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MARCHE A SUIVRE DANS L'EMPOISONNEMENT PAR LE SUBLIMÉ

Dès l'apparition des premiers symptômes, on administrera du blanc et du jaune d'œufs délayés dans l'eau, ou bien du sulfure de fer hydraté. A défaut do ces contre-poisons, on donnera du lait, du bouillon ou tout autre liquide mucilagineux tiède et en grande abondance, de manière à diluer le poison et à faciliter les vomissements Ces boissons mucilagineuses, en grande abondance, doivent être préférées aux divers émétiques pour produire les vomissements. Si, malgré ces moyens, ceux-ci n'avaient pas lieu, on ne devrait pas hésiter à vider l'estomac au moyen d'une sonde : celle de Pienault, ou de Dupuytren, par exemple.

Souvent, à la suite de l'empoisonnement par le sublimé, on voit survenir des accidents fâcheux, tels que la gastrite, l'entérite et même une péritonite ; alors on a recours à l'application de sangsues sur les points douloureux ; on pratiquera des saignées, on administrera des émollients et des narcotiques sous forme de lavements, de lotions, de fomentations, de bains locaux ou généraux, on fera boire des boissons mucilagineuses et observer la diète absolue. Mais si l'inflammation est parvenue à un degré assez avancé, ou si elle a parcouru toutes ses périodes, il faut renoncer aux saignées, car on aurait alors à craindre la gangrène. Le traitement, dans ce cas, doit être celui des gastro-entérites. Pendant la convalescence, l'alimentation sera légère. Le lait et les féculents seront les seuls aliments permis ; plus tard, on donnera des gelées et des bouillons .

Recherches médico-légales. Le sublimé corrosif, tel qu'on le trouve dans le commerce, est sous la forme de prismes tétraédriques réguliers, et toujours en pains hémisphériques concaves d'un côté, convexes de l'autre, la face inférieure est hérissée de petits cristaux très-comprimés. D'ailleurs, les formes cristallines varient suivant le procédé qui a été employé pour le faire cristalliser : sa saveur est très-forte, styptique, métallique; il produit un sentiment de resserrement à la gorge. Chauffé dans un petit tube avec de la potasse, il produit du mercure métallique. Le sublimé est soluble dans onze fois son poids d'eau.

On connaît deux sortes de sels de mercure : 1" ceux de protoxyde ; 2° ceux de bioxyde. Pour ne pas séparer ces deux genres de sels, et afin qu'on puisse mieux les embrasser au premier coup d'œil, nous donnerons ici leurs caractères distinctifs.

Potasse et soude.

Ammoniaque. . . .

Acide sulfhydrique.

Sulfures solubles. .

lODURE DE potassium.

SELS DE PROTOS.YDE

Précipité noir.

Précipité noir.

Précipité noir.

Précipité noir.

SELS DE BIOXYDE

Précipité jaune orangé.

Précipité blanc.

Précipité jaune ou gris blanchâtre qui varie de couleur et qui noircit par un excès de réactif.

Idem.

Précipité jaune J Précipité rouge vif soluble dans un verdâtre. ( excès d'iodure de potassium.

Chromate DEPOTASSE. Précipité rouge vif.

Acide chlorhydrique

ET chlorures solubles

Lame d'or ou de cuivre. Pile de Smithson

Précipité blanc.

Mercure métallique.

Précipité jaune rouge.

Pas de précipité.

Mercure métallique.

Tels sont en résumé les caractères des sels de mercure : nous ajouterons qu'un grand nombre d'entre eux sont précipités en blanc jaunâtre par l'eau : tels sont les sulfate et nitrate de bioxyde. Il se forme dans ce cas un sel basique insoluble et un sel acide soluble. Quant aux caractères génériques du sublimé corrosif, nous ajouterons qu'il précipite en blanc le sulfate d'argent. Ce précipité est soluble dans l'ammoniaque et insoluble dans un excès de chlore, tandis que le précipité blanc que forment les protosels de mercure avec l'acide chlorhydrique et les chlorures est soluble dans un excès de chlore et noirci par l'ammoniaque.

Le sublimé est remarquable par la facilité avec laquelle il se dissout dans l'éther. En effet, celui-ci l'enlève à l'eau et à tous les autres liquides : de sorte que lorsqu'on voudra reconnaître la présence du sublimé corrosif dans une liqueur, il suffira d'agiter celle-ci avec l'éther, que l'on mettra en proportion égale à celle du liquide. Après une agitation de quelques minutes, la solution éthérée est abandonnée à l'évaporation spontanée, le sublimé corrosif qui reste alors pour résidu est reconnu aux caractères que nous avons indiqués plus haut.

Mais s'il s'agissait de reconnaître la présence du bi-chlorure

de mercure mélangé à des aliments, aux matières du canal digestif, ou bien combiné aux tissus, il faudrait opérer d'une autre manière, et il serait alors important de détruire la matière animale.

