CUACUN DES COMPOSANTS PRIS ISOLÉMENT
A. En combinant sans réaction chimique des médicaments doués d’actions essentiellement dilférentçs, et qui, par leur union, produisent sur l’économie îles c/fets autres que ceux qu’ils détermineraient séparément.
Il est assez diflicile de s’expliquer cette bizarre propriété de certaines associations; c’est ainsi qu’un mélange d’ipécacuanha et d’opium est employé comme diaphorétique puissant, et l’on sait quenil’ipécacuanha ni l’opium pris séparément ne Jouissent de cette action. Il est vraisemblable que bon nombre des médicaments naturels doivent leur efficacité à de semblables combinaisons.
C’est ainsi qu’agissaient les électuaires et toutes les préparations polypharmaques des anciens.
AHT DE FüRMlLER.
J3. En combinant chiiniquement des substances qui donnent naissance à de nouveaux composas qui mettent à tiu les principes actifs de l’un des composants.
L’acide sulfurique uni à la potasse donne un sel (sulfate de potasse) qui n’a qu’une action douce sur l’économie, tandis que les deux composants sont d’une causticité remarquable.
La potion antiémétique de Rivière se prépare en mélangeant du jus de citron et du bi-carbonate de potasse; l’acide citrique agit sur le carbonate, au moment du mélange, le décompose, prend la place de l’acide carbonique qui se dégage; et ce n’est que par l’acide carbonique que les vomissements sont arrêtés.
Le cataplasme fermenté ou de levain, ne doit ses propriétés antiseptiques qu’à un développement d’acide carbonique produit par la décomposition des ingrédients.
Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de pouvoir formuler ù priori quelle doit être la composition chimique résultant du mélange de deux substances organiques neutres. Il a fallu les beaux travaux de MM. Robiquet et Boutron, Liébig et Wœlher, pour prouver que deux substances neutres, aussi inoffensives que le sont l’amygdaline (principe amer des amandes amères), et la synaptase ou emulsine (substance albuminoïde des amandes), pourraient donner naissance à deux poisons aussi énergiques que le sont l’essence d’amandes amères et l’acide cyanhydrique ou prussique.
Cependant M. le docteur Bernard a démontré que ces deux substances pouvaient réagir l’une sur l'autre dans l’estomac , et donner naissance aux deux poisons que nous venons de signaler. Ce savant physiologiste s’est même servi de cette réaction pour démontrer que la section du nerf pneumogastrique ou de la huitième paire arrêtait le travail digestif ; en effet, la section de ce nerf étant faite sur un chien , si on administre à cet animal de la synaptase d’abord, de l’amygdaline longtemps après, ces deux substances se trouvant en même temps dans l’estomac, l’animal mourraempoisonné par l’acide cyanhydrique et l’essence d’amandes amères. Si , au contraire, on fait prendre à un chien à l’état normal de la synaptase, et une heure après de l’amygdaline , l’animal ne sera nullement incommodé , en raison de la digestion et de l’assimilation de la synaptase qui étaient opérées au moment où l’amygdaline a été ingérée , de sorte que ces deux substances n’ont pu se rencontrer ni dans l’estomac, ni ailleurs, à leur état de pureté.
Le looch blanc du codex, renfermant une petite quantité d’amandes amères, la réaction que nous venons de signaler se manifeste par la production de l’acide cyanhydrique et de l’essence d’amandes amères, mais en quantité si minime, qu’ils
AHT DE FOHMULER.
seraient sans aucun danger. Cependant , si on ajoute à ce loocli du calomel, alors celui-ci qui, administré seul, serait sans danger, est transformé en deux poisons mortels, le bichlorure et le bicyanure de mercure. Des empoisonnements suivis de mort ont eu lieu par un pareil mélange.
Certains médicaments associés perdent quelques-unes de leurs propriétés physiques , sans que l’on puisse en assigner la cause à une réaction chimique, ni que l’on soit certain que l’action thérapeutique n’a pas été modifiée. Nous avons déjà dit ailleurs que le café, le tannin, détruisaient l’amertume du sulfate de quinine, du sulfate de m^nésie et de la plupart des substances amères; le charbon animal lavé agit de la même manière dans un grand nombre de cas; l’odeur du musc disparaît lorsqu’on l’associe au lait d’amandes. M. Reveil assure que le camphre agit de la même manière. Enfin, M. Planche a signalé des modifications notables, qui se produisaient dans la consistance, l’odeur des résines et des gommes-résines associées au camphre : ainsi, cette dernière substance détruit l’odeur infecte de Tassa fœtida. 11 reste à savoir si les pi'opriétés thérapeutiques ne sont pas aussi modifiées par de pareils mélanges ; c’est à l’expérience à prononcer.
Le cyanure de potassium est un poison très-énergique, tandis que combiné avec le protocyanure et le sesquicyanure de fer, il constitue deux sels, le ferrocyanure de potassium (cyanure jaune) et le ferrycyanure de potassium ( cyanure rouge) qui , tous les deux , sont sans action sur l’économie , et peuvent être donnés à la dose de 50 et 60 grammes, sans inconvénient, tandis que le cyanure de potassium pur tue infailliblement à la dose de 0,30 à 0,50; et chose curieuse, nonseulement les propriétés thérapeutiques et toxiques sont masquées ou détruites dans le ferrocyanure et dans le ferryc}-anure de potassium, mais encore les propriétés chimiques; le fer lui-même ne peut y être indiqué par ses réactifs.