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EMPOISONNEMENT PAR LA V.\PEUR DE CDARBON

La vapeur de charbon , ou pour mieux dire les gaz formés par la combustion du charbon , car ce corps ne peut être réduit en vapeurs, est un mélange dont les produits varient en quantité et en qualité , selon les matières combustibles qui leur ont donné naissance.

Ces gaz ne produisent pas seulement une simple asphyxie, c’est à-dire la cessation de la respiration , mais encore un véritable empoisonnement , car la plupart de ces gaz sont délétères , et nous devons placer en première ligne parmi ceux-ci le gaz o.vydc de carbone.

ABRÉGÉ BE TOXICOLOGIE

Synrptômes de l'empoisonnement par la vapeur de charbon. Il est bien difficile d’exposer les symptômes généraux que l’on observe dans cet empoisonnement; cependant, dans lé plus grand nombre des cas, les malades ressentent une grande pesenteur de tête, avec des bourdonnements et des tintements aux oreilles, un grand affaissement des sens et une propension au sommeil irrésistible. La respiration est lente et difficile ; elle finit par s'éteindre. Le cœur bat dès lors avec violence; puis les battements sc ralentissent , pour ensuite devenir plus forts; le sang devient tellement coagulable, qu’au bout de quelques instants il se prend en un caillot épais et résistant; quelques malades poussent des plaintes et des gémissements qui attestent de grandes souffrances; d’autres ^ au contraire , tombent dans une sorte d’extase qui persiste jusqu’à la perte complète de^ facultés intellectuelles ; tantôt on observe une décoloration générale de la peau, d’autres fois la face présente une teinte rouge violacée, avec grande flaccidité des membres. D’après M. le docteur Marye, la coloration rouge e.st limitée aux oreilles et à la face. Enfin on a aussi observé une roideur tétanique qui disparaît quelque temps après la mort pour reparaître plusieurs heures après. Quant aux nausées et aux vomissements, ils sont plus rares qu’on ne le dit ; pendant le tétanos, les urines et les matières fécales sont quelquefois rendues involontairement '

Lésion des tissus. Nous rappellerons , d’après XI. le docteur Xfarye, l’état du cadavre d’un asphyxié pendant les trois ou quatre heures qui suivent la mort.

Presque toujours la peau est pûle dans toute son étendue ; quelquefoi.s cependant les cuisses sont marbrées; quoiqu’on ait dit le contraire, les cadavres perdent rapidement leur chaleur, surtout si le cadavre a été exposé à l’air; la rigidité tétanique est très-grande.

On a observé quelques plaques roses sur le col et sur les joues; la bouche est fermée , les paupières abaissées, le globe de l’œil vitré, les pupilles rarement dilatées; la face est pâle , ainsi que les mains et les pieds ; jamais les doigts et les ongles des mains ne sont violacés ; on ne remarque aucune matière rejetée par l’anus ou par la bouche.

La coloration du sang varie selon que l’empoisonnement a été plus ou moins rapide. Quant â l’orgorgement des vaisseaux veineux au développement des poumons, leurs colorations particulières ne sont pas des caractères propres â cet empoisonnement , car M. Marye a établi que l’on constate l’existence de ces mômes caractères sur des cadavres d’individus ayant succombé â un autre genre de mort.

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Traitement de l'empoisonnement par la vapeur de charbon. Le malade sera couché sur le dos tout nu , au grand air, la tête et la poitrine élevées ; on projettera avec force sur tout le corps, et principalement sur la poitrine et au visage, de l’eau tiède, et même de l’eau froide, si la température ambiante n’est pas trop basse ; on fera des frictions sur tout le corps , et surtout sur le tronc, avec des flanelles imprégnées de liquides aromatiques, puis on essuiera les parties mouillées avec des serviettes chaudes ; puis on recommencera les frictions. On doit persévérer dans ces moyens jusqu’à ce que la respiration soit bien rétablie ; d’ailleurs , on irritera la plante des pieds , la paume des mains, l’épine dorsale, par des frictions sèches; on irritera aussi la membrane pituitaire par l’ammoniaque ou au moyen d'une allumette soufrée enflammée; on stimulera les fosses nasales avec une barbe de plume. Il sera bon d’insuffler doucement de l’air dans les poumons ; on administrera des lavements irritants avec de l’eau vinaigrée ou le chlorure de sodium et le sulfate de magnésie. Si les symptômes d’asphyxie persistent, que la chaleur animale soit conservée , on pratiquera une saignée au pied et mieux à la jugulaire; ce dernier moyen est préférable à l’émétique, qui est plutôt nuisible qu’utile. Toutefois on pourra le faire prendre lorsque le malade aura repris connaissance et qu’il éprouvera des nausées avec pesanteur d’estomac. Les lavements et les fumigations de tabac doivent être bannis ; il faut aussi éviter de faire prendre des liquides avant que la respiration soit parfaitement rétablie, car alors la déglutition se ferait mal, une partie des liquides pourrait pénétrer dans la trachée-artère et produire une véritable asphyxie.

