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DES SUCS

Les sucs sont des médicaments magistraux liquides, ou mous et liquéfiables par la chaleur, obtenus en exprimant des végétaux entiers ou quelques-unes de leurs parties. 11 n’est peutêtre pas de préparation qui s’altère plus vite ; aussi les pharmaciens ne conservent Jamais de sucs de végétaux , si ce n’est par des procédés que nous indiquerons bientôt. Le médecin en demande au fur et à mesure de ses besoins , sans avoir ii prescrire le mode de préparation. H indiquera la dose et le nom du suc qu’il désire, s’il est nécessaire de réunir le suc de plusieurs plantes , et s’il y a lieu d’y ajouter quek(ues autres substances.

Tout liquide ou corps liquéfiable j)ar la chaleur, renfermé dans les tissus organiques , peut êti’C considéré comme un suc ; d’après leur nature, on peut les diviser en cinq classes :

Les sucs aqueux;

Les sucs huileux ;

Les sucs résineux;

Les sucs laiteux;

Les huiles essentielles.

sucs AQIEUX.

Surs aqunix. La nature du véhicule les caractérise , ainsi que l’absence de toute partie résineuse ou grasse ; ou les subdivise en trois groupées bien tranchés par leur composition. Cæ sont les sucs extractifs , les sucs iMrrrx et le.s sucs ad, des.

Sucs extractifs. Us renferment de l’albumine, de la chloro-

;>2 ABUKGIÎ DK PIIARMACIK.

pliylle, de la matière extractive, des sels divei’s. V albumine végétale a les mêmes propriétés que celle de l’œuf , et existe dans les plantes en dissolution et en suspension ; elle est coagulée de 40 à 60 degrés. La chlorophylle est la matière colorante verte des feuilles. On a nommé chronmle dans les plantes tout ce qui n’était pas vert ou blanc : aujourd’hui cette distinction n’est plus faite, et on nomme chlorophylle tout ce qui n’est pas blanc ; car alors cette coloration est due à de l’air renfermé dans le tissu cellulaire.

La chlorophylle , par sa composition et ses propriétés , se rapproche des résines ; comme elles, la chaleur la ramollit ; l’alcool , les corps gras , la dissolvent : elle est un peu combustible.

La matière extractive est mal déterminée; elle varie dans chaque plante , mais toujours elle a de grands points de ressemblance , comme la saveur, la couleur, etc.

Les sucs extractifs ont besoin d’être clarifiés; pour cela , on les filtre à froid. Cette opération est longue ; mais on peut la hâter en multipliant les filtres.. On emploie à tort un autre moyen plus prompt , qui consiste à porter le suc à l’ébullition , et à filtrer chaud ; mais on ne doit pas oublier qu’alors l’albumine est coagulée , et qu’elle entraîne la chlorophylle et la plus grande partie de la matière extractive , de sorte que le suc ainsi obtenu est à peine jaune et peu sapide, tandis que filtré à froid , il présente une coloration brune et une saveur plus prononcée.

Les sucs extractifs sont surtout destinés à l’usage interne. On les fait prendre le matin en une ou plusieurs fois; ils sont encore quelquefois employés en gargarismes , en collyres , en lotions, en injections , en lavements.

Sucs sucrés. On désigne sous le nom de sucre toute substance qui , sous l’influence d’un ferment énergique (levure de bière) et d’une température convenable (35 à 50 degrés) , est transformée en alcool et acide carbonique (fermentation alcoolique). Dans d’autres circonstances , comme celles d'un ferment moins actif ou d’une température plus élevée , les sucres peuvent éprouver trois autres fermentations ; ce sont : la fermentation lactique, la fermentation butyrique et la fermentation visqueuse.

