‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 83 sur 150 · ARTICLE IV. — DIAGNOSTIC DANS LU CAS DE PLAIES DU COU · texte numérisé non relu

ARTICLE IV. — DIAGNOSTIC DANS LU CAS DE PLAIES DU COU

Lorsqu'une plaie intéresse Ja région supérieure et antérieure du cou, sans pénétrer dans le larynx, une suffocation, très rapidement croissante, peut être occasionnée : par l'infiltration d'une certaine quantité de sang dans les replis aryténo-épiglottiques ; — par l'œdème de ces mêmes replis (voyez Etiologie, chap. IV, § vj, b.) ; par des caillots de sang stationnant dans l'arrière- gorge, ou se projetant dans le vestibule du larynx, ou comprimant la trachée-artère, — et aussi par la chute de Vépiglotte sur le sommet du larynx. — Citons un exemple de ces deux derniers accidents.

Une femme âgée de vingt-deux ans avait essayé de se suicider en se coupant la gorge avec un couteau de table. La plaie ne pénétra pas jusque dans le larynx. Un médecin appelé aussitôt , ne voyant aucun vaisseau à lier, rapprocha les bords de la plaie par la suture. Un peu plus tard , une hémorrhagie étant survenue, on enleva l'appareil et l'on appliqua des réfrigérants qui suspendirent l'écoulement sanguin pendant environ une demi-heure. — Mais alors survint une grande difficulté de respirer accompagnée de toux ; un peu plus tard , second accès de suffocation qui menaçait la vie de la malade. — Le docteur Liston (1) reconnut heureusement que cette dyspnée tenait à la présence d'un volumineux caillot de sang dans la plaie elle-même et qui comprimait la partie supérieure de la trachée-artère. Ce caillot fut enlevé avec le doigt, et les accidents cessèrent immédiatement.

Un homme , dans un accès de délire, essaie de se donner la mort et se coupe la gorge avec un rasoir. M. le docteur Houston (2) le vit environ dix minutes après et le trouva presque sans vie. — L'instrument vulnérant avait pénétré entre l'os hyoïde et le cartilage thyroïde et les avait séparés si complètement, que le premier avait été entraîné dans la bouche par la langue. Le pharynx était entièrement ouvert, et ïépiglotte, séparée de la langue et de /'os hyoïde, était restée suspendue par son pédicule au cartilage thyroïde. Les carotides avaient été préservées de l'instrument, et l'hémorrhagie était très peu abondante. — Dès lors, il était difficile de se rendre compte d'une mort aussi subite ; il était évident toutefois que tous les symptômes observés étaient ceux i de l'asphyxie, mais la cause en restait inaperçue, lorsque M. Houston, j ayant introduit son doigt dans la plaie, trouva, à sa grande surprise, que

(1) The Lancet ; — Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1837, t. VIII, p. 562.

(2) The Dublin hospital reports, 1830, t. V, p. 315 ; — Archives, série, t. XXV, p. 548.

l'épiglotte, en partie séparée, était renversée sur l'ouverture supérieure du larynx et empêchait complètement l'introduction de l'air dans les poumons. Il souleva ce corps étranger ; aussitôt la poitrine commença à se dilater, la respiration se rétablit, le cœur et le pouls recommencèrent à battre, et le sentiment revint. A chaque inspiration, la colonne d'air tendait à faire reprendre à l'épiglotte sa dangereuse position, et il était nécessaire d'une certaine force pour la maintenir élevée. Son sommet fut rapproché du bord du cartilage thyroïde et fixé à sa surface antérieure par un point d'aiguille... Le malade mourut environ une semaine après d'un érysipèle au cou. — Blandin (1) avait déjà signalé la possibilité de l'accident observé par le docteur Houston.

En supposant un cas analogue au précédent, avec cette différence cependant que la respiration continuât à s'exercer, quoique d'une manière incomplète, le blessé, conservant d'ailleurs sa sensibilité et la faculté de parler : — il est très probable qu'on verrait alors apparaître plusieurs symptômes semblables à ceux de l'angine laryngée œdémateuse ; ainsi, il y aurait de la toux, le malade accuserait la sensation d'un corps étranger dans l'arrière-gorge, s'opposant au passage de l'air; l'inspiration serait excessivement difficile, débutant par un bruit de claquement ou de soupape, et s'accompagnant d'un sifflement aigu ; puis Y expiration serait facile et insonore.

Ici le diagnostic différentiel serait essentiellement établi à l'aide de l'exploration du fond de la plaie et aussi du sommet du larynx.

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