I.es remar([ues précédentes s'appliquent aux gai
102 ANGINE GLANDULEUSE.
garismes, qui n'agissent en général que sur les parois buccales et sur l'isthme du gosier, mais qui ont cependant réussi quelquefois. Peut-être doit-on attribuer à ceux qui Fenferment un principe volatil une action plus étendue. Ainsi, je me suis bien trouvé de l'usage persévérant des gargarismes iodés, répétés pendant huit ou dix jours chaque mois, et alternés avec l'usage interne de l'Eau-Bnnne.Il faut se rappeler, d'ailleui^s, que la voûte palatine, les amygdales, le voile du palais et les piliers participent le plus souvent à l'affection glanduleuse ; et cette circonstance devient une indication de l'emploi des gargarismes. Les injections nasales dont j'ai parlé en traitant de la médication sulfureuse, et qui peuvent être pratiquées avec tout autre liquide médicamenteux, seront surtout utiles dans le cas où la maladie a envahi la partie supérieure du pharynx et F arrière-cavité des fosses nasales; bien plus encore, si c'est par ces régions qu'elle a débuté.
G. Topiques gazeux. — Inhalations. — Je ne m'étendrai pas longuement sur les différentes espèces de fumigations ou d'inhalations qui peuvent être mises en usage dans l'affection qui nous occupe. Les inhalations émollientes ne sont indiquées que dans les cas où il existe une vive irritation et une inflammation aiguë de la membrane pharyngo-laryngienne ; on se sert ordinairement de la vapeur d'eau chargée de principes émoUients ou narcotiques, quelquefois d'eau coupée avec du lait. J'ai vu des personnes se coucher dans une atmosphère remplie de la vapeur de cire jaune tenue en ébulHtion, et affirmer qu'elles en éprouvaient un très
grand soulagement. Le célèbre physicien Ampère m'a dit s'être plusieurs fois guéri par ce moyen de catarrhes opiniâtres.
D'autres fois, la vapeur aqueuse sert de véhicule à des principes médicamenteux, chlorurés, sulfureux, iodés, balsamiques (1).
Les fumigations sèches s'obtiennent par la combustion de certaines substances, comme la jusquiame, le datura, etc. La fumée qu'on aspire entraîne avec elle une
(1) On a imaginé de nombreux appareils pour faire ces inhalations: celui de M. Chevalier me paraît un des plus simples et des plus commodes. Il est constitué par un vase de fer-blanr., concave à son fond, fermé par un couvercle conique que surmonte un tube coudé, et terminé par un bec pointu. Ce vase est divisé en deux cavités par une sorte de capsule de fer-blanc percée de trous nombreux et qui lorme cloison. Dans la cavité inférieure on verse le liquide médicamenteux ; on peut mettre dans la capsule des fleurs ou d'autres substances pouvant abandonner à la vapeur qui les traverse quelques-uns de leurs principes. L'appareil est placé au-dessus d'une lampe à alcool dont la flamme pénètre dans la concavité de son tond. 11 se j)roduit rapidement un jet de vapeur qu'où place à quelque dislance de la bouche du malade.
Un autre appareil que j'ai vu employer avec avantage a été imaginé, je crois, par un médecin de Lyon ; il est destiné à conduire directement dans la poitrine, et avec une furce que le malade peut régler à sou gré, la vapeur médicamenteuse, mêlée a une certaine quantité d'air. 11 consiste en un tube de fer-blanc, long d'uu mètre environ, ouvert par ses deux extrémités, a l'une desquelles s ajuste un emb'oul de verre de 8 à 10 centimètres de longueur, destiné à être placé dans la bouche. A 15 ou 20 ceniiiuèties de l'autre extrémité vient se souder obliquement uu autre tube qui se teruune eu pomuie d'arrosoir ; cette pomme d'arrosoir fait couvercle d'un vase de fer-blanc placé, comme le précédent, sur une lampe à esprit-de-vin. On met dans ce vase le liquide médicamenteux, et la vapeur arrive dans la poitrine, mêlée à un courant d'air qui pénètre par l'extrémité, inférieure du tube de fer-blauc.
huile empyreumatique âcre et irritante, dont les inconvénients ne me paraissent pas toujours compensés par les avantages qu'on peut attendre du principe narcotique qui s'y trouve mêlé. Si elles conviennent dans certaines affections spasmodiques des organes respiratoires, elles me semblent devoir être proscrites dans l'angine granuleuse.
J'ai parlé plus haut de l'usage interne du goudron. Les malades se trouvent généralement bien de mettre cette substance en évaporation spontanée dans la chambre qu'ils habitent.
M. le professeur Trousseau a préconisé, dans certaines affections chroniques du larynx, l'usage de cigarettes faliriquées avec du papier non collé, préalablement trempé dans une solution d'acide arsénieux. On conçoit que cette médication trouve une application utile dans certaines formes d'angine glanduleuse , dont l'élément herpétique peut être avantageusement modifié par les préparations arsenicales.
Dans l'emploi des inhalations et des fumigations, il faut, comme le fait remarquer le môme professeur, se rappeler que leur action n'est pas bornée au larynx; qu'elles se trouvent en contact avec la membrane muqueuse du poumon, et qu'on doit, par conséquent, employer exclusivement celles qui ne peuvent exercer sur cet organe aucune influence fâcheuse (1).
(1) Loc. cit., p. 316.
§ IV. — Moyens accessoires.
1° Révulsifs. — Dans la forme aiguë ou dans les paroxysmes qui se présentent avec ce caractère, les révulsifs sont indiqués. J'ai, dans ces conditions, observé de bons effets des vésicatoires et des frictions d'huile de croton , appliqués sur la région sternale ou cervicale. Il n'en est pas de même dans la forme chronique. J'ai vu des malades qui avaient été tourmentés par de nombreux vésicatoires sans éprouver aucune amélioration sensible. Les cautères, les vésicatoires permanents sont préférables alors aux révulsifs, qui n'agissent que temporairement. L'indication de ces moyens ne se présente, du reste, que dans les cas graves; elle deviendrait évidente si l'angine glanduleuse avait remplacé une affection herpétique de la peau.
Le docteur Green paraît donner la préférence aux frictions avec une pommade émétisée (1) ; il les fait répéter deux fois par jour jusqu''à ce que l'éruption paraisse, et il les réitère ensuite tous les deux jours. Ce moyen énergique, mais douloureux, ne doit être manié qu'avec prudence; les malades doués d'une grande excitabilité nerveuse ne le supportent que difficilement ; chez les sujets lymphatiques ou scrofuleux, les frictions émétisées, suivant la remarque de Hallé (2), peuvent pro-
(1) Voici sa formule :
Émétique 8 gram.
Camphre 2 —
Cérat 30 —
(2) Dupuytren citait clans ses cliniques cei^e observation de Hallé, et l'appuyait de son expérience personnelle.
166 ANGINE GLANDULEUSE.
(luire des ulcérations très douloureuses, d'une guérison difficile, et des cicatrices difformes. J'ai vu une fois, à la suite de quelques frictions, se développer des ulcères qui avaient plusieurs centimètres de diamètre, et qui persistèrent pendant un temps fort long (1).
2° Excision de la luette. — Avant d'attaquer l'affection de la membrane muqueuse pharyngo-laryngienne, il faut examiner s'il n'existe pas dans la bouche quelque foyer d'irritation qu'il faille éteindre, sous peine de voir demeurer infructueux tous les efforts de la thérapeutique : ainsi, l'excision de la kiette et des amygdales, l'avulsion d'une dent cariée (2), sont quelquefois des préliminaires indispensables du traitement de l'angine glanduleuse.
Si la luette présente des dimensions très considérables, il est presque toujours nécessaire d'en retrancher l'extrémité. J'ai inutilement essayé de réduire son volume par des cautérisations énergiques et répétées. Le docteur Green recommande, quand on pratique cette opération, de n'enlever que la portion de la muqueuse qui dépasse les muscles staphylins. Il est des cas où tous les tissus de l'organe ont subi une hypertrophie telle qu'il faut comprendre dans la section une partie de ces muscles. Je pense, du reste, avec cet auteur, qu'il est utile de ne point exciser la luette dans sa totalité. On doit éviter également d'attirer en bas la muqueuse,
(1) Dans les mêmes conditions, riuiile de croton délermine assez .souveni une hypertrophie des glandules de la peau, qui font saillie à sa surface, sous forme de papules blanches.
(2) MM. Trousseau et Belloc, loc. cil., p. 376.
avant cFeii pratiquer l'excision ; elle céderait à cette traction, et après sa section, les muscles staphylins se trouveraient à nu dans une grande étendue, ce qui rend les suites de l'opération plus douloureuses et retarde la cicatrisation.
Tels sont les principaux moyens de traitement qui ont été mis en usage dans l'angine glanduleuse. La médication sulfureuse seule ou combinée avec les cautérisations me paraît être celle qui compte le plus de succès. Dans les cas rebelles, il peut être utile de recourir à ces modificateurs généraux, administrés peut-être avec trop de prodigalité par nos voisins d'outre-mer, et trop négligés parmi nous.
Les modificateurs hygiéniques, qui ont été un puissant auxiliaire des agents thérapeutiques pour arriver à la guérison, sont nécessaires pour la consohder : dans les cas graves et invétérés, le séjour dans le Midi, pendant un ou deux hivers, en éloignant le malade des conditions atmosphériques qui disposent aux affections catarrhales des voies respiratoires, sont un puissant moyen de prévenir les rechutes. On parvient ainsi à rompre cette sorte d'habitude qui. naissant de la répétition des actes morbides, établit dans l'économie une disposition plus grande à leur retour et une sensibihté plus vive à l'impression des causes qui peuvent les provoquer.
Il est un autre moyen que je crois plus efficace encore, mais qui demande à être manié avec prudence, ce sont les lotions froides. Lorsque les symptômes de l'angine glanduleuse ont disparu, ou bien dans les entr'actes de ces crises, qui souvent précèdent la forme
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continue; lorsque l'âge et les forces du malade donnent le droit de compter sur une réaction énergique après l'impression du froid, ce moyen est le plus puissant que je connaisse pour éteindre cette susceptibilité qui cause tant de troubles fonctionnels, et spécialement tant de maladies des organes respiratoires. C'est, en général, pendant l'été qu'il faut en commencer l'usage. Ces lotions doivent être très courtes et très rapides, et suivies de frictions faites, en partie du moins, par le malade lui-même , pour qu'il développe de la chaleur en accomplissant des mouvements énergiques. J'ai vu un malade guérir par l'usage de ces lotions après avoir inutilement tenté beaucoup d'autres remèdes. Cependant, je le répète, ce n'est pas comme moyen curatif que je les conseille, mais plutôt comme prophylactique.
Il en est des angines glanduleuses comme de toutes les affections de racine herpétique : on en rencontre dans lesquelles les traitements les plus méthodiques n'obtiennent qu'un soulagement incomplet ou une rémission passagère. Il en est quelques-unes qui, après avoir résisté pendant des mois et des années, cèdent enfin, sans qu'on puisse toujours déterminer les conditions qui ont amené cet heureux résultat. Dans la grande majorité des cas, surtout si le malade est placé dans un milieu hygiénique favorable , il guérit, mais souvent il conserve une susceptibilité qui l'expose aux rechutes. S'il doit sa guérison au traitement thermal, et si son affection avait été de longue durée, il est utile qu'il revienne à ce traitement après son rétablissement pour en assurer la consolidation.
Ainsi que nous l'avons dit, la guérison est beaucoup plus dilficile quand l'angine glanduleuse complique une affection pulmonaire chronique. L'état général de l'organisme qui accompagne ces maladies , l'irritation produite sur la muqueuse du larynx et du pharynx par le passage des sécrétions morbides qui viennent des poumons, provoquent et entretiennent le développement des granulations glanduleuses , et rendent le plus souvent infructueux tous les efforts du médecin, surtout aune période avancée de ces affections. Cet obstacle cependant n'est point absolu, et même dans ces conditions on doit tenter une médication qui peut soulager le malade, et qui, dans tous les cas, n'offre aucun inconvénient (1).
Je vais maintenant rapporter quelques observations. Il m'eût été facile d'en produire un très grand nombre, puisqu'en une seule année j'en ai réuni soixante-dix. J'ai choisi celles qui m'ont paru offrir le plus d'intérêt. La plupart ont été rédigées sur des notes qui m'ont été remises par les malades eux-mêmes, complétées par celles que j'avais moi-même recueillies.
(1) Cependant je suis loin de partager la confiance du D' Greenqui, lorsque l'angine glanduleuse a précédé la tuberculisalion, aurait souvent vu (noi /eR' msiances) les symptômes pulmonaires disparaître après la guérison de la première alfection.
Première observation. — Manifestations herpétiques. — Attaques de laryngite. — État granuleux du pharynx. — Guérison par les Eaux-Bonnes.
M. P... est âgé de trente-trois ans; sans être robuste, sa constitution est bonne. Jusqu'à ces dernières années, sa santé était habituellement satisfaisante à condition qu'il suivît un régime parfaitement régulier. Ainsi, il supportait difficilement les veilles, les excès de table, l'usage des boissons alcooliques, les fatigues de tout genre. Vers sa cinquième année il contracta la gale. H y a trois ou quatre ans, il eut derrière l'oreille gauche une éruption eczémateuse qui dura une quinzaine de jours. Ses fonctions digestives s'accomplissent ordinairement d'une manière régulière : seulement, après avoir fait usage d'une alimentation très animalisée, et presque exclusivement composée de viandes noires, pendant les dix années qui s'écoulèrent de 184/1 à 185/i, il devint sujet à la constipation; des hémorrhoïdes se développèrent et fluèrent par intervalles; depuis lors il a apporté quelque modification à son régime, et ces accidents ont à peu près disparu,
M. P... n'a jamais souffert d'ophthalmies aiguës; mais depuis cinq à six ans ses conjonctives palpébrales sont presque constamment injectées. Ce phénomène s'exaspère dans les saisons humides et par les temps de brouillard ; alors la conjonctive oculaire participe à l'injection. Les paupières, le matin, sont chassieuses et
légèrement infiltrées; on n'y observe pas de granulations bien prononcées.
M. P... est assez souvent affecté, pendant l'hiver, de légères angines pharyngiennes avec gonflement des amygdales et surtout de l'amygdale gauche. Elles sont accompagnées de bourdonnements d'oreille plus prononcés du côté gauche. Ces indispositions durent trois ou quatre jours et disparaissent sans qu'il lui soit nécessaire de se soumettre à aucun traitement, ni même à aucune précaution hygiénique. Elles ont cela de particuher qu'elles sont toujours précédéesd'une inflammation légère de la membrane muqueuse qui tapisse l'ouverture postérieure des fosses nasales et la face supérieure du voile du palais. Cette inflammation se traduit par des picotements, par de la gêne dans la respiration, par une sécheresse de la gorge, bientôt suivie, après vingtquatre ou trente-six heures, d'une sensation d'obstruction. C'est ainsi que le malade la définit. Elle est due à l'accumulation, dans l' arrière-cavité des fosses nasales, de mucosités épaisses, transparentes, gluantes et plastiques, qu'il est obligé d'amener dans le pharynx par un effort d'inspiration, pour les expulser ensuite par la bouche. Le voile du palais et toute la muqueuse pharyngienne offrent alors une rougeur vive, sur laquelle se dessinent des arborisations vasculaires. Souvent cette inflammation naso-pharyngienne n'a d'autre cause oc-' casionnelle que l'état hygrométrique de l'atmosphère; quelquefois le malade peut l'attribuer à un refroidissement des pieds, et surtout à l'impression d'un courant d'air venant frapper sur la tête en sueur.
172 ANGINE GLANDULEUSE.
Au mois d'octobre 1833, le malade ressentit des douleurs rhumatismales vagues dans les muscles de l'épaule gauche, du bras (deltoïde et biceps principalement), de la cuisse droite (triceps fémoral et droit antérieur) . Sept ou huit jours après, par suite de l'impression d'un air froid et humide sur l'avant-bras droit, se déclara une arthrite huméro-cubitale d'une grande violence. Quarante sangsues procurèrent un soulagement instantané ; la guérison fut prompte. Depuis lors, M. P... s'astreignit à porter des gilets de flanelle, et le rhumatisme n'a pas reparu.
' Du mois de mars au mois de juin 1853, il éprouva trois accès de colique néphrétique, ayant leur siège dans le rein gauche; leur durée fut courte, mais l'acuité des douleurs fut extrême. Trois jours après le dernier accès, il rendit un petit calcul d'acide urique. Depuis brs, aucun dépôt de sable urique ne s'est montré dans les urines.
A la suite d'une épidémie de grippe en 18^5 ou 1846, M. P... fut affecté d'une laryngite, qui dura trois semaines environ, et ne céda qu'au repos de l'organe malade pendant sept à huit jours. Elle était caractérisée par des picotements et une légère douleur au niveau du larynx, et par un raclement expirateur [hem) souvent répété, comme pour chasser de cet organe quelque chose qui l'obstruait. Cependant l'expectoration était nulle; il n'y avait pas de toux quand le malade gardait le silence ; pendant la nuit il ne toussait pas une seule fois. Mais, aussitôt qu'il parlait, il était pris d'une quinte de toux sèche, presque spasmodique, qui le fatiguait beaucoup.
Les autres symptômes, les picotements, la douleur, s'aggravaient en même temps.
A cette époque le malade, se consacrant avec ardeur à l'étude de l'histoire naturelle, passait une partie de ses journées au milieu des amphithéâtres d'anatomie, et il avait remarqué, les années précédentes, qu'au mois de novembre, quand il recommençait les travaux de ce genre, il était pris d'une angine pharyngée qui disparaissait après cinq à six jours de durée.
Pendant les cinq derniers mois de 1852, M. P... s'était livré à un travail excessif, passant une partie de ses journées dans les salles de dissection, prolongeant ses veilles studieuses, et prenant chaque jour, pour stimuler son activité cérébrale, deux et trois tasses de café noir.
Depuis quatre mois il se reposait de ces fatigues et avait renoncé à ce régime excitant, lorsqu'au mois d'avril 1853, il subit une seconde atteinte de laryngite, dont il ne fut délivré qu'au mois d'août. Il faut signaler une circonstance qui put contribuer à son développeiment : le malade, sujet, même en hiver, à une transpiration habituelle des pieds, les avait plusieurs fois lavés à l'eau froide dès les premières chaleurs du printemps; cette transpiration fut suspendue, et la peau resta sèche pendant toute la durée de l'affection laryngée.
La maladie présenta exactement les mêmes symptômes [qu'en I8/16; elle débuta, comme ces angines fugaces dont il a été question, par la partie postérieure des fosses nasales, par la face supérieure du voile du palais et par le pharynx, pour se fixer sur le larynx.
