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SECTION IV. — DURÉE

Dans les recherches suivantes , le début de la maladie a été signalé par une sensation de gêne et souvent de corps étranger dans l'arrière-gorge , par l'altération manifeste de la voix, et par un certain degré de dyspnée. — L'autre terme a été ou la mort ou la guérison du malade. — Nous distinguons d'ailleurs les cas où la bronchotomie a ou n'a pas été pratiquée.

§ X. — De la durée de la maladie dans les cas terminés par la mort ( sans bronchotomie )(

A. — Sur 65 cas

De quelques minutes..

— 1 heure environ .

— 2 heures 1 /2. . . .

— 3 à h heures 1/2

— 5 à 10 heures. . .

12 à 20 heures. . .

— 24 heures

— 30 heures

— 36 heures

— 2 jours

— 3 jours

— 3 jours 1/2

de ce genre , la durée a été :

U fois.

5Ôfois.

De

k .jours 2 fois,

6 jours 2 —

7 jours. . . .

8 jours

10 jours. . . .

11 jours. . . .

16 jours. . . .

18 jours.. . .

22 jours. . . .

30 jours. . . .

3/i jours. . . .

6 semaines.

15 fois.

65 fois.

Ainsi, sur 65 cas, la durée a élé :

De quelques minutes à 1k heures. . 33 fois.

— 24 à àS heures 7 —

— 3 à 8 jours 17 —

— 9 jours à 6 semaines 8 —

65 fois.

C'est-à-dire qu'elle a été de quelques minutes à Zi8 heures UO fois, ou dans un peu moins des deux tiers des cas; — ayant dépassé ce terme, et ayant été de plusieurs jours et même de plusieurs semaines dans l'autre tiers des cas. — On voit que l'angine infiltro-laryngée est foudroyante , — sur-aiguë, — aiguë, — subaiguë et presque chronique.

La durée moyenne , toujours dans les cas terminés par la mort sans bronchotomie , a élé de quatre jours et quelques heures (Affi heures).

B. — Mais la durée est souvent différente , selon le point de départ de l'affection.

a. — Ainsi l'angine infiltro-laryngée , subordonnée à l'inflammation aiguë de la gorge, est remarquable par la rapidité extrême et presque constante de sa marche , que celte inflammation soit simple et atteignant des individus en pleine santé ou déjà malades, qu'elle soit pseudo-membraneuse ou de toute autre forme aiguë. En effet , sur 21 cas de ce genre, la durée a été moins de 2h heures (quelques minutes, 3, 5, 9, 10, 12 heures), 13 fois; — de 2A à Û8 heures, k fois ; — de 2 à 3 jours et demi , 3 fois ; — de A jours, 1 fois. — On voit donc que, dans un peu moins des deux tiers des cas , elle a été moins de 2U heures , et presque toujours de US heures au plus, n'ayant atteint U jours qu'une seule fois. — Nous ajouterons que, dans S cas d'inflammation légère de l'isthme guttural, l'œdème laryngé marcha avec une si grande rapidité qu'après quelques heures on fut obligé de recourir à la bronchotomie, qui sauva les h malades; et qu'un jeune homme qui n'avait le matin qn'un&légère angine gutturale était le soir même dans un état de suffocation imminente. Un traitement énergique enraya la maladie pour quelque temps, mais plus tard elle se termina par la mort.

Citons quelques observations destinées à fixer plus particulièrement notre attention sur la rapidité avec laquelle cette forme de la

SYMPTOMATOLOGIE.

maladie marche et se termine par la mort. ■— Dans ces observations, comme dans toutes celles que nous exposerons bientôt, une seule exceptée que nous signalerons, la nécropsie a permis de constate?" l'infiltration des replis aryténo-épiglottiques.

Un infirmier de l'Hôtel-Dieu de Paris souffrait depuis deux jours d'un mal de gorge; cette indisposition était si légère qu'il ne crut pas devoir interrompre son service. Vers les quatre heures du soir, il est pris de suffocation ; on appelle aussitôt l'élève interne de garde qui se trouvait dans une salle voisine, il accourt, le malade était mort (Roger).

