RÉSUMÉ ET RÉFLEXIONS
SUR l'ensemble de ces observations.
En jetant un coup d'oeil sur l'ensemble de ces observations, nous voyons dans quelques-unes l'angine glanduleuse, sous sa forme la plus simple, caractérisée par une altération de la voix, du hem, un peu de toux sèche par intervalles, et des crachats colloïdes, produit des glandules tuméfiées (obs. IV, VII, X, XI, XII, XIV, XVII). Dans d'autres se montre un élément catarrhal plus nettement dessiné (I, II, V, VI, IX, XII, XV, XVI). Dans quelques-unes , on observe des accès de toux et de suffocation qui rappellent les quintes de la coqueluche (I, II, V, IX, XVI) : tantôt ces accès surviennent plusieurs jours de suite, avec une extrême violence, pour disparaître et ne se reproduire qu'après un laps de temps plus ou moins éloigné (II) ; tantôt ils se répètent plusieurs fois chaque jour, pendant des semaines et des mois (I, V, IK, XVI), suivis quelquefois de l'expectoration de ces masses concrètes, dont je suis disposé à placer l'origine dans les ventricules du larynx (V, XVI).
Nous avons rapporté (XVII) un exemple d'hémoptysie sans lésion appréciable du parenchyme pulmonaire.
Dans les symptômes généraux, nous ne trouvons pas une moindre variété. La lésion des voies respiratoires
peut ne produire aucun retentissement sur les autres appareils organiques (II, VI, VII, IX, X, XI, XVI); d'autres fois, ceux-ci manifestent des troubles fonctionnels dont l'intensité est hors de proportion avec celle de l'affection locale qui semble en être le point de départ. C'est un affaiblissement général (XI, XIII, XIV), qui doit être plus souvent regardé, peut-être, comme une cause prédisposante, ou un phénomène connexe que comme un symptôme de l'angine. J'en dirai autant de cette excitabilité nerveuse exagérée, observée chez quelques malades (IV, XIV, XVII)). L'oppression (II, VIII, XII, XIV, XVI), les douleurs cervicales, l'excitation fébrile (XJV, XV) paraissent se rattacher plus directement a l'affection de la muqueuse respiratoire. Les accidents dyspeptiques me semblent une dépendance de la diathèse herpétique (IV, XI, XII, XV, XVIII).
Je ferai remarquer encore la fréquente coïncidence avec cette maladie de la blépharite chronique (I, IV, VII, IX, XI, XII, XIV, XVI), et des coryzas, qui, dans les formes rémittentes, marquent ordinairement le début des exacerbations (II, VII, XII, XIII, XV) ; le retentissement plus rare sur l'organe de l'ouïe (I, VIII) ; phénomènes dont les relations avec l'angine glanduleuse n'avaient pas encore, je crois, été signalées.
Chez presque tous les malades, des manifestations dartreuses très prononcées précèdent le développement de l'angine, qui quelquefois paraît les remplacer (I, V, VII, IX). En même temps des douleurs rhumatoïdes se montrent, chez le plus grand nombre (I, IV, VI, XII, XIII, XV). Cette alliance presque constante des deux dia*
2Ô0 ANGINE GLANDULEUSE.
thèses éveille la pensée d'une connexion pathogénique dont l'observation ne peut saisir le lien. L'herpétisme, dans tous les cas, apparaît sur le premier plan et semble avoir des rapports directs avec l'affection pharyngienne. Ces rapports sont tels que, dans ma pensée, l'angine dartreuse doit constituer une espèce nosologique distincte des autres affections du pharynx et du larynx. Les granulations n'en constituent, pour moi, qu'un symptôme très saillant, très important, mais secondaire. En effet, nous avons vu dans l'observation (XI) la membrane muqueuse présenter une rougeur érythémateuse et une surface à peine grenue, chez une malade éminemment dartreuse dont la face était couverte de pityriasis. D'une autre part, comme je l'ai dit, les granulations peuvent se développer en dehors de toute influence herpétique (p. 97) par le seul fait d'une irritation chronique, peut-être sous l'action d'une autre diathèse. Je ne doute pas qu'on ne trouve, plus tard, des diff*'»rences caractéristiques, en rapport avec la diversité des conditions pathogéniques, dans ces lésions que nous réunissons sous un même nom, parce qu'elles nous présentent un phénomène commun : l'aspect granuleux.
Mais dans l'état actuel de la science, sous l'empire des doctrines régnantes, les esprits sont peu disposés à chercher les caractères distinctifs des maladies en dehors de leurs apparences extérieures, et j'ai cru devoir, à l'exemple de mon savant maître, désigner cette affection par son phénomène le plus saisissable. Cependant ma description a eu essentiellement pour ul)jet l'angine dont l'herpétisme paraît être la cause directe. J'ai indi-
qué à part les lésions glanduleuses du pharynx et du larynx qui semblent reconnaître une autre origine.
J'ai pensé qu'il n'était pas inutile d'appeler l'attention sur une maladie décrite, pour la première fois, par M. le professeur Chomel dans son enseignement clinique, et qui n'a encore été, en France, le sujet d'aucun travail spécial.
En étudiant les conditions patliogéniques de cette affection, je me suis efforcé démontrer combien il serait important de ramener sur le terrain de l'étude et de la discussion ces grandes questions des diathèses, trop délaissées de nos jours, qui cependant ouvrent à nos méditations de si vastes horizons, élèvent en les agrandissant les sujets de nos recherches et pourraient jeter de si vives lumières sur la pathologie comme sur la médecine pratique.