EMPOISO.A'NEMENT PAR L’ACIDE ARSÉNIEUX
(OXYDE DLAXC D’ARSEXIC).
Nous traiterons seulement ici de l’empoisonnement par l’acide arsénieux. Les sulfures naturels (orpiment, réalgar), en raison de leur insolubilité , sont peu dangereux , tandis que le sulfure jaune (orpiment) artificiel, renfernieju.squ’à 9/1 pour 100 d'acide arsénieux, d’après M. Guibourt : il doit donc agir, à peu de chose près , comme l’acide arsénieux lui-même ; quant à l’acide arsénique et aux arséniates , ils sont plus actifs que l’acide arsénieux ; mais ils sont rarement la cause d’empoisonnements , à cause de la difficulté que l’on éprouve à se les procurer, tandis que l’acide arsénieux figure pour les deux tiers dans les empoisonnements commis dans des intentions criminelles.
Ce grand nombre d’empoisonnements s’explique par la facilité avec laquelle on se procure l’acide arsénieux , qui est employé par les verriers , les fabricants de plomb de chasse . les indienneurs ; il entre dans la composition du savon de B(’‘cœur, qu’emploient les naturalistes ; les papiers peints en vert renferment de l’arsénite de cuivre (vert de Scheele) ; dans l’agriculture , on chaule avec l’acide arsénieux les graines destinées à la semence. Enfin , ce poison est employé dans l’économie domestique pour détruire les rats ; de plus , le dé/âut de couleur, sa presque insipidité , son action énergique, expliquent la préférence que les empoisonneurs donnent à cette substance toxique.
Il serait à désirer que la loi réglât , d’une manière plus rigoureuse , la vente de l’acide arsénieux ; on préviendrait ainsi beaucoup d’empoisonnements , si on obligeait les marchands i colorer l’acide arsénieux par du bleu de (‘russe, et â lui donner une saveur très-amère au moyen de l’aloès ou de la coloquinte.
Signes de l'em'poisonnemcnt ; action plnjsiologiguc. — (Quelles que soient tes voies par lesquelles l'acide arsénieux a été introduit dans l’économie animale, il a les mômes propriétés délétères, et détermine les mêmes symptômes; seulement ceux-ci sont plus ou moins violents, et se manifestent plus ou moins vite; toujours il augmente la plupart des sécrétions, diminue la contrac-
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tilité des muscles de la volonté , produit des contuilsions , l’anéantissement et la mort ; il n’agrit qu’après avoir été absorbé : aussi plus l’absorption sera rapide, plus les symptômes seront intenses ; souvent l’acide arsénieux en poudre introduit dans l’estomac est rejeté avec les premiers vomissements , et il ne produit alors que de légers accidents. D’ailleurs, l’acide arsénieux est un corps dimorphe ; récemment préparé , il est vitreux et assez soluble dans l’eau. Plus lard , il devient opaque et moins soluble. On conçoit , dès lors , que le premier de ces deux acides agisse rapidement et avec plus d’activité ; il est évident aussi que ce poison agira d’autant plus qu’il sera employé en solution très-étendue.
En général , les premiers symptômes ne se manifestent que quelques heures après l'ingestion du poison ; ce sont d’abord des nausées, des vomissements muqueux, quelquefois sanguinolents; puis il survient de l’anxiété, un sentiment de chaleur et de brûlure é l’estomac , soif ardente avoc constriction h l’œsophage; les boissons sont vomies; il survient'des coliques avec des évacuations alvines abondantes, pouls fréquent fort, battements du cœur tumultueux, respiration gênée, haletante, sueurs abondantes froides, visqueuses, suivies de démangeaisons et d’éruptions A la peau. Souvent il survient des convulsions violentes suivies d’une grande prostration des forces , qui amène un calme trompeur ; à l’approche de la mort , les^ mouvements du cœur se ralentissent , la peau so recouvre d’une sueur froide , et le malade meurt dans un grand abattement. D’ailleurs, la marche de la maladie est modifiée selon la dose et le mode d’administration du poison.
