‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 66 sur 150 · SECTION II. — SYMPTÔMES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

SECTION II. — SYMPTÔMES GÉNÉRAUX

a. — V attitude des malades est celle qu'on observe en général dans tout rétrécissement plus ou moins rapide du larynx, c'est-àdire que le malade, s'il est alité, reste demi-assis ou assis. — Lorsque la suffocation est violente, les malades, pour donner à toutes les puissances inspiratrices le plus d'énergie possible, sont assis sur leur lit, le tronc droit el tendu, le cou roide, la tête renversée en arrière ; les membres supérieurs, tétaniquement contractés, se cramponnent au bord du lit, aux meubles ou aux individus placés dans le voisinage. Parfois les malades portent le tronc en avant, sur les côtés, afin de trouver une position plus favorable à l'inspiration. D'autres fois ils s'agitent convulsivement, ou bien ils changent continuellement de position, s'abandonnant ainsi à une angoissante jactitation. Quelquefois même ils se lèvent tout à coup et avec violence hors du lit pour chercher l'air qui leur manque.

— Parfois cependant, mais rarement, ils affectent une attitude bizarre ou étrange qu'il n'est pas sans importance de signaler, car elle peut obscurcir le diagnostic.

Ainsi, l'un d'eux restait couché à droite, la tète basse, et indiquait, par les mouvements auxquels il se livrait de loin en loin, la profonde anxiété qui le tourmentait (Louis, n° 1). — Un malade était également couché sur le côté droit, la face près du bord du lit, les yeux fermés, le teint pâle et plombé, etc. (Gordon -Buck).

— Un autre sujet était couché sur le dos, la tête fortement fléchie sur lapoitrine, les yeux largement ouverts; et cependant la tension de tous les muscles dilatateurs de la poitrine témoignait des efforts qu'il faisait pour aspirer l'air (Marchai et Marmy). — Une femme ne pouvait goûter quelques instants de sommeil qu'en penchant la tête du côté droit ; s'il lui arrivait de la porter à gauche, la difficulté de respirer augmentait. Or, la tuméfaction œdémateuse n'affectait chez elle que le repli aryténo-épiglottique gauche (Tuilier, n° 3).

— Une autre femme ne pouvait rester que debout ou assise sur son lit, la tête inclinée à gauche et un peu en arrière. On n'a pas noté si les replis aryténo-épiglottiques étaient inégalement infiltrés (Heyfelder).

h. — V expression de la face est en général -celle de l'inquiétude,

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de l'anxiété, et, pendant les accès de suffocation, celle de l'angoisse la plus vive, et souvent de la terreur et du désespoir. Alors les yeux, largement ouverts et saillants, sont parfois hagards ; la bouche reste béante, et chez un malade l'inspiration, longue et pénible, était accompagnée d'une grimace hideuse produite par l'abaissement de l'angle des lèvres et par la dilatation excessive des ailes du nez (Cayol) . — La coloration de la face dépend en grande partie du degré auquel est parvenue la suffocation, du temps depuis lequel elle dure, de la nature de la maladie dont l'infiltration laryngée est symptomatique, etc. Ainsi, tantôt elle est fortement congestionnée et tuméfiée, rouge, violacée ou cyanosée; les veines sont gonflées, les yeux injectés, les lèvres violettes ; ou bien une teinte livide est répandue sur toute la région. D'autres fois, et ce cas est beaucoup plus fréquent que les précédents, et même assez caractéristique de la maladie, la face est remarquable par sa pâleur plombée et terne, les lèvres seules étant violacées ou bleuâtres. Une circonstance à noter, c'est qu'assez souvent la face reste pâle au milieu des accès les plus violents de suffocation et malgré leur répétition, devenant même plus pâle au moment de ces accès.

c. — Les malades conservent presque toujours leur intelligence pendant tout le cours de leur affection, et souvent jusqu'à leur dernier moment. — Il est fort rare qu'ils soient atteints de troubles intellectuels, de délire ; nous ne trouvons à cet égard que les faits suivants :

Un malade appréhendait que son intelligence ne se troublât ; il sentait, disait-il, que sa tête n'était pas à lui. Quelques heures plus tard, il succombait (Ponnet).

Quelques sujets, en proie aux plus affreuses souffrances et sur le point de périr suffoqués, se livraient au désespoir, à la fureur, voulaient attenter à leurs jours ou s'ouvrir le larynx. « J'étouffe, je suis étouffé ; donnez-moi un couteau ! » s'écriait l'un d'eux. (Bayle.)

