IX
Soins consécutifs à V opération. — L'opération pratiquée et la plaie maintenue ouverte, nous avons deux indications à remplir.
D'abord on doit s'appliquer à prévenir et à combattre les accidents divers qui compromettent si fréquemment le succès de l'opération. Nous n'insisterons pas sur ce point d'ailleurs fort important, parce qu'il ne présente rien de bien spécial à la bronchotomie, dans le cas d'angine œdémateuse. Nous ne ferons qu'une seule remarque, c'est que cette angine survenant fréquemment dans le cours ou pendant la convalescence de maladies souvent fort graves, étant elle-même une affection pleine de douleurs et d'angoisses, et exigeant en général un traitement fort énergique, on aura souvent à combattre, après l'opération, et à l'aide de toniques et d'excitants, la débililation extrême du malade; cette débilitation, déjà fort grave par elle-même, devient souvent alors la cause d'accidents qui font échouer l'opération (engouement muqueux des bronches, stase sanguine dans les poumons, etc.).
Aussi devra-t-on, dans le traitement qui précédera l'opération et dans la prévision de celle-ci, éviter l'emploi des moyens trop débilitants. Et par exemple, si l'on croit devoir recourir aux évacuations sanguines, on ne le fera qu'avec ménagement, bien convaincu d'ailleurs de leur insuffisance, pour faire disparaître à temps l'infiltration du sommet du 'larynx. Si le malade est déjà affaibli, on
BRONCHOTOMIIi. 389
s'appliquera à relever ses forces par des toniques, des excitants divers, soit avant, soit après l'opération. Nous avons l'intime conviction que la bronchotomie , dans le cas d'angine œdémateuse , aurait beaucoup plus souvent réussi qu'on ne l'a observé, si les praticiens avaient très particulièrement fixé leur attention sur Y état des forces des opérés.
I Une seconde indication à remplir après l'opération consiste à hâter autant que possible la disparition de l'infiltration laryngée, et par conséquent le moment où l'on pourra retirer définitivement la canule ou le dilatateur; car les accidents consécutifs sont généralement d'autant plus graves et plus nombreux que l'air passe plus longtemps par une voie anormale. — Pour remplir cette indication, il faudra tout à la fois, si faire se peut, attaquer l'infiltration ainsi que sa cause.
Quant au traitement dirigé sur Y infiltration elle-même, il sera d'autant plus facile et plus efficace que, l'air passant par une autre voie que celle du larynx, certains topiques, la compression , les scarifications des bourrelets, pourront plus longtemps ou plus fréquemment être employés.
Quant au traitement de la cause de l'infiltration laryngée, rien ne s'opposera plus à son application, le malade étant, grâce à la bronchotomie, à l'abri delà suffocation. — Et encore ici, nous ne saurions trop le répéter, on devra éviter, avec le plus grand soin, l'emploi des moyens qui pourraient diminuer outre mesure les forces du malade.
La canule ou le dilatateur ne sera retiré définitivement qu'au moment où l'air traversera sans gêne ses voies naturelles. Chez nos opérés, ces instruments ont été enlevés de heures à 8 jours après l'opération, savoir :
L'angine œdémateuse avait été consécutive : k heures après elle.. . 1 fois. A une laryngite aiguë ;
24 heures après 1 — A une érosion voisine du sommet du larynx;
Au 3e jour 2 — A une angine gutturale ( 2 fois) ;
Au Ue jour 3 — A une angine gutturale (2 fois), et à une ulcéra-
tion syphilitique de la gorge ;
Au 5e jour 1 — A une laryngite chronique chez un tuberculeux:
la plaie resta Gstuleuse;
Au 7e jour 1 — A une angine gutturale;
Au 8e jour 2 — A une angine gutturale.
Disons enfin qu'un malade a respiré 3 mois par la canule, alors il a succombé à une phthisie 'pulmonaire aiguë; et que d'autres malades ont respiré de la même manière pendant 16, 17 mois, époque à laquelle on les a perdus de vue.