Un jeune homme âgé de vingt ans était affecté d'une angine lonsillaire légère: le lendemain, elle ne présentait encore aucune apparence sérieuse, si ce n'est que la voix était un peu voilée. La journée et la soirée se passèrent bien. Une personne resta auprès du malade jusqu'à minuit, puis elle se retira dans une chambre voisine. Mais cinq ou six heures après, elle fut frappée d'un bruit étrange, comme de suffocation , elle accourut auprès du malade et le trouva mort (Chatto).

- Une fille de vingt ans, bien portante , occupée à filer de la soie, s'abandonnait toute la journée à des chants immodérés et à pleine voix. Un soir, elle ressentit tout à coup une faiblesse extrême et un frisson intense, la face devint gonflée, la voix rauque , la déglutition difficile. A minuit, orthopnée; les liquides ne pouvaient passer que goutte à goutte... La mort eut lieu dix heures après l'invasion de la maladie (Bazzoni).

Un homme âgé de vingt-huit ans, en état de cachexie paludéenne, fut affecté, à la suite de refroidissement, d'un mal de gorge simple , avec rougeur légère des piliers du voile du palais et de la luette; du reste, il n'y avait ni fièvre ni aucun symptôme inquiétant, lorsque tout à coup il fut pris de suffocation; l'élève de garde se hâta d'appeler le chirurgien en chef; celui-ci accourut en toute hâte et jugea l'opération de la bronchotomie indispensable, mais pendant qu'on se disposait à la pratiquer, le malade expira (Peyraud, n° 2).

Un homme âgé de cinquante-cinq ans était convalescent d'une congestion cérébrale, lorsqu'un jour il prit froid. Le lendemain, il ne présenta que les symptômes d'une légère angine gutturale; mais vingtquatre heures plus tard, il succombait avec les signes de l'œdème laryngé (Peyraud , n» 4). — Nous ne savons pas au juste ce qui s'est passé dans ces dernières vingt-quatre heures ; seulement, l'auteur de cette observation la donne comme un exemple de mort presque subite déterminée par l'angine œdémateuse.

Une petite fille âgée de six ans fut atteinte d'une légère angine gutturale, au commencement d'une coqueluche. Tout à coup survint, le soir, un violent accès de suffocation; de nouveaux accès eurent

lieu pendantla nuit et furent tellement intenses que l'on crut plusieurs fois la vie éteinte; la mort eut lieu le matin suivant (Benoît, n° 4).

Un homme portait une tumeur ganglionnaire de la région parotidienne droite; survint un érysipèle de la face et du cuir chevelu ; il s'étendit au cou. Puis une rougeur vive s'empara des parois buccale et pharyngienne. A six heures du soir, le malade se plaignit, pour la première fois, d'une difficulté de respirer ; trois heures après, il succomba (Gubler, n° 2).

b. — Dans les observations suivantes, nous voyons une infiltration aryléno-épiglottique , subordonnée plus spécialement à une pharyngite, se terminer très promptement par la mort.

Chez un homme âgé de vingt-sept ans , atteint de cachexie paludéenne et d'une inflammation aiguë du pharynx et du sommet du larynx, l'angine œdémateuse parut débuter par un accès de suffocation, et la mort arriva cinq heures après cet accès (Ponnet, n° 4J.

Un jeune homme, âgé de vingt- trois ans, était affecté d'hépatite et d'une violente inflammation phlegmoneuse du pharynx; survint un œdème laryngé mortel en seize heures (Louis n° 1).

L'angine œdémateuse fut mortelle en vingt-quatre heures chez un homme de cinquante-quatre ans , atteint d'ulcérations au pharynx (Legroux, n° 1).

c. — L'œdème fictif, ou du moins sans traces manifestes d'inflammation, se développe, dans certains cas, avec une très grande rapidité.

Un homme plus que sexagénaire s'exposa au froid et à l'humidité ; survint un œdème du sommet -du larynx mortel en vingt heures environ (Saissy, n° 4).

Un jeune homme de dix-huit ans. convalescent de fièvre gastrique et de varicelle, fut emporté en douze heures par la même affection (Langet).