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Deux applications de sangsues à l'anus, un vomitif, des laxatifs, des boissons pectorales, des gargarismes, d'abord émollients, puis astringents, etc., furent successivement mis en usage sans amener aucune amélioration. Vers le mois de juin, au contraire, la douleur, le picotement, la sensation de constriction laryngienne acquirent plus d'intensité; la toux devint plus fréquente, mais toujours sans expectoration. Bien que l'appétit se soutînt et que les fonctions digestives s'accomplissent d'une manière normale, le malade maigrissait; son teint avait pâli; cependant il n'avait pas interrompu ses occupations.
Préoccupé de la résistance du mal, il se disposait à se rendre aux Eaux-Bonnes, lorsqu'il fut appelé par ses affaires dans un établissement de bains de mer. Profitant de la circonstance, remarquant que l'air de la mer et les premiers bains ne lui étaient pas défavorables, il se livra tout entier à la vie de baigneur, prenant deux bains par jour, faisant des courses sur le rivage, suivant un régime alimentaire très tonique, et même très excitant, buvant du café, fumant chaque jour deux ou trois cigares, habitude à laquelle il avait complètement renoncé depuis le début de la maladie.
Dès les premiers jours, les picotements laryngiens et la toux avaient complètement cessé. Après douze jours passés dans ces conditions, M. P. put reprendre sa vie habituelle ; sa sauté générale s'était notablement améliorée; et, à part quelques accidents pendant l'épidémie cholérique de 185/|., et quelques attaques éphémères d'angine uaso-pharyngienne, il se trouva complètement
guéri. Dès les premiers bains de mer, la transpiration des pieds s'était rétablie.
Au mois de mars 1855, M. P... fut atteint pour la troisième fois d'une laryngite, ou plutôt d'une pharyngolaryngite. Voici les circonstances qui Font précédée : Au commencement de ce mois, peut-être dix ou quinze jours avant le début de cette maladie, il avait pris l'habitude d'éponger ses pieds avec de l'eau froide; il ne l'avait pas fait l'année précédente, redoutant les accidents qui, en 1853, avaient succédé à cette pratique ; mais il espérait les éviter en exprimant fortement l'éponge avant de s'en servir, de manière qu'elle fût simplement humide. A peu près à la même époque, il se découvrit, en dormant, la tête et les épaules, et s'éveilla saisi par le froid. Dès le lendemain, il éprouva de la roideur et de la gêne dans les muscles des épaules et du cou, principalement à la nuque ; deux jours après, il sentit des picotements, de la chaleur vers l'ouverture postérieure des fosses nasales et la face supérieure du voile du palais. Le lendemain, le voile palatin et les piliers, toute la muqueuse pharyngienne étaient très rouges, les amygdales un peu tuméfiées. La déglutition, sans être douloureuse, était accompagnée de gêne et de fatigue. Ce n'était pas le contact du liquide ou du bol alimentaire, c'était la contraction musculaire qui provoquait ces sensations. Il y avait de l'embarras, de la roideur dans les muscles du pharynx, comme il y en avait eu dans les muscles des épaules et de la nuque.
Cette inflammation, au lieu de céder, comme cela arrivait ordinairement, se propagea au larynx, marquée
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d'abord par de légers picotements, de la chaleur et de la coiistriction au niveau de cet organe. A ces signes M. P... reconnut le début de sa laryngite : c'étaient les mêmes symptômes qu'il avait déjà deux fois éprouvés. Bientôt ils prirent plus d'intensité; la gêne de la respiration était plus grande qu'en 1853 ; le passage de l'air sur les parois du larynx, pendant l'inspiration et l'expiration, y éveillait une sensation anormale. Il lui semblait que les dimensions de l'ouverture n'étaient plus en rapport avec le volume de la colonne d'air qui la traversait. Chaque fois qu'il parlait, il était obligé de tousser ; pour peu que la conversation se prolongeât, les picotements devenaient insupportables, et de violentes quintes de toux éclataient. Deux fois par jour, vers onze heures du matin et vers sept heures du soir, il y avait comme un redoublement ; la sensation de constriction devenait alors très prononcée ; le besoin de hemmer se faisait sentir, môme sans être provoqué parl'exercice de la parol(\ Bientôt même des accès de toux, qui duraient quelquefois plusieurs minutes, remplacèrent le hem. L'exacerbation du soir était beaucoup plus accentuée que celle du matin ; un changement dans l'heure des repas n'amena aucune modification, ni dans son intensité, ni dans l'époque de son retour.
A ces synq)tônies se joignirent des bourdonnements dans l'oreille gauche, et même un léger affaiblissement de l'ouïe de ce côté ; la gêne et la rougeur pharyngienne persistèrent; le malade expectorait des mucosités fluides, glaireuses, sans caractère; et il éprouvait le besoin fréquent de ramener dans la bouche, à l'aide d'une sorte
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de reniflement pharyngien, les matières sécrétées par la partie postérieure des narines. D'ailleurs, les fonctions digestives étaient intactes, et il y avait absence complète de fièvre.
Des bains de pieds sinapisés, des sinapismes , de la farine de moutarde dans les chaussures, remplacée par un mélange de chlorhydrate d'ammoniac[ue et de chaux, pour ramener la transpiration des pieds qui s'était supprimée ; des boissons pectorales chaudes , un régime doux, une vie très régulière, n'avaient, après un mois, amené aucun soulagement. M. P..., il est vrai, n'avait pas interrompu ses travaux professionnels.
Vers le milieu du mois de juin, les accidents, qui avaient lentement, mais progressivement augmenté, devinrent très pénibles. Le redoublement du soir se prolongeait dans la nuit. Souvent M. P... était éveillé par une sorte de suffocation, comme si le larynx était obstrué. Une toux violente, accompagnée d'efforts de vomissements, ayant quelque ressemblance avec la toux delà coqueluche, amenait l'expectoration de quelques mucosités claires et visqueuses. Un gargarisme alumineux, quelquefois l'eau froide, calmaient un peu ces accès; mais un mélange d'eau d'orge et de lait un peu chaud, soit en gargarisme, soit en boisson, était le moyen qui procurait le plus de soulagement. Une de ces crises ne dura pas moins de quatre heures; de minuit et demi à quatre heures et demie, la toux fut continue. Le pharynx était toujours rouge, les amygdales toujours gonflées; le bourdonnement de l'oreille gauche n'avait pas cessé.
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Vers le 20 juin, on fit une application de dix sangsues à l'anus. L'écoulement du sang fut très abondant, et suivi d'une grande faiblesse pendant vingt-quatre heures. Sous l'influence de ce traitement, les accès nocturnes furent considérablement atténués.
Deux jours après cette application de sangsues, M. P. . . prit un vomitif, et le lendemain un purgatif; il fit usage pour boisson et pour gargarisme d'eau d'orge coupée avec du lait. L'amélioration fut sensible, soit qu'il fallût l'attribuer à cette médication, soit qu'elle fût due au repos obligé, gardé pendant ces cinq jours. Depuis lors, les accès de toux nocturne n'ont pas reparu ; le pharynx fut moins rouge , les amygdales moins tuméfiées, le larynx lui-même moins douloureux. Mais, en reprenant ses occupations, le malade vit la laryngo-pharyngite revenir à peu près avec la même intensité, moins cependant les quintes de toux pendant la nuit. C'étaient d'ailleurs les mêmes phénomènes, les mêmes redoublements. Le matin, immédiatement après son léver, il toussait pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'il eût rejeté au dehors une matière épaisse, gluante, très plastique et transparente, absolument semblable aux mucosités ramenées des fosses nasales dans le pharynx, et constituée probablement par des produits de sécrétion accumulés pendant le sommeil dans les ventricules du larynx. Les premiers mouvements, des efforts d'expiration, l'articulation des sons, déplaçaient ces mucosités qui venaient gêner la respiration; leur plasticité nécessitait cette toux violente qui en précédait l'expulsion.
Le 2 juillet, deux sangsues furent appliquées un peu
au-dessous de la région correspondante aux amygdales ; les piqûres furent recouvertes d'une ventouse pour favoriser l'écoulement du sang et opérer une révulsion. Le malade partit pour la campagne le k juillet. Il mit un large vésicatoire au devant de son cou , continua l'usage de l'eau d'orge et du lait en boisson, et se gargarisa avec de l'alun et du sirop de mûres. Son régime était très doux, composé essentiellement de lait et de viandes blanches. Il gardait un silence absolu; prenait chaque jour des bairs de pieds simples et faisait des promenades, qui n'étaient jamais poussées jusqu'à la fatigue. Sous l'influence de ce traitement, la moiteur des pieds se rétablit, mais moins copieuse qu'elle n'était avant la maladie. Une amélioration sensible se manifesta ; les exacerbations disparurent ; les quintes de toux furent moins violentes le matin ; les mucosités expulsées, moins abondantes. Le 12, le malade commença à parler un peu sans être fatigué ; mais le 13,1e ili et le 15, ayant parlé comme on est obligé de le faire dans le commerce habituel de la société, les picotements, la constriction laryngienne, le hem, la toux, etc., reparurent; ce qui le décida à se rendre aux Eaux-Bonnes le 17 juillet. Pendant la journée du IG, les préparatifs du départ, quelques visites l'obligèrent à parler beaucoup, et cependant, il n'y eut de fatigue ni 'pendant la nuit, ni le lendemain. L'examen de la poitrine ne m'y fit constater aucune lésion ; le pharynx était granuleux, avec injection de la muqueuse et développement vasculaire. Les 19, 20 et 21, M. P... but trois quarts de verre d'eau minérale, se gargarisa avec cette eau quatre ou cinq fois par jour, en
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fispira par les narines, et prit des bains de pieds quotidiens. L'amélioration, qui avait commencé à se manifester avant son départ, se df'veloppa et suivit une marche progressive.
Le 22, M. P... éprouva des picotements laryngiens et une constriction plus forte, accompagnée de hem et d'un peu de toux. L'usage du gargarisme fut suspendu.
Le 23 et le 2i, la dose d'eau fut portée à un verre et quart; on continua les aspirations par le nez, et l'on prit à jours alternés des bains entiers et des bains de pieds. L'amélioration se développait; cependant le malade ne pouvait impunément encore s'exposer aux brouillards du soir. Les urines déposèrent un sable rouge, renfermant probablement de l'acide urique.
Les 25, 26 et 27, on augmenta la dose d'un quart de verre; les aspirations par le nez furent suspendues. Les urines déposèrent des mucosités épaisses, filantes, une sorte de boue terreuse, composée de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien; la miction était parfois suivie de ténesnie vésical, d'un sentiment de chaleur et de douleur au col de la vessie, s'irradiant vers l'ombilic.
Ces symptômes, assez pénibles, firent recourir à un bain émollient ; de la macération de graine de lin fut administrée en boisson. On réduisit un peu le régime alimentaire.
28. Les douleurs, le ténesme vésical, ont diminué. L'urine ne laisse plus déposer qu'une petite quantité de sable blanc. Même dose d'eau minérale. Le 29 et le 30, le malade en boit deux verres en trois fois, et les jours
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suivants il arrive graduellement à trois verres. Huit jours avant son départ, le malade a le sentiment d'une amélioration très sensible. Le soir seulement, quand il parle, il sent un peu de fatigue ; il peut d'ailleurs se livrer à des courses à pied et à cheval, à des conversations assez longues, plusieurs fois répétées dans la journée, sans en éprouver d'autre inconvénient que quelques légers picotements au larynx. Sa santé générale est florissante. Le malade quitte les Eaux-Bonnes dans d'excellentes conditions et avec l'espoir légitime d'une guérison complète.
Voici les renseignements que M. P... a bien voulu me transmettre, par lettre, sur les effets consécutifs du traitement thermal :
« Quand j'ai quitté les Eaux-Bonnes, je souffrais un peu du larynx. Cet organe sécrétait encore quelquesuns de ces grumeaux d'apparence gélatineuse, dont l'expulsion nécessitait un raclement expirateur assez pénible. Cinq à six jours après, bien que j'eusse mené une vie assez agitée durant mon voyage, toute douleur cessa ; j'étais seulement un peu fatigué si je parlais longtemps ou très haut, surtout en plein air.
» J'ai traversé l'automne et un hiver très humide et très brumeux, sans avoir de laryngite. J'ai eu deux ou trois fois un coryza assez intense, et quelques angines pharyngiennes, maladie qui a été très commune dans la ville que j'habite. Des précautions hygiéniques, le cacheriez surtout, une chaussure chaude et sèche, ont préservé mon pauvre larynx de toute atteinte sérieuse. Cepen dant, il est toujours demeuré un organe faible, et si je
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parle longtemps, je ressens une sécheresse et une fatigue assez pénibles. Il y a huit jours (la lettre est datée du 9 mai), à l'occasion d'un vent froid et humide, et après avoir eu les pieds mouillés, j'ai éprouvé ces symptômes qui, chez moi, précèdent ordinairement une laryngite, ce sentiment de cuisson et de picotement, aux ouvertures postérieures des cavités nasales, et sur toute la face supérieure du voile du palais, dont je vous ai parlé l'an dernier. Le lendemain, la luette, la face antérieure du voile palatin, tout le pharynx étaient rouges; quelques granulations se montraient sur les piliers; des mucosités épaisses, gluantes, gélatini formes, se détachaient difficilement de toutes ces muqueuses enflammées et granuleuses ; mes pieds étaient en même temps devenus secs. Mes laryngites avaient toujours débuté ainsi , j'étais sur les épines; j'ai redoublé de soin pour me préserver du froid; la moiteur des pieds a reparu, et, fort heureusement, le larynx n'a pas été envahi par l'inflammation. Pour être plus exact, je devrais dire qu'il a été légèrement atteint. J'ai éprouvé un soir de la cuisson, et quelques picotements caractéristiques; le lendemain, après un pénible raclement expirateur, j'ai expulsé un petit grumeau blanc, gluant, transparent, de consistance de gelée, s'écrasant difficilement sous le doigt, qui lui trouvait une sorte d'élasticité.
» Plusieurs fois, cet hiver même, j'avais eu des inflammations de la pituitaire, du pharynx, des amygdales ; mais je ne m'en étais pas effrayé, ce n'était pas ma maladie; je n'éprouvais pas ces cuissons et ces picotements que je connais si bien ; aussi je n'ai pas expulsé du pha-
rynx et des fosses nasales ces mucosités plastiques dont j'ai parlé.
"Depuis mon voyage aux Pyrénées, non-seulement le mal local a été favorablement modifié ; mais mon état général a toujours été très satisfaisant. Je puis donc vous dire que, grâce aux bonnes Eaux-Bonnes, je suis parfaitement bien portant. Mon rétablissement a coïncidé avec le retour de la moiteur des pieds, retour que j'ai attribué aux bains de pieds, dont je faisais un fréquent usage. Je les prenais très chauds et très courts, et j'allais immédiatement après faire une longue promenade. »
Réflexions. — Dans cette observation , l'angine glanduleuse se montre à nous sous une forme subaiguë : les fosses nasales, le pharynx et le larynx ont été simultanément affectés. L'eczéma, la blépharite chronique, cette sueur habituelle des pieds, témoignent chez ce malade de l'existence d'une disposition herpétique. Un fait bien digne d'être noté également, c'est cette alternance si marquée entre la transpiration des pieds et l'affection du larynx. J'appellerai encore l'attention sur ces douleurs rhumatoides, qui accompagnent si fréquemment, j'allais dire si constamment, les manifestations dartreuses.
Chez M. P..., les phénomènes laryngés dominent d'emblée ; le contraire a lieu dans le plus grand nombre des cas. Le plus souvent, la maladie commence par le pharynx, qui peut en rester longtemps le foyer principal. Je signalerai encore comme une circonstance remarquable le résultat obtenu une première fois, du sé-
i^k ANGINE GLANDULEUSE.
jour aux bains de mer. La guérison a été passagère, il est vrai ; et elle a semblé se lier au retour de la transpiration des pieds, qui a été provoquée peut-être moins par les bains de mer que par rexercice auquel le malade se livrait. Je saisirai cette occasion pour rappeler ce que j'ai dit plus haut : l'exercice modéré, au milieu d'un air pur, me paraît un des éléments les plus importants du traitement, et un des plus puissants moyens pour ramener l'action de la peau à son type normal.
Chez M. P..., la cure thermale, qui fut ménagée avec prudence, à cause du caractère subaigu des accidents, suivit un cours régulier. Quelques phénomènes d'excitation se sont montrés le quatrième jour du traitement, sans être assez prononcés pour qu'on fût forcé de le suspendre ; et, à une période plus avancée, ce fut la muqueuse vésicale qui parut principalement s'émouvoir sous l'action des eaux. Le résultat a été aussi satisfaisant qu'on pouvait l'espérer.
Deuxième observation. — Angine glanduleuse chronique. — Exacerbations marquées par des quintes de toux qui ressemblent à celles de la coqueluche. — Guérison par les Eaux-Bonnes.
L'observation suivante a pour sujet un médecin distingué qui a bien voulu me communiquer lui-même les détails suivants :
« Depuis sept ou huit années, je suis doué du triste privilège de contracter plusieurs fois l'an, sans cause déterminée, ni même appréciable , une bi'onchite (ou
plutôt un état inflammatoire de la partie supérieure des voies aériennes), remarquable h plusieurs titres, et par la manière dont elle débute, et par les accidents qu'elle laisse après elle.
» Aucune circonstance particulière ne peut étie rattachée à l'époque où ces accidents se montrèrent pour la première fois. Ma santé avait toujours été bonne ; je n'ai jamais eu aucune affection rhumatismale, hémorrhoïdaire. ni d'autres manifestations dartreuses qu'un pityriasis capitis assez intense, datant de plusieurs années, et empiétant sur la peau du front.
