‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 36 sur 150 · XII · texte numérisé non relu

XII

Vérysipèle prédispose-t-il l'angine laryngée œdémateuse ? Cette angine serait-elle parfois un érysipèle œdémateux du sommet du larynx ? Ce point d'étiologie a déjà fixé l'attention de MM. Ryland, Gubler et Lailler.

L'infiltration laryngée est survenue six fois dans le cours d'un érysipèle; — une fois à la suite de cet exanthème; — deux fois, enfin, elle a précédé l'invasion de l'érysipèle.

A. — Et d'abord chez quatre sujets affectés d'un érysipèle de la face est apparue une inflammation aiguë de la gorge, bientôt suivie d'infiltration laryngée. Donnons ici quelques détails.

Un homme entra à l'hôpital pour se faire enlever une tumeur ganglionnaire de la région parotidienne droite. L'érysipèle sévissait dans les salles, ce qui fit reculer l'opération; malgré cette précaution, le malade fut atteint de l'affection régnante. L'érysipèle débuta par le nez, et envahit successivement tous les points du visage et le cuir chevelu. Dès le commencement , la bouche se prit ; le malade y sentit une chaleur inaccoutumée; la langue était rouge et tuméfiée; elle gardait l'impression des dents; il y avait ptyalisme. En dernier lieu, la rougeur érysipélateuse se montra sur le cou. Alors survinrent des accidents d'une tout autre gravité : à six heures du soir, le malade se plaignit, pour la première fois, d'une difficulté de respirer qui s'aggrava rapidement; et à neuf heures, il succomba. — A l'ouverture du cadavre, toutes les parties des cavités buccale et pharyngienne étaient rouges ;

(I) Journal des connaissances médico-chirurgie, t. VII, i,é partie, p. §9-90.

ÉTIOLOGIE.

la langue était en outre manifestement tuméfiée, ainsi que la luette et le voile du palais. La tuméfaction était énorme au voisinage de l'ori- ; fice supérieur du larynx. L'épiglotte était repliée sur elle-même en forme de cornet d'oublié, les replis aryténo-épiglottiques étaient presque en contact, et ne laissaient plus entre eux qu'une fente étroite pour le passage de l'air... Cette tuméfaction était manifestement due à l'infiltration séreuse du tissu cellulaire sous-muqueux, et, chose remarquable, l'infiltration n'existait qu'à la surface extérieure des parties qui environnent la cavité laryngienne : ainsi, la face supérieure de l'épiglotte, la face externe des ligaments aryténo-épiglottiques et les parties placées en dehors de ces ligaments étaient infiltrées, les parois même du pharynx étaient épaissies. Pas de gonflement, pas de rougeur notable des parties intérieures du larynx (Gubler, n° %).

Un second malade était affecté d'anasarque par maladie du cœur ; survint un érysipèle œdémateux de la face, puis une phlegmasie de la gorge, laquelle fut bientôt suivie d'infiltration aryténo-épiglottique (Pidoux).

Enfin , chez une femme âgée de trente-quatre ans, l'érysipèle de la face s'étendit au cou , qui se tuméfia énormément. On trouva le tissu cellulaire de cette région infiltré de sérosité et de pus. La membrane muqueuse du pharynx, du larynx et des bronches était rouge et enflammée (Bouillaud, n° 2).

D'après ces faits, il semble que parfois l'érysipèle de la face s'étend à la gorge et au sommet du larynx pour produire en ce dernier organe une infiltration séreuse ou séro-purulente.

B. — Deux fois, l'angine laryngée œdémateuse s'est développée pendant le cours d'un érysipèle qui occupait d'autres régions que la face et le cou.

Ainsi, chez un enfant de six ans, l'érysipèle envahit la poitrine, la partie supérieure d'un bras, et la région postérieure du tronc, offrant les caractères d'un érysipèle ambulant. La surface de la membrane muqueuse du larynx était saine ; l'épiglotte et le contour supérieur du larynx étaient œdémateux (Guibert, n° 1).

Chez un homme, l'érysipèle envahit le pied droit à la suite d'une opération pratiquée sur cette région. Deux jours après survint une angine gutturale, bientôt suivie d'infiltration aryténo-épiglottique (Benoît, n° 3).

Chez ces deux malades , l'érysipèle , après avoir affecté le tronc et les membres, ne se serait-il pas ensuite porté sur le sommet du larynx? Disons cependant que, pour l'un d'eux, il n'est point fait mention de lésion manifestement inflammatoire du larynx ou de la I gorge,

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