CHAPITRE
i^TlOLOGlE
Fréquence. — Si toutes les causes mises en avant pour expliquer la production de l’Angine de Poitrine étaient aussi puissantes qu’on veut bien le dire, le genre humain presque en entier serait sténocardiaque, dit M. Gauthier (1), car, pour ne parler que des buveurs, des fumeurs, des goutteux, des hystériques et des hypocondriaques, ({Li’on accuse d’être plus particulièrement exposés aux atteintes de la maladie, on voit que ces cinq groupes forment déjà un contingent très respectable, nullement en proportion avec la rareté de l’Angine. Il y a, en effet, bon nombre de médecins qui arrivent à la fin de leur carrière sans avoir eu à traiter un seul cas d’Angine de Poitrine. Nous devons ajouter cependant que depuis que nous approchons de la fin de notre siècle dont la caractéristique maladive est le Nervosisme et les affections du Cœur, le syndrome qui nous occupe se présente bien plus fréquemment à l’observation. Jadis, on ne le rencontrait guère que dans la pratique civile, tandis que chaque année, les Pi'ofesseurs des Hôpitaux trouvent l’occasion de faire au lit de leurs malades, d’excellentes leçons sur cette maladie fort intéressante. Nous pouvons donc affirmer hautement que depuis une dizaine d’années VAngor Pectoris a certainement doublé de fréquence, et l’étude approfondie des causes qui y prédisposent justifiera aisément cette extension.
(1) D' Gauthier, de Charolles (Saùne-et-Loire). (Mémoire honoré d’une mention, Prix Portai 1885).
Sexe. — Les praticiens sont unanimes à reconnaître que les femmes sont plus rarement atteintes que les hommes d’Angine de Poitrine. Ainsi, John Forbes, sur quatre-vingt-huit malades, a compté quatre-vingts hommes, et Lartigue, sur soixante sujets, a vu que sept femmes seulement avaient eu à en souffrir. Deux auteurs seulement font exception à cette opinion, le D‘' Gauthier, de Charolles, et le D"" Papillaud. Dans un mémoire sur cette maladie, couronné par la Société de Médecine d’Anvers, ce dernier médecin, en vantant l’etficacité du traitement de l’Angine de Poitrine par l’arsenic et le bromure de potassium, cite quatorze observations ([ui toutes, à l’exception de trois, ont des femmes pour sujets. Cette pro- ])ortion est réellement extraordinaire, mais l’examen approfondi de cette brochure démontre facilement, qu’à l’exception d’une marchande buraliste, chez qui l’aspiration incessante d’un air chargé de fumée de tabac a déterminé les symptômes d’un Angor Pectoris grave et de trois autres femmes atteintes de désordres organiques du cœur et par conséquent prédisposées à ce mal, les autres observations du D’' Papillaud concernent des Angines névrosi([ues fort doidoureuses, mais ne présentant point de caractères graves, ce c[ue conlirment du reste, l’amélioration et la guérison de ces malades, leur âge et l’absence de toute issue fatale.
M. Gauthier (1), sur douze observations d’Angine de Poitrine. (|ui lui sont particulières, en a recueilli sept sur des femmes ; c’est également, une circonstance exceptionnelle, et il le reconnaît luimême ; en effet, sur soixante-cinq cas suivis d’autopsies où le sexe est mentionné, il n’a trouvé que sept cas se rapportant à des femmes, tandis que la proportion semble la même dans les deux sexes pour les Angines de causes non organiques, ün s’est demandé pourquoi dans sa forme la plus grave, elle épargne généralement les femmes?
Desportes et Lartigue ont donné, de cette exception, deux explications assez plausibles.
D’après le premier, cette affection n’apparaissant d’habitude que de c[uarante à cinc[uante ans, la[femme s’en trouve à peu près préservée, parce qu’à cet âge j s’opère chez elle une transformation définitive ; tout le travail actif de la nature se porte du côté de l’utérus et c’est de ce côté-là presque exclusivement, que s'élèvent des orages menaçants pour son existence. De son côté, M. Lartigue
(1) Mémoire cité supra.
DE l’angine de POITHINE
fait remarquer que l’Angine de Poitrine étant souvent une complication de la goutte ou du rhumatisme, elle doit épargner les femmes qui y sont infiniment moins exposées que nous.
A ces explications j’en ajouterai une autre, c'est qu’accompagnant l'réquomment les affections du cœur, YAngor Pectoris doit être plus rare chez les femmes qu’un genre de travail moins pénible, une existence moins tourmentée que la nôtre, une lutte pour la vie moins ardue, et aussi des passions moins vives, préservent mieux que nous. Enfin leur sobriété habituelle, leur éloignement pour les li([ueurs fortes et le tabac sont autant de causes singulièrement capables de les en mettre à l’abri, ainsi ([ue nous le démontrerons plus loin.
Age. — L’Angine de Poitrine est rare avant vingt-cinq ans ; elle devient plus commune de quarante à cinquante et acquiert son maximum de fréquence de cinquante à soixante ans. Forbes, sur quatre-vingt-quatre observations a trouvé soixante-douze personnes ayant dépassé cinquante ans. Lartigue, sur soixante-cinq observations empruntées à divers auteurs, a trouvé qu’un cas avait été observé à dix-sept ans, un à vingt et un, un à vingt-cinq et un à vingt-neuf. De trente à trente-cinq ans il a compté six cas, deux à ((uarante, onze de quarante et un à cinquante, vingt-cinq de cinquante et un à soixante, treize de soixante et un à soixante-dix et ([Liatre de soixante et onze à soixante-dix-sept ans.
M. Gauthier (mémoire cité), sur un relevé de cent soixante-douze
cas a noté cette maladie ;
De dix à vingt ans 4 fois
De vingt et un à trente ans 15 —
De trente et un à quarante ans 20 —
De quarante et un à cinquante ans . . . .34 —
De cinquante et un à soixante 54 —
De soixante et un à soixante-dix 35 —
De soixante et onze à quatre-vingts. ... 8 —
Total 172 cas.
Hamilton, MM. Homolle et Bourdin disent bien avoir observé chacun un cas d’Angine de Poitrine sur des enfants en bas-âge, mais nous devons faire remarquer qu’à un âge aussi tendre, le diagnostic est loin d’être assuré, le malade n’exprimant pas ce qu’il
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ressent et VAngor Pectoris ])Ouvant être facilement confondue avec l’asthme de Millar ou le spasme de la glotte de Koop.
A une époc[ue un ])eu plus avancée de la vie, la sternalgie est rare mais ])eut se rencontrer. Ainsi le Paris Médical (année 1880, p. '298), relate l’observation suivante recueillie par un interne de riiôpital des Enfants Malades, M. Juhel Renoy.