ARTICLE II
Si- Fondé que nous sommes sur des observations plus nombreuses que celles qui ont été invoquées par les auteurs précédents, nous formulons les propositions suivantes, qui sont, en quelque sorte, le i résumé des considérations auxquelles nous nous sommes livré en | étudiant Yétiologie de la maladie.
1° La nature de l'infiltration des replis aryténo-épiglottiques est loin d'être toujours la même. — Sous le nom d'angine laryngée œdémateuse on a compris plusieurs espèces de lésions ; et s'il est | utile de les réunir par leurs caractères communs, il n'est pas moins utile d'en reconnaître les caractères différentiels.
(1) Journal de la Société de méd. prat. de Montpellier, 1844, t. IX, p. 1.
2° Tantôt l'infiltration est inflammatoire. Et nous ne parlons pas de la nature du liquide infiltré, mais de la lésion qui a présidé à sa formation et quel qu'ait été le mécanisme de celle-ci ; nous comprenons même le cas où la phlegmasie bornée à quelque partie du larynx aurait déterminé l'oblitération des veinules qui ramènent le sang des replis aryténo-épigloltiques. — L'inflammation, point de départ de l'infiltration, a pour siège le larynx lui-même, le pharynx, la gorge et parfois les tissus voisins du larynx et extérieurs à cet organe* — Elle est aiguë, sub-aiguë ou chronique. — Elle varie ellemême dans sa nature, circonstance très importante à noler pour le traitement de l'infiltration qui lui est consécutive. — Le liquide infiltré est de la sérosité pure, de la sérosité purulente ou du pus.
3° D'autres fois l'infiltration est dénature non inflammatoire: Laissant de côté un cas (1) où cette infiltration était formée par du sang (il s'agissait d'une variole hémorrhagique ) ; — nous avons vu (2) l'œdème du sommet du larynx survenir deux heures après une plaie du cou avec extravasation de sang dans le tissu cellulaire de cette région. Cet œdème ne peut, ce nous semble, être considéré comme réellement inflammatoire.
L'œdème du sommet du larynx est apparu chez plusieurs enfants atteints d'anasarque scarlatineuse (3). Or, chez deux de ces sujets, la nécropsie, faite avec le plus grand soin, n'a découvert qu'un œdème pur et simple, sans aucune trace d'inflammation superficielle ou profonde du larynx ni des parties voisines. La sérosité contenue dans les bourrelets était transparente et liquide; elle s'écoulait à la simple section des tissus et sous une faible pression ; elle n'avait ni la consistance gélatineuse, ni Taspect purulent qu'on lui trouve ordinairement dans les cas de laryngite. — Dira-t-on qu'une phlegmasie légère du sommet du larynx a été la cause déterminante de l'œdème et qu'elle a disparu après la mort? Mais aucune circonstance ne porte à croire, ni à plus forte raison ne prouve que cette inflammation ait existé. Ajoutons que, dans l'un des deux cas dont il est question, l'auteur dit positivement qu'il
(1) Étiologîe, chap. II, % xvu, p. i\k.
(2) Id., chap. IV, § vi, p. 138.
(3) Id., chap. II, §xv, p. 110 et 111.
n'y avait aucune inflammation antérieure soit du larynx, soit de la gorge. — Remarquons que l'œdème avait aussi envahi les parois de l'arrière-bouche, qui ne présentaient cependant non plus aucune trace de phlegmasie ; qu'il avait également atteint le cerveau, les ! poumons, des anciennes brides celluleuses situées entre les plèvres I costale et pulmonaire, ainsi que la membrane muqueuse de l'intes- I tin elle tissu cellulaire sous-jacent à cette membrane; et qu'enfin ! les grandes séreuses étaient remplies de sérosité limpide. — Four- I quoi donc la sérosité n'aurail-elle pas aussi envahi le (issu cellulaire S assez lâche et abondant des replis aryténo-épiglottiques? Et où serait la nécessité d'admettre qu'elle n'a pu le faire qu'à l'aide d'une phlegmasie?