» Pendant l'hiver habituellement , mais quelquefois aussi pendant l'été, je suis pris d'un coryza qui s'annonce par des éternuments réitérés, de la sécheresse des narines, un peu d'injection de la muqueuse nasale et oculaire; vingt-quatre heures après, la muqueuse du nez sécrète abondamment du mucus aqueux, incolore ; et la gorge devient le siège d'une douleur, d'un sentiment de sécheresse; puis la voix s'enroue un peu. Cet état met environ quarante-huit heures à parcourir ses diverses périodes, sans être accompagné de fièvre, ni de chaleur à la peau ; sans autre retentissement, en un mot, sur l'ensemble des fonctions, qu'un peu d'inappétence et de l'endolorissement de la tète; mais, à ce moment, se montre une toux sèche, revenant par quintes, au nombre de sept, huit, dix dans les vingt-quatre heures , durant chacune un quart d'heure ou vingt minutes, et se manifestant la nuit comme le jour, mais plus fréquemment le jour. Ces quintes de toux ont la forme et presque le caractère des quintes de coqueluche; elles sont annon-
186 ANGINE GLANDULEUSE.
cées le plus souvent par une sensation de picotement, vers le larynx, qui amène un besoin irrésistible de tousser. Tout effort, toute résistance, sont inutiles ; plus je veux me retenir, plus je tousse; et le besoin de tousser est si impérieux que, si je me trouve dans une soirée, au spectacle, etc., je suis obligé de sortir pour m'abandonner aux caprices de ma toux. Ces accès ne sont point accompagnés de dyspnée ni de constriction vers la poitrine ; ils se terminent, en général, par l'expectoration d'un ou de deux crachats muqueux sans caractère particulier, n'ayant jamais présenté de stries sanguines. Telle est la physionomie de chaque accès ; ils se répètent ainsi pendant douze ou quinze jours, et disparaissent enfin après deux ou trois jours d'expectoration mucoso-purulente, qui rend la toux moins sèche et moins déchirante, comme il arrive à la période terminale des simples bronchites.
» Lorsque cette crise est terminée, je reprends ma santé habituelle, qui, du reste, est toujours bonne et robuste et ne semble point se ressentir de cette pénible atïection. Dans l'intervalle des accès de cette toux, irrégulièrement périodique, je n'éprouve aucun malaise, aucune incommodité. Je ne tousse presque jamais, pour ne pas dire jamais ; je n'ai plus de ])icotements au larynx ; ma voix reprend son timbre ordinaire ; la respiration se fait avec ampleur et facilité, sans dyspnée, sans effort, sans essoulllement. Cependant j'ai à noter, comme phénomène persistant et durable, quelques légères douleurs derrière le sternum, de même qu'il m'arrive assez souvent de sentir et même d'en-
tendre des vibrations sonores retentir dans les grosses bronches ou dans la trachée, vers le dernier temps de l'inspiration ; ces vibrations ont une sibilance très prononcée. Chaque matin, et quelquefois même dans la journée , j'expectore quelques crachats très visqueux, gélatineux, opaques, souvent grisâtres, comme cendrés, et surtout très adhérents à l'arrière-gorge, au point que les mouvements du pharynx et les efforts expirateurs ont peine à les détacher.
» Tel est l'ensemble des accidents qui m'ont amené aux Eaux-Bonnes. Je crois, en résumé, que mon état peut être décomposé en trois éléments distincts :
» 1° Un état subinflammatoire chronique permanent, servant de base à un autre état tout accidentel. C'est :
» 2" Un état aigu inflammatoire, survenant par intervalles, débutant, d'une manière presque constante, par la muqueuse nasale, et s'étendant rapidement au larynx, à la trachée, et probablement aux grosses bronches.
» 3° Un état nerveux spasmodique, s'ajoutant à l'élément inflammatoire, en prolongeant la durée, et donnant à la toux le caractère convulsif qu'elle revêt d'une façon si évidente et si pénible pour moi. »
H y avait dix ans que M. N... était tourmenté par cette affection, lorsqu'il vint aux Eaux-Bonnes. Je constatai une rougeur très caractérisée de la voûte palatine et du pharynx. Sur la paroi postérieure de celui-ci, faisaient saiUie des granulations disséminées. L'examen de la poitrine ne fit constater aucune lésion des organes qui y sont contenus. M. N... prit les eaux régulièrement en boisson, en gargarismes et en bains. Depuis lors, il
188 ANGINE GLANDULEUSE.
n'a pas ressenti la plus légère atteinte de son mal, quoiqu'il se soit exposé sans aucune précaution au froid et à l'humidité, qu'il ait continué à prendre du café et à fumer. Il s'est livré avec ardeur aux travaux scientifiques, et restait enfermé, chaque jour, sept à huit heures, pendant lesquelles il fumait constamment.
L'hiver que nous venons de traverser (nous sommes aujourd'hui au 15 mars) a été remarquable par des variations continuelles de température, et a produit un très grand nombre de catarrhes, atîectant spécialement la forme laryngée. Le malade, qui habite une des villes du nord de la France, a bravé impunément toutes ces conditions défavoraljles. Sa voix reste cependant rude et un peu rauque : le voile du palais conserve une teinte rosée, comme érythémateuse ; il semble abaissé, et la luette allongée, épaissie, entourée d'un liséré blanchâtre, œdémateux, touche la langue, bien que le malade n'éprouve aucun chatouillement. Toute la muqueuse de l'isthme et du pharynx paraît épaissie; sur ce dernier orgaue, on aperçoit un petit nombre de granulations, dont la coloration ne diffère pas sensiblement de celle (jue présente le reste de la membrane nuiqueuse.
Réflexions. — Je ne puis qu'adopter cette analyse des différents éléments de la maladie; seulement, je mettrai un nom sur cet état subinflannnatoire , chronique, permanent, dont il parle, et jeraj)pellerai angine glanduleuse chronique, caractérisée par les lésions qui lui sont propres, par cette raucité habituelle de la voix, par cette expectoration colloïde du matin, et par sa connexion avec des manifestations dartreuses. Chaqu(!
accès, venant se greffer sur cet état habituel, suit la inarche que j'ai indiquée en faisant la description de la . maladie. Il débute par une inflammation de lamuifueuse nasale, qui se propage en descendant au pharynx, au larynx et jusqu'à la trachée. La solidité de la guérison obtenue par les Eaux-Bonnes, malgré le détestable régime suivi par le malade, est un fait vraiment remarquable et qui atteste la puissance de cette médication.
Troisième observation. — Accidents arthritiques. — Furoncles. — Gravelle pharyngienne. — Complications thoraciques.
M. le docteur N..., âgé de trente-deux ans, a été très délicat pendant toute sa première enfance. Sa mère a eu une affection arthritique. Depuis l'âge de sept ans, sans être vigoureux, il a joui d'une santé passable ; à plusieurs reprises, il a éprouvé dans les articulations des pieds des douleurs accompagnées d'un léger gonflement : douleurs qui se reproduisaient surtout pendant la nuit, l'empêchaient de garder la même position, et étaient soulagées par l'impression de l'air froid. Il n'avait observé, dans la sécrétion urinaire, aucune modification coïncidant avec ces accidents. Pour la première fois, pendant l'hiver de 185/i, les urines ont laissé voir des dépôts rouges assez abondants qui ont disparu après l'usage de l'eau de Vichy.
Il signale, comme ayant pu exercer quelque influence sur le développement de la maladie dont il est actuellement atteint, des chagrins nombreux et profonds, des
excès de travail, Fhabitude de chiquer, dont il reconnaît avoir abusé. Jamais il n'a eu d'affection syphilitique.
Vers la fin de l'hiver de 1850-1851, il fut pris d'une toux qui lui paraissait provoquée par une irritation de la glotte, et qui disparut sous l'influence des gargarismes. Quelques semaines après , au mois d'avril 1851 , il éprouva d'abord une sensation de sécheresse dans le pharynx, accompagnée du besoin de ramener quelque chose au dehors avec ce bruit rauque particulier, ce hemming caractéristique des pharyngites chroniques. Il rejeta pour la première fois une cphcrétion venant de la gorge. Pendant l'été suivant, une ou deux fois par mois, il trouvait dans sa bouche des petits corps blancs, ayant la consistance de la craie, de dimensions et de formes très diverses. Quelques-uns n'étaient pas plus gros que la tête d'une épingle, tandis que d'autres avaient le volume d'un grain de millet. Il les prit d'abord pour des fragments de dents cariées ; mais il acquit bientôt la conviction qu'ils sortaient du gosier. A la même époque, il fut tourmenté par une succession de furoncles qui se développèrent sur différentes parties du corps, et principalement sur les fesses; il n'y opposa aucun traitement, parce que sa santé générale n'avait jusque-là subi aucun déchet. Dans le mois d'octobre de la même année, ce jeune médecin donnait des soins à un enfant atteint d'iingine maligne ; sa gorge devint le siège d'un travail congestif, qu'il combattit par des applications caustiques, et l'emploi de l'émétique. Depuis ce moment sa santé s'altéra profondément et son moral en fut affecté ; les concrétions se montrèrent plus nombreuses ;
par intervalles , il cracha un peu de sang qui Jui parut venir de la gorge. Ces hénioptysies survenaient à la suite des efforts qui amenaient les concrétions au dehors, bien que la toux fût peu intense et de courte durée.
L'hiver de 185i à 1852 fut très rigoureux dans le paysquil habitait; il était obligé de sortir beaucoup; ces circonstances exercèrent sur l'état de la poitrine une influence nuisible; il prit de l'huile de foie de morue, en continua l'usage avec persévérance pendant plusieurs mois et s'en trouva très bien. Au printemps de 1852, il fut sujet pour la première fois à des sueurs nocturnes ; les fonctions digestives s'accomplissaient d'une manière irrégulière ; il perdait l'appétit; il se décida à faire un voyage dans une contrée méridionale et y demeura trois semaines. C'était en avril 1852. Il éprouva une amélioration très grande dans sa santé, et poursuivit son voyage dans l'espoir d'arriver à une complète guérison. Mais, durant le cours de cette excursion, il fut atteint par le choléra, qui exerçait alors ses ravages dans le pays qu'il était allé visiter. Cette attaque ne fut pas très violente, mais elle le laissa très affaibli, et il retourna dians sa ville natale, plus malade qu'il n'était au moment de son départ.
Alors la toux devint très intense ; il commença à expectorer un peu de sang et des matières purulentes qui lui semblaient venir de la gorge. La faiblesse était extrême, et le malade éprouvait une tendance continuelle au sommeil.
Incapable d'exercer sa profession, il passa le mois d'août dans une autre contrée, et revint dans un état
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assez satisfaisant pour qu'il pût vaquer à ses affaires. Pour son traitement, il s'était borné à prendre quelques pilules aloétiques et un peu d'huile de foie de morue. Pendant l'hiver 1852-1853, il insista sur ce dernier médicament, y joignit l'usage du perchlorure de mercure à petites doses, de l'iodure de potassium et du chlorure de fer ; en même temps il se livra à l'exercice de l'équitation ; et comme sa voix depuis plusieurs mois s'était altérée progressivement, on cautérisa sa gorge, et même, dit-il, la cavité du larynx, suivant la méthode du docteur Green, avec une éponge imbibée de solution d'azotate d'argent à différents degrés de concentration.
Plusieurs fois la voix s'améliora sous l'influence de cette opération ; il traversa la mauvaise saison sans encombre; mais au mois d'avril, il fut de nouveau tourmenté par des furoncles. Pour combattre cette affection, il prit des bains de vapeur sulfureux ; les clous disparurent, mais en même temps sa santé déclina rapidement. 11 essaya inutilement de différentes médications ; et, au mois d'avril, M. le docteur N..., qui habitait une contrée septentrionale, sujette à de grandes variations de température, se décida à partir pour des régions plus tempérées. Voilà un an et demi qu'il y vit, et sa santé a été très variable. Les fluctuations qu'elle présente lui paraissent subordonnées aux variations atmosphériques. Somme toute, depuis qu'il a quitté son pays natal, son état général s'est notablement amélioré, et la toux, qui n'a jamais cessé depuis deux ans, a cependant beaucoup diminué. Il continue à expectorer des concrétions, et il évalue à la capacité d'une cuiller à café la
(jiiantité qu'il en a rejetée depuis quatre ans; en général, il en rend une ou deux tous les dix jours ; il a été quelquefois six semaines sans en voir paraître , et puis il en rejetait trois ou quatre en quelques jours ; elles sont ([uelquefois d'une consistance moindre, et qu'il compare à celle d'un morceau de fromage, molles, sans odeur, verdàtres et brunissant à l'air.
Le point d'origine de ces concrétions est variable ; la plupart viennent des lacunes tonsillaires ; d'autres sortent des glandules pharyngiennes, au milieu desquelles elles commencent à faire saillie, sous forme d'un point jaunâtre, avant de se détacher; et ijuand elles sont rejetées au dehors, elles laissent, au centre des glandules. une dépression qui marque la place qu'elles occupaient. Je me suis assuré, à l'aide d'un stylet, que le relief d'un blanc jaune que l'on apercevait au sommet de quelques saillies glanduleuses, était bien constitué par une substance solide. On ne peut mieux comparer leur apparence qu'à celle des osselets de l'ouïe. M. Gobley. professeur agrégé à l'École de Pharmacie, qui a eu la bonté d'en faire l'analyse, a constaté qu'outre une certaine proportion de matière organique, elles contenaient du phosphate et du carbonate de chaux.
Lorsque je vis ce malade aux Eaux-Bonnes, il était maigre; son teint était jaunâtre; sa voix rauque, voilée, stridente, était pénible à entendre. .L'exercice de la parole lui était pénible, difficile, et provoquait quelquefois de la dyspnée, avant qu'il vînt aux Eaux.
Tout le pharynx, les piliers du voile du palais (les postérieurs surtout), sont d'une couleur rouge vineux
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et recouverts de granulations volumineuses, variant dans leurs dimensions depuis celle d'un grain de millet jusqu'à celle d'une petite lentille; il y en a de très grosses sur les débris des amygdales, qui sont anfractueuses, comme réticulées, et en grande partie détruites. Sur la région inférieure et moyenne du pharynx, on aperçoit une saillie grosse comme un pois avec une petite tache blanche qui, suivant le malade, est une concrétion ; il en a souvent observé la marche.
Le thorax est déformé, déprimé à gauche, surtout dans la région cardiaque. Cette déformation congénitale, d'après le témoignage du docteur N..., aurait augmenté depuis quelques années. L'hiver dernier, il a ressenti des douleurs très vives dans ce point. Depuis son enfance, il est sujet à des palpitations. On perçoit un bruit de frôlement sujierficiel à la pointe du cœur.
Dans la région sous-claviculaire du côté gauche^ on constate une diminution relative du son à la percussion ; le bruit d'inspiration y est rude et saccadé, l'expiration prolongée ; ou entend quelques bulles humides. Plus bas, on retrouve encore çà et là un peu de râle muqueux disséminé. A droite le son est très bon, le bruit d'inspiration est faible. En arrière, la respiration est plus rude et plus faible au sommet du poumon droit. Depuis qu'il a fait usage des Eaux-Bonnes, le malade se sent mieux ; ses crachTits sont plus rares, moins épais ; sa toux est moins fréquente ; son appétit a beaucoup augmenté; il a gagné en poids un kilogramme et demi en trois semaines. La sensation de sécheresse dont le pharynx ('tait le siège a totalement disparu; la teinte
foncée qu'on y observait autrefois a fait place à une teinte rosée.
M, N. . . a commencé les eaux par petites doses et n'a jamais dépassé deux verres et demi par jour; quelques étourdissements, des vertiges passagers, sont les seuls troubles fonctionnels qu'il puisse rapporter à leur emploi. Ce malade passa à Paris l'hiver de 1855, prit, d'après mes avis, quelques verres d'eau de Vichy, dont il crut d'abord retirer de bons effets; la persistance de la gravelle pharyngée m'avait déterminé à lui donner ce conseil. L'hiver fut très rigoureux, et le docteur N... subit plusieurs attaques de bronchite qui le forcèrent d'interrompre l'usage de l'eau de Vichy vers la fin du printemps, il retourna dans son pays.
Au mois de septembre il m'écrivit que sa santé n'avait pas cessé de s'améliorer; qu'après avoir rendu encore quelques concrétions, sa voix était devenue meilleure. Il avait passé son été entre la chasse et la pèche, et avait engraissé de quatorze livres. Il avait emporté plusieurs caisses d'Eaux-Bonnes qu'il tenait en réserve pour le cas où leur usage lui paraîtrait indiqué, mais il n'y avait pas encore eu recours.
Ces jours-ci (novembre 1856) j'ai reçu une nouvelle lettre du docteur N... Sa santé a encore traversé quelques crises pénibles, mais il se trouve définitivement mieux et peut se livrer à ses occupations professionnelles.
Réflexions. — Chez le docteur N..., l'angine glanduleuse n'est pas simple ; des lésions thoraciques sont ve-
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nues la compliquer ; mais raffeclion du pharynx a précédé les accidents pulmonaires, et cette circonstance m'a décidé à placer ici cette observation, intéressante à plus d'un titre, et qui nous offre un fait, peut-être unique dans la science, de gravelle pliaryngienne. Résumons les traits principaux de la maladie de M. N..., et étudionsen l'évolution.
Prédisposé à la goutte par héritage, le docteur N..., dans sa jeunesse, éprouve à plusieurs reprises des accidents bien évidemment marqués au cachet de cette diathèse. Des chagrins prolongés, des travaux excessifs affaiblissent sa résistance vitale ; l'habitude de chiquer, le froid rigoureux du climat qu'il habite, fixent sur le pharynx et sur le larynx les tendances morbides qui préexistaient chez lui. Je ne trouve ])as mentionnée, dans mes notes, l'existence de manifestations dartreuses avant cette époque; cependant, si je m'en rapporte à mes souvenirs, la figure du malade portait des traces nombreuses d'acné, et sa tête était saupoudrée d'écaillés pityriasiques. Bientôt, d'ailleurs, des éruptions furonculeusos opiniâtres, répétées, révèlent une disposition herpétique. Ici donc, nous voyons encore cette coniiexité, signalée plus haut, entre des phénomènes arthritiques ou rhumatoïdes et des lésions dermiques.
Ces dépots phosphato-calcaires, formés au centre des granulations pharyngiennes et que nous retrouverons plus tard dans les urines, devraient-ils être imputés à l'influence arthritique? Cette diathèse serait-elle venue modifier, par son intervention, la physionomie de l'an-
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gine granuleuse? Rappelons-nous, cependant, que M. le docteur Robin a trouvé, chez un autre sujet, des cristaux calcaires dans les gland ules hypertrophiées.
Au bout d'un an, l'action morbide, entretenue par les conditions défavorables au milieu desquelles M. N... a vécu, semble gagner la poitrine où elle devient l'occasion de désordres plus graves. Je l'ai déjà dit, il n'est pas rare de voir des lésions parenchymateuses du poumon annoncées par des accidents laryngés. Dernièrement encore j'observais, avec mon ami le docteur Barth, une malade chez laquelle les examens les plus attentifs , répétés pendant plus d'une aimée par ce savant et hal)ile médecin, n'avaient pu faire découvrir aucune modification dans le bruit respiratoire ni dans la sonorité thoracique. Une toux sèche, laryngée, constituait toute l'expression symptomatique de la maladie qui, après ce laps de temps, changeant de caractère, présenta tous les phénomènes généraux et locaux de l'atTection tuberculeuse. Il est possible que la production hétéromorphe existât dès le début, rudimentaire, disséminée, inaccessible à nos moyens d'investigation. Mais comme je l'ai déjà dit, on peut admettre également qu'une fluxion inflammatoire, herpétique, morbilleuse ou de toute autre origine, en se fixant sur les organes respiratoires, y prépare et y favorise un travail morbide, d'une autre nature, dont la cause préexistait dans l'organisme. Sous l'influence d'un traitement convenable et surtout de conditions hygiéniques favorables, l'état du malade s'améliore très notablement. Une nouvelle éruption furonculeuse survient; sa suppression par des bains de va-
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peur sulfureuse est suivie du retour et de Taggravation de tous les accidents (1).
