vivo, elle n’éclate pas avec autant de rapidité et dispai'ait moins vite. La mort n’est pas aussi soudaine, aussi foudroyante. Les malades ne succombent en général qu'au bout d’un quart d’heure, d’une demi-heure, et plus, de suffocation.
Tantôt les goutteux offrant cette complication ont en même temps des lésions aortiques, tantôt ils en sont indemnes. Trousseau cite trois observations où les goutteux n’étaient point en même temps cardiaques.
OBSERVATION XCIII (Trousseau. — Leçons de clinique).
Angine de Poitrine goutteuse sans complications cardiaques
Le 24 juillet de la même année, j’étais consulté par un Sicilien, âgé de quarante-huit ans, grand et vigoureux, dont la famille était vouée à la goutte. Ilabitucllement dyspepliipie, dartreux, migraineux, il avait eu. lui aussi en 1858, une violente attaque de goutte au gros orteil i|tii dis})arut hrusfjuement avec des saqgsues et du colchique. L'année suivante, sa dyspepsie fut plus accusée, et bientôt survinrent des accès d'Angor Pectoris, commençant par le bras gauche et remontant rapidement vers le cœur ; crainte d'une fin prochaine, accès reparaissant fréquemment au moindre effort.
Trousseau l’engagea à respecter sa goutte, si jamais elle apparaissait de nouveau et lui conseilla, comme aux goutteux, une grande régularité, de la sobriété dans le régime, de l’exercice, réservant un traitement approprié à l’époque où les accès se reproduiraient. Il n’y avait rien d'anormal au cœur ni au.x gros vaisseaux.
( I) Gilbert BUxnc. — .Select, dissert. — On several subjocts of me'dical sciences. London 18"22 . (2) Wiebmann. — Ueber Ang. Pect. Ideen zur diagnostic Harnnover 1801 p. 431.
DE l’angine de poitrine
OBSP^RVATION XCIV
(Tbousseau. — Opéré citato)
Angine de Poitrine goutteuse sans complications cardiaques.
Dix jours auparavant, le 14 juillet, j’avais reçu dans mon cabinet une dame de cinquante-cinq ans qui, depuis sept à huit ans, avait eu quelques attaques de goutte. En 18G2, elle avait éprouvé ses premiers accès d’Angine de Poitrine, la douleur prenant d’abord dans les deux épaules, se propageait rapidement à la langue, au cou, au bras et à la poitrine. Le plus petit mouvement, une émotion, la réveillaient ; raccès durait rarement une, deux ou trois minutes et se terminait plus rapidement ipiand il survenait de la trans})iralion. Rien au cœur ni aux gros vaisseaux.
Angine de Poitrine cher une jeune femme goutteuse, sans lésions cardio-aortiques.
Une jeune dame de vingt-deux ans, était petite-fille de goutteux et fille d'une mère horriblement névralgique. Depuis l’âge de seize ans elle avait eu à souffrir d’accès d’Angor Pectoris. Pendant quatre ans ce n’étaient que des palpitations accompagnées d’un engourdissement non douloureux dans le bras gauche, qui la forçait de lâcher ce qu’elle tenait à la main. Ces accidents survenaient aussitôt qu’elle se donnait plus de mouvement qu’à l’habitude, et chez elle, il n’y avait aucun signe révélateur de lésions cardiaques ou vasculaires.
Quekjucfois la mort survient sans que ces complications paraissent exister. Ainsi, M. le D'' Liégeois, dans son mémoire, fait l’histoire d’un sujet où la maladie, simple en apparence, eut cette triste conséquence.
(Cii. Liégeois. — Loc. cit., p. 271)
Angine de Poitrine mortelle chez un goutteux paraissant indemne de toute lésion aortique
Le 17 juillet 1882, j’ai l'honneur d’être appelé en consultation avec M. le professeur H..., par ^IM. les docteurs B..., 1\T... et J..., près de M. E..,, banquier à M..., âgé do soixante-deux ans.
M. E... est le fils de ses œuvres ; sorti d’une médiocre situation, il s’est élevé par un labeur incessant à la haute fortune dont il jouit aujourd’hui ; c’est un travailleur dans la plus large acception du mot. Comme maladie, c’est du moins la déclaration de MM. les docteurs B... et M..., ses deux médecins habituels, il n’a jamais eu que des accès de goutte. Ces Messieurs déclarent qu’il ne s’est jamais plaint du cœur, qu’ils ont soigneusement ausculté à diverses reprises cet organe et (ju’ils l’ont toujours reconnu sain.
OBSERVATION XCV (résu.mée)
('Frousseau. — P. 447)