Lisions produites par l'acide arsénieux. Rougeur très- vivo de la bouche, de Pœsoph^e, de l’estomac. Les vaisseaux do cet organe sont injectés; Souvent on trouve des ecchymoses; l’inflammation s’étend jusqu’aux intestins grêles et jusqu’au rectum ; mais ces lésions varieront selon que le séjour aura été plus ou moins prolongé. Les poumons sont gorgés de sang; la raiKjueuse de la trachée-artère est plus rouge; le cœur présente, il sa partie interne, des taches d’un rouge foncé ou ■noirâtres, et la cavité droite renferme en général beaucoup de sang; le systéme nerveux n’est pas atteint, cependant quclquelqnefois les vaisseaux qui so ramifient â la surface du cerveau sont gorgés de sang.
Il est ini|)ortant de se tenir en garde contre la présence de petits grains arrondis , brillants , qui ont été pris pour de l’acide arsénieux, et qui paraissent être formés do matières grasses mêlées â une matière animale particulière.
Ajoutons enfin que l’acide arsénieux paraît se localiser dans les organes secréteurs très -vasculaires, dans lesquels il sé-
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jonrne longtemps; mais il finit par 6tre expulsé , soit par les urines ou par d’autres voies d’excrétion. Appliqué à l'extérieur, il est d’autant plus facilement absorbé que le tissu sur lequel on le place communique plus directement avec le système sanguin Injecté dans les veines, il est plus actif que lorsqu’on l’introduit dans l’estomac, le rectum ou le vagin. Appliqué sur la peau saine et dure, il est très-difficilement absorbé ; placé sur le tissu nerveux, il ne produit aucun accident. En général, l’action de l’acide arsénieux est sthénique, malgré l’assertion contraire de quelques auteurs, qui l’avaient classé dans les asthéniques ou hyposthénisants.
Traitement de Cempoisonnement par l'acide arsénieux. — Si les vomissements ont lieu , on les favorise en titillant la luette et en administrant une grande quantité d’hydrate de peroxyde de fer gélatineux, ou le même corps réduit en poudre et délayé dans une grande quantité d’eau sucrée ; si les vomissements n’ont pas lieu , ce qui est rare , on les provoquera en administrant 0,50 à 1 gramme de sulfate de zinc ou de la poudre d’ipécacuanha, et en titillant la luette. On peut donner jusqu’à 500 grammes de peroxyde de fer hydraté. Si l’empoisonnement datait de quelques heures, et que l’on pût supposer que le poison a franchi le pylore, on administrerait un lavement purgatif, dans le cas de constipation. Après avoir ainsi déterminé l’expulsion du poison , et combattu celui qui n’a pu être évacué, on s’occupe de provoquer l’élimination de la partie absorbée; pour cela, on administrera les diurétiques et les sudorifiques en abondance, par exemple du vin blanc nitré mêlé d’eau deSeltz; enfin, on combattra l’irritation produite, parles émollients , les calmants, les saignéesfrénérales ou locales, qui ne pourraient pas être pratiquées avant cette époque sans danger.
M. Ilognetta, se basant sur ce que l'action de l’acide arsénieux est asthénique, conseille les sthéniques; aussi fait-il prendre un mélange de bouillon , de vin et d'eau-de-vie. Sans insister davantage sur ce mode de traitement, disons qu’il est plutôt nuisible qu’utile.
Disons maintenant quelques mots des divers contre-poisons de l’acide arsénieux qui ont été tour à tour proposés.
Sulfui'es alcalins et acide sulfhijdrique. La dissolution de cet acide dans l’eau n’est pas d’un grand secours . mais elle pourrait être prise sans inconvénient ; mais il n’en est pas de même des sulfures alcalins , qui précipitent bien l’acide arsénieux, mais qui eux-mêmes sont des poisons irritants très-énergiques.
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(.havbon. Le charbon délayé dans l’eau a été conseillé par .M. Bertrand; le rai-sonnement dit que ce corps ne doit diminuer en rien l'action de l’acide arsénieux , ce que l’expérience a confirmé.
Faiv lie chaux. Coupée avec du lait , a été conseillée par Xavier. Elle n’agit que lorsque l’acide arsénieux est en dissolution , et encore alors d'une manière incomplète.
Colcothur (peroxyde de fer anhydre). Tout à fait sans action sur l’acide arsénieux ; il doit être rejgté.
Sesquioxyde o\^ peroxyde de fer hydraté gélatineux. 11 a été proposé par Bunzen; c’est un des meilleurs contre-poisons de i’acide arsénieux , si on a le soin de l’administrer avant que le poison soit alAorbé. Il forme , avec le peroxyde de fer, un arsénite insoluWe et sans action sur l’économie. MM. (îuibourt, Xonat, Deville et .Sandras, préfèrent avec raison le môme oxyde sec réduit en poudre et délayé dans l’eau.