Deux malades seulement ont éprouvé du délire; mais l'un, jeune homme de vingt-quatre ans, athlétique, avait été plusieurs jours en débauche, à la suite d'un long voyage, lorsqu'il fut pris d'une angine gutturale bientôt suivie d'oedème laryngé (Gordon- Buck) ; et l'autre, âgé de cinquante-six ans, était affecté d'une

inflammation phlegmoneuse de la gorge et du sommet du larynx (Fisher).

d. — En général, le sommeil est difficile; fréquemment et brusquement interrompu par le besoin de respirer et par la suffocation, il est souvent tout à fait impossible. — La difficulté ou l'impossibilité du sommeil s'observe surtout la nuit , car alors la dyspnée est plus intense, et les accès de suffocation sont plus prolongés et plus fré quents que le jour. Il semble aussi que le sommeil favorise la gêne de la respiration et dispose à des accès plus violents. L'accumulation de mucosités dans la gorge et le larynx n'est peut-être pas sans jouer ici quelque rôle.

e. — L'angine infiltro-laryngée étant symptomatique, tantôt de phlegmasie aiguë , souvent intense, de la gorge , du larynx ou des tissus environnants , tantôt d'affections chroniques de ces mêmes organes. Étant parfois liée à une anasarque , par suite de scarlatine ou de maladie organique du cœur, etc. , on conçoit que la fièvre existe à un degré d'ailleurs très variable ou manque complètement. — Assez fréquemment, elle augmente pendant les accès et diminue dans leurs intervalles — Souvent le pouls, souple et régulier dans les moments de calme, devient fréquent, concentré, parfois inégal ou irrégulièrement intermittent pendant ces mêmes accès. — Fréquemment la surface du corps, de la face en particulier, est froide, et couverte d'une sueur visqueuse et gluante, surtout dans les violents paroxysmes de dyspnée et dans les derniers moments.

f. — A part la dysphagie, le tube digestif n'offre aucun trouble notable. — L'estomac, en particulier, conserve sa sensibilité et sa contractilité normales, en sorte que les vomitifs agissent facilement. Cette circonstance, bien différente de ce qu'on observe dans le croup , est importante à noter. — Quelquefois les malades font spontanément des efforts comme pour vomir. Ces efforts paraissent dus en grande partie à la sensation d'un corps étranger dans l'arrière* gorge. — Lorsque l'angine œdémateuse est symptomatique de

| maladies non fébriles, X appétit est généralement assez bien coni servé, et l'on voit des malades demander des aliments peu de moments avant de mourir.

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g. — L' état dynamique ainsi que l'état humoral, si importants à considérer an point de vue du pronostic et du traitement, offrent ici de très nombreuses différences. — Ainsi les forces sont loin d'être les mêmes lorsque l'angine œdémateuse survient chez des individus en pleine santé, chez des sujets convalescents ou encore affectés de maladies aiguës ou chroniques; lorsqu'enfin elle apparaît comme accident ultime. — Quant à l'état humoral , il varie beaucoup, suivant que l'angine œdémateuse est franche et primitive, ou qu'elle s'est développée dans le cours ou pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, ou chez des individus atteints de cachexie paludéenne, de diathèse séreuse, de syphilis, de tubercules, etc. , etc.

Nous venons d'étudier séparément chacun des symptômes locaux et généraux de l'angine infiltro-laryngée ; bientôt lorsque nous établirons le diagnostic, le pronostic et le traitement de cette maladie, nous rechercherons, sous ces trois rapports différents, la valeur de ces mêmes symptômes. — Nous avons insisté sur la fréquence absolue et relative de chacun d'eux , regrettant que les auteurs aient trop souvent gardé sur ce point un silence complet ; en sorte qu'il reste à se demander s'ils n'ont pas inscrit tel ou tel symptôme parce qu'ils ne l'ont pas cherché, ou parce qu'ils ne l'ont pas trouvé. Nouvelle preuve de l'importance, dans les observations médicales, d'indiquer l' état positif et l'état négatif 'des phénomènes.

Mais un autre moyen d'apprécier la valeur des symptômes, c'est de rechercher les rapports plus ou moins intimes qui les unissent à la lésion caractéristique de l'affection. — Or, parmi ces symptômes il en est qui indiquent que la respiration est gênée au niveau du larynx et plus particulièrement au niveau du sommet de cet organe; ce sont: la gêne, la douleur dans cette région, la dyspnée accompagnée de bruits laryngés et aussi l'altération de la voix. — D'autres phénomènes ont une plus grande valeur encore que les précédents, du moins quant à l'état local; car ils indiquent que l'obstacle laryngé consiste en une tumeur plus ou moins volumineuse. C'est, par exemple, la sensation d'un corps étranger, d'une excroissance rapportée bien positivement au sommet même du larynx, au fond de l'arrière-bouche et qui gêne la respiration ainsi que la déglutition. — D'autres symptômes dénotent plus particu-

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