LÉSIONS DIVERSES
comme on le sait, à la formation des concrétions dont nous parlons : d'une part, la gêne de la respiration, et par conséquent de la circulation cardiaque; de l'autre, la grande plasticité du sang. — Or, si la première de ces conditions existe dans toute angine œdémateuse , il s'en faut de beaucoup qu'il en soit de même pour la seconde. En effet, l'angine œdémateuse se développe plus spécialement chez des individus atteints de maladie chronique, de diathèse séreuse, ou chez des convalescents de maladie grave, de fièvre typhoïde, par exemple; or, dans ces cas , le sang a , en général , fort peu de tendance à se coaguler. Mais, que l'angine œdémateuse apparaisse dans le cours de certaines phlegmasies aiguës et franches, où le sang est généralement très plastique , alors les concrétions sanguines du cœur sont à redouter ; et c'est en effet, presque uniquement dans de telles circonstances qu'on les a signalées sur le cadavre.
Ainsi, chez trois sujets qui succombèrent à une violente inflammation de la gorge, compliquée d'œdème laryngé, on trouva dans les cavités droites du cœur :
Chez l'un, des caillots en grande partie blancs et semblables à des fausses membranes gélatineuses; on aurait même dit que des vaisseaux commençaient à s'y former (Bouillaud, n° 3) ;
chez l'autre, des caillots fibrineux, les uns blancs, les autres rouges (Bouillaud, n° 1) ;
chez le troisième, une concrétion polypiforme dont les caractères n'ont pas été indiqués (Gendrin, n° 1).
Enfin, chez un quatrième sujet, vieillard âgé de soixante et onze ans, un caillot décoloré contenant du pus s'était engagé dans l'orifice auriculo-ventriculaire gauche (Goslallat).
Dans les trois premiers cas , les concrétions se sont très probablement formées peu de temps avant la mort ; et , sans doute , la gêne de la respiration n'a pas peu contribué à leur production. — Nous n'en dirons pas autant du quatrième.
Ainsi , des concrétions sanguines du cœur du genre de celles qui paraissent se former pendant la vie , mais peu de temps avant la mort, n'ont guère été signalées, à notre connaissance du moins, que dans une seule variété d'angine infiltro-laryngée, celle qui succède à une inflammation aiguë de la gorge. C'est donc alors qu'il jfaudra redouter leur formation et chercher à la prévenir par la saignée, par les boissons alcalines, etc.
c. — Centres nerveux. — Le plus ordinairement , le cerveau est à l'état sain , ou n'offre qu'un engorgement séreux ou sanguin peu notable. Bayle avait déjà fait cette remarque. — Quelquefois cependant, et ces cas ne doivent pas être perdus de vue, les vaisseaux de la substance, cérébrale et des méninges sont fortement injectés, et la quantité de sérosité contenue dans les ventricules et dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien est beaucoup plus considérable que dans l'état normal. — C'est plus particulièrement dans le cas d'angine infiltro-laryngée , liée à une inflammation aiguë de la gorge, qu'existe la congestion sanguine ou séreuse que nous venons de signaler (Morgagni, nos 1 et 3 ; — Bazzoni ; — Benoît, n° 1 ; — Costallat; — Favre). Ce sera donc surtout alors qu'on se tiendra en garde contre elle , s'appliquant avec soin à la prévenir et à la combattre.
Terminons celte étude du cadavre en rappelant que Bayle a noté, comme une circonstance assez fréquente, la persistance de la chaleur animale longtemps après la cessation de la vie. Depuis cet habile observateur, on a presque entièrement négligé ce genre de recherches. Dans un cas, cependant, la chaleur du corps avait disparu, et les membres étaient déjà légèrement roides quelques heures après la mort. Le sujet, âgé de vingt-neuf ans, avait été atteint d'angine œdémateuse pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde (Debourgues).
Disons aussi que, dans certaines circonstances médico-légales, il peut être utile de connaître la cause de la mort, avant même toute dissection; or, l'introduction du doigt dans l'arrière-bouche du cadavre permettra souvent de constater la présence des bourrelets aryténo-épiglottiques. Mais cette remarque est surtout importante dans le cas où l'on peut supposer que la mort, dont on cherche à découvrir la cause, n'est qu'apparente, et que de prompts secours peuvent l'empêcher de devenir définitive.