‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 44 sur 150 · FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE

moins de tendance, que celle des jeunes gens et des adultes, à déterminer des désorganisations locales; or, nous verrons bientôt le rôle important que joue ici le travail purulent et nécrosique dans le développement de l'angine œdémateuse.

A. — Sur les 23 cas que nous étudions, l'œdème laryngé est survenu 5 fois seulement dans le cours de la fièvre typhoïde : aux dixième, quinzième, seizième et vingtième jours ; dans un dernier cas, l'époque précise de son apparition n'a pas été indiquée. — Parmi ces 5 malades, nous trouvons 3 individus du sexe masculin et 2 du sexe féminin.

Le point de départ de l'œdème laryngé a été alors une inflammation pseudo-membraneuse de l'arrière-bouche ou du larynx (3 fois) ; une inflammation gangreneuse du larynx, — et une tumeur purulente de la gorge. — Dans aucune de nos observations, nous ne voyons des ulcérations aiguës et superficielles du larynx devenir la cause de l'œdème de cet organe.

B. — L'angine œdémateuse est survenue 18 fois pendant la convalescence de la fièvre typhoïde. Nous trouvons ici 17 hommes et 1 femme seulement.

Le point de départ de l'infiltration laryngée a été : une laryngite érythémateuse (3 fois) ; — une angine gutturale simple (1 fois). — Sur deux sujets, l'on n'a signalé pour toute lésion qu'une infiltration séreuse des replis ; nous pouvons dès lors nous demander si elle a été le résultat d'une simple irritation sécrétoire, ou s'il n'y a pas eu là une inflammation superficielle qui aurait disparu après la mort. Dans l'un de ces cas, en effet, la mort est survenue très promptement, six heures après le début des premiers symptômes laryngiens. (Voy. Nature.)

Mais il est une lésion qui doit ici fixer toute notre attention : nous voulons parler de la nécrose aiguë et partielle des cartilages du larynx, du cricoïde surtout, nécrose accompagnée le plus ordinairement d'abcès et parfois d'ulcérations; ces ulcérations ayant été la conséquence du travail nécrosique et suppurant des tissus placés au-dessous de la membrane muqueuse, comme l'examen de ces diverses lésions et de leur succession nous l'a démontré.

Cette laryngite nécrosique a été constatée 12 fois chez nos 18 convalescents de fièvre typhoïde, et à une époque variable de celte convalescence. Quelquefois au commencement; d'autres fois aussi

118 ÉTIOLOGIE.

lorsqu'elle était très avancée. Ainsi: chez l'un, les forces commençaient à se rétablir; — on avait accordé à un autre une nourriture déjà abondante ; — un troisième chantait et déclamait beaucoup, comme il en avait l'habitude , et se trouvait si bien qu'il ne craignit pas de sortir par un temps humide et froid ; — on songeait à faire sortir de l'hôpital un autre convalescent ; — un autre, enfin, après avoir quitté l'hôpital, se porta encore bien pendant quelques jours, et il avait tout à fait recouvré ses forces, lorsque apparurent les premiers symptômes de la maladie du larynx.

Il est dès lors impossible de méconnaître l'influence toute spéciale de cette fièvre sur le développement de l'angine laryngée œdémateuse ; sous ce rapport, la laryngite nécrosique aiguë joue dans la fièvre typhoïde un rôle analogue à celui de la laryngite chronique dans la phthisie tuberculeuse pulmonaire. — Dans la fièvre typhoïde, certains organes sont plus particulièrement et plus manifestement atteints que les autres: c'est l'iléum , c'est la rate, etc., et nous serions tenté d'ajouter : c'est aussi le larynx; mais tandis que les follicules de l'intestin et la rate sont affectés au commencement ou dans le cours de la fièvre typhoïde, le larynx restant ordinairement intact, cet organe est à son tour frappé, mais plus tard et beaucoup moins fréquemment, pendant la convalescence de cette maladie. — Les abcès et la nécrose du larynx ne sont plus dès lors que des expressions locales de la diathèse purulente, gangréneuse et nécrosique, qui caractérise la fièvre typhoïde, à en juger par les abcès qui se développent si fréquemment sur diverses parties du corps, et surtout par les ulcérations gangréneuses de l'intestin , et les escarres des régions du sacrum et des trochanters. — Le larynx une fois atteint de nécrose, d'abcès, d'ulcérations, la débilitation profonde des convalescents, l'état subfibrineux de leur sang, sont autant de circonstances qui favorisent l'apparition de l'œdème laryngé.

§ xx.

Dans les deux cas suivants, dont nous ne signalerons que les principaux détails, l'infiltration aryléno-épiglottique a-t-elle été consécutive à l'inoculation de la morve ? C'est ce qui nous paraît assez probable.

Page 1