ARTICLE II. — ÉLÉMENTS TIRÉS DE L'ÉTUDE DES CAUSES DE L'AFFECTION
Les circonstances qui ont le plus d'influence sur la mortalité de l'angine infiltro-laryngée sont:
242 PËONOSTIC.
La maladie qui sert de point de départ à l'infiltration des replis aryténo-épiglotliques ;
L'état sain ou déjà malade du larynx ;
L'état de santé, de convalescence ou de maladie du sujet , au moment où il est atteint de l'infiltration laryngée.
Examinons séparément ces diverses influences; plus tard nous étudierons celles du sexe et de l'âge.
§ I. — Point de départ de l'infiltration.
La mortalité diffère suivant le point de départ local de l'affection,
a. — Ainsi l'infiltration laryngée subordonnée à Y inflammation aiguë et simple de la gorge est la forme de toutes la moins dangereuse. — Mais nous avons à distinguer ici l'état antécédent des malades et le degré d'intensité de l'inflammation gutturale.
Lorsque cette plilegmasie esl survenue chez des sujets d'ailleurs bien portants :la moitié d'entre eux ont guéri. Et même la guérison s'est élevée aux 3/4, lorsque l'inflammation de la gorge a été légère ou peu intense. Elle n'a plus été représentée que par 1/6, lorsque l'inflammation était très intense.
Lorsque l'angine œdémateuse a été liée à la même inflammation gutturale, mais pendant la convalescence, ou dans le cours de maladies diverses, d'ailleurs étrangères au larynx, la guérison a été de 1/4 environ. (Remarquable différence entre cette variété et la précédente, où la guérison a été de la moitié et même des 3/4.) — Ajoutons que toutes les fois que la plilegmasie gutturale a été intense, l'issue de l'affection a été funeste !
Et maintenant si nous réunissons en un seul groupe tous les cas où i'angine infiltro-laryngée a été subordonnée à une inflammation aiguë et simple de la gorge , quel quait été l'état antécédent des sujets, nous trouvons que la guérison a été représentée par 3/5 environ. • — Lorsque l'inflammation gutturale a été légère ou de moyenne intensité, la guérison a été de 3/7 ; tandis qu'elle n'a plus été que de 1/9, lorsque cette plilegmasie était intense.
b. — L'œdème laryngé ayant été consécutif à la laryngite criconécrosique aiguë chez 14 sujets, dont 12 étaient convalescents de fièvre typhoïde, la mort a eu lieu dans ces 14 cas, sans exception ; — malgré la bronchotomie pratiquée plusieurs fois.
c. — Lorsque l'angine œdémateuse a été sy Diplomatique de
d'après les circonstances étiologiques. 243 laryngite chronique, la mortalité a été des 3/4 environ. — La bronchotomie a très souvent alors échoué.
Mais la nature de la laryngite chronique a exercé ici une remarquable influence. — Ainsi, tandis que la mortalité a été de 3/5 environ, dans le cas de laryngite syphilitique , — elle s'est élevée à 6/7 chez les tuberculeux.
d. — La mortalité a été des 3/4 environ, lorsqu'un engorgement inflammatoire des glandes voisines du larynx a coopéré au développement de l'œdème laryngé.
e. — Quant à l'infiltration aryténo-épiglottique consécutive: ah laryngite superficielle, chez des sujets convalescents ou encore malades; — à Y inflammation pseudo-membraneuse ou réellement gangreneuse de la gorge ou du larynx; — à la laryngite chronique avec tumeurs et dégénérescences intra-laryngées ; — à Xinfiltration purulente, gangréneuse ou sanguine du tissu cellulaire extérieur au larynx ; — à la présence de tumeurs cancéreuses ou tuberculeuses, — ou d'une pustule maligne dans les environs du larynx. — Dans tous ces cas, la mort a eu lieu, sans exception aucune.
§ II. — État sain oa antécédemment malade du larynx.
La mortalité de l'angine œdémateuse est beaucoup moins considérable si le larynx est sain que s'il est déjà affecté de lésions profondes, au moment du début de l'œdème.