Ü est important de .se rappeler que souvent le peroxyde de fer du commerce renferme de l’arsénite de fer, qui n’est pas vénéneux puisqu’il est insoluble, mais qui pourrait devenir la cause'd’erreurs graves dans le cas où le malade venant à succomber, il faudrait se livrer à des recherches médico-légales; et alors l’arsenic renfermé dans l’antidote viendrait compliquer les résultats. Il faudra donc, avant de conclure, que l’expert recherche, en agissant sur le même oxyde de fer qui aurait été administré au malade, afin de s’assurer s’il est ou non arsenical ; d’ailleurs , il est fort simple aujourd’hui d’obtenir du peroxyde de fer hydraté exempt d’arsenic, en employant le procédé décrit par M. Legrip , et qui consiste ù faire pa.sser un courant d’acide sulfhydrique dans le sulfate de protoxyde de fer destiné à préparer le peroxyde de fer; l’arsenic est alors précipité à l’état de sulfure insoluble, et le fer n’est pas atteint.
Sulfures de fer. MM. Bouchardat et Sandras conseillent le persulfure de fer hydraté, et M. Mialhe préfère le protosulfure du môme métal. D’après ce dernier chimiste , d’ailleurs, ce que l’on appelle jKrsulfwe de fer hydraté ne serait qu’un mélange de protosulfure et de soufre. Quoi qu’il en soit, cos 6ulfure.s décomposent rapidement l’acide arsénieux, et nous adopterions très-volontiers ce contre-poison , en ce qu’il est plusgénéral, c’est-à-dire qu’il s’attaque à presque tousles métaux vénéneux : or, n peut bien arriver qu’on ne soit pas certain do la nature du poison ; il est bien évident qu’on ne ferait rien si on employait le peroxyde de fer hydraté dans un empoisonnement par un sel de plomb; et que les sulfates solubles administrés dans la croyance où on serait que l’on a aflàire à un composé
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plombique , ne s’opposeraient nullement i l’action de l’acide arsénieux, si celui-ci était réellement la cause de l’empoisonnement que l'on cherche à combattre; tandis que dans le doute le sulfure de fer liydraté détruirait aussi bien le sel de plomb que Tacide arsénieux , le sublimé corrosif, les sels d’antimoine, d’étain, de bismuth, d’argent, etc. Nous le répétons, nous donnerions la préférence au sulfure de fer hydi-até , parce qu’il paraît agir aussi bien que l’hydrate de peroxyde, et que son action s’étend à un grand nombre de poisons.
Albumine. L’albumine est non-seulement un bon antidote . des sels de cuivre et du bichlorure de mercure , mais encore de la plupart des poisons métalliques. L’eau albumineuse pourra donc être employée avec succès pour combattre l’empoisonnement par l'acide arsénieux; non-seulement parce qu’elle précipite cet acide , mais encore parce (lu’eile est nauséeuse, qu’elle provoque les vomissements, et que son action émolliente pourra calmer l’irritation produite. Dans ces derniers temps, plusieurs empoi.sonncments par l’acide arsénieux ont été traités avec succès par l’eau albumineuse et les diurétiques.
Magnésie. La magnésie, proposée en 1796 par Mandel, pharmacien à Nancy, comme contre-poison de l’acide arsénieux , avait été oubliée, lorsqu’on 1846 M. le profes.seur Bussy démontra d’une manière péremptoire qu’elle était un excellent antidote de ce toxique; d’après lui, elle devrait être placée au-dessus du sesquioxyde de fer hydraté : parce qu’il e.st plus facile de se la procurer que ce dernier, parce qu’elle est laxqtive et qu’elle détermine plus facilement l’évacuation du poison. Aujourd’hui la magnésie est acquise à la science comme un excellent contre-poison, non-seulement des acides, mais encore de l’acide arsénieux, avec lequel elle forme un arsénite insoluble. On doit l’administrer en grande quantité, et mieux, à l’état gélatineux ; les pharmaciens feront donc bien d’en avoir ainsi préparée ;V l’avance.
