‹ Traité de l'art de formulerChapitre 209 sur 228 · EMPOISONNEMENT PAR L’OPIUM · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR L’OPIUM

1/opium est un produit très-complexe dont nous avons déjîi parlé dans V\rl de formuler, et dont la constitution varie. Cependant les principes immédiats qu’il renferme sont toujours

31S AimÉGÉ DE TOXICOLOGIE.

les mêmes; leurs proportions seules éprouvent des cli;in;îements.

L’opium est un poison três-violent : son action toxique doit être attribuée principalement à la morphine. Quoique les autres principes participent à le rendre plus vénéneux , il agit rapidement lorsqu’il est injecté dans les veines , moins quand il est appliqué sur le tissu cellulaire, et moins encore lorsqu’il est injecté dans l’estomac ou le rectum.

Le marc d’opium, privé de morphine et de narcotine par l’eau ou l’alcool, est sans action sur l’économie animale ; si on la prive de la narcotine seulement par l’éther ou par le procédé de m. Limousin-Lamothe, il jouit de toutes ses propriétés; il agit même avec plus d’énergie. ]\1. Orfila a constaté, en outre, dans l’opium , l’existence d’un principe volatil que l’on peut obtenir par distillation, et qui peut déterminer des vertiges sans cependant être trè.s-vénéneux ; il est d’ailleurs iiiipossihk- d’as.signer le rôle que jouent dans l’empoisonnement par l’opium les divers principes immédiats qu’il contient. MM. Desportes et l'Tourens ont constaté que l’opium agissait principalement sur les lobes cérébraux.

On a voulu établir une identité entre l’action de l’opium et celle que produisent les liqneurs alcooliques, mais ^1, Orlila a prouvé, d’une manière péremptoire, qu’il existait une grande dilTérence dans l’action de ces deux sortes de substances. {Voir Trtiild de Toxicologie de ÎM. Oi’fila.)

Sijni))t(hne.'> de rc)H])oisoiu)eine>il par C opium. Ils sont les mêmes, ù. peu de chose près , (jiie ceux que détermine la morphine; cependant l’opium paraît exercer une action ])lus excitante , et d’après M. lîailli', les rêves pénibles seraient produits plus fréquemment par l’opium ; de même (lue les démangeaisons et les éruptions dont nous avons parlé en traitant de la morphine.

Tvailement. Dft’erscs substances ont été proposées comme contre-poison de l’opinin. Nous allons les examiner successivement et indiciuer la valeur de chacune d'elles.

1" Vinaigre et acides vrgetau.r. Toutes les fois que l’opium n’a pas été vomi , les acides végétaux aggravent les .symptômes ; mais .si les vornis.sements ont eu lieu et (pie le poison ait été expulsé , l’eau vinaigrée et les acides végétaux diminuent les syni[)tômes et peuvent môme les faire cesser.

L'infusion el la décoction de café très-chargées, ne décomposant pas l'opium dans l’estomac , ne peinent pas être regardées comme contre-poison ; niaiselles n'ont jias, comme le vinaigre, l’inconvénient d’augmenter les symptôpies. Si les vonii.ssements n’ont pas eu lieu , il n’y a donc pas inconvénient à faire usage du café , tandis qu’il y en aurait ù employer le vinaigre dans les

ABRfiGÉ DE TOXICOLOGIE. 3^9

: mêmes circonstances. Nous ajouterons même que l’infusion très-forte de café, administrée à plusieurs reprises, diminue très-vite les accidents produits par l’opium , et peut même les fâiro c6SS6r*

Décoction de noix de g(dle. Cette décoction , en raison du tannin qu’elle contient, jouit de la propriété de précipiter les . alcalis organiques de l’opium , et de former des tonnâtes peu solubles bien moins vénéneux que l’opium lui-mème; l’emploi de "cette décoction peut donc présenter des avantages , en ayant bien le soin de ne pas administrer un excès qui pourrait redissoudre le précipité formé.

Eau chlorée. Xe présente pas d’avantages réels. Elle doit être rCj6téG-

Camphre. Le camphre n’est pas non plus un contre poison de l’opium ; il peut ceixmdaut , lorsqu’il est employé è petites dosés , calmer les symptômes produits par une grande quantité d’opium.

