QUALITÉS DES MÉDICAMENTS
Il Importe do n’admiuîstrer que des médicaments de bonne qualité, et le médecin n’aura toute garantie à ce sujet qu'en ayant soin de prescrire la meilleure sorte commerciale soumise récemment à la préparation pharmaceutique la plus avantageuse.
1“ Sortes covvncrcialcs. — Leurs variétés dépendent de la diirérence des espèces botaniques qui les fournissent , ou bien , la plante restant identique, de la diversité des conditions d’ûge , de terrain, de climat, etc., et plus encore de la nature dos préparations souvent frauduleuses qu’on lui fait subir. Ce n’est pas toujours la qualité absolument meilleure qu’on devra rechercher dans les médicaments ; on fera bien parfois de préférer une sorte moins bonne, mais moins facile à sophistiquer et plus abondante dans le commerce.
Dans bien des cas , il sera même nécessaire , à la campagne surtout , de se contenter de médicaments è propriétés analogues , c’est-à-dire des succédanés.
Les agents thérapeutiques placés dans la même classe peuvent, en général, se suppléer les uns aux autres en tenant compte des doses.
Pour les succédanés de chaque médicament en particulier, il faut consulter l’article qui lui est spécialement consacré.
2° Ancienneté des préparations. — Les extraits et les autres préparations officinales perdent de leurs propriétés avec le temps. C’est une circonstance qu’il ne faut jamais oublier, principalement lorsqu’il s’agit de médicaments très-actifs; un seul fait servira à eu faire sentir toute l’importance.
Nous avions , dans notre service de l’hôpital Necker, une jeune fille choréique soumise , depuis vingt jours, à l'u.sagc do l’extrait alcoolique de noix vomique; de 10 centigrammes, la dose avait été progressivement portée jusqu’à 1 gramme sans que la malade en ressentît aucun effet notable. Surpris de cette„ inertie du médicament, nous nous informâmes depuis combien de temps il était préparé. L’extrait se trouva être fort ancien , nous en fîmes préparer d’autre , et nous eômes la précaution d’en prescrire, non jilus 1 gramme comme la veille , mais seuleiiicxit 60 oentigrammes. Néanmoins, les accidents toxiques furent tels (juc. selon toute apparence, une quantité presque double eût amène iwfgilliblement la mort.
Parmi les substancêîKiue nous devons signaler comme subissant une altération constante , nous indiquerons ie cyanure de
AUT DF. FÛRMILER.
fpotasBlum qui , lorsqu’il est pur, est un poison narcotique très- ■ violent h la dose de 20 centigrammes; mais avec le temps , et '•surtout selon le procédé employé pour sa préparation , Il peut rrenfermer du carbonate , du formiate et du cyanate de potasse , jfcorps k peu près inertes ; aussi , disons-nous du cyanure de po- ;tassium , à cause des altérations que nous venons de signaler, (qu'il doit être exclu de la thérapeutique interne ; c’est ainsi en- ■'core que l’eau distillée d'amandes anW'res et celle de lauriei’ cerise s’altèrent rapidement , et leur principe actif (l’huile es- 'sentielle) se transforme en acide benzoïque.
Des accidents semblables pourraient arriver dans les mêmes conditions avec d'autres substances énergiques. La difïérence ■d’énergie observée entre deux préparations tout k fait distinctes, l’une ancienne, l’autre récente, se trouve, quoiqu’à un moindre degré , entre une portion d’une masse médicamenrteuse et la masse elle-même dont elle a été depuis longtemps 'Séparée, attendu que les médicaments s’altèrent en raison directe de leur division. Nous engageons donc les praticiens : 1" A ne pas couseiller à leurs malades un approvisionnement de ces 'Substances qui dépasse les besoins de quelques jours; 2“ à réduire la dose , à chaque fois qu’on renouvelle la provision , de telle sorte que cette dose égale au plus l’avant-dernière ; 3" à • recommander au pharmacieude s’abstenir de préparations trop ■anciennes.
3° Pn'paralions pliannaretUiqurs, — Nous comprenons soU ' ce titre les formes données aux médicaments dans l’oiricine du pharmacien et même dans le laboratoire du chimiste. Voici quelques préceptes généraux relativement k leur choix. On doit donner la préférence à celles où les doses des principes actifs -sont susceptibles d’une évaluation rigoureuse. On prescrira donc le sirop d’opium plutôt que le sirop de pavot, la strychnine, et mieux le sulfate de strychnine , plutôt que la fève de saint Ignace, etc. Pourtant nous sommes quelquefois heureux d’avoir à notre disposition des préparations inférieures, mais afl’ubléos d’un nom bizarre qui en dissimule la véritable nature. Ln face d’un malade qui refusait absolument de prendre des opiacés, le sirop de karaljf'; a tiré d’embarras plus d’un praticien.
Telle substance dans une certaine combinaison existe ù un état de pureté plus grande que dans les autres; ainsi l’antimoine n’est parfaitement exempt d’arsenic que dans l’éméticpie et le kermès. Ce sont ces deux combinaisons qu’on devra employer.
On peut poser en règle générale que les substances médicamenteuses sont d’autant mieux acceptées par l’économie, qu’elles sont plus analogues aux principes chimiques répandus dans notre organisme.
C’est à ce titre que les substances insolubles l’emportent sur les autres lorsqu’il s’agit de déterminer des effets dynamiques. Il semble que leur dissolution à la faveur des liquides sécrétés soit un commencement d’assimilation.
On devra d’ailleurs choisir parmi les corps insolubles de même espèce celui qui se laisse le plus facilement attaquer par nos humeurs , c’est-à-dire celui qui est le plus hydraté ; parmi ceux d’espèces différentes , il faut prendre celui dont les affinités sont le moins satisfaites ou dont la combinaison est le moins stable.
Ce serait la règle inverse qu’il faudrait suivre à l’égard des médicaments solubles dont on recherche Faction générale. A ce point de vue, la forme saline est la plus convenable. D’ailleurs, toutes ces règles souffrent de nombreuses exceptions et se modifient les unes par les autres.- Souvent même elles seront sacrifiées aux répugnances des malades ou à d’autres considérations, dans l’énumération desquelles nous ne saurions entrer.