Guersant et M. Blache ont vu quelques sujets, appartenant au jeune ; âge, offrir, à l'ouverture cadavérique, une infiltration générale des tissus à laquelle participait également le tissu cellulaire sousmuqueux du larynx ; cette hydropisie avait paru comme un phé- ! nomène ultime, étendu , pour ainsi dire, à l'économie entière. — La même observation a été faite sur des enfants nouveau-nés par Billard et par nous-même, lorsque nous remplissions les fonctions d'interne à l'hospice des Enfants trouvés.
Rappelons aussi l'expérience que nous avons pratiquée sur le cadavre, et dans laquelle nous avons vu l'œdème des replis aryténoépiglottiques et des cordes vocales inférieures apparaître sous l'in- I fluence d'une injection aqueuse dans la carotide. (Voyez Anatomie pathologique, p. 29.)
Nous avons cité plusieurs cas de tumeurs organiques développées au cou (1), parfois avec pénétration de la matière encéphaloïde dans une jugulaire ou avec destruction de ce vaisseau, et accompagnées d'un œdème du larynx, qui affectait plus spécialement le côté de cet organe correspondant à la tumeur; — dans J'un de ces cas, l'œdème avait envahi aussi les parois internes de la bouche qui, d'ailleurs, n'étaient le siège d'aucune phlegmasie. — Sans nier l'influence que le foyer inflammatoire, constitué par la tumeur organique, a pu exercer sur le développement de l'œdème laryngien, nous ne pouvons cependant méconnaître ici le rôle important qu'a joué X oblitération des veines.
(1) Étiologie, chap. I, § m, p. 96,
260 NATtRi".
Nous avons signalé (1) l'observation d'un homme atteint d'anasarque par affection du cœur, puis d'œdème du larynx. A l'ouverture cadavérique, ou n'a pas trouvé la moindre trace de phlegmasre dans cet organe ni dans les tissus voisins. Tout au plus avons-nous pu vaguement soupçonner ici la coopération d'une irritation de la gorge et du sommet du larynx, par suite de l'administration de certains médicaments.
Enfin nous devons rappeler, quoique s'éloignanl sous plusieurs rapports des observations précédentes (2), quatre autres faits cités par les docteurs Saissy, Finaz et Ponnet, et concernant deux hommes bien portants et deux sujets convalescents, l'un d'une « gastroentérite aiguë, » l'autre d'une « fièvre muqueuse intermittente, » tous quatre atteints d'œdème laryngé, et à l'ouverture cadavérique desquels on n'a trouvé dans les bourrelets que de la sérosité pure, sans trace de phlegmasie dans le larynx ni dans les tissus environnants. Trois de ces sujets s'étaient exposés au froid et à l'humidité. — Y a-t-il eu ici hypercrinie simple, œdème actif sans inflammation réelle? Ou bien cette inflammation aurait-elle existé pendant la vie, mais à un faible degré, pour disparaître après la mort? Cette dernière hypothèse nous paraît plus vraie que la première, eu égard à la cause extérieure qui a agi sur trois de ces malades, et à la difficulté d'expliquer la formation d'un œdème simple , non inflammatoire, uniquement borné à une si petite étendue et sans oblitération des veines correspondantes.
k° Mais il est une forme d'angine infiltro-laryngée qui mérite aussi notre attention, c'est celle qui reconnaît — à la fois — deux éléments pathogéniques : d'une part, l'inflammation du larynx, de la gorge ou des tissus voisins ; de l'autre, un état plus ou moins avancé de diathèse séreuse. — Tantôt ces deux éléments paraissent jouer un rôle également important dans la production de l'œdème du larynx; tantôt l'un semble l'emporter sur l'autre, distinction utile à établir, lorsqu'il s'agit du traitement. — Ainsi nous avons cité (3) un assez grand nombre de cas où l'angine œdémateuse ne s'est développée, chez des sujets atteints d'anasarque, d'hydropisie
(1) Étiologie, chap. II, § vm, p. 103.
(2) Je/., chap. I, § 11, p. 81.
(3) Id,, chap, II, $ xxvi, p. 122.
des grandes séreuses, ou de diathèse séreuse, que consécutivement à l'apparition d'une laryngite ou d'une gutturo-pharyngile aiguë; puis, un autre cas où l'angine œdémateuse n'est apparue, chez un sujet atteint de laryngite chronique , qu'après le développement d'une anasarque et d'un épanchement séreux.