Quant au sucre proposé par M. Duval , Il ne peut être cou.sidéré comme un antidote de l’acide arsénieux, mais bien comme un .simple émollient. Il en est de même du lait, do l’eau de gomme, du bouillon de veau ou de poulet, et des différentes tisanes mudlagincuscs.
Enfin , les corps gras, la thériaque tant prônée, les Infusions de quinquina, de noix de galles ou d’autres sub'stances renfermant du tannin , n’agis.sent pas autrement que ne le* ferait l’eau tiède, et doivent être jiroscritc.^.
Quant aux bains et demi-bains tièdes, les émollients et les nai cotiques appliqués sous toutes formes , ils ne sont utiles que
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lorsqu’il s’agit de calmer l'inflammation produite. Il est l)on d'observer en outre que le suucès du traitement dépend surtout de la manière dont il a été dirigé . et du régime que l’on a fait observer au malade pendantüa convalescence, qui est longue, et pendant laquelle l’alimentation doit être peu abondantp , et composée de fécules ou autres substances mucilagineuses.
Recherches médico-légales. L’acide arsénieux se présente sous la forme de masses blanches vitreuses demi - transparentes , opaque à l’extérieur lorsqu’il a été longtemps exposé à l’air, ou sous forme d’une poudre blanche. Il est inodore, d’une saveur âpre non corrosive, un peu styptique , qui ne se fait sentir qu’au bout de quelques minutes, excitanUa salivation ; chauffé sur une lame métallique, il se volatilise et produit des vapeurs blanches inodores; mais si on le place sur les charbons ardents, il est décomposé, il produit des vapeurs épaisses d'arsenic métallique qui ont une odeur d'ail très-prononcée. Cette odeur est donc due ù. l’arsenic en vapeurs ou à un sous-oxyde d’arsenic , et non à l’acide arsénieux.; ces vapeurs , à mesure qu’elles s’élèvent dans l’atmosphère , absorbent l’oxygène de l’air et se transforment en acide arsénieux; d’ailleurs, cette odeur d’ail que répandent les vapeurs arsénicales, n’est pas suffisante pour conclure à la présence d’un composé arsenical : en effet, l’ail , le phosphore et d’autres substances répandent la môme odeur. D’ailleurs , il est facile de se tromper lorsqu’il s’agit d’apprécier les odeurs; ce caractère ne doit être considéré que comme un indice; et la présence de l’acide arsénieux ne peut être mise hors de doute qu’à l'aide des expériences suivantes.
L’acide arsénieux , chaufl’é dans un tube effilé à une de ses extrémités avec du jUix noir (mélange de carbonate de potasse et de charbon), forme un peu au-dessus de la partie chauffée un anneau d’arsenic métallique. L’acide arsénieux précipite en jaune par l’acide sulfhydrique; le précipité„de sulQire d’arsenic est soluble dans l’ammoniaque avec décoloration de la liqueur ; chaufl'é dans un tube effilé avec du flux noir, 11 produit un anneau métallique. La solution d’acide arsénieux précipite en blanc jaunâtre par le nitrate d’argent; le précipité d’arsénite d’argent exposé à l’air devient noir; l’eau de chaux est précipitée en blanc par l'acide arsénieux , le sulfate de cuivre ammoniacal en vert (vert de Scheele, arsénite de cuivre); les sulfures solubles précipitent aussi en jaune par l’acide arsénieux , comme le. fait l’acide sulfhydrique; mais avec ces deux réactifs, si la quantité d’acide arsénieux est très-minime, il y a seulement coloration jaune, et le précipité ne SC forme que lorsqu’on ajoute une goutte d’acide hydrochlorique ou que l’on concentre les liqueurs; d’ailleurs, tous ces
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précipités chauffés avec du flux noir donnent Panneau arsenical, expérience à laquelle il est indispensable d’avoir recours.
On a beaucoup parlé des verres renfermant de l’arsenic : il est vrai que la commission de l’Académie a constaté la présence de ce corps dans un verre do montre opaque: mais, en général , on n’emploie pas en France l’acide arsénieux à la fabrication du verre, et les verres bien transparents n’en renferment jamais. Dans tous les cas, il sera bon de s’assurer par l’analyse si les divers appareils en verre dont on fait usage renferment ou non de l’arsenic. '
Les moyens qué nous venons de rapporter ont été regardés pendant longtemps comme suflisants pour constater la présence de l’acide arsénieux, mais depuis la découverte de Marsch, en 1836, on doit toujours avoir recours au procédé qu’il a indiqué.
