‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 94 sur 150 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Exposons d'abord succinctement les diverses opinions des auteurs à cet égard.

« L'angine laryngée œdémateuse, dit Bayle (Mémoire, p. 8), est primitive et essentielle, ou consécutive et symptomatique .. . Quand cette angine est primitive, elle paraît tenir à une affection catarrhale ou inflammatoire du larynx ; quand elle est consécutive, elle dépend tantôt d'un abcès placé dans le larynx ou aux environs, tantôt d'une ulcération dans le larynx, avec ou sans carie, tantôt d'une phthisie laryngée simple ou compliquée ; et quelquefois enfin elle est la suite d'une autre maladie aiguë ou chronique, qui a déterminé l'œdème des bords de la glotte en irritant cette partie... . » Quand l'affection est primitive, les causes occasionnelles « sont en générai toutes celles des maladies inflammatoires et catarr haies, agissant chez un individu prédisposé à une irritation du larynx (p. 9) . »

Ainsi Bayle considère l'œdème laryngé comme lié à une phlegma* sie aiguë et catarrhale du larynx ou à diverses altérations profondes et également phlegmasiques de cet organe ; nulle part il n'indique cet œdème comme manifestement indépendant de toute inflammation, de toute irritation. — Que deviennent dès lors les reproches adressés à Bayle par plusieurs auteurs, qui se sont, pour la plupart, copiés les uns les autres d'une manière réellement déplorable? Évidemment ils tombent devant l'examen des écrits de cet illustre médecin. — Nous nous permettrons cependant une seule remarque : L'expression angine laryngée œdémateuse essentielle, dont Bayle

s'est servi pour caractériser Tune des espèces de cette affection, est inexacte, car on ne peut pas dire d'un œdème subordonné à une phlegmasie aiguë, qu'il soit essentiel. C'est peut-être celte expression qui a entraîné plusieurs auteurs à attribuer à Bayle une opinion qui n'était réellement. pas. la. sienne.

M. Tuilier n'a point considéré, ainsi que quelques auteurs le lui ont reproché, l'angine laryngée œdémateuse comme toujours essentielle, puisque parfois, dit-il, l'infiltration du larynx est séropurulente. -

« Je ne prétends pas, dit M. Bouillaud (1), que l'œdème de la glotte, comme toutes les autres hydropisies, ne puisse être le résultat d'une hypercrinie pure et simple, ou d'un obstacle à la circulation veineuse; mais ce qui est certain, c'est que les œdèmes de cette nature sont peu connus, et que Bayle lui-même, qu'on ne suspectera pas de n'avoir vu partout que de l'irritation et de l'inflammation, na pourtant traité que de l'œdème de la glotte, suite d'une inflammation aiguë ou chronique du larynx. »

« On ne peut contester, dit M. Rayer (2), qu'un épanchement purement séreux ne puisse se former dans le tissu cellulaire sousmuqueux de la glotte, dans certaines hydropisies générales qui surviennent à la suite des maladies du cœur ou des poumons; mais je ne connais point d'exemple d'une semblable disposition. Toutes les observations d'œdème de la glotte que j'ai pu recueillir ou consulter se rattachent aux hydro-phlegmasies... »

« Cette affection, dit M. Andral (3), peut n'être qu'un résultat de l'inflammation du larynx; mais, hâtons-nous de le reconnaître, elle peut aussi exister sans elle. »

« Je ne prétends point, dit M. Dubreuil (k), que l'angine laryngée œdémateuse soit toujours la conséquence d'un état inflammatoire aigu ou sub-aigu , bien que ce soit ce qui arrive le plus souvent. »

, M. Cruveilhier (5) nous paraît rejeter tout œdème passif ou non inflammatoire du sommet du larynx. L'anatomie pathologique

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XII, p. 119.

(2) Dictionnaire de médecine en 21 volumes, t. XV, p. 241.

(3) Leçons de pathologie interne.

{k) Mémorial des hôpitaux du Midi, t. I, p. 31.

(5) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XI, p. 39.

apprend, dil cet auteur, « que la maladie connue sous le nom d'œdème de la glotte, angine laryngée œdémateuse, est une inflammation... Il suit de là qu'il faut faire avorter cette inflammation dès le début. » Pour remplir cette indication, « il faut avoir recours au traitement antiphlogistique le plus énergique. »

M. Blache (1) dit ne connaître aucune observation d'angine laryngée œdémateuse essentielle chez l'adulte ; toutes les fois que cette angine a été constatée chez lui, elle s'est trouvée plus ou moins directement liée à un travail phlegmasique ; mais chez l'enfant, cette angine serait parfois, mais très rarement, essentielle.

MM. Trousseau et Belloc (2) admettent que l'angine laryngée œdémateuse est presque constamment de nature inflammatoire, et disent ne connaître qu'un seul exemple d'angine œdémateuse non inflammatoire. 11 s'agit d'une petite fille de huit ans, atteinte d'œdème laryngé dans le cours d'une anasarque scarlalineuse. — Mais cet exemple n'est pas probant, puisque la maladie s'étant terminée par la guérison, on n'a pas pu s'assurer par l'inspection anatomique de l'état des parties affectées.