Au contraire, lorsque le malade sera parfaitement rappelé à la vie, on lui fera prendre, après l’avoir placé dans un lit chaud, en ayant soin de tenir les croisées de l’appartement ouvertes, quelques cuillerées d’un vin généreux , ou une potion cordiale. Ajoutons que les secours doivent être administrés avec la plus grande promptitude; on doit les continuer longtemps, même lorsque le malade parait mort, il ne faut les cesser que lorsque la rigidité cadavérique est survenue , en ayant bien soin de ne pas confondre celle-ci avec la rigidité convulsive : on a vu des malades être rappelés à la vie après douze heures de traitement.

Recherches médico-légales. Les gaz produits par la combustion du charbon renferment de Voxygène, de Vazole, de Vacide carboniguc , de Voxyde de carbone et de V hydrogène carboné ; ce mélange gazeux sera recueilli en vidant dans l’appartement un flacon plein de mercure, et à défaut de celui-ci, de sable trèssec.

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Le mélange gazeux placé clans un flacon , on le lorcera, en y faisant arriver du mercure ou de l’huile , à traverser un appareil composé de la manière suivante, et le tout exactement femé : 1° un tube à boules de Liebig, renfermant de l’acide sulfurique très-concentré, un second tube en U renfermant de la pierre ponce imprégnée d’acide sulfurique afin de retenir l’eau ; 2® un second ai)pareil ajusté au précédent, et composé comme lui d’un tube à boules renfermant une solution concentrée de potasse caustique , et dans le tube en forme dû de la pestasse en morceaux : .ces deux tubes rétiendront l’acide carbonique ; 3® un tube en verre horizontal entouré de clinquant et renfermant du bioxyde de cuivre, porté fi une température élevée et sur lequel arriveront l’azote , l’oxygène , l’oxyde de carbone et l’hydrogène carboné; ces deux derniers, prenant de l’oxygène au bioxyde de cuivre, seront transformés en acide carbonique et en eau, que l’on retiendra par des appareils disposés comme précédemment, et renfermant de la potasse pour retenir l’acide carbonique, de l’acide sulfurique pour retenir l’eau, la quantité de ceux-ci étant connue, il sera facile par le calcul d’établir la proportion de protoxyde de carbone et d’hydrogène carboné qui étaient contenus le mélange gazeux. I/appareil est terminé par un second tube horizontal entouré aussi de clinquant et chauffé, renfermant du cuivre métallique qui a pour but de retenir, soit l’oxygène qui existait dans le mélange gazeux, soit les composés azotés qui auraient pu se former par le passage de l’azote sur le bioxyde de cuivre. .Après ce tube vient un tube recourbé qui se rend sous une cloche graduée pleine de mercure, dans laquelle l’azote pourra être dosé. Quant à l’oxygène, on en détermine la quantité par différence. D’ailleurs, l’appareil que nous venons d’indiquer pourrait être modifié de différentes manières; trois gaz sont surtout importants à doser, ce sont: l’acide carbonique, l’oxyde decarboneet l’hydrogène carboné.

Plusieurs questions de médecine légale ont été soulevées à l’occasion de l’asphyxie parla vapeur de charbon. Nous ne pouvons les discuter ici ; nous renvoyons à l'excellent Traité de toxicologie de M. le professeur Orfila.

SGG

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