Toutes les substances albumineuses forment, avec le sublimé corrosif, des composés insolubles, dont la nature n'est pas bien établie : c'est cette espèce de combinaison qui est la cause de l'insuccès des chimistes qui ont cherché la présence du mercure dans le lait des nourrices soumises à un traitement mercuriel. Cependant, dans ces derniers temps, en employant un procédé, que nous indiquerons plus bas, M. Réveil est parvenu à retirer des quantités très-minimes de mercure du lait d'une chèvre qui prenait tous les jours dix centigrammes de sublimé corrosif. M. Personne, pharmacien en chef de l'hôpital delà Pitié, a obtenu des résultats plus concluants, et a retiré une assez grande quantité de mercure du lait de la même chèvre, pour qu'il ne soit plus douteux aujourd'hui que les composés mercuriels passent et séjournent dans le lait. Le procédé qu'emploie M. Personne est basé sur ce principe que le sublimé corrosif se dégage à l'ébullition, et qu'il est, par conséquent, très-important de ne pas élever la température des matières qui en contiennent. Ce fait, déjà signalé par Orfila, a été mis hors de doute par les expériences de M. Personne.

M. Lassaigne proposait de faire bouillir la combinaison des matières animales et de sublimé avec une dissolution de chlorure de sodium ; m.ais, d'après Oriila, il serait difficile d'appliquer ce procédé à la médecine légale, parce que le chlorure de sodium n'enlève pas la petite proportion de composé mercuriel aux masses charnues, avec lesquelles il est combiné.

M. Devergie dissout les matières dans de l'acide chlorhydrique concentré et fait passer dans la dissolution un courant de chlore gazeux. Orfila préfère employer l'eau régale et un courant de chlore, et mieux la carbonisation en vase clos, à l'aide de l'acide sulfurique concentré. Pour cela, il opère dans un matras, auquel il adapte un tube recourbé qui plonge dans une éprouvette pleine d'eau distillée. Le sublimé sera retrouvé dans le charbon, que l'on fait bouillir pendant vingt minutes dans l'eau régale et dans les liquides volatilisés.

Lorsqu'on opère sur le sang, M. Millon conseille d'agiter ce liquide dans des flacons pleins de chlore gazeux, que l'on renouvelle plusieurs fois. Nous avons appliqué ce procédé au lait, il nous a très-bien réussi.

M. Flandin emploie l'acide sulfurique d'abord, puis il sature l'acide par l'hypochlorite de chaux sec. Ce procédé est bon ; mais nous croyons qu'il est indispensable d'opérer en vase clos.

Lorsque la matière animale solide aura été détruite, il faut alors opérer sur le liquide pour constater la présence du sublimé

corrosif. Les divers réactifs pourront être employés: l'acide suifhydrique, le plus sensible de tous, donne un précipité blanc jaunâtre, puis jaune, et qui devient noir par un excès de réactif. Ce précipité, recueilli et chauffé dans un tube en verre effilé, avec un peu de potasse, donnera du mercure métallique ; mais, comme dans tous les empoisonnements, il est nécessaire de rechercher le corps du délit : nous conseillerons d'insister sur l'agitation avec l'éther, Les liqueurs ainsi traitées seront mises en contact des diverses lames métalliques.

Voici en résumé le procédé qui a le mieux réussi, et que M. Personne a proposé : on divise dans l'eau la matière suspecte et on y fait passer un courant de chlore pendant plusieurs heures. Il se forme une matière blanche caséeuse; on chauffe légèrement pour chasser l'excès de chlore, on filtre et on fait passer dans le liquide filtré un courant d'hydrogène sulfuré ; il se dépose un sulfure noir de mercure. Celui-ci, recueilli sur un filtre, est desséché et mélangé de chaux vive en poudre; le mélange est placé dans un tube fermé extérieurement et effilé à la partie supérieure ; il se forme du sulfure de calcium, et le mercure volatilisé vient se condenser dans la partie effilée du tube. Si le mercure se présente sous la forme de globules isolés, il ne peut y avoir aucun doute sur sa nature^ mais le plus souvent on obtient une crasse noire. Alors, au moyen d'un petit brunissoir, on peut rassembler les globules de mercure ; mais il faudra toujours mieux casser le tube inférieur.ement et le placer perpendiculairement dans un verre, dans lequel on aura placé un cristal d'iode; la vapeur de celui-ci en frappant le mercure le transformera en bi-iodure d'un beau rouge, passant au jaune à l'aide d'une douce chaleur.

Laine de cuivre. Les lames de cuivre, parfaitement décapées, sont d'une sensibilité extrême. Orfila s'est assuré, en effet, que l'on pouvait, par ce procédé, reconnaître la présence d'un 80,000 millième de sublimé corrosif. Nous avons nous-même constaté que la lame de cuivre jaune était plus sensible que celle de cuivre rouge. Le mercure, en se déposant sur le cuivre, laisse une tache grise, qui, frottée avec un bouchon de liège, devient brillante; mais si le composé mercuriel était mélangé avec un chlorure soluble, la tache serait blanche. D'ailleurs, la couleur grise est due au mélange du mercure métallique avec un peu d'oxyde ou de chlorure métallique ; on peut enlever ceux-ci soit par l'ammoniaque, soit au moyen de l'acide chlorhydrique, et alors le mercure reprend sa couleur blanche. Il faut se rappeler que les lames métalliques agissent avec d'autant plus de succès, que les dissolutions sont plus concentrées ; il sera donc avantageux de les faire bouillir en vase clos avant d'y plonger les lames. Enfin, il est indispensable que celles-ci soient parfaitement décapées.