Scheele , Illustre chimiste suédois , reconnut en 1725 que l’arsenic formait avec l’hydrogène une cqmbinaison qui laissait, en brillant, &\x régule d' arsenic (arsenic métallique). Depuis cette époque , l’hydrogène arsénié fut successivement étudié par Proust, Tromsdorn", Stromeyer, Gay-Lussac, Sérullas, Davy et l’infortuné Gehlen, qui périt empoisonné par ce gaz; enfin .Marsch fit connaître son procédé, qui était très-incommode tel qu’il l’avait décrit, mais qui a été modifié bien des fois et de bien des manières. Nous ne pouvons pas faire connaître toutes ces modifications plus ou moins lieureuses : nous nous bornerons ii indiquer ici l’appareil le plus simple, qui est aujourd’hui généralement adopté, et que nous devons A M. Orfila.
Dans un flacon à large ouverture, d’un litre de capacité environ , on place 500 grammes d’eau distillée , 50 à 60 grammes de zinc laminé coupé par morceaux , et environ A A 5 grammes d’acide sulfurique pur à 66“ Cartier; à la tubulure on adapte exactement un fort bouchon en liège, bien homogène, percé do deux trous dont l’un donne passage k un tube droit terminé en entonnoir à la partie supérieure. Ce tube doit plonger dans le liijuide. A la seconde ouverture est engagé un tube courbé k angle obtus, effilé A sa partie antérieure et taillé en biseau A sa jiartie postérieure. Avant de recourber ce tube on y a engagé de l’amiante, qui doit être placée dans le tiers postérieur de la courbure. L’appareil ainsi disposé, on le fait fonctionner pen-’ dant une demi-heure et plus : il dégage de l’hydrogène pur, si les agents employés l’étaient eux-mémes; cet hydrogène, enflammé à la sortie du tube effilé, ne produit pas de taches sur une assiette en porcelaine qu’on présente la flamme ; do même qu’il ne se forme pas d’anneau si on chauffe au moyen d’une
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lampe à alcool la partie du tube dans laquelle l’amiante est placée ; si , après s’être assuré par une expérience longtemps prolongée, de la pureté des matières renfermées dans l’appareil, on introduit par l’entonnoir la liqueur suspectée arsenicale, dans laquelle la matière animale aura été détruite par un des procédés que nous décrirons plus bas, à l’instant même, pour peu qu’il y ait de l’arsenic dans cette matière, la couleur de la flamme de l’hydrogène pâlira , et on obtiendra de nombreuses taches d’un brun fauve , plus ou moins foncées , brillantes et miroitantes , présentant tous les caractères que nous avons indiqués plus haut (page 283).
Si d’ailleurs on chauffe avec la lampe à alcool la partie du tube renfermant l’amiante, l’hydrogène arsénié estdécompoi^ en arsenic, qui se dépose en anneau un peu en avant de l’endroit chaufl'é, et en hydrogène qui, étant enflammé, ne déposera que de l’eau sur la porcelaine froide si la décomposition a été complète , mais qui cependant, dans le cas contraire, donnerait des taches arsenicales. Aussi est-il bon de faire marcher les deux expériences simultanément, c’est-à-dire de chauffer audessous de l’amiante pour avoir l’anneau, et d’enflammer l’hydrogène pour obtenir des taches. Dans le cas où l’hydrogène arsénié n’aurait pas été complètement décomposé par ce procédé, on repd sensible la présence d'un jm'fho/iième d’acide arsénieux ; avec un deux-millionième, les taches commencent à se produire.
L’amiante a pour but d’accumuler une plus grande quantité de calorique sur un seul point , et d’empêcher le passage du sulfate de zinc qui se forme dans l’appareil , et qui pourrait être entraîné dans le cas où le dégagement de gaz serait trop tumultueux, et alors il faudrait le diminuer en ajoutant de l’eau dans l’appareil.