Les diverses espèces de sucre sont divisées en quatre groupes :

1° Le sucre de canne, fourni par la canne , la betterave, le maïs , la châtaigne , l’érable â sucre et tous les fruits sucrés et non acides ;

2" Le sucre de raisin , fourni par les fruits sucrés et acides, la glucose ou sucre de fécule, le sucre de diabète ou d’urine;

3“ Le sucre de lait , qui existe surtout dans le lait des herbivores ;

AHRKGÉ DE PHARMACIE. ^

U‘ Le sucre de chauipiçjnon , trouvé par M. Wiggers dan.s

l’ergot de seigle. , . , , , , ...

Tous ces sucres sont transformés par les acides et les ferments en sucre de raisin ; les mélasses ou sucres incristallisables sont des produits d’altération des diverses espèces de sucre.

Ceci établi , revenons aux sucs sucrés. Ils sont caractérisés par la présence du sucre de canne et par l’absence de tout acide en grande quantité. On les extrait en divisant , par différents procédés mécaniques , les parties qui les renferment , et en soumettant la pulpe A une forte compression , on clarine le suc par filtration A froid , ou en coagulant l’albumine au moyen de la chaleur. . „

Les sucs sucrés renferment un sucre de canne , de 1 albumine végétale , de l'acide malique et du malate de chaux en petite quantité , des matières extractive et colorante , de la pectine et de l’acide pectique. Abandonnés A eux-mêmes, ils éprouvent les fermentations alcoolique , lactique ou visqueuse , selon la température et la nature du suc lui-même. ^

Les sucs acides sont caractérisés par la présence d un acide végétal libre en assez grande abondance. Ce sont les acides tar~ trique dans le raisin , le citrique dans les oranges , les citrons ; le malique dans les poires , les pommes , le sureau , le sorbier ; enfin tout A la fois le malique et le citrique dans les groseilles , les fraises , les framboises , les cerises , etc. Ils contiennent en plus toujours du sucre appartenant A la variété sucre de raisin. Les sucs acides se préparent en déchirant le parenchyme , exprimant et clarifiant le suc tantôt par simple filtration , tantôt par un commencement de fermentation.

Abandonnés A une température de 25 A 30 degrés , ils éprouvent la fermentation alcoolique.

Conservation des sucs. — M. Gay-Lussac a démontré que cette fermentation ne pouvait avoir lieu sans le contact de l’air ; or, tous les procédés de conservation sont basés sur cette importante observation. Le procédé le plus ancien consiste A mettre A la surface du suc une légère couche d’huile d’olives ou d’amandes qui rancissent difficilement : on a proposé aussi le mutisme , qui consiste A introduire dans le suc un peu d’acide sulfureux qui agit soit en s’emparant de l’oxygène de l’air, soit , d’après M. Desfosses, en contractant avec le ferment une combinaison qui le rend impropre à déterminer la fermentation ; on se procure cet acide sulfureux en brûlant une mèche soufrée dans les vases destinés A contenir le suc , ou en y mettant un peu de sulfite de chaux. Mais le procédé A péférer est celui d’ Appert , tel qu’il a été modifié par M. Gay ; il consiste A mettre le suc dans des bouteilles qu’on entoure de foin , et que l’on place dans une bassine A fond plat pleine d’eau froide ;

ôi VURÉGÉ UE PH VRM VriE.

celle-ci est portée à l’ébullitiou , que l'oa maiiitieat une demiheure environ ; on bouche les bouteilles encore chaudes , et on les couchje à la cave après avoir solidement assujetti le bouchon au moyeu de ficelles ou de fil de fer.

sucs HUILEUX.

Les surs fiitilcux se divisent empyriquemeut en liquides, /unies qui sont siccalioes ou non siccalivcs ; en mous , graisses ; eu solides, suifs; et eu mous odorants, beiures.

Les corps gras peuvent être considérés comme des mélaû,?e.s en proportions variables de principes immédiats, stéarine, solide; margarine, molle; oléine. Liquide; de sorte que la consistance des corps gras dépend de la prédominance de l’un de ces principes. Sous rinlluence des alcalis, la stéarine , la margarine et l’oléine sont dédoublées en acides stéaritjue , margarique et oléique , et en glycérim^ ou principe doux des huiles. Dans une autre théorie , on aduiet la préexistence de la glycérine, de sorte que ces' corps gras devraient être considérés comme des stéarates , murgarates et oléates de gLgccrine; celle- Ci , base faible , serait simplement déplacée à. l’état d’hyvli'ate par les alcalis.