Ainsi elle a été des 2/3 environ dans le premier cas, et la bronchotomie a souvent réussi ; — tandis que, dans le second cas, elle s'est élevée à la proportion de 5/6 ; et la bronchotomie a presque toujours échoué.
Pourquoi la mortalité est-elle si considérable lorsque l'angine œdémateuse surprend le larynx, atteint déjà de lésions profondes? Les circonstances suivantes nous l'expliquent, en grande partie du moins : l'air rencontre souvent des obstacles multiples à son passage à travers le larynx; ce sont non seulement les bourrelets ; aryténo-épigloltiques, comme dans tous les cas d'angine œdémateuse , mais encore, parfois, l'épaississement chronique des cordes vocales, des abcès, des tumeurs organiques; c'est l'œdème intra-laryngé qui , ainsi que nous l'avons reconnu, se développe fréquemment alors. -~ La lésion plus ou moins profonde ou
2kk PRONOSTIC.
ancienne du larynx entretient l'œdème auquel elle a donné naissance; elle est en outre fort difficile à guérir, du moins avec une certaine promptitude, et très souvent même elle est presque audessus des ressources de l'art ; — souvent elle est accompagnée de diverses autres lésions des tissus voisins; — et presque toujours elle se lie elle-même à un état morbide général, humoral ou dynamique (affections typhoïde, tuberculeuse, syphilitique, cancéreuse ; affaiblissement, prostration, etc.).
11 en est en général tout autrement lorsque le larynx est sain, avant l'invasion de l'œdème; alors, en effet, on n'a guère à surmonter qu'un seul obstacle au passage de l'air; — la phlegmasie aiguë, qui, dans un grand nombre de cas, a servi de point de départ à l'œdème, peut être combattue avec avantage; — et, très souvent aussi, le malade jouissait d'une bonne santé et avait conservé toutes ses forces, lorsque l'angine œdémateuse s'est développée.
§ III. — État antécédent de santé , de convalescence ou de maladie
du sujet.
La mortalité est différente, suivant Y état antécédent de santé, de convalescence ou de maladie.
Ainsi lorsque les sujets étaient en pleine santé , au moment de l'invasion de l'angine œdémateuse, la mortalité n'a été que 1/2, et la bronchotomie a très souvent réussi. — Tandis que la mortalité a été de 5/6 environ pour les sujets qui étaient convalescents ou déjà malades; et la bronchotomie a presque toujours alors échoué.
Il est à remarquer que la mortalité a été plus considérable chez les convalescents que chez les sujets déjà malades, dans la proportion de 7/8" à 4/5cs. — Pour expliquer cette différence qui, au premier abord, a lieu de surprendre, nous dirons que parmi les premiers, les convalescents de fièvre typhoïde étaient en proportion considérable.
Nous nous rendons compte de la haute gravité de l'angine œdémateuse chez des sujets convalescents ou déjà malades , en remarquant que parmi eux il en est un grand nombre dont le larynx est le siège de graves lésions au moment du début de l'œdème. — En outre, si l'angine œdémateuse est fort dangereuse par elle-même, combien le danger ne sera-t-il pas plus grand encore, s'il s'ajoute à celui qui accompagne plusieurs des maladies dans lecours desquelles cette angine se développe (fièvre typhoïde, variole, pleuro-pneumonie, affee-
D'APRÈS LKS CIRCONSTANCES ÉTIOLOG1QUES. 2k5
lions organiques du cœur, cachexie tuberculeuse, cancéreuse, paludéenne, etc.) — Signalons aussi et très particulièrement, l'affaiblissement ou la prostration qui accompagne certaines convalescences, certaines maladies, en sorte que la suffocation qui survient au milieu de si graves circonstances doit être presque nécessairement mortelle. — Disons enfin que très souvent alors l'angine œdémateuse apparaissant comme un accident presque ultime, toute médication est jugée inutile.
