OBSERVATION CLXXIII
(D'' Liégeois. — Mém. cour, par Acad, de méd., p. 123.)
Accès d’Angine de Poitrine. — Signes d’hépatisation pulmonaire. — Mort rapide. —
A l’autopsie, gangrène sèche des poumons par athérome artério-broncliique. —
Crétification des artères coronaires.
Nicolas M... se présente à la consultation de l’hôpital le 15 juillet 1875. C’est un ancien tailleur d’habits, âgé de 76 ans, très émacié, en décrépitude, aux artères radiales athéromateuses, porteur d’un arc sénile de la cornée. Il peut se lever et marcher quoiqu’ayant quelques troubles de coordination pour lesquels surtout il vient demander d’entrer au service. Au cours de l’interrogatoire, on relève que cet homme est depuis ces trois dernières années atteint trois ou quatre fois par an, et toujours à l’occasion d’efforts, d’accès d’Angine de Poitrine
caractérisés par une .vive douleur sous-sternale avec étreinte, crainte de la mort, irradiation cervico-brachiale gauche. La dernière fois que l’accident lui est arrivé, c’est en gravissant une côte un peu rapide où est située sa vigne; « il crut qu’il y resterait ».
Le pouls, lent, bat à 60 : pas de bruit anormal aux deux temps à la pointe ; pas de bruit de souffle aortique.
Ija respiration est facile ; cet homme ne tousse ni ne crache quoique l’auscullation de la partie moyenne de chaque poumon dénote une expiration très soufflée, sans râles humides, et la percussion au même endroit une matité presque complète.
Trois jours après son entrée à l’hôpital, le malade est trouvé mort dans son lit et son autopsie, pratiquée avec le plus grand soin le 19 juillet à 9 heures du matin, met en évidence les faits suivants ;
.\ l’ouverture de la cavité thoracique, les deux poumons s’affaissent, réduits au quart de leur volume ; chacun des poumons, pas plus volumineux que le poing, présente dans son lobe médian tous les caractères de la gangrène sèche. On peut l’émietter comme un bloc de charbon, il n’y a pas la moindre odeur. Les artères bronchiques sont athérc'inateuses et des dépôts crayeux existent dans les bronches elles-mêmes.
Le cœur est hypertrophié aux dépens de son ventricule gauche qui est graisseux ; l’aorte n’est pas athéromateuse et ses orifices ne présentent pas de lésion.
Les deux artères coronaires sont crayeuses à leur origine dans une étendue d’un centimètre et l’on peut difficilement faire pénétrer une soie de sanglier dans leur orifice aortique.
Le plexus cardiaque examiné par M. V..., exteime de service au courant des recherches micrographiques, est sain.
Les artères de la base du cerveau sont crétifiées.
Voilà plus de preuve.s qu’il n’en faut pour démontrer victorieusement que l’ossification ou l’obturation plus ou moins complète des artères coronaires peuvent à elles seules et sans lésions aortiques déterminer VAngor; nous achèverons de le démontrer par des expériences physiologiques au chapitre de la Pathogénie de cette affection. — Dans tous ces cas, en effet, à moins de regarder comme défectueuses ou incomplètes des observations faites par des hommes tels que Samuelson, Brown-Séquard et Potain, il n’est pas question d’autre chose que de la lithiasis des artères coronaires ; là est la cause de la mort. Dans l’observation de M. Liégeois, il est même très intéressant de voir l’athérome artério-bronchique déterminer la gangrène sèche du poumon tandis que parallèlement à cet état, à ce processus, la crétification des artères coronaires amène l’Angine de Poitrine.
Nous croyons donc raisonnable d’admettre les lésions de ces artères comme cause prédisposante, mais pas très commune, de cette
ÉXrOLüGIE
maladie, tout en évitant de dire avec les praticiens des premières années de ce siècle dont M. Liégeois condamne, dans son mémoix'e, l’aphorisme trop exclusif, « que hors Vossifiration de ces artères, il n’i) a point d’Aïigor. » L’excès est dans les extrêmes !
Cette opinion est, du reste, celle d’une foule d’auteurs : M. Jaccoud le soutient avec raison (1) et bien peu sont aujourd’hui de l’avis de M. Péter (2), disant qu’il est aussi peu rationnel d’attribuer l’Angine de Poitrine à l’athérome des artères coronaires qu'à l’ossification des cartilages costaux qui ont bien peu à faire dans bbistf^-e de cette affection, tandis qu’en réalité ces vaisseaux nourriciers du cœur jouent et doivent jouer un rôle important démontré par les observations précédentes et d’autres arguments que nous présenterons plus tard.
Nous avons dit plus haut que la thrombose ou l’Embolie de ces artères, pouvait entraîner aussi une détermination angineuse ; c’est l’opinion de Virchow, Cohnheim et R. Quain. L’observation de Bellini (3) qui, en 1708, trouva « des pierres développées dans les artères coronaires » d’un homme qui mourut, selon toutes les apparences, d’une Angine de Poitrine, celles de Fritz (4) et de S. Ranis qui datent de peu d’années, prouvent bien que l’embolie des coronaires favorise VAngor. Citons une dernière observation à ce sujet ;
OBSERVATION CLXXIV (Walter-Moxon. — Loc. cit. d’après Liégeois.)
A l’autopsie, on trouve au niveau de la pointe du cœur, un amincissement de la paroi ventriculaire gauche avec dégénérescence librograisseuse des parois musculaires ; au niveau des régions les plus altérées, on constate dans un point l'existence d’un caillot préagonique. L’aorte est saine, les nerfs cardiaques ne présentent aucune altération. L’embouchure des artères coronaires est libre; l’artère coronaire antérieure est normale dans l'espace d’un demi-pouce, mais à un point de sa bifurcation, elle présente un épaississement de ses tuniques avec tous les caractères d’une artérite déformante. A un pouce de sa naissance, la lumière du vaisseau est complètement obturée et remplie par des détritus puriformes, vestiges d’un ancien caillot: au niveau de cette altération artérielle, les libres musculaires et les blets nerveux sont intimement soudés aux parois du vaisseau.
(1) Jaccoud. — Traité dj Path. interne. — Paris 1873, t. I, p. 705.
(2) Péter. — Oper. cit.
(3) Bellini. — De morbis pectoris. — 0pp. Venet 1708.
(4) Fritz. — Embolison of the coronary artery. Boston med. and surg. Journal 1875.
Occupons-nous maintenant des lésions des artères coronaires non plus seules pour déterminer VAngor, mais accompagnées par des altérations de l’aorte, ce qui arrive si fréquemment qu’on comprend aisément que le second cas soit la règle et le premier une exception.
C — Lésions simultanées de l’aorte et des artères coronaires considérées comme cause prédisposante organique de l’Angine de Poitrine.
Ici, les observations abondent, et dès le commencement de ce siècle, des médecins en font la remarque. Nous abrégerons autant que possible les moins importantes.