En résumé, X œdème du sommet du larynx est le résultat : D'une phlegmasie aiguë, sub-aiguë ou chronique du larynx, de
la gorge ou des tissus voisins, sans coopération de diathèse séreuse; D'une phlegmasie aiguë, sub-aiguë ou chronique du larynx, de
la gorge ou des tissus voisins, avec coopération d'une diathèse
séreuse plus ou moins avancée; — dans ces deux cas, il y a hydro-
phlegmasie.
D'autres fois l'œdème des replis supérieurs du larynx est simple, non inflammatoire; il reconnaît la même cause que celle qui donne lieu à l'anasarque, aux épanchements séreux, à la diathèse séreuse dont le sujet est actuellement atteint; ou bien encore, très probablement, un obstacle local à la circulation veineuse du cou. — Il y a hydropisie proprement dite.
L'œdème du larynx est parfois subordonné à la présence du sang tout récemment extravasé dans le voisinage du larynx; c'est là un œdème d'une nature spéciale.
Peut-être, dans certains cas, l'œdème du larynx résulte-t-il d'une hypercrinie active, avec irritation simple et non manifestement inflammatoire de la membrane muqueuse de la gorge ou du sommet du larynx.
C'est ainsi qu'on voit l'œdème des paupières survenir : presque immédiatement après un épanchement, traumatique ou non, de sang dans les tissus voisins; — à la suite de l'exposition à un courant d'air, sans que ces organes présentent les caractères manifestes de l'inflammation; — lorsqu'un furoncle s'est développé dans leur voisinage;— lorsqu'une phlegmasie aiguë ou chronique occupe la peau ou la membrane muqueuse de ces replis ; — dans le cas d'œdème de la face, par obstacle à la circulation veineuse du cou ; — ou bien encore dans le cours d'une anasarque par maladie du cœur, par affection de Bright, ou à la suite de la scarlatine, etc.
Mais que l'œdème laryngé soit ou non inflammatoire, il est un élément que nous ne devons pas omettre de signaler ici, c'est Y été-
ment spasmodique , auquel nous attribuons en grande partie les accès de suffocation qui surviennent si fréquemment dans le cours de cette affection.
Et maintenant, dans quelles proportions l'angine infiltro-laryngée est elle ou non de nature inflammatoire? Nous répondons à cette question par les trois propositions suivantes, fondées également sur les faits nombreux que nous avons exposés en étudiant l'étiologie de l'affection,
1° Le plus ordinairement l'infiltration laryngée est inflammatoire : en effet, sur 19i observations, 157 fois nous avons positivement constaté la présence d'une inflammation aiguë, sub-aiguë ou chronique de la gorge, du pharynx ou du larynx; — quant aux 37 autres observations, il ne nous est nullement démontré, bien loin de là, que la phlegmasie dont nous parlons ait toujours manqué ; et plusieurs fois un foyer inflammatoire a certainement existé à Y extérieur, dans le voisinage du larynx (1) .
2° Très rarement l'œdème des replis supérieurs du larynx est indépendant de toute phlegmasie et constitue un phénomène purement hydropique (2).
Cette très grande rareté de l'œdème simple du larynx nous paraît due principalement aux circonstances suivantes : le tissu cellulaire des replis aryténo-épiglottiques, pour être lâche et abondant, n'offre pas cependant ces deux caractères à un très haut degré; — les malades succombent avant que l'anasarque ou la diathèse séreuse ait gagné le tissu cellulaire de ces replis; — peut-être aussi la pression que l'air, à son passage par le larynx, au moment de l'inspiration et de l'expiration, exerce sur les replis aryténo-épiglottiques en particulier, prévient-elle l'œdème de leur tissu, comme on voit un bandage roulé préserver un membre de l'œdème, lorsque les autres membres et le tronc en sont atteints.
3° Mais assez souvent deux éléments se combinent pour produire l'infiltration du larynx : c'est une phlegmasie locale, — c'est aussi un état d'anasarque ou de diathèse séreuse.
(1) Étiologie, Récapitulation et Conclusions, p. 1£2 et ikh.
(2) ld., chap. II, § xxvi, p. 122.