Chiimiquemeut les corps gras doivent être classés en quatre groupes :

1 - Corps gras sur lesquels les .alcalis sont sans action, cholestérine,, ambré ine, reraïne, myririne, castorine.

2' Ceux que les alcalis changent en glycérine et eu acide gras en partie volatils en partie décomposables par la chaleur, stéarine, margarine, oléine, ricinine, paimine.

3° Ceux que les alcalis changent en acides oléique et margarique, et en une matière grasse insaponifiable, rétine, eérine.

fi* Ceux que les alcalis transforment en glycérine et en acides gras volatils et en acide oléique et margarique, butyrùie, hircine, ptiocénine.

Les corps gras liquides sont préparés par division et simple expression, souvent on s’aide de Faction de la chaleur, celle-ci est indispensable quand les corps gras sont mous ou wUdes.

Les matières grasses doivent être conservées à l’abri du contact de l’air. Elles sont la base des cérats, des })ommades, des onguents, des emplâtres et des huiles médicinales : elles sont insolubles duns Feau, solubles dans l’éther; fixes, décomposables pai- kl chaleur en produits très-variés dans lescj^uels dominent les gaz inflammables.

Les huiles sont employées intérieuremeetà l’état de pureté en émulsion ou en looch, à la, dose de 8 à 30 gramaies et plus : i’huiile de eroton tigWuan est exceptée, elle ne se doneO' qu’à la

ABRÉGÉ DE PHAUMAGIE.

dose de une à quatre gouttes à rintdrieur; extérieurement elle s’emploie comme révulsif; les huiles sont la base des liniments ; on les emploie en lavements et à la surface des cataplasmes.

sucs RKSMEUX.

Lessligs résineux sont des produits qui découlent naturellement ou par incisions de plusieurs plantes de la famille des conifères, dos térébinthacées, etc., et que l’on désigne plus spécialement sous le <ie tétftJhenllihu’s; tandis qu’ils sont nommés quand ils renferment des acides benzoïfjueou

ciunamiquo, l’absence de- ces acides distingue essentiellement les résines des baumes.

Les résines et les sucs résineux sont insolubles dans l’eau, fusibles, rudes au toucher, conduisent mal l’électricité, elles se dissolvent dans l’alcool, l’éther et les corps gras.

Uverdorben en distingue trois classes :

■1“ Les l'éshics fortement élccl ro-négatives qui se combinent aux alcalis, solubles dans l’ammoniaque, et la dissolution soumise pendant un quart d’heure à l’ébullition ne laisse pas déposer de résine ; la solution alcoolique ne rougit pa^i le tournesol ; telles sont la colophane et l’une des résines du copaL

2° lliJsiues'nuI(Uocre»u;tU élcctro-tuigalioes dont la dissolution alcoolique rougit le tournesol ; elles sont solubles dans l’ammoniaque à froid, mais leur dissolution ammouiaeaie bouillie laisse déposer la résine; dans cette classe se trouvent les résines du pin , qui combinées à la soude , constituent la grahse végétale : la résine de copahu, etc.

3® Le» 7'ésincs faiMenwnt électro-négatives dont la dissolution alcoolLfiue ne rougit le tournesol qu’à l’ébullition ; elles sont solubles dans les alcalis caustiques, mais non dans l’ammoniaque et elles ne décomposent pas le cai’bonate de soude. Dans cette classe se trouvent le benjoin et les baumes de Tolu et du Pérou, etc.; au contact de l’air, les sucs résineux perdent leur essence et se solidifuent, avec la magnésie ils forment des combinaisons solides, dont on tire un grand parti pour leur administration.

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