ARTICLE III. — ÉLÉMENTS TIRÉS DE L'ÉTUDE DES SYMPTÔMES DE LA MALADIE
§ I. — Symptômes fâcheux.
Toutes choses égales d'ailleurs, plus le rétrécissement du larynx est considérable, plus aussi le péril est grand; par conséquent les symptômes auront d'autant plus de gravité qu'ils indiqueront une difficulté plus grande du passage de l'air à travers le larynx.
Sous ce rapport, nous signalons comme très fâcheux, un sifflement intense au moment de l'inspiration ; — certains bruits insolites de beuglement, de rugissement, de gémissements semblables à ceux d'un animal qu'on égorge ; — la position forcément assise du malade, le tronc droit et roide, la tête fortement portée en arrière, les bras tendus en avant et les mains cramponnées aux objets voisins; — certains gestes du malade qui frappe violemment son lit, ou cherche à arracher avec la main le corps étranger qui le suffoque et dont le volume lui paraît considérable; la brusquerie avec laquelle il quitte son lit et court en insensé dans sa chambre; — Y altération des traits du visage exprimant la terreur, la fureur ou le désespoir ; la coloration violacée de la face; sa teinte livide ou sa couleur plombée , les lèvres restant violacées; — une dyspnée continue et rapidement croissante ou à laquelle succèdent de violents accès de suffocation; ou bien encore de violents accès de suffocation auxquels succède une dyspnée continue et croissante ; des accès d'orthopnée prolongés ou rapprochés; et surtout un calme subit et profond avec assoupissement et hébétude succédant à une dyspnée intense et qui n'est souvent que l'avant-coureur de la mort. — Signalons aussi la faiblesse de la toux, en même temps que l'on entend des mucosités s'accumuler dans les voies respiratoires; toux d'autant plus faible que l'inspiration est moins profonde et moins complète , et que le malade est plus débilité ; — la faiblesse du murmure vésiculaire des poumons d'autant plus marquée que le rétrécissement du larynx est plus considérable; — l'extinction complète de la voix.
Si la difficulté extrême de la déglutition est indépendante de l'engorgement inflammatoire de l'isthme guttural, elle est d'un fâcheux pronostic, car souvent elle indique une infiltration considérable de l'épiglotte et des replis aryténo-épiglottiques ; souvent en outre la dysphagie s'oppose à l'administration des remèdes.
La petitesse, l'irrégularité du pouls, — le refroidissement du corps qui se couvre d'une sueur visqueuse sont du plus fâcheux augure.
Quant à la fièvre, nous ne pouvons rien dire de général, puisque souvent elle existe ou manque dans les formes les plus bénignes comme dans les formes les plus graves de la maladie. I' On sait que les facultés intellectuelles se conservent presque toujours intactes jusqu'au moment fatal.
On doit attacher ici une grande importance à l'examen des forces du malade ; en général, plus la faiblesse est grande, plus le pronostic est grave.
Mais un symptôme sur lequel nous croyons devoir insister quelques instants, est la gêne de l'expiration, en sorte qu'on ne trouve plus de contraste entre la facilité de l'expiration et la difficulté de l'inspiration. — Or* l'issue de la maladie est beaucoup plus souvent fâcheuse, lorsque Y expiration est difficile, que lorsqu'elle est libre et facile, l'inspiration restant d'ailleurs fort gênée.
En effet, lorsque Y expiration a été difficile, la maladie ne s'est terminée par la guérison que dans le treizième des cas. — Lorsque, au contraire, Y expiration a été facile, l'issue de la maladie a été heureuse chez le tiers environ des sujets.
Pourquoi ce symptôme, expiration difficile, est- il si grave? C'est que toutes les fois qu'il s'est présenté, Yintérieur du larynx était le siège de profondes lésions, lesquelles n'ont existé, au contraire, que dans la moitié seulement des cas où Yexpiration a été facile. — Or, nous avons vu pourquoi les lésions internes du larynx, s'ajoutant à l'infiltration aryténo-épigloltique, aggravent si notablement la position des malades.
§ ZI. — Symptômes favorables.