La lenteur avec laquelle les phénomènes morbides ont accompli leur évolution chez M. N..., ces périodes de rémission qui plus d'une fois en ont interrompu la marche, la délimitation des lésions pulmonaires, doivent faire espérer la guérison. On peut, en outre, se demander si la lésion pulmonaire ne sera pas modifiée, comme la lésion pharyngienne, par cette sécrétion calcaire; si, sous l'influence de cette disposition, les produits hétéromorphes ne subiront pas plus facilement la transformation crétacée qui est un de leurs modes de guérison. Il ne serait pas impossible encore qu'une production ostéiforme analogue à celle des glandules pharyngiennes eût envahi le parenchyme pulmonaire et simulât les symptômes de la phthisie comme Bayle, et après lui MM. Foi'get et Leudet, en ont rapporté des exemples. Le malade, s'il n'a pas trouvé la guérison aux Eaux-Bonnes, reconnaît cependant qu'il s'est bien trouvé de leur usage. Ses forces ont été relevées, ses fonctions nutritives sont devenues plus actives ; la maladie
(1) Des faits semblables ne sont pas rares. Je soigne actuellement une jeune dame, dont la santé n'élait troublée chaque année que par une éruption dartrcuse, qui se montrait au printemps. Un traitement fut dirigé contre celte manifestation incommode, et la réprima; mais bientôt éclatèrent des symptômes de phthisie, qui furent avantageusement modifiés par les Eaux-lionnes. La guérison intempestive des (istules anales, chez les tuberculeux, a plus d'une fois produit des résiiltals analogues. Tous ces faits me paraissent établir une présomption fondée en faveur des exutoires, dont on a voulu récemnnint contester l'opportunité dans les maladies de ce genre.
des organes respiratoires a été heureusement modifiée dans son élément catarrhal, double effet qui résume, pour moi, ce qu'il y a d'essentiel dans l'action des Eaux- Bonnes et explique leur efficacité dans une foule d'aiîéctions chroniques des bronches et du poumon.
Quatrième observation. — Herpétisme héréditaire. — Angine glanduleuse dont le développement est favorisé par l'exercice du chant. — Modification de la voix.
— Usage des Eaux- Bonnes et des Eaux de Luchon.
— Guérison,
L'observation suivante m'a été communiquée par celui qui en fait le sujet, artiste éminent, doué de cette sensibilité exquise, qui est la condition des grands succès dans les arts, mais qui, rendant le système nerveux plus accessible aux impressions du dehors, expose davantage à l'action des causes morbifiques, et dispose ceux qui en sont doués à s'exagérer la gravité de leurs maux. Lanière de M. H... a senti elle-même quelques atteintes de la maladie dont il a souffert pendant plusieurs années ; elle a eu des affections herpétiques et a été souvent tourmentée par un sentiment de chaleur brûlante, dans la gorge et l'œsophage, assez pénible quelquefois pour troubler son sommeil.
Pour lui, dès son enfance, il eut du pityriasis capitis. Fort jeune, il contracta la gale et subit un traitement qui le guérit rapidement. Vers sa quinzième année, une éruption d'acné très abondante et d'autres phénomènes dartreux se manifestèrent.
'< Jusqu'à l'époque de la mue, dit M. H..., ma voix était claire; cependant j'avais une grande disposition à ni'enrhunicr. Vers douze ou treize ans, je subis une attaque d(; laryngite striduleuse. De 1845 à 1850, j'habitai Paris, dont le climat humide fut peu favoral)le au développement de mon organe. J'étais tourmenté pai' des rhumes fréquents, tous les hivers, et, pendant leur durée, il me semblait que les cordes vocales se délendaient complètement. Mes amygdales étaient tuméfiées et me gênaient beaucoup. Je parlais alors dans les notes les pins graves de la basse profonde ; ma voix était maigre et prenait peu d'étendue, jusqu'en 1848, époque à laquelle je reçus des leçons du professeur G... Malheureusement, avant de commencer ces nouvelles études, je fus soumis à un refroidissement et contractai un rhume. Il en résulta (jue, pendant ces leçons, ma voix s'enrouait facilement (it subitement; l'émotion très vive que j'éprouvais, sous l'influence de l'attention que j'y apportais, du désir extrême de bien faire et de la crainte de ne pas réussir, contribuait certainement au retour de ces accidents.
» M. G... avait eu l'idée de m'envoyer en Hnssic, disant qu'un climat froid me conviendrait mieux. Je restai à Paris, et ma voix, toujours molle, finit par devenir très capricieuse.
» Au mois de janvier 1849, je fus atteint d'un rhumatisme articulaire très violent ; aucune articulation ne fut épargnée; la voix resta libre pendant les quatre mois que dura cette maladie. La convalescence fut longue et accompagnée d'une grande faiblesse générale. Quand je
voulus remettre ma voix en activité, je trouvai qu'elle avait perdu de son ampleur. Je ressentais très souvent des chatouillements à la gorge, ou des picotements subits quand j'atteignais certaines notes de l'échelle vocale, varial)les suivant la disposition du moment. Quand j'étais obligé de chanter dans une pièce chaude et resserrée, je m'enrouais complètement au milieu du premier ou du second morceau. Forcé (juelquefois de continuer cet exercice dans ces conditions, mon organe soutîrit cruellement, devint de plus en plus rauque, perdit sa souplesse, son charme et son élasticité. Quatre ans plus tard, en 1853, obligé de chanter dans une atmosphère très chaude, un morceau qui demandait de la vigueur, je fis des efforts inouïs et ne produisis qu'un son mai, terne, sans portée. Malgré cela, je m'engageai dans une troupe lyrique, et consentis, après un fort rhume, à me charger d'un rôle fatigant. Les sons du médium fa, fa dièze, sol, sol dièse, la. critii[ues par eux-mêmes pour les voix de basse et de baryton (1), perdirent dès ce moment tout leur éclat; pendant que je les émettais, on entendait un frisement, un enrouement léger sur ces cordes.
» Les maux de gorge se répétant très fréquennnent, les amygdales ayant encore augmenté de volume, je me décidai à les laisser couper; je gardai, pendant six semaines après cette opération, un repos absolu et bus pendant vingt et un jours, de l'eau d'Ems à la dose de trois verres tous les matins. Ce traitement parut suivi
(1) M. [I... a uik; voix de barylon des plus remarquables, et qu'il manie, quand il dispose de tous ses moyens, avec un admirable talent.
202 ANGINE GLANDULEUSE.
des plus heureux résultats; ma voix reprit sa fraîcheur et son étendue ; les notes du milieu étaient d'une pureté irréprochable; mais, au premier refroidissement, toute cette amélioration s'évanouit. Il m'était impossible de chanter dans le registre inférieur. Je ressentais, par intervalles, des douleurs vives, une sorte de strangulation, dont le point de départ me semblait être dans le voile du palais et dans ses piliers. La chaleur des salons m'était de plus en plus insupportable, et quand j'étais obligé d'y chanter, il me fallait sortir de temps en temps et humecter mon gosier avec un quartier d'orange pour continuer ma tache jusqu'au bout. A la suite d'émotions vives et de violents chagrins, j'éprouvai des accidents ^lyspeptiques, qui revinrent plus tard sans cause appréciable. Un état de surexcitation nerveuse s'ajouta à ces symptômes; je ne pouvais penser à la musique sans pleurer; l'action seule d'écrire une lettre suffisait pour m'agiter et même pour m enrouer. Depuis mon attaque de rhumatisme, j'éprouvais fréquemment aux pieds une sensation de froid incommode. Des bains de Bade, suivis d'une saison aux bains de mer, me procurèrent une amélioration très notable, qu'une attaque de cholérine entama fortement, mais que je retrouvai sous l'influence d'un régime sévère et adoucissant (aliments froids, abstention de tout excitant) ; enfin mes forces revinrent complètement.
» Les courses les plus longues, la gymnastique, la musique, ne me fatiguent plus maintenant; ma voix seule reste en défaut dans le nK'tlium ; la vibration de l'appareil vocal semble gênée par des nœuds, semblables à ceux
TRAITEMENT. 20o
qui se forment parfois sur les cordes d'un -violon ; et l'on sait qu'il est impossible alors d'en tirer des sons purs. Le timbre sombre surtout me fatigue beaucoup; les notes du fausset au contraire se développent librement depuis 1854; celles de tête sont pures; les voyelles fermées deviennent d'une exécution pénible, presque impossible. En quelques mots, ma voix est actuellement ce qu'elle est depuis 1848, capricieuse au plus haut degré, brillante aujourd'hui, voilée demain, pure et forte pendant une demi-heure après un repas copieux, rauque le matin, ce que j'attribue surtout à la présence d'abondantes mucosités, qui m'étouffent, si j'essaie de parler longtemps. » Le malade se rendit aux Eaux-Bonnes vers la fin de juillet. L'examen de la gorge me fît constater les conditions suivantes : la luette, très rétractile, s'efface presque complètement, quand le malade ouvre la bouche, par la contraction des muscles palato-staphylins ; les piliers sont bourgeonnés de grosses granulations ; dans leur intervalle, on aperçoit les débris des amygdales réséquées; tout le pharynx est couvert de granulations plates, peu saillantes, assez pâles, et du volume d'un grain de chènevis.
Un groupe granuleux existe à l'angle externe de l'œil gauche. Le malade prit d'abord les Eaux-Bonnes pendant six semaines environ, et, malgré quelques imprudences, éprouva une amélioration très notable. Sa santé générale devint excellente; l'état de la gorge s'améliora très sensiblement, et sa voix retrouva une partie des qualités qu'elle avait perdues, 11 se rendit ensuite à Luchon, où cette amélioration continua pendant (pielques jours. 11 y fit beaucoup d'exercice, y prit successivement
204 ANGINE GLANDULEUSE.
des bains d'Étigny, de Bordeu, de Richard, de la Piscine, et but l'eau du Pré deux à trois fois par jour. Sa voix avait gagné en netteté, en pureté, en facilité; il pouvait chanter dans son lit le matin, chose qu'il ne faisait pas depuis très longtemps. Mais après dix-huit jours de ce traitement, tout à coup il sentit comme des préludes de coryza; sa voix se voilait de nouveau, quand il essayait de chanter, et les granulations, de pâles qu'elles étaient aux Eaux-Bonnes, devinrent purpurines; il cessa l'usage des Eaux, et quitta Luchon avec l'intention de se rendre en Italie, ces phénomènes d'excitation n'étant pas encore complètement terminés. Ils ne tardèrent pas à se dissiper et le malade vit l'amélioration, qu'il avait éprouvée aux Eaux-Bonnes reparaître et se développer progressivement. 11 se trouva si bien qu'il renonça à son premier projet, parcourut l'Allemagne, pendant tout l'hiver, en y donnant des concerts ; il est actuellement complètement guéri et sa magnifique voix a retrouvé toute sa puissance et toute sa souplesse.
Réflexions. — Nous voyons chez M. H l'héritage
herpétique se manifester dès l'enfance ; à cet âge il subit une attaque de faux croup; plus tard l'angine granuleuse se développe, favorisée, sans aucun doute, par la profession du malade. Elle disparaît ou s'elîace pendant la durée d'un rhumatisme articulaire généralisé, pour se montrer de nouveau, après cette maladie, plus intense et plus pénible (pi'auparavant. Dans le tableau un peu rembruni qu'il trace de sa soutfrance, M. H.... exprime bien la vivacité de l'anxiété morale qu'il éprouve, et que le docteur Green regarde comme un des phénomènes
cai-cactéristiques de cette affection : anxiété facile à comprendre, chez un jeune homme (jui devait fonder sur sou talent de chanteur de légitimes espérances de gloire et de fortune.
Des accidents dyspeptiques héréditaires viennent s'ajouter à ces symptômes, et me paraissent être encore une manifestation herpétique; j'en ai souvent constaté la coïncidence avec l'angine.
Je ferai remarquer aussi cette disposition à contracter des rhumes; cette influence également fâcheuse du froid et d'une température élevée; cette raucité de la voix plus prononcée le matin, circonstance qui me paraît surtout se reproduire dans les cas où la maladie présente une forme catarrhale bien dessinée, et donne lieu aune sécrétion muqueuse assez abondante.
Enfin le malade décrit, en termes pittoresques, les modifications que subit sa voix quand il veut chanter, cette sorte de frisement qui accompagne certains tons, ces nœuds qui gênent les vibrations de l'instrument vocal, et qui produisent surtout cet elfet dans l'exécution ties sons du médium. L'excision des amygdales, l'eau d'Ems en boisson (1 ) , lui procurèrent un soulagement mo-
(1) Je prolite de celte circonstance pour réparer une omission, que j'ai commise, lorsque j'ai parlé du iraitement de l'angine glanduleuse. J'ai passé sous silence l'emploi des Eaux alcalines : leur utililé, dans certaines formes (riierpétisine , indique qu'elles peuvent quelquefois trouver leur application d;ais la maladie qui nous occupe. J'ai vainement cherché, dans les écrits de M. le docteur Durand-Fardel sur les Eaux de Vichy, quelques renseignements sur cette question. La réputation des Eaux d'Ems, dans les affections calarrhales des voies respiratoires, met hors de doute qu'elles ont dû être administrées chez des
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mentané. Les bains de mer, le repos du larynx, et l'exercice musculaire ont, comme chez le sujet de l'observation première, amené une amélioration très notable, mais passagère, neutralisée, il est vrai, par une attaque de cholérine. J'insisterai de nouveau snr l'utilité de l'exercice en plein air, dont je n'ai blâmé que les excès; maintenu dans de sages limites, je le regarde comme un élément très important du traitement; il m'a paru spécialement indiqué dans les cas où une excitation, localisée sur la muqueuse respiratoire, succède à l'usage des eaux ; il détermine un mouvement vers la périphérie, une activité pljus grande des fonctions de la peau, qui concourent puissammment-à rétablir l'équilibre.
Cinquième observation. — Herpétisme à formes multiples. — Traitement par les Eaux de Luchon. — Développement d'un catarrhe bronchique. — Angine glamluleuse. — Usage des Eaux-Bonnes. — Guérison.
Madame D..., septuagénaire, est tourmentée depuis plusieurs années par des manifestations herpétiques : acné rosacea, eczéma sous-mammaire, pityriasis ca-
malades atieitits d'angine granuleuse. Je trouve, dans la notice du doctaur d'Ibell, sur ces eaux, un passage qui me paraît évidemmenl se rapporter à celte affection. Il y parle de leur efficacité dans les irritalions laryngiennes chroniques, qu'on observe fréquemment chez les chanteurs, les -professeurs, les ecclésiastiques ; et qui sont quelquefois accompagni^es de boursouflement de la muqueuse, sans autre lésion organique [Traité des Eaux minérales du Duché de Nassau, par le docteur Kaula, p. 274).
pitis, bords palpébraux rouges et dépouillés de cils, etc.; elle a de temps eu temps des catarrhes bronchiques. Il y a trois ou quatre ans, elle tut atteinte de blépharite ciliaire herpétique, et trois ans de suite se rendit à Luchon pour y chercher remède à cette aflection. L'an dernier, elje prit les eaux en bains et en boisson ; mais chaque fois qu'elle en buvait, dit-elle, elle toussait la nuit suivante.
Peu de temps après avoir quitté Luchon , elle fut affectée d'un violent catarrhe des bronches, qui suivit d'abord une marche suraiguë et ensuite devint chronique. Dans le cours de cette maladie, sa voix s'est enrouée et voilée; plusieurs fois par jour, elle éprouvait un sentiment de suffocation des plus pénibles, et, après des accès d'une toux violente, rauque, éraillée, quinteuse, elle rendait des cylindres d'un mucus verdâtre, tenace, élastique, gros comme l'extrémité du petit doigt, longs de un à deux centimètres, qui étaient quelquefois projetés au loin avec beaucoup de force.
Depuis quelques mois, c'est-à-dire depuis la fin de l'hiver, la toux a considérablement diminué; l'expectoration est presque nulle, mais de temps en temps, M"'" D... éprouve encore ces accès de toux qu'elle appelle ses étranglements. L'examen de la gorge en a provoqué un, et elle a rejeté un de ces cylindres que je ne puis mieux comparer pour l'aspect, la couleur et la consistance, qu'à un morceau d'asperge cuite. Peut-être était-il moulé dans une bronche, peut-être venait-il des ventricules du larynx ; la facilité avec laquelle l'examen de la gorge et quelques efforts nauséeux en ont pro-
208 ANGINE GLANDULKliSt:.
voqué rexpectoration, me rendent cette dernière opinion probal)le.
M^'D... tousse peu, sa voix est rauque encore et comme éraillée ; elle a un besoin fréquent de hemmer ; l'exercice de la parole la fatigue et provoque une sensation pénible; le pharynx est d'un rouge framboisé, couvert de granulations, la luette est épaissie et infiltrée.
M'"" D. . . a pris les Eaux-Bonnes en boisson et en bains ; elle est partie complètement guérie. Le teint était excellent, les yeux beaucoup moins rouges; son embonpoint avait augmenté très notablement ; sa voix était à peine un peu rude; elle n'avait plus ni expectoration ni accès de suffocation.
J'ai appi'is ces jours-ci (23 mars 185G) que la gu(''rison s'était soutenue et que M"" D..,, bien qu'habitant une localité froide et humide, avait parfaitement bien passé l'hiver.
Réflexions. — L'angine glanduleuse chez M"'^D... est compliquée de catarrhe laryngo-trachéal. Je signalerai ces singulières concrétions dont j'ai observé plusieurs autres exemples. L'action des Eaux-Bonnes a été d'autant plus remarquable, chez cette malade, que son affection s'était développée après l'usage d'autres eaux sulfureuses.
Sixième observation. — Herpétisme. — Douleurs rhumatoïdes. — Angine glanduleuse. — Emploi simultané des Eaux-Bonnes et des cautérisations. — Guérison .
