ACIDES CONCENTRÉS OU MOYENNEMENT CONCENTRÉS
Signes de f empoisonnement. Saveur acide, acre, brûlante, chaleur très-vive à la gorge, à l'estomac et puis à l'abdomen ; nausées, vomissements souvent sanguinolents et faisant effervescence sur le carreau; hoquet, constipation ou diarrhée abondante, pouls fort et régulier, soif très-vive, frissons, sueurs froides, gluantes, difficultés d'uriner, face livide.
Lésions. Les acides déterminent des lésions variables , selon leur état de concentration ; concentrés, ils corrodent tous les tissus, déterminent des rétrécissements de l'œsophage, sa perforation, des perforations de l'estomac, et donnent lieu à des épanchements dans la cavité du péritoine, et le malade succombe à une péritonite intense ; si les acides sont dilués, l'inflammation est moins vive.
Traitement et contre-poisons. L'eau administrée en abondance et tenant en suspension de la magnésie calcinée ou du carbonate de magnésie, de la craie {carbonate de chaux); à défaut de magnésie, de l'eau de savon, des dissolutions de bi-carbonate de potasse ou de soude, du lait, des huiles grasses.
Les liquides administrés en abondance ont pour premier but de diluer l'acide et de le rendre ainsi moins corrosif; ensuite ils distendent l'estomac et favorisent les vomissements ; enfin les contre-poisons que nous venons d'indiquer saturent les acides et forment des sels sans action sur l'économie.
On traitera l'inflammation produite : par les émollients, administrés à l'intérieur et appliqués localement sur l'abdomen, sous la forme de cataplasme, de bains, lotions ou fomentations. On fera observer la diète la plus absolue; quelquefois on aura recours aux narcotiques doux. La convalescence est longue. On nourrira le malade par le bouillon de veau ou de poulet, par les féculents; il est de la plus grande importance d'insister longtemps sur une alimentation très-légère, si l'on ne veut s'exposer à voir reparaître tous les symptômes d'une gastro-entérite intense. Les premiers aliments solides que l'on donnera seront les gelées végétales et animales, plus tard le poisson, les viandes blanches, etc.
Eeclierches r)iédico-légales. Les acides les plus concentrés administrés à l'intérieur ou appliqués sur la peau sont absorbés; mais l'absorption se fait d'autant plus facilement qu'ils sont plus étendus. On doit donc les rechercher dans les urines, dans le sang et dans les divers organes. Dans ce dernier cas, on fera
bouillir longtemps ces organes dans l'eau, et on opérera comme nous le dirons en parlant de chaque acide en particulier.
Lorsqu'on applique les acides concentrés à l'extérieur, ils corrodent les tissus, et la mort a pour cause la vive inflammation d'une grande étendue de la peau et la réaction sur le système nerveux qui en est la suite. On avait pensé que les acides détruisant les parties, et se décomposant eux-mêmes, l'absorption devenait impossible; mais les expériences de M. Orfila nous ont appris que, malgré tout, l'acide arrivait dans les urines.
Tous les acides forment des combinaisons avec les matières organiques animales : mais ces combinaisons sontdétruites par l'eau, de sorte que lorsque l'on voudra isoler ces acides, il sera indispensable de laver à l'eau pendant très-longtemps, et, quoique l'on fasse, la matière organique retiendra toujours un peu d'acide libre même dans le cas où la magnésie aurait été employée comme contre-poison.