MORVE
Au rapport de M. Schnepf, interne des hôpitaux de Paris, un homme âgé de trente-cinq ans, peigneur et mélangeur de crins provenant de l'Amérique, fut pris d'un violent mal de tête avec enchifrènement et écoulement par le nez d'un liquide d'abord séreux, puis mélangé de sang et de pus. La membrane muqueuse de la cloison et des parois externes était tuméfiée et d'un rouge vif. Bientôt survint un gonflement œdémateux avec rougeur des régions parotidiennes, de la face et du cou. Les piliers antérieurs et postérieurs du voile du palais étaient gonflés et rouges; la luette avait le volume, la forme et la coloration d'une cerise; les amygdales étaient ulcérées...
Nécropsie. — Emphysème sous- cutané et ecchymoses de la région du cou. Ganglions cervicaux gonflés et d'une teinte violet noirâtre. Veines de cette région contenant un sang noir, épais comme de la gelée de groseille, d'un aspect huileux et un peu spumeux. Taches ecchymotiques disséminées sur les piliers antérieurs dont la muqueuse est ramollie. Sur l'arc droit, fines vésicules jaunâtres du volume d'une tête d'épingle et entourées d'aréoles d'un rouge sombre. Deux séries de pustules semblables, sur la face antérieure de la luette, qui est d'un rouge violâtre. Trois excavations gangréneuses dans l'amygdale droite. Large plaque brun jaunâtre et gangréneuse, sans pustules, de chaque côté du pharynx, derrière les piliers postérieurs. Ecchymoses sous-muqueuses et œdème des replis ary-épiglottiques et glosso-épiglottiques. Le gonflement œdémateux se prolonge jusque dans les ventricules du larynx, y compris aussi les cordes vocales inférieures. Large ecchymose étendue sur la face postérieure de l'épiglotte, jusque dans les ventricules. — Point de pustules caractéristiques de la morve. — Ecchymoses à la face interne de l'estomac et de l'in testin. Rate mollasse, presque putrilagineuse. — Muqueuse pituitaire réduite en putrilage gangréneux d'un brun noirâtre , sans trace de pustules ni d'ulcérations, et se détachant des os comme après une macération. Ce putrilage est inoculé à un vieux cheval bien portant; le résultat reste négatif jusqu'au dixième jour auquel l'animal est abattu, et la nécropsie n'en apprend pas davantage.
Ainsi : engorgement œdémateux du cou ; — angine gangréneuse : — ecchymoses sous-muqueuses de l'épiglotte, des replis aryténoépiglottiques et des tissus voisins; — altération profonde et liquéfaction du sang, que de causes locales et générales d'œdème laryngé réunies chez ce sujet !
Le docteur Ryland (n° 2) rapporte qu'un homme , occupé à écorcher un cheval qui était mort de la morve, s'inocula probablement la matière virulente à la paume de la main gauche. Bientôt apparut sur cette région une phlegmasie qui se porta successivement sur l'avant-bras gauche, sur la cuisse et le mollet droits; plus tard sur
ÉTIOLOGIE.
l'épaule, le cou-de-pied, le genou et le coude du même côté. Alors survinrent quelques symptômes cérébraux, puis le malade succomba dans un état de suffocation. — On trouva entre autres lésions un œdème considérable du pourtour supérieur du larynx et un séquestre du cartilage cricoïde avec abcès.
Le virus de la morve n'aurait-il pas agi dans ce cas comme le virus variolique, et surtout comme l'agent typhoïde, pour développer une laryngite crico-nécrosiquequise serait bientôt compliquée d'infiltration aryténo-épiglottique.