M. B..., âgé (le vingt-cinq ans, d'une constitution lymphatique, fut sujet aux rhumes jusqu'à l'âge de (juinze ans. A. cette époque, il fut affecté de variole, et cette maladie marqua une heureuse révolution dans sa santé générale ; mais depuis lors sa voix est restée un peu rauque et couverte. Sa peau est habituellement le siège de diverses manifestations herpétiques : un acné abondant existe sur le dos; sa tête est couverte d'écailles fiufuracées (pityriasis). Depuis plusieurs années il éprouve dans le bras gauche, au niveau de la région deltoïdienne,uii sentiment de compression douloureuse. Au mois de mars dernier, M. B... contracta un rhume (}ui a persisté; à partir de cette époque, la toux est plus intense le soir et le matin. L'expectoration est peu abondante : le matin seulement il rejette de petits grumeaux semblables à de l'empois. Du reste, l'intensité de la toux a suivi les variations atmosphériques. La respiration est un peu plus courte qu'auparavant, la voix plus rauque et plus couverte ; il ne peut soutenir la lecture à haute voix. Il éprouve très fréquemment le besoin de hemmer. Les fonctions nutritives n'ont subi aucune altération; l'embonpoint est développé, le teint un peu blafard .
Le pharynx est hérissé de granulations très nombreuses
dont le volume varie depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'un grain de chènevis; elles sont plus volumineuses vers la partie supérieure du pharynx ; leur coloration d'un rouge vif tranche sur la pâleur des tissus voisins. La luette est un peu infiltrée. L'auscultation et la percussion ne révèlent aucune modification importante des sons et des bruits thoraciques : le murmure vésiculaire est seulement un peu plus faible, et l'expiration un peu prolongée au sommet du poumon droit.
Je soumis le malade à l'usage des Eaux-Bonnes en bains et en boisson; il ne put en supporter plus de deux verres et demi. Je cautérisai plusieurs fois la muqueuse pharyngo-laryngienne avec une solution d'azotate d'argent.
Quand M. B. . . quitta les Eaux-Bonnes, son état général avait beaucoup gagné : il se sentait plus fort ; son appétit était plus développé, ses digestions étaient excellentes. L'état local n'avait subi aucune modification notable; sous l'influence des eaux, il avait même paru un peu aggravé. J'ai appris ces jours-ci {"lli août 1856) que le malade n'avait pas tardé à sentir les effets consécutifs du traitement thermal, qu'il avait passé un excellent hiver et qu'il se félicitait beaucoup de son séjour aux Eaux-Bonnes, aucjuel il attribuait son rétablissement.
Réflexions. — Nous voyons, dans cette observation, des manifestations herpétiques bien caractérisées , jointes à des phénomènes que j'ai appelés rhumato'ides. On n'est pas autorisé, en effet, à regarder comme rhumatismales toutes les sensations douloureuses qui ont jeur siège dans l'appareil nmsculaire. Il n'est pas dé-
montré que l'herpétisme ne puisse avoir une part dans leur production.
Cependant, il est incontestable que le plus souvent des manifestations dartreuses et rhumatiques coïncident ou se succèdent chez le même sujet. La fréquence de cette coïncidence nous a même conduits à nous demander s'il n'existait pas, entre ces deux diathôses, quelque connexion pathogénique, cachée dans les profondeurs de l'organisme.
Je ferai remarquer cette exagération des phénomènes morbides qui s'est manifestée sous l'influence de l'excitation thermale, et qui a fait place à une complète guérison .
Septième observation. — Herpétisme. — Blépharite chronique. — Angine glanduleuse.
M. B..., âgé de quarante ans, n'a jamais eu, assuret-il, ni dartre ni rhumatisme ; cependant il avoue avoir très souvent observé des plaques rouges, prurigineuses, à la partie interne et supérieure de ses cuisses; il transpirait, autrefois, très abondamment de la tête, et ses cheveux sont tombés prématurément. Il est très sujet aux coryzas. Il y a quinze ans, il commença à souffrir d'une inflammation chronique des conjonctives palpébraies, qui persista pendant une dizaine d'années, envoyant, par intervalles, des fusées sur la conjonctive oculaire.
En même temps, se manifesta unetendance à l'enrouement, qui survenait lorsqu'il avait parlé pendant long-
512 ANGINE GLANDULEUSE.
temps, ce que sa profession rendait souvent nécessaire. Cette disposition a été en augmentant, surtout depuis que l'affection oculaire a disparu. Depuis deux ans. l'enrouement arrive après vingt-cinq minutes d'exercice de la parole. Depuis la même époque, il a des rhumes très fréquents : ils sont en général de courte durée ; cependant, il en a contracté un cet hiver qui a persisté pendant un mois, et a été accompagné de fièvre pendant huit à dix jours. Il éprouve quekiuefois, le matin, le besoin de hemmer, et rejette alors une petite quantité de matière grise, visqueuse, colloïde. L'examen attentif de la poitrine n'y fait découvrir aucune lésion. La luette, les piliers du voile du palais, le pharynx, sont d'un rouge vif ; des vaisseaux saillants, dilatés, se dessinent sur la membrane muqueuse de ce dernier organe, qui est tapissé d'une couche de mucosités spumeuses, et parsemé de granulations arrondies, semi-pellucides , blanchâtres, grosses comme des grains de chènevis, faisant relief sur un fond réticulé ; la luette , un peu allongée, infiltrée, conserve sa rétractilité ; r(''piglotte est injectée, ainsi que la conjonctive palpébrale ; et des groupes granuleux existent à l'angle externe des replis palpébro-oculaires.
Quand le malade arriva à Eaux-Bonnes, il était enrhumé depuis (juek[ues jours ; ces phénomènes d'excitation tombèrent promptement, et sous l'influence des Eaux, du repos et des autres conditions du traitement thermal, l'enrouement, le hem, le besoin d'expectorer, qui étaient déjà devenus moins fréquents depuis le commencement du printemps, diminuèrent rapidement. Un peu de diarrhée, qui survint alors, n'empêcha pas l'amé-
lioration de faire des progrès ; et le treizième jour du traitement, en dépit de cet accident, le malade se sentait plus de force, plus d'appétit ; la toux, le hem avaient cessé ; il rendait le matin un seul crachat muqueux. Le pharynx avait repris sa couleur naturelle ; on n'y apercevait plus ([u'im petit nombre de saiUies granuleuses, blanchâtres; la luette était revenue à son état naturel.
Le vingt-troisième jour du traitement, je revis le malade, il éprouvait, depuis cinq à six jours, un peu d'irritation à la gorge et une sensation de chaleur au-dessus du larynx ; le pharynx était rouge, grenu; j'engageai M. B. . . à se reposer, et à prendre du lait d'ânesse.
Après une seconde saison de vingt-huit jours, 'le malade partit dans un état satisfaisant; il s'étonna de n'avoir pas contracté de rhume, pendant son séjour à Eaux- Bonnes, tandis qu'ailleurs il y était très sujet. Le hem était presque nul; une fois par jour, au plus, il expectorait un globule muqueux, transparent, gros comme un pois; il ne ressentait plus aucun chatouillement au larynx ; le pharynx était presque reveiui à son état normal; peut-être l'épiglotte était-elle encore légèrement injectée. Je lui conseillai de prendre du lait d'ânesse pendant trois semaines, et de ne recommencer l'exercice de ses fonctions qu'après un repos de six semaines.
Réflexions. — Cette observation témoigne de la difficulté qu'on rencontre quelquefois , même auprès des malades les plus sincères et les plus intelligents, à obtenir des renseignements exacts sur l'existence de certaines manifestations diathésiques qui leur paraissent sansim-
21 /( ANGINE GLANDULEUSE.
portauce. Ainsi, ce malade affirmait n'avoir jamais eu d'affection herpétique, et cependant une plaque dartreuse couvrait la partie interne et supérieure de ses cuisses. En outre, il avait eu pendant longtemps des sueurs de tête, et ces sueurs partielles, abondantes, comme je l'ai déjà dit, me paraissent devoir être rattachées, dans un grand nombre de cas au moins, à la même origine diathésique. Une autre circonstance, sur laquelle j'appellerai l'attention, c'est le développement rapide qu'a pris l'affection du pharynx après la guérison de la maladie oculaire. Ces phénomènes de révulsion morbide se retrouvent souvent dans l'histoire des diathèses. L'action du traitement thermal a été aussi rapide que satisfaisante.
Huitième observation. — Ilerpétisme. — Fatigues du larynx. — Angine glanduleuse.
M. L..., avocat, âgé de trente-huit ans, a dans sa famille des antécédents d'affection de poitrine ; sa tête est le siège d'une éruption d'acné, et ses cheveux commencent à être très clair-semés ; pendant trois ans, il a éprouvé des démangeaisons incommodes aux jambes, le soir surtout. Outre les fatigues de sa profession, qui l'obligeait à plaider trois ou quatre fois par semaine, M. L. . . se livrait à l'exercice du chant.
Depuis douze ans , sa voix est obscure, rauque , éraillée; dans la journée, elle est constamment voilée; mais c'est surtout le soir qu'elle s'altère, ({uelquefois jusqu'à l'aphonie; dans certains cas, c'est subitement,
au milieu d'un mot, que le malade est pris d'un enrouement qui cède à un mouvement de toux. Cet enrouement survient encore quand le malade a fait usage de boissons alcooliques et de café. Il a eu cet hiver, pour la première fois, deux affections catarrhales aiguës, dont la première a duré six semaines et a été accompagnée d'un léger point de côté. Depuis lors, la toux n'a jamais cessé ; elle se montre le matin surtout ; une inspiration forcée, l'action de se baisser en provoque le retour; en ce moment elle est peu intense. L'expectoration est, en général, peu abondante, constituée par une matière tenace, globuleuse, jaunâtre, de saveur fortement sucrée et qu'il ramène par un mouvement de raclement laryngien {hem). Ce besoin de hemmer est très fréquent chez lui depuis le début des accidents, et il a augmenté dans ces dernières années.
Depuis son enfance, M. L... a la respiration un peu courte ; ce symptôme est devenu plus prononcé l'hiver dernier ; il sent par moments un peu de douleur audessous du larynx, et il accuse une gêne habituelle dans cette région. Depuis huit mois, son oreille droite est ^ le siège d'une sorte de bourdonnement qui se fait entendre par intervalles dans l'oreille gauche ; il éprouve une exaltation pénible du sens de l'ouïe.
Le pharynx n'offre pas de coloration morbide ; on y observe des granulations petites et peu nombreuses. L'épiglotte est saine. Quand j'ai vu M. L... pour la première fois, il prenait déjà les eaux depuis quinze jours. Il avait éprouvé le septième jour un peu d'irritation à la gorge, à la langue et au palais. Ces symptômes avaient
21 G ANGINE GLANDULEUSE.
duré deux jours; rexpectoration , la sécrétion urinaire n'avaient subi aucune modification.
J'ai trouvé le bruit respiratoire relativement faible dans toute l'étendue du côté droit, au sommet surtout ; l'expansion thoracique est peu développée dans cette région, sans afïaiblissement de la sonorité.
J'engageai M. L... à prendre des bains et despédiluves. La dose des eaux fut portée à trois verres et quart; quelques phénomènes d'irritation gutturale, qui se manifestèrent , furent combattus par l'usage d'un gargarisme iodé.
Quand le malade quitta les eaux, la toux avait diminué, le larynx était sain, l'épiglottepâle. Le changement survenu dans l'aspect du pharynx, pendant les dernières semaines du séjour aux eaux, pourrait faire penser que déjà la lésion glanduleuse avait subi quelque dimiimtion, lorsque je vis ce malade le quinzième jour du traitement. Cependant, je dois le dire, une modification aussi rapide est exceptionnelle ; ce n'est, en général, qu'au bout d'un temps plus long qu'on voit les granulations glanduleuses diminuer graduellement; et quand elles sont anciennes et volumineuses, quelques semaines de traitement sont insuffisantes pour les faire disparaître. En tout cas, le peu de développement de la lésion pharyngée, l'ancienneté et l'intensité des troubles fonctionnels chez M. L..., semblent démontrer que l'altération de la voix, dans l'angine glanduleuse , ne dépend pas de la lésion du pharynx, comme le pensent quelques médecins d'une grande autorité ; mais que cette lésion pharyngienne est la manifestation d'un travail morbide,
étendu sur une plus large surface , occupant simultanément le gosier et le larynx, débutant, en général, par les parties supérieures, mais pouvant envahir d'emblée ce dernier organe ou l'affecter plus profondément, tandis ([u'il ne fait qu'effleurer la muqueuse pharyngienne.
Cette saveur sucrée des crachats est assez exceptionnelle pour que je regrette de n'avoir pas examiné les urines et dirigé mon attention sur la possibilitii d'une affection diabétique.
Une faiblesse relative du bruit respiratoire, perçue dans tout un côté, et sans modilication delà sonorité, ue me paraît avoir ici aucune signification fâcheuse. Si les accidents laryngés avaient été l'expression sympathiijue d'un foyer d'irritation situé dans le parenchyme pulmonaire, comme il n'est pas rare de l'observer, cette dernière affection, après douze ans de durée, se fut révélée par des signes qui n'eussent laissé aucun doute sur son existence. D'ailleurs la diminution du murmure vésiculaire est souvent un phénomène passager, et qui peut flépendre de causes très diverses.
Neuvième observation. — Herpétisme. — Aniline granuleuse. — Excision de la luette. — ■ Cautérisation. — Usage des Eaux -Bonnes . — G uérison.
Voici une observation dans laquelle le malade a été guéri sous l'influence combinée des cautérisations et des Eaux-Bonnes prises loin de leur source. M. le comte de B... avait été tourmenté depuis longtemps par une affection herpétique qui occupait les membres et prin-
218 ANGINE GLANDULEUSE.
cipalement les jambes, et pour laquelle il réclama les soins d'un médecin. Des moyens topiques firent disparaître cette dartre ; mais peu de temps après, à la suite d'un refroidissement (c'était au milieu de l'été), M. de B... fut pris d'un rhume qui persista opiniâtrément jusqu'au moment où il vint me consulter à Paris, sept mois après le début des accidents. Le malade a trentehuit ans environ, il est fort, trapu, pléthorique; sa figure est injectée ainsi que ses paupières; leur bord libre est le siège d'une affection pityriasique, qui occupe en même temps le cuir chevelu et s'y mêle à des pustules d'acné (ju'on retrouve plus abondantes sur la face et le dos; il éprouve un sentiment presque continuel de chatouillement à la gorge ; il hemme très souvent, sa voix est enrouée ; le soir surtout elle semble s'éteindre par intervalles; la toux est fréquente, bruyante, par quintes accompagnées quekpiefois de dyspnée ou même d'un sentiment de suffocation très pénible. Le pharynx est hérissé de granulations ecar/aies volumineuses; l'isthme du gosier est le siège d'une rougeur très vive ; la voûte et le voile du palais présentent un aspect grenu ; la luette grossie, pendante, rouge, infiltrée, se replie sur la base de la langue et y produit un chatouillement incommode. Le malade ne s'était astreint à aucun régime, fumait beaucoup et bravait toutes les intempéries de la saison.
Quelques calmants ayant été d'abord employés sans succès, je proposai au malade la cautérisation avec une solution d'azotate d'argent. Cette opération lui fut pratiquée six ou huit fois; la luette fut cautérisée vigoureusement avec un crayon de pierre infernale ; mais n'ob-
tenant qu'un résultat incomplet, je me décidai à l'exciser. Je fis ensuite prendre au malade des Eaux-Bonnes coupées avec du lait, et je lui conseillai l'usage d'un gargarisme renfermant de la teinture d'iode.
Le malade guérit complètement sous l'influence de cette médication. Je l'ai vu plusieurs fois l'hiver suivant, et il n'avait pas eu à se plaindre du retour de son ancienne affection .
Dixième observation. — Suppression d'un flux hémorrhoïdal habituel. — Herpétisme. — Angine granuleuse.
M. B..., âgé de soixante-cinq ans, d'une complexion pléthorique, avait, pendant treize ans, été sujet à un flux hémorrhoïdal qui s'est supprimé depuis dix-huit mois; depuis lors, voix rauque, hem; il expectore, sans toux, quelques crachats le matin. Une affection psoriasique s'est développée sur les jambes depuis quinze mois. Il ressent quelquefois des douleurs épigastriques, sa respiration est devenue haletante, il a beaucoup d'oppression ; son abdomen a pris un développement considérable. Il est tourmenté par de fréquents vertiges et a l'habitude de se faire saigner trois ou quatre fois par an. Ce malade fait du tabac à priser un usage immodéré. Il fait intervenir des émotions morales parmi les causes des accidents qu'il éprouve.
Le murmure vésiculaire est rude à la base des deux poumons ; la pointe du cœur bat plus en dehors que de coutume, ses bruits sont très sourds. Les paupières sont un peu injectées. Le pharynx est très granuleux ; le voile
du palais et la voûte palatine, en arrière, sont couverts de granulations rouges, miliaires,; des mucosités saupoudrées de tabac tapissent l'arrière-gorge ; la luette est petite, rétractile; toutes les parties qui forment Fisthme du gosier paraissent épaissies.
Le malade, d'après mes conseils, ne prisa que rarement; je lui fis boire les eaux à doses très modérées d'abord, et lui prescrivis en même temps des bains de pieds pour combattre cette disposition congestive et vertigineuse (ju'il présentait à son arrivée. A la fin du traitement le pharynx était presque sain, le malade n'éprouvait plus d'oppression, ne toussait presque plus et ne crachait pas; les fonctions digestives s'accomplissaient de la manière la plus normale ; la voix restait encore un peu rude.
Réflexions. — Cette observation nous présente l'angine glanduleuse sous sa forme la plus commune. Je ferai remarquer la coïncidence des premières manifestations herpétiques avec la suppression d'un flux hémorrhoïdal. Quelques mois après, les symptômes de l'angine apparaissent. L'usage des Eaux-Bonnes, l'abstention du tabac à priser amènent une modification aussi heureuse ([ue rapide.
Onzième observation. — Herpélisme, affection utérine,
angine.
Une femme, très sujette à des accidents dyspeptiques, tourmentée de temps en temps par des afflictions herpétiques prurigineuses, très intenses et très 0|)iniâtres,
TRAlTlîMKXr. ^2!