Nous avons déjà indiqué quelques précautions qui doivejitêtre ponctuellement observées , surtout celle qui consiste à's’assurer de la pureté des matières employées, car le zinc et l’acide sulfurique pourraient renfermer de l’arsenic. Nous ajouterons que la coupure en biseau de la partie postérieure du tube recourbé a pour but d’empêcher que l’eau entraînée soit retenue par capillarité à l’ouverture du tube; au moyen de la précaution indiquée, l’eau retombe constamment dans l’appareil. Ajoutons qu’il est Indispensable, avant d’enflammer l’hydrogène , de donner le temps à l’air renfermé dans l’appareil de se dégager, car si l’oxygène et l’hydrogène se trouvaient en présence , au moment de l’inflammation , il y aurait production d’eau avec détonation ; on devra attendre d’autant plus, avant d’enflammer que le flacon sera plus grand et qu’il renfermera moins de liquide.
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11 faut que le jet d’hydrogène ne soit pas trop grand , une flamme de 3 à 5 centimètres suffît; l’assiette doit être placée dans la flamme de réduction, et on doit changer de place à chaque instant ; car l’ai senic ne pourrait pas se déposer sur un corps chaud : la trop grande dimension do. la flamme peut donc empêcher l’arsenic de se déposer. Les matières doivent être placées dans l’appareil dans l’ordre sui van t : 1" le zinc préalablement attaqué par l’acide sulfurique et de l'eau; 2" l’eau; 3" l’acide sulfurique. Si, après quinze à vingt minutes d’expériences, on n’a pas obtenu des taches, on peut être certain de la pureté des réactifs; alors on jette le liquide, on renouvelle les matières en les plaçant dans l’ordre que nous avons indiqué ; on enflamme l’hydrogène après quelques minutes pour laisser expulser l’air, et on ajoute la matière suspecte par petites portions.
Si, au lieu d’opérer comme nous venons do le dire , on mettait l’acide sulfurique sur le zinc, il se dégagerait de l’acide sulfureux qui, au contact de l’hydrogène naissant, produirait de l’eau et de l’acide suif hydrique; celui-ci précipiterait l’acide arsénieux à l’état de sulfure jaune , (jui ne donne pus des taches de l'appareil de Marsch. En efl’et, pour que ces taches soient produites , il faut que la préparation arsenicale soit oxygénée ou qu'elle puisse s'oxygéner dans CapparciU Or les sulfures d’arsenic purs ne peuvent pas s’oxygéner; de plus, la présence de l’acide sulfhydrique pourrait être la cause de la production de taches de soufre.
Au lieu d’enflammer l’hydrogène arsénié à la sortie de l’appareil , de manière à obtenir des taches sur une soucoupe en porcelaine (nous avons dit ailleurs que la faïence devait être proscrite) , jM. Lassaigne propose de faire passer le gaz dans un tube il boules de Liébig, renfermant une solution de nitrate d’argent bien neutre; dans ce cas, il se précipite de l’argent métallique noir, et il reste de l’acide arsiuiieux en dissolution : on pr»y.dpite alors ce qui reste d’azotate d’argent par l’acide chlorhydrique pur. On filtre, et on obtient , par l’évaporation, du liquide de l’acide arsénieux facile il reconnaître à ses différents caractères. Ce procédé est plus sensible que celui que nous venons d’indiquer; jnais il faut constater la présence de l’acide arsénieux dans la liqueur, et ne pas conclure d'après la précipitation de l’argent métallique qui peut se faire par l’hydrogène pur, et même par l’action seule de la lumière ; de plus, le précipité noir pourrait être dû à du sulfure d’argent formé , parce que l’hydrogène renferme des traces d’acide sulfhydrique.
M. Jacquelain , après avoir détruit la matière organique au moyen du chlore , citasse l'excès de chlore par la chaleur, place le liquide dans un appareil auquel est adapté un tube courbé à
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un anffle , renfermant dans sa branche horizontale do 1 amiante calcinée avec de l'acide siilfuriQue. Ce tube est enveloppe vers son milieu d’une feuille de clinquant , et est adapté à un tube à boules de Liébig renfermant du chlorure d'or pur. On chautle le clinquant , et l’arsenic se dépose à l’extérieur du tube en avant de la partie chauffée : s’il échappe de l’hydrogène arsénié non décomposé , il l’éduit le chlorure d’or, et il se forme de l’acide arsénieux qui reste en dissolution dans la liqueur ; on précipite alors l’or qui est resté à l’état de chlorure ; par 1 acide sulfureux, et après filtration , on reconnaît dans la liqueur la présence de l’acide arsénieux, par l’évaporation et par les pi océdés indiqués. Ce procédé est encore plus sensible que celui
de ;M. Lassaigne. , ^ , ,, .