Un jeune homme de vingt ans. convalescent d'une gastro-entérile aiguë, s'étant exposé au froid, succomba six heures après l'apparition des premiers symptômes laryngés (Ponnet, n'° 1).

Dans ces divers cas, on ne trouva qu'un œdème du sommet du larynx sans aucun signe d'inflammation.

d. — L'œdème du larynx , consécutif à un état d'anasarque ou de diathèse séreuse, est en général remarquable par la très grande rapidité de sa marche. Citons-en quelques exemples :

184 SYMPT0MAT0L0G1E.

Un homme âgé de cinquante-quatre ans, atteint d'une affection du cœur avec œdème du cou et des parois de la poitrine, succomba en quinze heures à un œdème du larynx (Jackson).

Chez deux jeunes sujets âgés l'un de quatorze ans, l'autre de sept ans et demi , et atteints d'anasarque scarlatineuse , l'angine œdémateuse fut mortelle, chez le premier, en douze heures (Baudelocque), et chez le second, en deux heures et demie (Barrier, n° '1).

Une petite fille de sept ans était affectée d'anasarque , à la suite d'une fièvre miliaire, lorsque apparut une angine très probablement œdémateuse qui fut mortelle en quatre heures et demie. On ne fit pas l'ouverture du cadavre (Cabernon).

Nous avons cité deux sujets atteints de cachexie paludéenne et chez lesquels une légère inflammation de la gorge fut suivie d'un œdème du larynx très promptement mortel (Peyraud, n" 2 ; — Ponnet, n° 4).

e. — Deux malades affectés d'un cancer de la langue ont succombé en peu d'heures à un œdème laryngé (Morel- Lavallée, n°* 1 et 2).

f. — Cet œdème s'est développé en quelques heures, au point d'exiger alors la bronchotomie, chez un homme atteint d'une pustule maligne dans la région parotidienne (Nélaton).

g. — Nous signalons aussi comme fort remarquable par sa marche très rapide, l'angine séro-laryngée qui survient immédiatement ou peu de temps après une plaie du cou, avec épanchement de sang dans les tissus voisins du larynx. En effet, sur deux cas de ce genre, les seuls que nous connaissions, l'œdème du larynx a déterminé la mort en une heure et en douze heures ( Bobillier, nos 1 et 2 ).

Dans un autre cas l'œdème laryngé ne survint qu'à distance assez considérable (16 jours) d'une plaie du cou, et fut mortel en dix ou douze heures (Dubreuil, n° 1).

h. — Lorsque l'angine œdémateuse est consécutive à des lésions profondes du larynx, sa durée est en général assez longue , parfois cependant elle affecte une marche excessivement rapide. Ainsi, sur 27 cas d'angine œdémateuse symptomatique de laryngite nécrosique aiguë (le plus ordinairement pendant la convalescence de la fièvre typhoïde) et de laryngite chronique, la durée a été : moins de 24 heures , 6 fois ; — • de 24 à hS heures , 4 fois ; — de 2 jours à 3 jours 1/2 , 4 fuis ; — de 6 jours à 6 semaines , 13 fois.

Sur ces 27 cas , la durée a donc été : 10 fois de 48 heures ou

moins; — et 17 fois de plus de US heures, presque toujours alors de 6 jours et au delà.

Il est important de fixer notre attention sur quelques uns des cas où cette forme de la maladie s'est terminée promptement par la mort.

Ainsi, un soldat convalescent de variole, après avoir présenté quelques symptômes en apparence peu importants du côté du larynx, fut pris, vers quatre heures du soir, d'un violent accès de suffocation; bientôt survint un peu de calme qui fit renvoyer l'opération de la bronchotomie, jugée d'abord nécessaire, mais un second accès termina brusquement les jours du malade. Outre l'œdème du sommet du larynx, on trouva une nécrose du cricoïde (Benoît, n° 5).

Un homme de vingt-cinq ans, convalescent de fièvre typhoïde, fut enlevé, en six heures environ, par un œdème laryngé également consécutif à un commencement de nécrose des cartilages du larynx (Lacaze-Duthiers).

Les observations suivantes sont relatives à la laryngite chronique.