éprouva pendant plusieurs mois des douleurs lombo-pelviennes, qiù retentissaient dans l'utérus. En examinant cet organe, je trouvai le méat environné d'une couronne de ces petites saillies jaunes arrondies, que j'ai nommées acné du col, et dont l'incision donne issue à un corps globuleux, ayant la consistance et l'aspect du corps vitré, contenu dans une cavité folliculaire dilatée, et offrant à la surface une tache jaune opaque, lenticulaire, qui correspond il l'orifice du follicule. J'ouvris chacune de ces petites tumeurs, et depuis ce moment les douleurs cessèrent. Avant et depuis cette affection, cette femme se plaignait souvent de sécheresse et de douleur à la gorge, accompagnées d'enrouement. Elle vint me consulter le 16 mai, pour des accidents de cette espèce : sa voix était voilée ; elle éprouvait un besoin fréquent de hemmer. Sa face était couverte de pityriasis ; les bords palpébraux rouges et injectés ; le pharynx et les piliers postérieurs étaient d'un rouge purpurin, luisant, sec, grenu, chagriné, présentant une multitude de petites saillies, grosses comme des têtes d'épingles, mais sur les côtés et intérieurement, on en aperçoit qui ont le volume d'un gros grain de chènevis. Je lui conseillai de l)oire de l'infusion de saponaire, d'employer, en gargarismes et en aspirations par le nez, une légère infusion d'aconit coupée avec du lait, qui serait remplacée par de l'Eau-Bonne, quand les phénomènes d'irritation auraient diminué. Je prescrivis, en même temps, trois bains par semaine avec 20 grammes de polysulfure de sodium, des lotions sulfureuses quotidiennes sur la face, qui, dans l'intervalle de ces lotions, devait être saupou-
222 ANGINE GLANDULEUSE.
drée avec de la poudre d'amidon camphrée. J'ai cité cette observation parce qu'elle montre une succession de phénomènes morbides qui me paraissent des manifestations d'un même principe : acné du col, pityriasis, angine, sont pour moi des rejetons d'une même racine.
Douzième observation. — Héritage arthritique. Herpétisme. Douleurs rhumaloïdes. Dyspepsie. Angine granuleuse. Guérison par les Eaux-Bonnes.
M. Z..., né d'un père goutteux, est sujet depuis son enfance à des affections herpétiques ; éruption d'acné permanente, alopécie, injection de la conjonctive palpébrale, sensibilité morbide de l'œil: tels sont les phénomènes qui révèlent actuellement cette disposition diathésique. M, Z... a des varices et des hémorrhoïdes ; il est tourmenté de temps en temps par des accidents dyspeptiques eiipM' den douleurs rhumatismales qui ont précédé l'invasion de l'affection actuelle.
Celle-ci, dont l'origine remonte à six semaines, est caractérisée par une toux opiniâtre, sans expectoration, accompagnée d'oppression et d'une sensation de chatouillement le long de la trachée. La voix est, par moments, enrouée; M. Z... éprouve un fréquent besoin de produire une sorte de raclement laryngé [hem] ou de faire une expiration forcée. Depuis la même époque, il ne peut chanter, surtout dans les notes basses.
La luette est tuméfiée, rouge ; les piliers palatins sont injectés; le pharynx est hérissé de granulations pisiformes. et recouvert d'une couche de mucus spumeux.
M. Z. . , . prenait les eaux depuis quinze jours quand il réclama nies avis (août 1855) ; je lui conseillai d'ajouter à leur emploi l'usage d'un gargarisme iodé.
L'amélioration fut très marquée et très rapide; la luette revint prompte ment à un état presque normal ; les granulations diminuèrent beaucoup; la sécrétion morbide qui tapissait le pharynx disparut; la voix devint meilleure.
La dose des Eaux fut portée à quatre verres ; le malade se trouvait bien. Après cinq semaines environ de traitement, la voix était revenue, le pharynx conservait un peu de rougeur. Comme M. Z... éprouvait encore quelques douleurs rhumatoïdes et une sensibilité morbide de la peau des jambes, je l'envoyai à Luchon, lui recommandant de ne pas en boire les eaux. Mon conseil ne fut pas suivi ; il but trois ou quatre verres d'eau du Pré, et revint me trouver à Eaux-Bonnes avec une excitation, et un retour de tous les accidents primitifs, que je dus combattre par des émollients et des , calmants; je lui conseillai le lait d'ànesse, le silence et le séjour à la campagne. Ces accidents se calmèrent, et M. Z... passa l'hiver à Paris, sans s'astreindre à aucune précaution ni à aucun régime : néanmoins sa guérison ne se démentit pas ; il ne conserva d'autre vestige de sa maladie qu'un besoin de hemmer, de temps à autre, et ! une disposition à ce qu'il appelle des chats dans la gorge.
Cependant l'affection catarrhale, qui avait abandonné la gorge et le larynx, s'est maintenue dans les fosses na- 1 sales; M. Z... a un coryza presque continuel; et, autant pour combattre ce dernier symptôme, que pour consolider
'Ù.'ik ANGINE GLANDULEUSK.
son rétablissement, il est revenu cette année (1856) aux Eaux-Bonnes. Son pharynx présentait encore un petit nombre de granulations, il se plaignait toujours de douleurs rhumatoïdes erratiques. Je l'ai soumis à l'usage des eaux en boisson, bains, gargarismes et injections parle nez : ce traitement a produit de bons résultats. Pour le prémunir contre l'impression des variations atmosphériques, auxquelles il attribuait le retour des douleurs et du coryza, je lui ai conseillé de se rendre à Cauterets où il prendra des douches chaudes d'aliord, puis alteinativement chaudes et froides (douches jumelles) .
Réflexions. — La maladie de M. Z... est un exemple d'angine glanduleuse subaiguë. Il est probable cependant, d'après le développement des lésions et la persistance du coryza, que l'origine de cette affection n'était pas aussi récente que le malade le supposait ; ce besoin de liemmer, qui a survécu aux autres symptômes, avait dû en précéder le développement, et le volume des graluilations semblait témoigner de leur ancienneté. J'ai souligné dans l'observation ces phénomènes : dyspepsie, douleurs rhumatismales, que nous retrouvons presque toujours en connexion avec lesmanifestationsdartreuses. Je ferai remarquer encore la présence de varices et d'hémorrhoïdes chez M. Z. . . , comme venant à l'appui de l'opinion de M. Fontan. (Voyez l'introduction.)
Treizième observation. — Douleurs rhumatismales. — Dermalgie. — Manifestations herpétiques. — Angine glanduleuse.
M. F... n'avait éprouvé d'autres troubles dans sa santé que quelques douleurs rhumatismales et une sensibilité morbide des téguments de la tête. Il était sujet à des éruptions d'acné et était devenu chauve de très bonne heure. Il y a un an, ayant été soumis à un refroidissement , il contracta un rhume : depuis lors, il n'a pas cessé de tousser d'une toux sèche, sans expectoration. Il est tourmenté par des coryzas presque continuels; il éprouve très souvent le besoin de hemmer ; sa voix se couvre et se voile par intervalles. Depuis le début de ces accidents, il a maigri, ses forces ont décliné; l'usage du vin de quinquina et des bains sulfureux les ont un peu relevées. Cependant la persistance des accidents le décida à venir aux Eaux-Bonnes. La voûte et le voile du palais sont injectés; la luette est pendante, infiltrée, comme verruqueuse, d'une couleur rouge foncé, un peu vineuse ; le pharynx présente la môme coloration ; la membrane muqueuse qui tapisse ces parties est parsemée de petites saillies jaunâtres, entourées d'une aréole d'un rouge vif. On en aperçoit quelques-unes sur les pihers palatins; l'épiglotte est rouge et grenue.
Je lui prescrivis, pour commencer, trois quarts de verre d'Eau-Bonne en trois doses, et un pédiluve d'eau minérale tous les deux jours. Les doses furent progressivement augmentées, et, après trois ou quatre jours, je
226 ANGINE GLANDULEUSE.
lui conseillai les bains du Clot aux Eaux-Chaudes. Il prit, par erreur, les bains de l'Esquirette, qui n'ont que 27 degrés Réaumur; il y eut froid, et cette imprudence fut suivie d'une exacerbation de la toux, qui devint très fréquente, accompagnée de fièvre, de sueurs copieuses, avec expectoration abondante, épaisse, visqueuse. Pour modérer ces accidents, je lui ordonnai trois fois par jour une des pilules :
Lactucaiium 2 grammes.
Extrait de jusquiame 0,50 centigrammes.
Faites vingt pilules.
La toux se calma; elle avait complètement cessé quand M. F... quitta les Eaux-Bonnes ; l'expectoration était presque nulle ; il n'éprouvait plus le besoin de hemmer. Ses forces étaient revenues; son faciès était excellent; suivant son expression, il se sentait très bien ; à peine apercevait-on sur son pharynx quelques points jaunes, un peu saillants.
J'ai revu M. F... aux Eaux-Bonnes l'année suivante ; il y venait, comme il disait, par reconnaissance. Son hiver s'était très bien passé ; il avait pris de l'embonpoint et jouissait d'une bonne santé.
Réflexions. — Encore une observation oij le rhumatisme et l'herpétisme se trouvent réunis. Le premier est exprimé par des douleurs musculaires et une dermalgie crânienne. Chez ce malade, les phénomènes généraux, l'amaigrissement, la perte des forces, pouvaient faire craindre qu'une affection grave du poumon ne se cachât, ou du moins ne se préparât sous les symptômes de l'an-
gine. L'événement a prouvé que ces craintes étaient sans fondement. L'action des Eaux-Bonnes a été décisive, et cette exacerbation, causée par un refroidissement , n'exerça aucune influence fâcheuse sur le résultat de la cure.
Quatorzième observation. — Angine glanduleuse datant d'une année. — Herpétisme. — Blépliarite granuleuse, excitée par les Eaux -Bonnes. — Congestion hémorrhoïdale. — Guérison.
M. L... est sujet à la migraine, il a des hémorrhoVdes et ressent des démangeaisons à l'anus ; sur sa poitrine et sur sa tête on observe du pityriasis ; il s'enrhume tous les hivers; dans Fintervalle, il hemme fréquemment, sent un chatouillement presque continuel dans la région hyoïdienne, et tousse par intervalles d'une toux sèche laryngée; le matin, il expectore quelques crachats blancs et visqueux. Sa voix se couvre et s'enroue souvent, surtout quand il a parlé quelque temps. Il éprouve quelquefois de l'oppression. Ses forces ont diminué; il transpire presque toutes les nuits. Sa vue est délicate, ses paupières sont granuleuses. Son pharynx est également parsemé de nombreuses granulations. L'auscultation et la percussion ne font rien découvrir dans sa poitrine.
Venu aux Eaux-Bonnes, il commença par en boire trois quarts de verre.
Quelques jours après, il éprouva, pendant la nuit, de l'excitation fébrile, ce qu'il attriijua à l'état orageux de l'atmosphère, disant ([ue, dans les mêmes conditions, ce
ANGINE GLANDULEUSE.
phénomène s'était sonvent produit chez lui. Le prurit anal avait augmenté au point de devenir incommode ; en revanche le chatouillement laryngien et le hem avaient diminué.
Je lui prescrivis des onctions sur Tanus avec la pommade :
Cold-cream 30 giam.
Calomel à la vapeur 0,50 cenligr.
Le soir, il devait boire une tasse d'infusion de tilleul avec quinze gouttes d'eau distillée de laurier-cerise.
Sous l'influence de ces moyens, l'excitation s'apaisa, les démangeaisons se calmèrent, le hem et l'expectoration ne tardèrent pas à diminuer ; la voix devint plus forte et plus nette; l'état général s'améliora. Le malade se sentait, suivant son expression, plus d'énergie vitale. Il remarquait seulement que, le jour où il augmentait sa dose d'Eaux-Bonnes, il éprouvait un peu de lassitude et comme d'enivrement.
Je lui conseillai quelques bains d'eau minérale et le fis arriver graduellement à boire trois verres et demi.
Après vingt jours de traitement, l'amélioration est des plus marquées , son embonpoint a très notablement augmenté; il se sent beaucoup plus de force, quoique la marche le fatigue encore un peu. Les sueurs nocturnes ont cessé; la voix est infiniment meilleure; il ne tousse plus. Par moments encore il éprouve quelques chatouillements à la base de la langue, et la pi ession exer-
0,25 centigr.
cée sur l'espace thyro-hyoïdieii provoque un peu de hem; les paupières sont le siège de démangeaisons.
Les granulations pharyngiennes ont disparu; l'épiglotte présente une coloration normale, la luette reste pendante et infiltrée.
M. L... éprouve depuis quelques jours une douleur dans les lombes; les héinorrhoïiles sont tuméfiées, douloureuses, cependant elles ne fluent pas. Depuis l'usage des eaux, ses urines sont plus claires et plus abondantes.
Reflexions. — Il n'est pas rare d'observer des congestions hémorrhoïdales chez les sujets soumis à la médication sulfureuse. La douleur lombaire accusée par le malade s'y rattache probablement. Je ferai remarquer encore l'existence simultanée de granulations pharyngiennes et de granulations palpébrales, circonstance que j'ai notée très fréquemment. Sous l'influence des Eaux- Bonnes, la saillie des gland ules du pharynx s'est effacée promptement; l'oppression, la toux, le hem ont cessé; la voix est devenue infiniment meilleure. La blépharite herpétique a paru excitée, comme il arrive souvent; les paupières sont devenues prurigineuses. En même temps les phénomènes généraux, qui ne semblaient pas en proportion avec la lésion locale, la faiblesse générale, les sueurs nocturnes, l'excitabilité morbide du système nerveux, ont subi une modification heureuse et rapide.
ANGINE GLANDULEUSE.
Quinzième observation. — Accidents syphilitiques, puis dartreuœ. — Douleurs rhumatoïdes. — Angine glanduleuse avec coryza postérieur.
L'observation suivante est un exemple intéressant de cette forme d'angine dans laquelle la face supérieure du voile palatin , ainsi que la partie postérieure des fosses nasales, paraissent être le siège principal de la lésion et le point de départ des symptômes qui donnent à cette variété d'angine glanduleuse une physionomie toute spéciale.
M. R..., âgé de trente ans, contracta, il y a dix ans, un chancre; il subit un traitement mercuriel. Un an après, sans l'intervention d'aucune contagion nouvelle, parut une ulcération sur le gland; il la soumit à l'examen d'un médecin qui la déclara de nature syphilitique et prescrivit de nouveau le mercure. Dans le désir d'extirper radicalement un mal dont il s'était déjà cru une première fois délivré, M. R. . . exagéra les doses du médicament et arriva promptement à saliver.
Quatre ans plus tard, le nez devint le- siège d'une affection herpétiforme , rongeante, dans laquelle un médecin habile crut reconnaître les caractères d'une syphilide, et qui coïncidait avec un gonflement spécifique de la deuxième articulation chondro-costale du côté gauche. On ordonna quelques pilules mercurielles, puis l'iodure de potassium, et ces lésions disparurent. Une cicatrice irrégulière, blanchâtre, marque encore aujourd'hui la place de l'ulcération nasale. Quelque temps après, une éruption d'apparence dartreuse se montra sur la figure ; celle-là résista à l'emploi de l'io-
dure de potassium et céda à l'usage du rob de Laffecteur et à des applications faites avec une solution d'azotate d'argent. Depuis lors ces accidents n'ont pas reparu, mais le malade a conservé une disposition rhumatique ou rhumatoïde, manifestée par des douleurs erratiques dans l'appareil locomoteur. Marié il y a un an, M. R... est père d'un enfant sain.
Au mois de janvier dernier (1855), il éprouva un sentiment de malaise et de faiblesse générale ; le soir, revenaient des mouvements fébriles, précédés de frissonnements et suivis de sueurs. Ses nuits étaient agitées ; il souffrait en même temps d'une névralgie faciale (pii paraissait avoir pour point de départ une carie dentaire. Ces synq)tômes durèrent trois semaines; la fièvre céda au quinquina, et il s'en croyait complètement guéri, quand au commencement de juin, il en subit quelques nouvelles atteintes.
C'est du mois de janvier également que date le début de la maladie qui l'amène aux Eaux-Bonnes ; elle est caractérisée par une sensation incommode de gêne et d'obstruction dans le gosier, et un besoin continuel de liemmer, de renifler, de ramener dans la bouche, avec une sorte de rugissement guttural, des crachats visqueux, blancs, spumeux, qu'il expulse au dehors. A peine s'en est-il débarrass('', que la même sensation provoque irrésistiblement les mômes efforts et une nouvelle expectoration. Pendant le repas, ces symptômes s'exaspèrent et tleviennent une cause de dégoût pour tous ceux qui entourent ce malade. A ces phénomènes s'ajoutèrent, il y a quelques semaines, des accidents gastralgi(jues et dys-
232 ANGINE GLANDULEUSE.
peptiques, qui furent avantageusement combattus par Fiodure de fer.
L'affection gutturale persista, et depuis cinq mois elle a résisté à toutes les médications auxquelles M. R. . . s'est soumis. En désespoir de cause, il vint aux Eaux-Bonnes, et se présenta à moi le 19 juin.
Son faciès est bon ; cependant son teint est un peu blafard, et sa physionomie exprime la tristesse et l'inquiétude ; son embonpoint est assez développé ; son pouls bat quatre-vingt-quatre fois par minute, sans chaleur anormale de la peau. Dans la région carotidienne gauche, on entend un murmure continu, obscur et grave. Sur la voûte et le voile du palais, on aperçoit une multitude de petites saillies semblables à des œufs de poisson. Le pharynx est parsemé de granulations plus volumineuses; l'une d'elles est couverte d'un petit grumeau muqueux, qui semble sortir d'un orifice glanduleux. La luette est tortueuse, grenue, allongée. L'appétit est capricieux; les digestions sont lentes.
Le malade hemme sans cesse ; la toux est fréquente, principalement après les repas, et le matin au réveil; l'auscultation et la percussion constatent l'intégrité des organes respiratoires.
Ayant remarqué chez ce malade des manifestations herpétiques , et pensant que les amers répondaient d'ailleurs à l'état des fonctions digestives, je lui conseillai do boire aux repas de l'infusion de saponaire. Les Eaux- Bonnes furent prescrites à la dose de trois quarts de verre; le malade devait se gargariser, en outre, avec l'eau minérale et en aspirer par le nez.
Les premiers jours, M. R. . . ressentitiin peu de céphalalgie et eut quelques épistaxis; le crachotement augmentait momentanément après les aspirations d'eau minérale par le nez. Cependant l'appétit ne tarda pas à se développer. La dose des eaux fut graduellement augmentée; et sous l'influence de cette médication, le besoin de cracher diminua chaque jour. Bientôt il ne se fit plus guère sentir qu'après les aspirations nasales. Le malade se croyait guéri ; mais quand il eut dépassé la dose de deux verres, les accidents reparurent. Je diminuai cette dose; des cautérisations avec une solution d'azotate d'argent furent pratiquées ^sur le pharynx , sans résultat immédiat.