Si nous passons rapidement en revue les principales maladies étrangères au larynx, à la gorge et aux tissus voisins, dans le cours ou pendant la convalescence desquellesl'angine œdémateuse s'est développée, nous arrivons aux résultats suivants:
Toutes les fois que l'angine œdémateuse est apparue dans le cours ou pendant la'convalescence de la pneumonie ; — d'une maladie organique du cœur; — de Yanévrisme de l'aorte ; — de Yérysipèle de la face; — de la variole ; — de V hépatite; — de la péritonite; — de la cachexie paludéenne , scorbutique ou cancéreuse; — à la suite des plaies du cou, — ou chez des convalescents de fracture. Dans tous ces cas la mort a eu lieu ; pas un seul d'entre eux ne s'est terminé par la guérison.
Tous les sujets atteints d'angine œdémateuse dans le cours ou pendant la convalescence de la fièvre typhoïde ont succombé ; à l'exception d'un seul qui, dix-sept mois après la bronchotomie, respirait encore par la canule. — Il est cependant deux sujets que nous devons considérer à part. L'un était convalescent de fièvre typhoïde , mais il ne nous est pas parfaitement démontré qu'il y ait eu chez lui angine œdémateuse ; il succomba quarantequatre jours seulement après la bronchotomie. L'autre sujet guérit sans bronchotomie, et il y avait réellement angine laryngée œdéma teuse ; mais nous ne savons pas précisément si le typhus fever dont il était affecté était bien notre fièvre typhoïde. ( Voy. Traitement par les scarifications, Gordon-Buck.)
L'angine œdémateuse est survenue chez 18 individus affectés de tubercules pulmonaires ; la mort a eu lieu 15 fois; un amendement notable de l'œdème laryngé a été signalé une fois, et la guérison de cet œdème a eu lieu 2 fois.
L'œdème laryngé développé chez h sujets affectés iïanasarque
scarlatineuse ne s'est terminé par la guérison qu'une seule fois.
Enfin, l'angine œdémateuse ayant surpris 19 individus affectés d'anasarque, d'épanchements séreux, de cachexie séreuse, la guérison n'a eu lieu qu'une seule fois.
Terminons ce paragraphe en faisant remarquer que la mortalité a été assez généralement en rapport direct avec la gravité de l'état antécédent.
§ IV. — Age et sexe.
La mortalité de l'angine infiltro-laryngée est différente suivant
l'âge et le sexe des malades.
Chez les enfants la mortalité a été de. . . kf%.
De 10 à 20 ans 6/7.
De 20 à 30 ans 9/10 environ.
De 30 à 40 ans 1/2 environ.
De 40 à 50 ans 1/2 environ.
De 50 à 60 ans 5/6 environ.
De 60 à 77 ans 6/7 environ.
C'est-à dire que:
De 10 à 30 ans la mortalité a été de. 8/9.
De 30 à 50 ans 1/2.
De 50 à 71 ans 5/6.
Ainsi la mortalité a été beaucoup moins considérable de 30 à 40 et de 40 à 50 ans (1/2) — que de 50 à 71 ans (5/6), — et surtout de 10 à 30 ans où elle a offert son maximum (8/9).
Notons très particulièrement la brusque transition qu'elle a présentée entre la période de 20 à 30 ans (où elle a été de 9/10) — et la période de 30 à 40 ans (où elle n'a plus été que de 1/2).
L'angine infiltro-laryngée est plus grave chez Y homme que chez la femme. — Ainsi la mortalité a été, chez le premier, de 4/5 environ; tandis que, chez la femme, elle n'a plus été que de 3/5 environ. — La bronchotomie a échoué beaucoup plus souvent chez l'homme que chez la femme.
Nous trouvons la cause essentielle de ces remarquables différences dans la fréquence inégale des formes graves ou bénignes del'affec-
d'après les symptômes. 267 tion chez les sujets d'âge et de sexe divers, comme il est facile de s'en assurer en jetant un coup d'œil sur plusieurs paragraphes de l'étiologie (p. 127, 129) et sur l'art. II, § i, de la partie que nous traitons.