Suivant M. Valleix (3), & il est au moins douteux qu'il existe un œdème de la glotte purement passif. »

Pour M. Delasiauve (U) , « c'est trop s'avancer peut-être de faire dépendre toujours l'œdème de la glotte d'un état phlegmasique. »

M. Fleury (5) s'est proposé d'établir que l'œdème laryngien est une hydropisie pouvant se développer sous l'influence des différentes causes qui produisent toutes les hydropisies en général et l'anasarque partielle (œdème) en particulier. — Nous n'exposerons point ici les considérations étendues auxquelles l'auteur s'est livré. Nous ne ferons que les remarques suivantes: — Les quatre premières observations de M. Tuilier ne sont pas, comme M. Fleury l'avance, des exemples incontestables d'œdème laryngien essentiel,

(4) Dictionnaire répertoire, l. XVII, p. 568.

(?) Des rapports de l'angine Laryngée œdémateuse avec la phthisie laryngée. — Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. IV, lre partie, p. 3. (3) Mémoire, p. 133.

(h) Mémoire, p. 4l«

(5) Des causes, de la nature et du traitement de l'angine laryngée œdémateuse. — Journal de médecine, t. II, p. 12. — Voyez aussi le Compendium,

car chez trois des sujets en question, le tissu cellulaire sous-muqueux du larynx était infiltré d'une matière comme purulente et épaisse (lre obs.), ou d'une sérosité purulente (2e et 3e obs.). Quant aux lésions trouvées chez le quatrième sujet, elles ne sont malheureusement décrites qu'avec une extrême brièveté; l'infiltration laryngienne était, il est vrai, formée par de la sérosité limpide, mais il n'est nullement fait mention de l'état des parties profondes du larynx. — Aucun fait à nous connu n'autorise à attribuer l'œdème du larynx uniquement à la compression que le goitre exercerait sur les veines voisines. — Le développement de l'œdème laryngé sous l'influence d'un abcès du cou nous paraît dû bien plutôt au voisinage du foyer phlegmasique qu'à la compression que ce foyer exercerait sur les veines qui ramènent le sang du larynx. — Le rôle des tumeurs du cou est très probablement complexe. — Il nous paraît plus rationnel d'attribuer l'œdème laryngé qui survient dans le cours d'une laryngite chronique , à l'inflammation dont le larynx est atteint, qu'aux troubles de la circulation pulmonaire ou à l'oblitération de veinules, oblitération qui n'a été que fort rarement démontrée. — De ce que les saignées échouent très souvent dans l'œdème laryngé, on ne peut en conclure que celui-ci ne soit pas inflammatoire; car ce moyen échoue souvent, ou bien même est formellement contre-indiqué dans certains cas de pneumonie. — Les faits et les considérations que nous exposerons dans le paragraphe suivant répondront, croyons-nous, suffisamment aux autres arguments de M. Fleury, — lequel, en résumé, n'a nullement démontré, à notre avis , que l'œdème du larynx ne soit pas le plus ordinairement consécutif à un travail phlegmasique.

M. Peyraud (1), ayant observé dans une épidémie d'angine gutturale aiguë, plusieurs cas de mort presque subite par suite d'œdème laryngé, se refuse à croire, vu l'extrême rapidité avec laquelle cet œdème s'est développé, qu'il soit dû à la phlegmasie elle-même ; il le croit primitif et essentiel. — Nous ne pouvons partager l'opinion de M. Peyraud, car rien ne prouve que, dans les cas dont il parle, il n'y ait pas eu phlegmasie; et la rapidité, quoique extrême et fort singulière, avec laquelle la sérosité se dépose dans les mailles du tissu cellulaire, lorsque la muqueuse qui le recouvre, ou celle des

(1) Journal de médecine de Lyon, 1847, 1. 1, 2e série.

parties voisines est enflammée , ne démontre nullement ['indépendance où se trouverait cette infiltration de la phlegmasie elle-même.

M. Justin Benoit (1) distingue trois espèces principales d'œdème laryngé: 1° La congestion séreuse, brusque, inattendue, véritable apoplexie séreuse sur les tissus laryngés; 2° la congestion séreuse active ou appelée par l'inflammation ; 3° la congestion séreuse passive, secondaire ou symptomatique. — L'étiologie de la première forme, dit cet auteur, est difficile à énoncer; elle peut accuser une altération humorale ou une métastase, ou un surcroît d'action de l'organe, ou toute autre cause aussi peu saisissable. — Sans rejeter la possibilité de la congestion séreuse subite (lre forme) dont parle M. Benoît, nous disons cependant n'en connaître aucun exemple bien constaté; et quant aux observations que cet auteur invoque pour soutenir son opinion , elles ne lui sont réellement pas favorables ; car, chez trois des sujets qu'elles concernent il existait quelque lésion saisissable dans les environs du larynx, savoir: une tumeur purulente de l'isthme guttural (Morgagni, Litt. IV, § 26); — du sang extravasé sur la face postérieure du pharynx et sur d'autres parties intérieures du cou (Id. , Litt. IV, § 2U); — une angine gutturale (Roger); — et chez le quatrième sujet (Mérat), rien ne prouve qu'il n'y ait pas eu phlegmasie du sommet du larynx.

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