Quand le malade quitta les Eaux-Bonnes, après vingtsept jours de traitement, les organes digestifs fonctionnaient de la manière la plus satisfaisante ; les forces avaient augmenté, le teint était plus animé. Le hem et la toux avaient cessé, mais le ^crachotement persistait, moindre cependant qu'avant le traitement thermal. Je conseillai l'usage des résineux à l'intérieur et des gargarismes iodés. J'ignore si M. R... s'est conformé à mes avis; mais j'ai appris avec satisfaction, d'un de ses compatriotes, que, quelque temps après son ^retour des Eaux-Bonnes, il avait retrouvé la santé, '^et que sa guérison ne s'était pas démentie depuis cette époque.
Réflexions. — Ce sont bien les symptômes assignés par le docteur Green à l'inflammation des glandules nasales, et que j'ai cru pouvoir attribuer également à l'afTection granuleuse du voile du palais et de la partie supérieure du pharynx. J'en ai rencontré depuis plu-
'2oli ANGINE GLANDULEUSE.
sieurs exemples chez des sujets dartreux, affectés de coryzas chroniques qui s'exaspéraient et envoyaient des fusées inflammatoires sur le pharynx et jusque sur le larynx, sous l'influence des moindres variations atmosphériques et du plus léger refroidissement. Dans ce cas, les injections par le nez sont particulièrement indic[uées et concourent puissamment à la guérison.
Seizième observation. — Kératite. — Blépharite. — Chute dans la neige; laryngite aiguë qui passe à l'état chronique.— Traitement par les Eaux-Bonnes.
M. N... est âgé de quarante ans; il a été sujet aux ophthalmies dans son enfance; pendant de longues années, il fut tourmenté par une kératite dont il ne guérit qu'à l'âge de vingt ans. Depuis sa dixième année, ses paupières sont le siège d'une inflammation chronique; ses bords palpébraux sont souvent agglutinés le matin.
Il y a sept ans, traversant une gorge de montagnes, M. N. . . tomba dans la neige, et y demeura quelque temps enseveli ; quand on le retira, on le frictionna énergiquement avec de la neige, avant de le transporter dans une atmosphère chaude ; tous les soins qu'on lui donna n'empêchèrent pas qu'il ne fit une maladie grave, (pii fut désignée sous le nom de congestion pulmonaire avec laryngite. 11 garda le lit pendant un mois. Depuis lors sa voix est profondément altérée et s'éteint complètement pai' intervalles, principalement sous l'influence des temps humides, de l'exercice prolongé de la parole, ou même des excès de travail intellectuel. A partir de
cette époque, il lui a été inipossible de chanter. Cette affection apportait dans son existence un trouble d'autant plus grand que, par sa profession, il était obligé à parler beaucoup et quelquefois même à passer des nuits : depuis deux ans il a dû y renoncer complètement.
Il hemme très fréquemment. Il expectore plusieurs fois par jour, le matin surtout, à la suite d'accès de toux et de suffocation, des mucosités assez abondantes, visqueuses; quelquefois verdàtres, tenaces, cylindriques, ressemblant à des morceaux d'asperge cuite , et projetées au loin, avec force; d'autres fois ce sont des concrétions plus consistantes encore, grisâtres, ressemblant à des grains de riz, laissant dans la bouche une saveur amère. Pendant trois mois les matières expectorées ont présenté ce caractère. Ces concrétions sont quelquefois rejetées seules, d'autres fois elles sont précédées ou suivies de pituites spumeuses. En dehors de ces accès il tousse peu, et n'a pas d'oppression.
M. N... vint me consulter aux Eaux-Bonnes le 10 juillet 1855. La moitié antérieure de la voûte palatine, l'isthme du gosier, sont d'un rouge frambroisé et finement grenus. La luette est allongée, granuleuse. Sur le pharynx existent des granulations qui n'offrent pas uu très grand développement ; mais la membrane muqueuse présente une teinte érythémateuse générale, sur laquelle se dessinent des vaisseaux dilatés, et qui est cachée en partie par une couche de mucus mousseux. La poitrine est saine ; les fonctions digestives s'accomplisj sent d'une manière parfaitement régulière ; le sonnneil I est calme ; la uutrilion n'a pas souffert. Je soumis ce
236 ANGINE GLANDULEUSE.
malade à l'usage des Eaux-Bonnes, en boisson et en gargarismes; l'insuffisance de nos bains m'engagea à l'envoyer aux-Eaux-Chaudes prendre ceux du Clot. Deux fois je cautérisai la luette avec un crayon d'azotate d'argent; cette petite opération fut suivie d'une amélioration notable dans l'état du malade, qui depuis lors n'a pas cessé de faire des progrès.
M. N... quitte les Pyrénées le 9 août, après avoir bu quatre-vingt-dix verres d'Eau-Bonne, et pris quinze bains du Clot. Il n'a plus ni toux, ni hem, ni oppression, même dans les conditions de froid et d'humidité qui en provoquaient constamment autrefois. Depuis dix-huit jours il n'a pas eu d'expectoration. Il éprouve, dit-il, un sentiment de bien-être et de dilatation des voies aériennes.
La luette est moins pendante, mais encore volumineuse et infiltrée. La muqueuse de l'isthme, du voile du palais et du pharynx olfre une rougeur uniforme, sans granulations bien prononcées.
M. N... doit reprendre les Eaux-Bonnes à l'entrée de l'hiver et du printemps; dans l'intervalle il boira de l'eau de goudron édulcorée avec du sirop de tolu. Il se placera au milieu de conditions hygiéniques favorables , et tout fait espérer pour lui une complète guérison.
Réflexions. — Cette observation offre d'assez nombreux traits de ressemblance avec l'observation cinquième. Nous y retrouvons des concrétions verdâtres, chassées avec une violence extrême, après des accès de toux et de suffocation. Chez M. N...la maladie était beaucoup plus ancienne, elle datait de sept ans. Une cause extérieure, un refroidissement, en avait été le
point de départ; mais ropiiiiâtreté des phénomènos morbides, la persistance d'autres manifestations inflammatoires, de cette kératite qui avait occupé toute l'enfance et la première jeunesse, de cette blépharite qui durait depuis trente ans, ne me laissent pas mettre en doute l'existence, chez ce malade, d'une condition diathésique, derrière ces différentes manifestations. L'efficacité du traitement n'a pas été moins remarquable que chez la malade du n° 5. La cautérisation de la luette a semblé le signal de cette heureuse modification ; ce que j'ai dit (page 160) doit peut-être trouver ici son application. Je n'émets cette assertion qu'avec une extrême réserve, connaissant toutes les illusions du cum hoc, ergo propter hoc, dans l'appréciation des moyens thérapeutiques.
Dix-septième observation. — Antécédents goutteux. — Affections herpétiques. — Dyspepsie^ hypochondrie. — Laryngite. — Angine granuleuse. — Hémoptysie. — Voyage aux Eaux-Bonnes. — Amélioration.
M. T..., ingénieur, âgé de quarante-cinq ans, est né d'un père goutteux. Pondant les premières années de sa vie, il fut atteint de convulsions violentes, attribuées au travail de la dentition, et alternant parfois avec des accidents gastro-intestinaux; en outre, une affection herpétique se développa sur la tête et persista jusqu'à l'âge de quatorze ans. Depuis cette époque, sa santé fut généralement assez bonne; mais sa constitution resta délicate.
Vers l'âge de vingt ans, des accidents dyspeptiques
2â8 ANGINE GLANDULEUSE.
se manifestèrent : le sommeil se troubla, les forces diminuèrent. M. T... se livrait alors avec ardeur à des travaux sédentaii'es, et cet état maladif s'aggrava progressivement. On lui conseilla une médication tonique et l'usage des bains de mer, qui ne lui apportèrent aucun soulagement.
D'après les avis d'un autre médecin, M. T... eut recours à un régime doux, fit usage de lait d'ànesse, s'abandonna quelque temps au repos, et les accidents se calmèrent.
Plusieurs années s'écoulèrent dans un état de santé passable. En 1841, une laryngite se déclara, sans fièvre ; elle fut combattue d'abord par les émollients, puis par les eaux de Cauterets, sans grand résultat. Après quelques mois de souffrances, un ecthyma parut sur le cou et persista pendant neuf mois. Le malade fit un second voyage à Cauterets; l'usage de ces eaux améliora son état, sans lui apporter une guérison complète; et, pendant plusieurs années, il passa par une succession de coryzas, de laryngites, de bronchites, qui se développaient principalement quand il avait été forcé de rester quelque temps an milieu d'une réunion nombreuse, ou quand il s'était livré à un travail fatigant.
E^n 1 8/1.5, cette disposition morbide se fixa sur le tube digestif, donna lieu à des douleurs et à une sensibilité très vive de l'abdomen avec tension et empâtement des intestins. Le malade était tourmenté par une constipation opiniâtre ; il avait perdu le sommeil. Jamais aucun mouvement fébrile ne s'ajouta à ces symptômes. Cependant des notabilités chirurgicales, consultées à cette
époque, déclarèrent qu'il y avait gastro-entérite, et firent appliquer sur le ventre quatre cautères qui n'apportèrent aucun soulagement.
En 1850, cette affection, comme le dit le malade, parut s'îtser, plutôt qu'elle ne fut notablement amendée par les traitements mis en usage. Mais bientôt la gorge ne tarda pas à être affectée de nouveau, malgré un silence presque absolu et l'absence de tout travail. Cet état se prolongea jusque vers la fin d'octobre 185/|.. M. T... était alors à la campagne, sous un climat chaud et sec ; se trouvant mieux, il se livra à l'exercice de l'équitation, et se laissa entraîner à quelques écarts de régime. Un jour, ayant fait une longue course à cheval, par une chaleur accablante et au milieu d'une abondante poussière, il eut une hémoptysie qui dura environ quarante-huit heures. A peine fut-elle accompagnée d'une légère excitation fébrile. La quantité de sang expectoré ne dépassa pas un verre. Alarmé de cet accident, M. T... fit venir un médecin qui, après avoir examiné attentivement la poitrine, déclara qu'il n'y trouvait aucune lésion. Quinze jours après, M. le professeur Ghomel répéta au malade les mêmes assurances. Depuis lors, le crachement de sang n'a pas reparu et la poitrine a toujours été bonne.
L'hiver suivant, il y eut une exacerbation des symptômes de la laryngite, avec des douleurs vives, une toux gutturale opiniâtre, très pénible, quelquefois accompagnée de fièvre. M. le professeur Chomel, ayant constaté un état granuleux du pharynx hé à une diathèse herpétique, conseilla à M. T. . . un voyage aux Eaux-Bonnes,
240 ANGINE GLANDULEUSE.
L'examen le plus scrupuleux de la poitrine ne me fait constater chez M. T... aucune lésion pulmonaire. Le pharynx, le voile du palais, la luette, présentent une coloration d'un rouge framboise, et sont parsemés de granulations. Des vaisseaux variqueux volumineux font relief sur la membrane muqueuse. La toux a diminué; la voix reste toujours un peu couverte et se fatigue facilement ; le malade éprouve un chatouillement au larynx et un besoin fréquent de heminer. Il expectore, par intervalles, quelques crachats colloïdes. M, T... est vivement préoccupé de sa santé ; son faciès, la vivacité avec laquelle il parle de ses souffrances, la mobilité de ses impressions, son teint jaune, bilieux, tout dénote chez lui une disposition hypochondriaque très prononcée. Il prit les Eaux-Bonnes à doses modérées pour ménager ses organes digestifs, et il en éprouva un notable soulagement.
Eu 1856, M. T... revint aux Eaux-Bonnes; son hiver s'était bien passé; il souffrait encore du larynx par intervalles, mais l'état de cet organe s'était notablement amélioré, et sou faciès exprimait une modification profonde dans l'ensemble de sa sauté; les granulations et l'injection pharyngiennes étaient considérablement amoindries.
Réflexions. — Nous remarquons dans ce fait une succession de phénomènes morijides, qui ne permettent pas de méconnaître une influence diathésique.
L'héritage arthritique seml)le s'exprimer ici, comme Lorry disait l'avoir observé, par l'herpétisme et par l'hypochondrie, dont l'excitabilité exagérée du système
TRAITEMENT. "llli
nerveux constitue un des symptômes. Les différentes manifestations morbides se succèdent presque sans interruption; la peau, le larynx, le pharynx, la trachée, l'intestin en sont alternativement ou simultanément le siège. Au moment où le traitement thermal vient d'atténuer les symptômes de la laryngite, éclate un ecthyma rebelle qui semble révéler la nature herpétique de l'affection qui l'a précédé. Cette prétendue gastro-entérite, apyrétique , caractérisée par de la douleur et de la constipation, est évidemment un rejeton de la mém© racine.
La constipation est très commune dans l'hypochondrie; suivant M. le docteur Fontan, elle serait très souvent un symptôme de l'herpétisme (l). On conçoit que les sécrétions de la muqueuse intestinale puissent être troublées, sous cette influence diathésique, comme celles de la peau, qui, tantôt sont exagérées ou perverties, tantôt semblent suspendues. Le développement variqueux considérable des vaisseaux pharyngiens permet de supposer que la rupture de l'un d'eux a pu être la cause de l'hémorrhagie, ainsi que le docteur Green dit en avoir vu des exemples.
Dix-HurriÈME observation. — Hémoptysie. — Développement simultané de productions hétéromorphes dans le tissu pulmonaire et d'angine glanduleuse. — Usage des Eaux-Bonnes. — Guérison.
J'ai parlé (p. 109) de la fréquence extrême de l'an-
(1) Loc. cit., p. 365.
gine granuleuse chez les tuberculeux ; le plus souvent, le pharynx devient malade à une période avancée de la n)aladie, au contact des mucosités puriformes qui s'échappent de la cavité des bronches. Il n'en est pas toujours ainsi : dans l'observation suivante, les symptômes des deux affections éclatent en même temps. J'ai rapproché ce fait de ceux où l'angine est la lésion principale, protopalhique, en tant que maladie de l'appareil respiratoire , secondaire toutefois comme expression de la diathèse herpétique, afin de compléter par un exemple la série des variétés morbides que j'ai groupées sous le nom à'angine glanduleuse. Cette observation emprunte d'ailleurs de l'intérêt au résultat remarquable de la médication sulfureuse.
M. L..., âgé de trente-trois ans, se rend aux Eaux- Bonnes dans les derniers jours de juin 1855. Son père est mort à soixante ans, d'une maladie des reins; sa mère, qui a soixante-cinq ans, est devenue asthmatique à l'âge de trente ans, à la suite d'une pneumonie. Ses frères et sœurs jouissent d'une bonne santé. Sa famille compte de nombreux exemples de longévité.
Depuis sa jeunesse, M. L... est sujet aux angines, aux coryzas, aux bronchites, surtout à l'automne et au printemps. A quinze et à seize ans, il se rappelle avoir eu, vers le printemps, des épistaxis abondantes et prolongées. Il a toujours été maigre.
Vers sa vingt-cinquième année, à la suite d'excès de travail, il éprouva un sentiment de faiblesse générale et des douleurs interscapulaires : des amers, des toniques, un régime substantiel, firent disparaître ces symptômes.
Pendant plusieurs années, M. L... eut de fréquentes migraines et des douleurs névralgiques qui avaient leur siège principal dans l'oreille droite.
Il y a quatre mois, jouissaut alors, en apparence, d'une santé excellente, il fit pendant trois jours de copieux repas, arrosés de vins et de liqueurs; vingtquatre heures après ces écarts de régime, il sentit le besoin de tousser et rendit deux gorgées de sang. Le soir même ou le lendemain, il fut pris 4'un coryza, auquel succéda de la toux accompagnée d'expectoration muqueuse.
Six semaines après, un médecin, à l'examen duquel il soumit sa poitrine, constata un peu moins de sonorité à l'an des sommets, sans que les souvenirs du malade lui permettent de préciser le côté déclaré suspect. Ce médecin prescrivit les toniques et l'iodure de fer. Ayant, quinze jours, suivi ce traitement, le malade vit reparaître une expectoration muqueuse teintée de sang ; douze sangsues lui furent appliquées à l'anus, coulèrent abondamment, et l'affaiblirent beaucoup. Au bout de cinq ou six jours, on revint à l'iodure de fer; ses forces se relevèrent, mais la sécrétion muqueuse augmenta; elle était rejetée par exscréation, sans toux.
Vers le milieu d'avril , ayant sul)i l'iuqoression du froid, il devint aphone. Au l)out de huit jours il recouvra la voix, mais elle demeura couverte. Quatorze jours après, ayant été exposé au vent du nord, sa voix s'enroua de nouveau et ne tarda pas à s'éteindre complètement. Pendant deux jours, il lui fut impossible d'émettre aucun son, puis graduellement il retrouva cette faculté;
ANGINE fiL.VNDULEUSE .
mais l'exercice de la parole provoquait immédiatement un sentiment de fatigue. Sa luette était enflammée-, la déglutition était douloureuse, surtout quand il cherchait à avaler sa salive.
Le 22 mai, M. L... eut pendant la nuit une légère hémoptysie; on suspendit l'iodure de fer, on continua l'huile de foie de morue. Dans la nuit du 2/i , nouvelle expectoration de crachats sanguinolents, plus rouges, plus aérés que les précédents ; on administra des astringents et l'on appliqua un vésicatoire sur la poitrine. Pendant plusieurs jours, les crachats furent mêlés d'un sang brunâtre; une sensation de dyspnée précédait l'expectoration et cessait aussitôt après. La toux était très rare, provoquée par le besoin d'expulser les crachats ou par un chatouillement à la gorge. Le plus souvent le malade pouvait la retenir.
Le 1" juin, toute trace de sang avait disparu dans les crachats; le malade se trouvait bien, sa voix était moins couverte, l'expectoration avait un peu diminué. Au milieu de tous ces symptômes, son appétit s'était toujours soutenu.
Quand M. L... vint me trouver aux Eaux-Bonnes, son teint était pâle; quelques boutons d'acné et des éphélides nombreuses se montraient sur sa figure. Ses forces avaient considérablement diminué, il avait un peu maigri ; son appétit était régulier, ses digestions étaient bonnes; il éprouvait de la soif le soir, mais cette sensation lui était habituelle. Son pouls battait quatre-vingtquatre fois par minute; il me dit qu'ordinairement il n'avait que soixante-dix pulsations.