Lorsque du mercure a été déposé sur la lame de cuivre , que les taches ont été lavées à l'ammoniaque faible, puis à l'eau distillée, on les essuie en les pressant entre deux feuilles de papier Joseph; on les coupe par petits morceaux, et on les introduit dans les tubes en verre effilés à leur extrémité; on chauffe, le mercure se volatilise et vient se condenser sur la partie la plus effilée du tube. Rien n'empêche, d'ailleurs, que l'on ait obtenu ou non du mercure métallique, de faire évaporer jusqu'à siccité en vase clos, et carboniser par l'acide sulfurique comme nous l'avons dit plus haut.

Pile de Smilhson. James Smithson a proposé de recouvrir en spirale d'une petite feuille d'étain roulée, une lame d'or; mais on peut aussi se servir d'une lame de cuivre, en ayant soin que les lames ne soient pas complètement recouvertes par l'étain. Ces lames doivent être parfaitement polies; on acidulé la liqueur par quelques gouttes d'acide chlorhydrique, On voit, au bout d'un temps plus ou moins long, quelquefois d'une demi-heure, la lame d'or ou de cuivre se recouvrir de mercure; on enlève alors l'étain , on essuie la lame d'or entre deux feuilles de papier Joseph , on la roule et on la chauffe dans un tube effilé pour obtenir des globules métalliques ; cette pile ne peut servir à déceler la présence d'une préparation mercurielle, qu'autant qu'on retire du mercure métallique. Il ne suffit pas de voir ces lames blanchir, puis reprendre leur couleur par la chaleur ; car on voit l'or de la pile de Smithson blanchir lorsqu'on le plonge dans un liquide non mercuriel : cela se produit surtout lorsque les liqueurs sont acides ou qu'elles renferment du lô\ marin. C'est alors l'étain qui s'étend sur la lame d'or, et si l'on chauffe celle-ci, elle reprend sa couleur, parce que l'étain pénètre dans la lame; mais elle ne fournit point de mercure métallique. On pourrait aussi mettre la lame d'or blanchie dans l'acide chlorhydrique pur et concentré qui dissout l'étain et non le mercure.

Appaî^eil Flandîn. L'appareil que M. Flandin a conseillé pour reconnaître la présence de quantités très-petites d'une préparation mercurielle , consiste en un vase effilé à sa partie inférieure en un tube présentant une ouverture d'un millimètre de diamètre environ. On place le liquide à essayer dans le vase, et on le plonge dans celui-ci, en ayant le soin de faire entrer dans la partie effilée du tube, un fil d'or attaché au pôle positif d'une pile de Bunzen , tandis qu'au pôle négatif est attaché un autre fil d'or que l'on introduit par l'ouverture supérieure du tube effilé. La pile, étant mise en activité par les moyens ordinaires, il s'établit un courant qui détermine la précipitation du mercure sur le fil d'or qui est attaché au pôle positif. Quelque minime que soit la quantité de composé mercuriel, elle est décelée par ce procédé ; et en chauffant le fil d'or, ou en le traitant par l'acide

azotique , le mercure est enlevé. Nous devons à l'extrême obligeance de M. Flandin d'avoir pu essayer son appareil avec lui, et nous avons obtenu les résultats les plus satisfaisants.

Lame cVor. Il s'en faut de beaucoup que la lame d'or soit aussi sensible que la pile de Smithson et que la lame de cuivre, à moins qu'on ne soumette le liquide à un courant électrique, comme nous venons de le dire; aussi ne devra-t-on en faire usage que lorsque les quantités de mercure seront assez considérables.

Protochlorure d'étain. Le protoclilorure d etain précipite le mercure de ses dissolutions. Ce moyen peut être mis en usage , mais il s'en faut de beaucoup qu'il soit aussi sensible que la lame de cuivre.

Ajoutons en finissant que M. Mialhe a prouvé, d'une manière péremptoire, que tous les composés mercuriels se transformaient en bichlorure au contact des chlorures alcalins. Mais nous pensons que M. Mialhe est allé un peu trop loin, lorsqu'il a dit que tous les composés mercuriels, sauf le mercure métallique et les sulfures, étaient transformés en bichlorure au contact des chlorures alcalins contenus dans les divers liquides de l'économie; cette opinion est contredite par l'action physiologique des mercuriaux. En effet, s'ils n'agissaient que parce qu'ils sont transformés en sublimé corrosif, il en résulterait que toutes les préparations mercurielles devraient déterminer également la salivation; or, tout le monde sait que le sublimé corrosif fait très-rarement saliver. Ceperdant de ce qu'on trouverait ce sel dans l'estomac , 11 ne faudrait pas conclure qu'il y est introduit, puisqu'il peut être le résultat d'une réaction ; enfin , il pourrait se faire que le sublimé corrosif fût transformé en sulfure au contact de l'acide sulfhydrique que contient toujours le canal intestinal.

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