Un homme âgé de quarante-cinq ans, atteint d'une pharyngolaryngite syphilitique, éprouva un violent accès de suffocation dans la matinée. La nuit suivante en survint un second qui emporta le malade avant qu'on eût pu lui porter secours (Szafkowski, n° 2).

Chez un soldat atteint de laryngite chronique , consécutivement à la présence d'un fragment d'os dans le voisinage du larynx , survint une laryngite aiguë suivie d'un œdème laryngé qui fut mortel en seize heures environ (Paradis).

Un domestique, âgé de trente-deux ans, était affecté de tubercules pulmonaires et de laryngite chronique; la voix, d'abord voilée, se perdit complètement , les boissons revenaient parfois par le nez. Un malin, à la visite, le malade ne présentait aucun changement notable, et cependant, deux heures après, il fut trouvé mort (Louis , n°2).

Lorsque la cavité du larynx est déjà en partie oblitérée par une végétation ou par un polype , l'œdème qui survient menace brusquement la vie du malade , comme cela a été observé chez un homme cité par M. Barth. — Signalons un autre fait :

Un homme mourut subitement dans la boutique d'un boulanger. M. le docteur Senn, de Genève, ayant été requis par l'autorité pour en faire la nécropsie, apprit qu'il avait depuis longtemps perdu la voix , qu'il avait été traité comme atteint d'une phthisie laryngée; qu'il ne pouvait avaler que des liquides, et que tout exercice violent lui était impossible; enfin, que depuis deux jours, il s'était plaint de la gorge.

SYMPTOMATOLOGIE.

— A l'ouverture du cadavre, on trouva un léger œdème des bords de la glotte et des ligaments épiglottiques. Une tumeur du volume d'une aveline , blanchâtre , fibreuse, pédiculée, prenait naissance dans le ventricule droit, qu'elle remplissait, et occupait la presque totalité de la partie supérieure du larynx , de manière à permettre à peine et avec effort l'introduction d'une très petite plume de corbeau. La membrane muqueuse du larynx était boursouflée.

En résumé , il n'est aucune des formes étiologiques de la maladie qui, dans un certain nombre de cas, ne se termine très rapidement par la mort. — Seulement cette marche très rapide est plus fréquente dans certaines de ces formes que dans d'autres. — Et, sous ce rapport, nous trouvons une très grande différence , par j exemple, entre l'angine laryngée œdémateuse subordonnée à une angine gutturale aiguë, à l'anasarque, à des plaies du cou, et l'angine œdémateuse consécutive à une laryngite chronique.

Il est digne de remarque que la durée de l'angine infiltro-laryngée est généralement plus courte lorsque le larynx n'est antérieurement le siège d'aucune lésion grave et profonde.

Ainsi, sur 39 cas d'infiltration aryténo-épiglottique liée à Yinflammation aiguë de la gorge et du larynx, à des infiltrations purulentes dans le tissu cellulaire circum- laryngé, à des plaies du cou, aYanasarque, etc., le larynx n'étant d'ailleurs atteint d'aucune lésion-antécédente , dans plus de la moitié , la durée a été moins de 24 heures, et souvent de quelques heures seulement; autrement dit, dans un peu plus des deux tiers des cas , la durée a été de , 48 heures ou moins de 48 heures.

Tandis que , comme nous l'avons vu, sur 27 cas d'angine œdémateuse symptomatique de laryngite nécrosique aiguë ou de laryngite chronique , la durée a été, dans les deux tiers environ des cas, de plus de 48 heures, et presque toujours de 6 jours et au delà.

Ne devons-nous pas attribuer, en grande partie, cette remarquable différence à ce que l'infiltration aryténo-épiglottique se développe d'autant plus rapidement que la phlegmasie qui lui donne naissance est à la fois etplus aiguë et plus étendue. — ■ Or ces deux conditions se rencontrent dans les cas d'angine gutturale et de laryngite aiguë;

— tandis que, dans la laryngite chronique, l'inflammation non seulement est chronique , mais souvent, en outre, bornée à un très petit espace. — Et si l'œdème qui surprend un larynx sain dans

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