TRAITEMENT. 2/i5
Le malade toussait peu, /iewmmï plus souvent; sa voix était un peu enrouée, il rendait une petite quantité de crachats muqueux. Il éprouvait un peu d'essouflement c(uand il marchait. La luette était verruqueuse, parsemée de points jaunâtres ; sur le pharynx on observait quelques granulations discrètes, plus nombreuses vers la partie inférieure , entourées d'arborisations vasculaires. La percussion me fit constater une légère obscurité relative du son dans le tiers externe de la clavicule droite ; le bruit respiratoire était rude dans la région scapulaire droite; une expiration rude et prolongée se faisait entendre au sommet de ce côté. Dans la région scapulo-rachidienne , on entendait quelques craquements secs.
Un cautère lui avait été appliqué dans la région sus- épineuse droite, d'après l'avis de M. le professeur Chomel. Je prescrivis deux quarts de verre seulement d'Eau- Bonne coupée avec une infusion béchique, et, immédiatement après la première dose, un pédiluve d'eau minérale. Avant chaque dose, le malade dut prendre une pilule d'extrait de jusquiame. Sous l'influence de ce traitement, une amélioration très notable ne tarda pas à se manifester. L'expectoration augmenta momentanément vers le sixième jour et diminua ensuite graduellement. Le malade engraissa rapidement, recouvra ses forces; l'oppression disparut presque complètement.
La quantité d'eau prise en boisson fut portée progressivement à trois verres, sans provoquer d'autres accidents qu'un peu d'agitation nocturne vers la fin de la cure.
246 ANGINE GLANDULEUSE.
J'appris que, clans son voyage de retour, M. L... avait senti de nouveau de la douleur de gorge accompagnée de hem , d'enrouement et de picotement laryngé ; mais ces symptômes se dissipèrent rapidement.
L'année suivante, M. L... revint aux Eaux-Bonnes; il était gras, vigoureux, bien portant, n'avait pas toussé de l'hiver. L'oppression n'avait pas reparu ; cependant sa gorge était restée délicate, il éprouvait de temps en temps des enrouements passagers. Sa poitrine présentait une résonnance normale ; un peu d'expiration rude et prolongée au sommet droit en avant et en arrière, une inspiration un peu plus faible qu'à gauche, furent les seules nuances que je pus constater par l'auscultation. On voyait encore quelques glandules sur le pharynx : elles m'ont paru bien moins développées que l'année précédente. L'expectoration était réduite à quelques mucosités transparentes venant de la gorge. Le malade, pendant l'hiver, avait vaqué à ses occupations, souvent obligé à faire des excursions, par tous les temps, dans un pays froid et humide. Son rétablissement ne s'était pas démenti.
Réflexions. — I^es phénomènes herpétiques c[ui existent chez ce malade, la précocité du développement granuleux, pourraient donner à penser qu'il n'y a eu que coïncidence entre l'angine et l'affection pulmonaire, et que la première doit rentrer dans la catégorie de celles que nous avons examinées jusqu'ici. L'enrouement, l'aphonie, le liem, l'expectoration muqueuse sont des phénomènes que nous avons trouvés dans l'angine herpétique, plus imputables, il est vrai , au siège du
travail morbide qu'à sa nature spécifique (1). Le petit nombre des granulations pharyngiennes, rapproché de l'intensité des troubles fonctionnels, est un fait digne d'attention, et peut faire supposer l'intervention d'une autre condition pathogénique dans la production des phénomènes morbides. On peut admettre cependant, comme je l'ai dit plus haut, que le larynx soit quelquefois le foyer primitif et principal de la maladie qui, le plus souvent, commence par le pharynx.
L'action des Eaux-Bonnes a été prompte et décisive. Je fais la part cependant des autres moyens énergiques qui ont été employés concurremment.
(1) Si les graniilalions pharyngiennes ne sedéveloppentordinairenient qu'à une période avancée de la plilliisie pulmonaire, les symptômes laryngés, l'enruuement, la toux gutturale, le hem, se montrent très souvent dès le début de cette maladie. Doit-on les attribuer à une propagation, par continuiié, du travail congestif ou inflammatoire qui -s'accomplit autour des productions tiétéromorplies, et qui, s'élendant à la muqueuse bronchique, atteindrait le larynx dans sa marche ascendante ?
Cette explication peut être plausible, dans les cas où existent des phénomènes de catarrhe bien prononcés; mais elle ne semble guère admissible, loisque la toux est sèche, sans expectoration, ce qui est loin d'être rare au début de la tuuercuiisation. Y auraii-il alors une sorte de retentissement sympathique de l'irritation pulmonaire sur la muqueuse qui tapisse Feutn'e des voies aériennes? Cette supposition ne paraît pas invraisemblable : dans un très grand nombre de cas les malades rapportent ies sensations pénibles qu'ils éjirouvent à la région laryngée; elle est en quelque sorte le foyer des irradiations sensitives qui accompagnent U s altérations des organes respir.itoires; et suivant le vieil axiome de physiologie médicale, la siimulation peut produire la fluxion, ubi stimulus, ibi fluxus. Des faits analogues se reproduisent dans d'autres appareils organiques.
Je vais, pour terminer cette revue clinique, rapporter trois observations empruntées à l'ouvrage du docteur Green; elles justifieront, je pense, les critiques que je lui ai adressées. Il est difficile, après avoir lu ces faits, de ne pas demeurer convaincu que l'auteur a confondu, avec l'angine granuleuse, des affections qui en diffèrent essentiellement dans leur origine et dans leur nature.
Dix-neuvième observation (1). — Ulcérations du pharynx et de l'épiglotle. — Traitement par les cautérisations et par le mercure. — Guérison.
En janvier 1840, E. B...., âgé de trente-sept ans, marchand de cette cité, vint réclamer mes soins pour une affection ulcéreuse du, pharynx et du larynx, consécutive à une inflammation chronique de ces organes.
Le sujet de cette observation était un homme des plus respectables, et qui n'avait jamais contracté de maladies syphilitiques.
Quand je me rendis auprès de lui, son affection remontait à plus de quatre années. Ayant commencé de la manière insidieuse qui a été décrite, elle avait fait des progrès considérables, avant qu'il songeât à réclamer les secours de la médecine ; à la fin, il se mit entre les mains de quelques médecins homœopathes de cette ville, et demeura pendant deux ou trois ans soumis à leur médication. Pendant ce temps, la maladie, comme de
(1) Tirée de l'ouvrage du docteur Grecii, p, 69.
TRAITEMENT. 2/l9
juste, continua à faire des progrès, jusqu'à ce que les follicules pharyngiens fussent largement ulcérés. N'ayant pas encore perdu confiance dans l'homœopathie, cette rêverie fantastique [fabric of a vision), le malade visita Paris, et se mit sous la direction du fameux Hahnemann, ([ui le traita pendant trois ou quatre mois . mais avec aussi peu de succès que ses satellites de New-York. Découragé à la fin, et perdant la foi dans les prescriptions d'Hahnemann, il revint à New- York, et bientôt après se confia à mes soins.
. Sa santé générale avait alors subi une grave altération, sans doute sous l'influence prolongée delà maladie locale. Tout le gosier, qui paraissait comme atrophié et d'un aspect caverneux [cavernous appearaîice) , était couvert de follicules malades, dont quelques-uns, très volumineux et vasculaires , étaient remplis de matière tuberculeuse, tandis que d'autres s'étaient vidés de leur contenu, et étaient détruits par des ulcérations. La luette était allongée ; on pouvait apercevoir derrière la langue l'épiglotte dressée, œdémateuse, et son pourtour dentelé par de petites ulcérations. En l'explorant avec le doigt, on sentait à sa base un ulcère large et profond, du côté de sa face laryngée. .
La douleur perçue au niveau du larynx, l'irritation de sa cavité, la sensibilité développée par la pression du cartilage thyroïde, et la raucité de la voix, démontraient que l'ulcération s'étendait aux cordes vocales.
Le malade se plaignait d'une douleur obscure et d'une sensation de faiblesse derrière le sternum. Il y avait aussi de la toux, de rémaciation,des douleurs erratiques
250 ANGINE GLANDULEUSE.
dans la poitrine, et un ensemble de symptômes généraux qui pouvaient faire craindre la présence de tubercules dans le poumon, bien que l'examen attentif de la poitrine ne fît rien découvrir qui justifiât cette crainte. En tous cas, les bronches étaient le siège d'une vive irritation.
Je prescrivis au malade de prendre matin et soir une des pilules :
Extrait de ciguë
Deutochlornre de mercure.
Opium pulvérisé
Mêlez pour <3o pilules.
à grain.
0,20 cenligr.
L'iodure de potassium et l'extrait de salsepareille furent administrés largement, et des frictions irritantes furent faites sur la région rachidienne.
Sous l'influence de ces remèdes, les sécrétions du gosier et du larynx devinrent moins visqueuses, mais plus abondantes; la luette, f[ui restait dans un état de relâchement, fut réséquée ; la gorge et la membrane pharyngienne furent largement cautérisées avec une solidiou concentrée d'azotate d'argent cristallisé. Cette médication topique fut répétée d'abord tous les deux jours , puis deux fois et finalement une seule fois par semaine, pendant une période d'un mois et demi à deux mois. Quand les ulcérations de la a;ors;e furent cicatrisées , les foilicules hypertrophiés disparurent ; et tout l'intérieur de la cavité pharyngienne, appréciable à la vue, parut tapissé pai' une membrane muqueuse saine. Néanmoins la douleur du larynx, la toux, la raucité de la voix
persistaient. En examinant Tépiglotte, on sentait à la racine de ce cartilage, vers sa face laryngée, et au niveau de la glande épiglottiqiie , un large et profond ulcère. Persuadé que la médication qui avait réussi à guérir les lésions développées au-dessus de l'épiglotte ne serait pas moins efficace si on l'appliquait aux parties situées au-dessous de ce cartilage et aux cordes vocales, je me déterminai à pénétrer dans le larynx et à tâcher d'attaquer le mal dans la cavité même de cet organe. En abaissant la langue du malade, on apercevait la face supérieure de l'épiglotte. Maintenant les parties dans cette position, je glissai derrière l'épiglotte une éponge fixée sur une tige de baleine, et imbibée de la solution caustique ; après l'avoir ramenée en avant, je la plongeai directement en bas dans la cavité du larynx : cette opération provoqua un spasme momentané de la glotte qui comprima l'éponge, et répandit le bquide sur la surface malade. A cette application succéda l'expectoration d'une grande quantité de matières visqueuses, mucoso-purulentes ; elle continua pendant le reste de la journée, et le lendemain M. E. B... éprouva une sensation de soulagement très prononcée.
Au bout de quelques jours, l'opération fut pratiquée avec une solution au quinzième. Répétant cette application de la même manière, et pendant un temps égal à celui qu'avait exigé la maladie du pharynx, j'eus la satisfaction de voir disparaître la raucité de la voix, toys les autres troubles des fonctions du larynx et du poumon ; et mon malade fut rendu à une complète et vigoureuse santé.
252 ANGINE GLANDULEUSE.
Malgré la respectabilité de ce malade [gentleman of the highest respectability), et je suis loin de la mettre en doute, puisque le docteur Green la garantit, je suis très porté à croire que les pilules de sublimé n'ont pas eu la moindre part dans la guérison. M. E. B... affirme n'avoir jamais contracté la syphilis. Il peut en être convaincu ; mais comment un médecin se contentet-il d'une semblable affirmation pour asseoir son diagnostic? Qui ne connaît toutes les illusions des malades sur ce chapitre, sans parler de tous les motifs qui peuvent les porter à dissimuler la vérité? L'efficacité de la médication topique ne constitue nullement une objection à cette manière de voir; nous l'employons tous les jours avec succès dans les cas de cette nature : c'est même le traitement classique des plaques muqueuses. Il me paraît très probable que la maladie de M. E. B... était une angine syphilitique.
Vingtième observation (1). — Symptômes de phthisie. — Hypertrophie de la luette et des amygdales. — Leur excision. — Cautérisations. — Guérison.
E. G..., marchand de Boston, âgé de vingt-cinq ans, robuste et bien portant, contracta, au mois de mai 1842, un fort rhume qui lui laissa une toux sèche, pénible, de la douleur dans la poitrine, une légère dyspnée et d'autres symptômes d'une inflammation chronique des bronches.
(1) Docteur Green, p. 92.
Sous la direction d'un habile médecin, ces accidents se calmèrent, mais la toux necessa jamais entièrement, et ce malade fut atteint d'une angine chronique qui, augmentant et s'accompagnant d'autres symptômes défavorables, le contraignit à abandonner ses occupations pour se consacrer entièrement aux soins de sa santé. L'année suivante, il vint à New- York, et fut soumis à différentes méthodes de traitement sans obtenir aucun soulagement durable. Trois ou quatre mois avant ma visite, il s'était adressé à une des notabilités homœopathiques de cette ville ; il avait suivi ses conseils jusqu'au moment où je fus appelé, et trois jours avant ma visite, on lui avait assuré que sa gorge n'offrait plus trace de la maladie dont elle avait été le siège.
1 1 j uin 1 844 . — État présent : Les symptômes extérieurs ou rationnels, manifestés par ce malade, sont ceux qui caractérisent une phthisie parvenue à un degré avancé. Il est pâle, très émacié; sa physjonomie a quelque chose d'anxieux et de hagard ; il a des sueurs nocturnes profuses, de la dyspnée, et une toux continuelle, fatigante, qui amène une abondante expectoration de matières mucoso-purulentes ; la voix est rude, rauque, et la déglutition est très difficile. La dyspnée augmente beaucoup dans le décubitus horizontal, et depuis plusieurs semaines, personne ne pouvait dormir dans sa chambre, à cause du ronflement stertoreux qu'il faisait entendre pendant son sommeil.
La gorge semblait entièrement remplie par les amygdales, énormément développées et ulcérées, entre lesquelles paraissait la luette, également hypertrophiée et
25 /l ANGINE GLANDULEUSE.
enclavée comme une clef de voûte. La muqueuse du pharynx est complètement masquée par cette masse morbide, et l'on conçoit à peine comment la respiration ou la déglutition peuvent s'accomplir avec une pareille lésion. On conçoit encore moins comment un médecin avait pu affirmer qu'une gorge ainsi altérée était parfaitement saine.
L'examen de la poitrine ne fit pas constater d'autres signes que ceux qui révèlent l'existence d'un certain degré d'irritation bronchique. Mais il y avait dans la région laryngée une douleur qui était augmentée par la pression sur le cartilage thyroïde.
Je conseillai l'excision immédiate des amygdales et de la luette ; le malade y consentit, et l'opération ayant désobstrué l'isthme du gosier, on put voir la membrane muqueuse du pharynx injectée, ses follicules hypertrophiés et ulcérés, sur beaucoup de points de la paroi postérieure de cet organe.
13 juin. — Depuis l'opération, le malade a dormi tranquillement, et ce repos lui a apporté un grand soulagement; le pharynx et la glotte furent cautérisés avec une solution, au douzième, d'azotate d'argent cristalhsé. L'iodure de potassium fut administré à la dose de cinq grains, deux fois par jour, et pour la toux on prescrivit la mixture suivante :
Teinture d'acetosa racemosa (1) — de san^'iiinaria ....
Sulfate de morpliine 0,20 centigr.
XXV à XXX gouttes, deux ou trois fois par jour.
32 grain.
(1) Cette plante, nommée aussi Christophoriana americana (po-
15 juin. — Nouvelle cautérisation delà muqueuse pharyngienne et de la partie supérieure du larynx ; mêmes prescriptions. Ce traitement, combiné avec des moyens généraux, fut continué jusqu'au 15 juillet. On abandonna alors la médication topique, et l'on recommanda au malade de se gargariser deux fois par joui' avec la mixture :
Kau de rose 125 gram.
Nitrale d'argent 75 centigr.
A cette époque, la toux et les sueurs nocturnes avaient cessé ; toute douleur et irritation dans la gorge avaient disparu, et le malade gagnait à vue d'oeil sous le rapport des forces et de l'embonpoint. Le 8 juillet, il partit pour la campagne, où il demeura jusqu'au 16 août, et revint alors dans cette ville en bonne santé.
L'auteur pense qu'il existait chez ce malade des dilatations bronchiques qu'on avait prises pour des cavités tuberculeuses. La persistance de la guérison prouve, suivant lui, qu'il n'y avait pas de tubercules.
Deux ans sont révolus, dit-il, depuis que le malade a cessé tout traitement ; il a traversé deux hivers rigoureux au milieu des occupations les plus actives, et son excellente santé ne s'est pas démentie. Le docteur Green ajoute dans une note qu'un de ses amis, le docteur Cox, ne trouve pas cette conclusion rigoureuse, et croit à la guérison possible des tubercules.
lyandrie inonogynie de Linné), a des propriétés astringentes. — Il en est de même de la Sanguinaire, dont le nom botanique est Polygonum aviculare (octandrie trigynie), et qui est regardée comme hémostatique.
256 ANGINE GLANDULEUSE.
J'ai déjà (page 82) discuté la valeur de ce fait; je n'y reviendrai pas ici.
Vingt et unième observation. — Symptômes de phlhisie. — Excision de la luette. — Guérison.
Le docteur Green (page 103) parle d'un malade affecté d'angine foUiculeuse avec élongatiou de la luette, pas assez prononcée cependant pour en rendre, à première vue, l'excision nécessaire. Sous l'influence du traitement ordinaire, l'angine disparut ainsi que la raucité de la voix et les douleurs de la gorge. La'membrane muqueuse reprit son aspect normal. Le malade regagna des forces, de l'embonpoint, et fut en état de vaquer à ses affaires ; la toux cependant, au lieu de cesser, augmenta en dépit de tous les remèdes ; elle s'accompagna au bout d'un certain temps d'une expectoration mucosopurulente; enfin le retour de la faiblesse, le développement de douleurs erratiques dans la poitrine et d'autres symptômes fâcheux firent craindre au malade et à ses amis l'existence d'une phthisie confirmée. Après différentes médications infructueuses, je proposai l'excision de la luette, qui, bien que modérément longue, était évidemment une source d'irritation ; le malade y consentit, la luette fut coupée. Après cette opération, tous les phénomènes morbides disparurent, et, depuis lors, la guérison ne s'est pas démentie.
Ce fait rentrerait dans la catégorie de ceux qui ont été décrits par le docteur Stokes et que j'ai cités précédemment (page 78). J'en ai vainement cherché d'analogues dans les observations des auteurs français.
M. Green va jusqu'à prétendre que probablement, si l'on n'avait pas excisé la luette, il se serait développé une affection organique du poumon, qui aurait enlevé le malade [which, uUimately^ would have proved fatal). Il rapporte à l'appui de cette assertion une observation ([ui ne me semble nullement pouvoir être interprétée en sa faveur, et d'ailleurs les réflexions qu'elle lui suggère reposent sur des données d'anatomie pathologique qui ne sont plus admises aujourd'hui.