‹ Traité de l'art de formulerChapitre 195 sur 272 · PHOSPHORE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE

Le phosphore en poudre ou dissous tue rapidement si on l'injecte dans les veines; administré par l'estomac, il agit d'autant plus rapidement qu'il est plus divisé.

Symptômes et lésions. On doit considérer deux cas : 1" le phosphore a été administré en morceaux ou en poudre, alors l'action irritante locale est considérable; T il a été donné dissous, alors l'action irritante sera moins localisée ; il y aura excitation du

système nerveux et surtout des organes de la génération ; à dose forte, il survient des vomissements violents et des symptômes nerveux très-graves ; appliqué à l'extérieur, il produit des brûlures profondes.

Traitement, tmétiqne 0,10 à 0,30; boissons mucilagineuses tenant de la magnésie en suspension ; celle-ci a pour but de saturer les acides provenant de l'oxydation du phosphore, le liquide distend l'estomac et favorise les vomissements; enfin on aura recours aux antiphlogistiques.

J\ec lier elles. Toutes les substances renfermait du phosphore libre sont lumineuses à l'obscurité et répandent une forte odeur d'ail ; mises sur un corps chaud , elles répandent des fumées blanches d'acide phosphorique ; mais il peut arriver que le phosphore soit transformé en acides phosphoreux ou hypophosphorique ; ceux-ci bouillis dans l'eau dégagent de l'hydrogène phosphore qui, enflammé, brûle en répandant des fumées blanches épaisses d'acide phosphorique.

Ainsi donc , il faudra dans un empoisonnement par le phosphore se livrer à trois ordres de recherches : 1" rechercher le poison en nature ; 2" constater la présence des composés oxygénés inférieurs du phosphore, qui auraient pu se former par oxydation à l'air ; 3" rechercher la quantité de phosphore contenue dans un poids déterminé de matière sur laquelle on opère.

1° Rechercher le phosphore en nature. Le procédé le plus ancien et le plus simple consiste à faire dessécher les substances suspectes sous le récipient de la machine pneumatique, à réduire le résidu en poudre et à le placer sur une plaque chaude à l'obscurité ; on aperçoit alors, de distance en distance, des points phosphorescents que l'on isole , et qui , traités par le sulfure de carbone, donneront du phosphore en nature.

M, E. Mitscherlich a conseillé, pour constater la présence du phosphore, de placer les matières suspectes dans un ballon avec de l'eau, et d'ajouter le tiers du volume environ d'acide sulfurique concentré, on adapte au ballon un long tube en verre communiquant avec un serpentin également en verre, et refroidi; on chauffe l'appareil dans l'obscurité, et on ne tarde pas à apercevoir des lueurs phosphorescentes qui remplissent le tube et le serpentin; nous ferons remarquer cependant que pour que la phosphorescence se produise bien, il est indispensable de laisser pénétrer l'air de temps en temps dans l'appareil.

M. L. Dussart a constaté que toutes les fois que l'on mettait dans l'appareil de Marsh du phosphore, de l'hydrogène phosphore ou des composés oxygénés inférieurs du phosphore , l'hydrogène phosphore qui se dégageait, brûlait avec une flamme verte caractéristique ; mais cette méthode présente deux graves inconvénients, d'abord il est impossible de placer les matières organiques suspectes dans l'appareil de Marsh, ensuite le zinc

qui est employé pour faire fonctionner cet appareil, renferme toujours du phosphore. Mais on peut obvier à ce double inconvénient en faisant passer l'hydrogène dégagé de l'appareil à travers une solution de nitrate d'argent concentrée qui retient le phosphore, puis à faire barbotter l'hydrogène ainsi purifié dans la matière suspecte réduite en bouillie homogène que l'on aura placée dans un flacon muni d'un tube effilé par lequel l'hydrogène se dégagera; c'est cet hydrogène qui devra être enflammé.

2" Constate?' la présence des composés inférieurs du phosphore. Le procédé de M. L. Dussart est parfaitement applicable dans ce cas, mais on pourrait encore mettre dans la liqueur suspecte un peu d'amidon, puis de la teinture d'iode, qui ne colore pas l'amidon en présence des composés avides d'oxygène ; c'est qu'alors, en effet , l'iode décompose l'eau et forme de l'acide iodhydrique avec son hydrogène, tandis que l'oxygène se porte sur le composé phosphoreux pour le tranformer en acide phosphorique, et ce n'est que lorsque la transformation est opérée que l'iode colore l'amidon. On pourrait encore colorer la matière suspecte par une solution sulfnrique d'indigo, puis ajouter de l'eau chlorée qui ne décolorerait l'indigo que lorsque le composé phosphoreux serait peroxyde.

3" Déterminer la quantité de phosphore contenue dans un poids déterminé de matière. Toutes les matières de l'économie humaine contiennent du phosphore, le cerveau est considéré comme celle qui en renferme le plus, on évalue à 1/2 millième la proportion qu'il contient ; on pourra donc dire qu'il y a eu empoisonnement par le phosphore toutes les fois que la quantité de phosphore trouvée sera de beaucoup supérieure à 1/2 millième. Pour déterminer cette proportion, il suffira de calciner un poi^ds connu de matière suspecte avec un excès de nitrate de potasse, on formera ainsi du phosphate de potasse ; mais afin que la déflagration ne soit pas trop vive, on fera bien d'ajouter au nitre une certaine proportion de carbonate de potasse pur; le résidu salin obtenu sera dissous dans l'eau et saturé par de l'acide chlorhydrique, puis on ajoute du nitrate de magnésie et on sature par l'ammoniaque en excès ; il se forme un précipité cristallin de phosphate ammoniaco -magnésien; celui-ci étant lavé, desséché et pesé, il sera facile de déterminer la quantité d'acide phosphorique qu'il contient et conséquerament la quantité de phosphore : les empoisonnements par le phosphore des allumettes sont devenus très-fréquents depuis quelques années, mais il faut espérer que cette cause d'empoisonnement disparaîtra lorsqu'on aura adopté exclusivement le phosphore rouge amorphe non vénéneux^ pour la préparation de ces allumettes.

Page 1