HABITUDE, TOLÉRANCE
Nous rapprocherons ces deux choses moins pour établir leur ressemblance que pour faire ressortir leur contra.ste. Pour nous , r/iaàüitdo consiste dans ralVaiblissement progressif do l’action d’un médicament; la lolcrancc , au contraire, est constituée par le défaut de réaction contre un agent plus ou moins toxique.
On ne s’accoutume que graduellement : parfois on tolère d’emblée.
Mais l’inertie qu’engendre l’habitude s'accroît indéfiniment, tandis que la tolérance cesse souvent tout à coup, et lu révolte succède îi l’oppression.
D’où il suit qu’on peut supporter, durant plusieurs années, d’énormes quantités d’un poison auquel ou s’est habitué, et qu’on ne saurait prolonger au delà de quelques jours , sans (langer pour la vie, l’usage de doses élevées d’une substance toxique qui n’ont été acceptées d’abord qu’en vertu de la tolérance.
Le phénomène de la tolérance n’a guère été étudié qu’à l’occasion des antimoniaux , et le mot lui-même a été créé par l’école Rasorienne , qui a beaucoup vanté oses préparations comme contro-stimulantes, surtout lorsqu'elles étaient tolérées.
Les bienfaits de la tolérance ne nous parai.ssent avoir rien de mystérieux ; quand le tartre stibié n’est pas rejeté par les vomissements, il est absorbé en plus grande proportion; la dose eflicace est plus forte, voilà tout. Cependant ce principe n’est pas al)solu , car on a voulu expliquer l’action contro-stimulanto de l’émétique par une irritation qu’il produit sur la muqueuse de l’estomac , et on niait l’absorption ; on di.s;tit alors que le
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<8el ne passait pas dans les urines ; mais ce fait a besoin d’être ; prouvé.
L’habitude s’observe dans un bien plus grand nombre de cas.
D’après ses propres expériences, M. Boucliardat prétend pou- 'voir poser les règles suivantes : « 1“ On ne s’habitue point aux 'Substances qui agissent comme poi.son sur tous les êtres de i l’échelle organique ; 2° on peut .s’habituer aux .substances qui , quoique devant être considérées comme poison pour l’individu auquel on les admini.stre, épargnent cependant quelques êtres de l’échelle organique. »
L’habitude semble donc possible, pourvu que le poison n’arrête pas les phénomènes essentiels de la vie , mais qu’il frappe seulement les fonctions animales , lesquelles sont de luxe, pour ainsi dire, puisqu'elles n’appartiennent qu’à une classe privilégiée d’êtres organisés.
Cela conduirait à admettre l’existence de deux sortes de substances toxiques : les unes entravant directement les phéno- I mènes chiinico-organiques , les autres agissant par l’intermédiaire du système nerveux.
Les premières tuent môme les plantes ; les secondes ne sont 'funestes qu’aux animaux, et leurs effets sont d’autant plus violents qu’ils s’exercent sur des animaux plus haut placés dans l'échelle.
La loi que nous avons précédemment énoncée n’a pas été vé- 1 ridée dans un assez grand nombre de cas pour qu’on lui accorde encore toute certitude.
Nous ne sommes pas aujourd’hui en mesure do dire quelles sont et quelles ne sont pas les sub.stances auxquelles on peut s'habituer.
Chacun sait qu’on s’accoutume facilement à l’opium , témoin les Orientaux. Mais, sans parler des Thériakis, certaines personnes ont pris, sous nçs yeux, dos quantités extraordinaires de ce médicament. C’est ainsi que nous avons vu une malade de notre service, à l'hôpital Necker, prendre jusqu’à 25 grammes d’opium en un jour. Les e.xemples de ce genre ne sont pas excessivement rares.
Certains poisons, comme le curare, dont l’origine n’est pas parfaitement connue , sont sans action lorsqu’on les introduit dans la bouche et même dans l’estomac , comme l’a prouvé récemment M. le docteur Bernard, tandis qu’ils tuent immédiatement les animaux blessés par les llèches imprégnées de curare; cette espèce de tolérance paraît tenir à la propriété qu’ont les muqueuses saines de ne pas absorber ces poisons , tandis qu’ils deviennent mortels aussitôt que l’absorption a lieu.
AKT DE FURMULEH.