M. Iteinsch propose, pour constater la présence de laciae arsénieux , d’aciduler les liqueurs par l’acide chlorhydrique, et de faire bouillir la liqueur avec une lame de cuivre qui sg J®" couvre d’une couche grisâtre d’arsenic métallique. Ce procédé est loin d’avoir la sensibilité que lui attribue son auteur.
Certains liquides arsénieux , peu chargés de matières organiques, comme les urines claires, par exemple, peuvent ê|;re mis directement dans l’appareil de Marsch, en ayant le soin de placer sur le liquide une couche d’huile qui empêche le liquide de mousser; mais si la liqueur contient une certaine quantité de matières organiques, il est indispensable de les détruire. Pour cela, on a proposé une infinité de procédés; nous nous contenterons d’indiquer ceux qui sont le plus souvent mis en usage et reconnus les meilleurs.
Lorsqu’il s’agit de détruire les matières animales mélangées a un liquide comme des matières de vomissements , ou celles que l’on trouve dans l’estomac , on délaye les matières dans 1 eau , et on porte à l’ébullition. L’albumine, en se coagulant, entraîne la plus grande partie de la matière organique ; on filtre et on traite la liqueur par l'alcool absolu qui achève la précipitation. On pourrait encore employer avec succès un courant de chlore qui détruit parfaitement les matières animales, et qui a en outre l’avantage de décolorer les liquides , tandis que , par le premier procédé , on est souvent obligé d’avoir recours au charbon animal lavé, qui a l'inconvénient de retenir une grande portion de la matière toxique.
Si , au contraire , on a à constater la présence do 1 acide arsénieux dans un organe, foie , rate , reins, etc., on peut laire bouillir ces organes dans de l’eau distillée aiguisée d’acide chlorhydrique , et on opère ensuite sur le liquide comme nous l’avons dit plus haut ; mais , en général , il vaut mieux détruire la matière organique; pour cela, M. Or fila conseille de lu mélanger avec le double de son poids environ d’azotate de potasse
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pur, et à dessécher le mélanare dans une cap.sule en porcelaine à une douce chaleur, en agitant de temps en temps. On projette ensuite la matière, par petites portions, dans un creuset do terre chauffé au ronge obscur; la matière blanchit ou devient grisâtre; si elle restait charbonneuse, ce serait une preuve que la proportion de nitre n’est pas assez grande; il faudrait y en ajouter une nouvelle quantité quand l’incinération est terminée ; on laisse refroidir le creuset et on y met peu à peu de l'eau distillée , afin de détacher toute la matière .saline^que l’on verse dans une capsule. On évapore la li(iueur jusqu’à consistance sirupeuse, et on ajoute de l’acide sulfurique concentré et pur par petites portions jusqu’à ce qu’il ne .se produise plus d’effervescences ; alors on fait bouillir jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs blanches d’acide azotique ou das vapeurs jaunes orangées d’acide azoteux. Cette précaution est indispensable ; car sans elle le dégagement n’aurait pas lieu , et les e.xplosions seraient inévitables. Cette opération terminée , on reprend par l’eau le produit de l’évaporation saline , et on l’introduit dans l’appareil de .Marsch ; si la solution était trop acide, on la saturerait par la potasse à l’alcool.
On a reproché à ce procédé sa longueur et l’emploi d’une grande quantité d’acide sulfurique, mais il faut s’assurer préalablement de la pureté des matières employées.
M. Devergie, après a\ oir dis.sous la matière organique dans de la potasse, la traite j)ar Vazotate de chaux, et il reprend par l’acide chlorhydrique ; mais alors cet acide est employé j)Our faire fonctionner l’appareil de Marsch, et c’est dans ce cas que les taches de zinc se produisent ; nous avons donné plus haut leurs caractères.
]\LM. Flandin et Danger carbonisent les matières par le sixième de leurs poids d’acide sulfurique; on chaull’e en remuant jusqu’à ce que la matière soit sèche et pulvérulente ; on laisse refroidir la capsule et on y ajoute une petite quantité d’acide azotique concentré, dans le but de faire passer l’acide arsénieux à l’état d’acide arsénique plus fixe et plus soluble ; on évapore de nouveau à siccité, on reprend par l’eau distillée, on filtre et on introduit le liquide dans l’appareil de Marsch. On ix^proche à ce procédé de donner un charbon sulfureux. Or la présence de l’acide sulfureux dans l’appareil de Marsch amène la formation de l’acide sulfhydrique , et .subs(k|uemment celle du sulfure d’arsenic jaune qui , nous le savons déjà, no donne pas de taches dans l’aiipareil de Marsch.