Eau et boissons muciUigineuses. Ne sont d’aucun secours données en grande abondance : elles ne font qu’aggraver les accidents en diluant le poison et facilitant aussi son absorption.

lodure ioduré de potassûim. Ce sel , dissous dans l’eau , précipite assez bien les alcalis organiques de l’opium , et forme des composés insolubles; njais un excès de ce sel, pouvant proxluire des symptômes d’irritation très graves, il doit être rejeté.

Saignée. La saignée ne paraît être nuisible dans aucun cas: elle sera utile chez les individus forts, pléthoriques, surtout s’il s'est écoulé quelque temps depuis l’empoisonnement, et qu’on n’ait pas à craindre qu’elle hôte l’absorption.

Marche à siiiore dans le traitement. Voici en résumé ce que le médecin doit faire lors(iu’il doit combattre un empoisonnement par l’opium. On administrera , dissous dans très-peu d'cait, 25 à 30 centigrammes d’émétique , 75 centigrammes à 1 gramme de sulfate de zinc , ou bien lO à 25 centigrammes de sulfate de cuivre (ce sel, à plus forte dose, pourrait produire une inllamination très-vive du canal digestif et détermiuer la mort). Après avoir fait jirendre les vomitifs , on donnera la décoction de noix de galle et l’iiirusion de café lorsque les voinissements auront été abondants; si le sujet est pléthorique, on pratiquera la saigu''‘c : ou donneÆ ensuite comme boisson l’infusion de café, les limonades acétique, tartrique ou citrique. De temps en temps, on fera des frictions rudes sur les bras et les jambes ; on donnera un lavement camphré , et si l’on suppose que le poison a franchi le pylore , on administrera des lavements purgatifs.

Hechrrehes médico-U gates. Nous ne donnerons pas ici les caractèrc.s chimiques et physiques des diverses prépai'ations opia-

AHlU^iGÉ DK TOXICOI/JGIK.

cées ; une pareille description ne peut trouver place que dans un traité completde toxicologie. iNous dirons, toutefois, quec’est par le laiidumm de Sijdcnhuin que les empoisonnements sont les plus fréquents. Or son amertume extrême, sa coloration jaune, son odeur vineuse, uil peu \ ireusc et aromatique, suffisent pour le faire reconnaître.

Il est difficile d’isoler la morphine cristallisée et l’acide méconique lorsqu’on opère sur de petites quantités. Pour ujjirmer* qu’une matière suspecte renferme de l’opium, il ne suffit pas de constater son amertume, sa coloration, par les divers réactifs de la morphine. l’ourse prononcer d’une manière certaine, il faut avoir isolé la moi phine de l’acide méconique ; mais si , à ces réactions, nous ajoutons les symptômes d’empoîsonneincnt par l’opium, les présomptions deviendront plus grandes.

Procédé. Si l’on opère sur des matières liquides, on les fait évaporer en consistance de sirop épais à une très-douce chaleur ; si , au contraire , on opère sur des organes , on les fera bouillir dans de l’eau légèrement acidulée par de l’acide acétique ; et dans ce cas encore , on fera évaporer en consistance de sirop épais. On traite alors à deux reprises par l’alcool concentré et bouillant ; on filtre après refroidissement, et on évapore de nouveau en consistance de sirop. On redissout dans l’eau distillée et on filtre une seconde fois. On traite alors la liqueur par l’acétate de plomb basique; il se forme un précipité de méconate de plomb que l’on sépare par filtration et que l’on réserve. On fait passer dans la liqueur un courant d’acide suifhydrique dans le but de précipiter l’excès de plomb : on filtre et la liqueur est riiise à, évaporer au bain-marie d’abord ; après l’avoir décolorée par le charbon animal, lavé, s’il y a nécessité, on achève ensuite l’évaporation sous le récipient de la machine pneumatique. On obtient alors des cristaux en une masse amorphe présentant tous les caractères que nous avons assignés à la morphine. Quand au précipité de méconate de plomb , on le fait bouillir avec de l’eau acidulée par l’acide sulfurique , qui formera du sulfate de plomb insoluble, que l’on séparera par filtration. La liqueur évaporée fournira des cristaux ou une poudre amorphe d’acide méconique , dont la dissolution précipite eu rouge les sels de peroxyde de fer.

Page 1