DES PREPARATIONS DE PLOMB
Plomb. Le plomb est solide, blanc bleuâtre, mou, flexible, malléable et ductile ; il se laisse rayer par l'ongle, et se dissout dans l'acide azotique avec dégagement de bioxyde d'azote et formation d'une azotate soluble : il n'est pas vénéneux , tant qu'il n'est pas dissous par les divers liquides de l'économie. Il sert quelquefois à l'étamage des divers ustensiles de cuisine. Il n'est alors dangereux que dans le cas où il serait attaqué par les différents agents chimiques : le plomb métallique très- divisé est au contraire très-vénéneux. On sait quel effet désastreux produisentles émanations saturnines.
Nous distinguerons par conséquent Y infection saturnine, ou empoisonnement c/ironique, et l'intoxication saturnine, ou empoisonnement aigu ; toutefois nous étudierons simultanément ces deux genres d'empoisonnements.
Les individus qui font usage du plomb, ou de ses composés, ceux qui manient les préparations saturnines, ou qui se trouvent placés dans l'atmosphère de leurs émanations, sont sujets à des maladies graves ; voici les principales professions dans lesquelles on fait usage de ces composés : les peintres et barbouilleurs, les plombiers, les potiers déterre, les faïenciers, les imprimeurs, et surtout les polisseurs de caractères d'imprimerie, les cartiers, les essayeurs des monnaies, les chimistes, les fabricants de couleurs, les cérusiers, les mineurs, etc.
Des émanations saturnines. On divise les symptômes produits par les émanations saturnines, en prodromes, ou intoxication saturnine primitive, et en accidents confirmés.
Les prodromes sont une coloration particulière grisâtre sur les parties des gencives la plus voisine des dents ; la nuance de cette coloration varie; elle porte le nom de liséré, et paraît due à des sulfures de plomb; on perçoit une saveur sucrée, styptique, haleine fétide; la peau prend une QolovdAion jaune sale ^ qu'on a désignée sous le nom dHctère saturnin. La conjonctive , l'urine, les matières fécales prennent la même couleur; il survient un amaigrissement que l'on a désigné sous le nom de saturnin ^ que l'on remarque surtout à la face, qui est ridée.
i20 ABRÉGÉ DE TOXICOLOGIE.
Accidents confirmés. Les émanations saturnines étant absorbées excitent le système nerveux de la vie intérieure , tandis que le système nerveux de la vie de relation, les phénomènes de sensibilité et de mobilité peuvent être tantôt abolis, tantôt exaltés.
Colique des peintres ou saturnine. Lorsque le plomb porte son action sur les viscères de l'abdomen, la colique se montre avec toutes ses variétés ; alors le symptôme le plus constant est la douleur, qui siège le plus souvent à l'ombilic, rarement à Fépigastre ou à Fhypogastre ; elle se manifeste par une sensation de tortillement qui diminue lorsqu'on comprime l'abdomen. En général il y a constipation , rarement dévoiement , rétraction du ventre ; quelquefois il est plus gros ; nausées, quelquefois vomissements de matières visqueuses, verdâtres, éructations amères, fétides et sucrées, etc. Nous renverrons aux traités spéciaux pour la description exacte de ces symptômes.
Artliralgie. On nomme arthralgie saturnine l'affection produite lorsque le plomb porte son action sur l'appareil nerveux rachidien ; elle est caractérisée par la douleur, avec lésion des fonctions correspondantes aux organes affectés, et perversion de la contractilité ; la douleur siège au tronc, à la tête, aux membres inférieurs ou supérieurs, aux lombes, etc. Elle est caractérisée aussi par des névralgies faciales ou des tics douloureux ; enfin elle est accompagnée de contractions, de crampes et d'autres symptômes encore qu'il serait trop long d'énumérer ici.
Paralysie saturnine. Si l'action du plomb se porte sur un muscle de la volonté, avec perte du mouvement de la partie atteinte, il y a alors paralysie saturnine, qui peut être partielle ou générale; elle porte sur les muscles extenseurs. La sensibilité peut persister dans le membre jusqu'à l'atrophie ; mais si elle est affaiblie ou abolie, on dit qu'il y a aneslliésie saturnine.
Encéplialopatliie saturnine. Elle se manifeste lorsque le composé plombique a porté son action sur l'encéphale. Il survient alors des désordres fonctionnels, tels que l'exaltation, l'abolition ou la perversion des fonctions du cerveau. M. Tanquerel des Planches admet quatre formes de d'encéphalopathie : 1° forme délirante , 2° forme comateuse, 3° forme convulsive, 4° les trois formes précédentes réunies. (V. Traité des maladies de plomb, par Tanquerel des Planches. Paris, 1839.)
EMPOISONNEMENT PRODUIT PAR LES PRÉPARATIONS
SATURNINES INTRODUITES DANS l'ESTOMAC.
Les composés saturnins solubles ou ceux qui peuvent être dissous dans les acides de l'estomac paraissent exercer leur action sur les intestins, dont ils déterminent l'inflammation. Ils sont absorbés et produisent des effets variables, suivant qu'ils ont été pris à dose faible ou forte. Dans le premier cas, ce n'est que quelque temps après l'administration qu'ils déterminent des accidents, tels que colique, l'arthralgie, la paralysie, l'anesthésie ou l'encéphalopathie saturnine. A dose élevée, au contraire, leur action est en tout comparable à celle que produiraient les poisons irritants les plus énergiques, et la mort peut survenir rapidement, alors même qu'on laisse aux malades la faculté de vomir ; dans ce cas, les animaux succombent à l'inflammation des tissus avec lesquels le poison a été en contact, et à une affection spéciale du système nerveux qui se manifeste surtout lorsque le composé plombique a été employé en dissolution.
TRAITEMENT DE l'EMPOISONNEMENT PAR LES PRÉPARATIONS