Ar-senic >ormal.— L’arsenic normal signalé par MM. Couerbe et Orfila n’a pu être trouvé ni par la commission de l’Institut ni par M. Orfila lui-même. Il est probable que ,M. Orfila , lorsqu’il
a trouvé do l’arsenic, qu’il croyait être normal, avait eu affaire à un cadavre renfermant accidentellement ce corps.
De la pcreté des réactifs. — Dans toute recherche médicolégale , il est indispensable que l’expert s’assure de la pureté des réactifs : ceci s’applique surtout à l’empoisonnement par l'âcidô ârséniôux#
M. Orfila a prouvé que Vacide sidfxirique du commerce renfermait souvent de l’acide arsénieux et de l’acide arsénique ; on l’essaye en saturant par la potasse et plaçant le sulfate formé dans l’appareil de Marsch : s’il est arsenical et qu’on ne puisse pas s’en procurer d’autre , on le purifie en le distillant sur du sulfure de baryum.
L’acide azotique ne renferme pas habituellement d arsenic , mais on est certain d’avoir de l’acide azotique exempt de composés arsenicaux , lorsqu’on le distille sur de l’azotate d’argent. .
L’acide chlorhydrique réactif; est rarement arsenical; on pourrait le purifier en le distillant sur du chlorure de baryum , et rejetant les premières portions , on reconnaîtrait sa pureté en le saturant par la potasse , introduisant le chlorure de potassium formé dans l’appareil de Marsch , que l’on ferait alors fonctionner au moyen de l’acide chlorhydrique.
La potasse à l’alcool n’est presque jamais arsenicale. On s’assure de sa pureté en la saturant par l’acide sulfurique pur, et on l’essaye par l'appareil de Marsch.
On trouve très-rarement dans le commerce de l'azotate de potasse arsenical ; on l’essaye en le décomposant par l’acide sulfurique pur et par l’appareil de Marsch.
Enfin , il est plus rare qu’on ne l’a prétendu , de trouver du zinc et du fer renfermant de l’arsenic ; d’ailleurs , on les essaye aussi par l’appareil de Marsch. D’ailleurs, l’expert devra toujours faire une expérience de contrôle en employant les mêmes réactifs , et en même quantité que dans les expériences faites , sur la substance soupçonnée empoisonnée.
Terrains des cimetières. — Certaines terres renferment de l’arsenic généralement à l’état d’arsenite de chaux ou de sulfure, tous deux insolubles : l’expert devra, dans les cas d’exhumation juridique , essayer la terre située au-dessus ou au-dessous, à droite, à gauche , et dans un ou plusieurs points plus ou moins éloignés de la fosse. Pour cela , après avoir fait longtemps bouillir la terre dans de l’eau distillée pure , on l’attaquera par l’acide sulfurique concentré, et les liqueurs seront essayées dans l’appareil de Marsch.
Sid/ures d'arsenic. Le sulfure jaune (orpiment) et le sulfure rouge (réalgar) , projetés sur les charbons ardents , dégagent
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des vapeurs alliacées. Cliauffés dans un tube effilé avec du flux noir, ils donnent un anneau arsenical.
L’acide arsémque est très-soluble, déliquescent, ainsi que les arséniates solubles ; il précipite en rotujc brique l’azotate d’argent et l’azotate d’argent ammoniacal ; il ne précipite par l’acide sulfhydrique que lorsqu’on y ajoute queliiues gouttes d’acide sulfureux , et , plus tard , d'acide chlorhydrique.
Vnrsénite de potasse, liqueur de Foiiicr, précipite en jaune par l’acide sulfliydrique, et en blanc jaunâtre par le nitrate d’argent. D’ailleurs, il présente les autres caractères de l’acide arsénieux.
Rous terminerons en disant que dans l’empoisonnement par l’acide arsénieux comme dans les autres empoisonnements , il tant perdre le moins de matière possible à produire des réactions , il faut toujours s’attacher à isoler le poison , et , dans ce cas, chercher à obtenir des taches et l’anneau.