‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 49 sur 110 · OBSERVATION CXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXI

(D*' Papillaud) (1)

« Une fille L..., âgé de 50 ans, débitante de tabac à Saujon (Charente-Inférieure) était atteinte depuis 15 ans de palpitations de cœur quand elle ressentit des crises soudaines, consistant en douleurs aiguës à la région du cœur avec

(1) D'' Papillaud. — Mémoire cité p. 13. Observ. 1".

ÉTIOLOGIE

troubles de la respiration et de la circulation, angoisse et crainte de la mort imminente, d’autant plus vives qu’elle craignait vivant seule de mourir sans secours.

Ces crises augmentèrent d’intensité et de fréquence, elles venaient à la suite d’une marche précipitée, même pour franchir des distances insignifiantes comme celle i qu’on parcourt dans l’intérieur d’une maison, ou à la suite de travaux dans lesquels les bras seuls avaient à se mouvoir comme dans l’occupation do faire un lit. La poussière de tabac, quand il s'agissait d'en remuer de grandes quantités, paraissait provoquer aussi des attaques redoutées par la malade. Klle en était venue à ne plus passer une quinzaine sans être atteinte une ou plusieurs fois et môme à subir quelquefois plusieurs crises dans la même semaine.

N’e.st-il pas présumable que vivant dans une atmosphère pleine de fumée de tabac (car dans les petites villes de province les clients font volontiers une grande halte et une longue causerie chez la débitante du coin en y allumant leur pipe ou en venant y renouveler leur provision quotidienne), la malade a vu ses crises s’aggraver sans cesse ? La saturation tabagique avait sans doute mis du temps à se faire, mais après des années, elle était devenue complète et la preuve en est donnée par la manifestation de l’Angor Pectoris se développant avec une extrême rapidité.

Nous devons ajouter cependant que cette fille était d’un tempérament lymphatique, bilioso-nerveuse ; elle avait une claudication très prononcée par suite d’une luxation spontanée de la tête du fémur ; les battements du cœur étaient distincts avec quelques intermittences et surtout avec un défaut de synchronisme dans les claquements valvulaires dont les bruits étaient parcheminés. Il y avait donc chez L..., une lésion valvulaire avec induration pouvant favoriser les accès d’Angor.

OBSERVATION CXII (D*' Vallin. — Loco citato)

Le 21 décembre 1882, je recevais dans mon service un fonctionnaire public âgé de 49 ans. Quatre jours auparavant en santé, relativement assez bonne, il sentit une vive angoisse précordiale, des vertiges et tomba sur le boulevard en lipothjmie presque complète. On lui donna les premiers soins chez un pharmacien qui nota la lenteur extraordinaire du pouls ; il se remit assez vite. Toutefois, il éprouva le lendemain des maux de tète, des bourdonnements d’oreilles, des vertiges et entra à l’hôpital. Ralentissement extraordinaire du pouls qui ne bat que vingt-quatre fois à la minute.

DE l’angine de poitrine

Toutes les deux heures, retour des crises syncopales avec bourdonnements, vertiges, anxiété précordiale très vive avec suffocation, dyspnée et arrêts du cœur.

Le malade avait eu de violentes attaques de rhumatismes poly-articulaires pendant qu’il était prisonnier de gueri'e en Allemagne en 1870-71 ; en 1872, il avait eu une hydarthrose ; en 1874, retour du rhumatisme avec iritis. En 1877, éblouissement, irrégularités du cœur battant 25 ou 30 fois par minute, souvent arrêt et exagération, aussitôt que le malade se remuait, le pouls remontait alors à 120, 140 pulsations. On diagnostique une dégénérescence du myocarde d’origine rhumatismale, mais là n’était pas la vér table cause. Le malade interrogé m’apprit que pour dissiper ses ennuis lors du traitement de l’hydrarthrose, il avait pris l’habitude de fumer sans relâche.

Il lui fut ordonné de cesser complètement le tabac, et les accidents se dissipèrent. Depuis lors, chaque fois qu’il recommence à fumer pendant quelques jours, ils reparaissent de nouveau, aussi il a pris le parti de cesser définitivement.

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