Les symptômes favorables sont les suivants : la respiration est moins gênée; — le sifflement laryngé diminue ou disparaît; — le malade peut se tenir plus ou moins longtemps couché, sans crainte
d'après les signes physiques. 2i\ 9
incessante de suffocation ; — il peut même de temps en temp9 se livrer au sommeil ; — le corps étranger, qui semble arrêté dans l'arrière-gorge, gêne moins la respiration et diminue de volume; — la face est moins altérée dans son expression et dans sa couleur; — les accès de suffocation s'éloignent et s'adoucissent ; — le murmure respiratoire reparaît ou devient plus intense; — la toux chasse plus facilement les mucosités des conduits respiratoires; — la voix est moins voilée et le malade peut se faire entendre; — la déglutition est moins difficile ; — le pouls et les forces se relèvent et la chaleur se rétablit.
Parfois, mais très rarement, le pus se réunit en foyers dans l'épaisseur des replis supérieurs du larynx, et ces foyers s'ouvrent passage au dehors; si donc, un malade, affecté d'angine infiltrolaryngée inflammatoire que tout porte à croire s'être terminée par abcès, rejette de la matière purulente, ce symptôme sera du plus heureux pronostic, et ne tardera pas à être suivi d'une amélioration rapide, si réellement il se lie à l'évacuation d'un abcès aryténoépiglottique.
article iv. — exploration du cou , des replis aryténoépiglottiques , de l'épiglotte et de l' arrière-bouche.
La tuméfaction considérable du cou est d'un fâcheux pronostic, en ce sens surtout qu'elle rend difficile ou impossible l'emploi de plusieurs agents thérapeutiques, et qu'elle s'oppose parfois à la bronchotomie, ou qu'elle en aggrave les difficultés et les dangers.
Si l'on pouvait facilement et sans inconvénient constater, plusieurs fois dans le cours de la maladie, à l'aide du loucher, l'épaisseur des bourrelets, et, par conséquent, le degré de rétrécissement de l'orifice supérieur du larynx, on rendrait au pronostic d'importants services. — Malheureusement ce mode d'exploration est souvent fort difficile et même dangereux, en déterminant de violents paroxysmes de suffocation; aussi ne peut- il en général servir qu'au ! diagnostic de l'affection. — Rappelons cependant que plusieurs fois i déjà on a pu constater, de cette manière, l'augmentation, la diminution et la disparition du gonflement des replis et surtout de l'épiglotte , avant comme après l'emploi de certains agents de traitement. (Voy. page 159.)
Le degré d'infiltration de Yépiglotte, organe que parfois la vue et plus souvent le loucher peuvent explorer, étant assez généralement en rapport direct avec la. tuméfaction des replis aryténoépiglottiques, on portera un pronostic d'autant plus fâcheux que l'œdème de cet opercule sera plus considérable. — Et l'on sera d'autant plus fondé à juger ainsi, que l'épiglotte, lorsqu'elle est tuméfiée à un haut degré, contribue par elle-même à gêner la respiration et peut même déterminer l'asphyxie.
V œdème de t 'arrière-bouche peut-il, par sa présence ou par son absence, servir au pronostic de la maladie? Nous avons reconnu par l'examen des faits que la présence de cet œdème de l'arrièrebouche ne modifie point sensiblement le pronostic général de l'affection. On peut l'expliquer en remarquant que cet œdème manque ou existe dans certaines formes également graves, — et qu'il se présente assez souvent dans la forme la moins dangereuse de la maladie.
Mais l'œdème de l'arrière-bouche est d'un pronostic fâcheux, dans l'angine laryngée œdémateuse consécutive à Yanasarque, ou à la diathèse séreuse, car il indique presque constamment que Yintérieur même du larynx est également atteint d'œdème, — Tandis que dans le cas d'angine œdémateuse symptomatique d'mflammation aiguë de la gorge, l'œdème de l'arrière-bouche n'a plus l'importance que nous venons de lui assigner, parce que dans cette forme il n'indique point, en général, la présence de l'œdème inlra-laryngé.