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ET SES SELS

La morphine introduite dans l'estomac est absorbée rapidement, probablement parce qu'elle est transformée en sel solubLe au moyen des acides que renferme ce viscère. Appliquée sur la peau, elle est aussi absorbée très-vite en raison de sa solubilité dans les liquides alcalins, et on sait que la lymphe est constamment alcaline. A petite dose, on remarque qu'elle produit les effets suivants :

Céphalalgie peu intense, rêves pénibles, vertiges, contraclion de la pupille dans le plus grand nombre des cas; si l'action est violente, la pupille peut rester à l'état normal et même être dilatée : commotions brusques, vomissements violents, douleur plus ou moins vive à la région épigastrique, le plus souvent constipation suivie d'une diarrhée violente, pouls en général faible, lent, respiration le plus souvent normale, urines rares ou nulles, démangeaison à la peau sans sueur, caractère que le docteur Bally regarde comme le plus important. Ce prurit est accompagné de petites éruptions élevées, arrondies, sans coloration. Mais parmi les symptômes constants, MM. Trousseau et Bonnet placent en première ligne V augmentation de la soif^ accompagnée de sécheresse à la bouche et à la gorge, vomissements sans amertume de la bouche dans la plupart des cas; mais cette amertume ne doit pas être considérée comme avant-coureur des vomissements, ainsi que M. Bally l'avait indiqué.

Quoique nous ayons signalé les rêves pénibles dans les cas d'empoisonnement par la morphine, nous devons dire que souvent le sommeil, produit par cette substance, est calme et paisible; mais il est toujours accompagné de contraclion des pupilles quand l'empoisonnement est lent. A haute dose, la morphine

produit des contractions, des mouvements désordonnés avec dilatation des pupilles. Dans le plus grand nombre des cas, il y a délire calme et furieux, et l'aspect de la face est celui d'une congestion, et non celui de la stupeur et de l'abattement qu'on remarque quand la morphine a été donnée à petite dose. Injectés dans les veines, la morphine et ses sels agissent avec plus d'intensité; appliqués sur le système nerveux, ils agissent comme dans les cas d'injection dans l'estomac; d'ailleurs, l'absorption de la morphine et des sels produit des phénomènes très-remarquables qui ont été le sujet d'études très-intéressantes et approfondies de la part de MM. Dupuy et Leuret, Déguise, Desportes, Magendie, Flourens, Orfila, etc.

Nous renvoyons aux Traités spéciaux de toxicologie pour la connaissance des phénomènes produits par ces poisons.

Traitement comme pour Topium. {Voir page Ml.)

Recherches médico-légales. Outre la morphine, l'opium renferme la codéine combinée à l'acide méconique ou à l'acide sulfurique ; la narcotine, en partie libre, en partie combinée à la matière résineuse. A l'intensité près, ces trois alcalis organiques produisent les mêmes phénomènes. Nous ne pouvons donc pas étudier ici chacune de ces substances d'une manière spéciale ; nous nous contenterons d'indiquer les caractères chimiques qui servent à les distinguer. Nous dirons cependant que, pour conclure qu'il y a eu empoisonnement par la morphine ou ses sels, il faut constater tous les caractères qui servent à la faire reconnaître, et que nous allons indiquer. Nous ajouterons que dans les cas d'exhumation juridique, la morphine peut être décelée longtemps après l'inhumation. Voici les caractères que l'on assigne aux trois principaux alcaloïdes de l'opium et à leurs sels ;

RÉACTIFS

MORPHnE.

CODÉIIXE.

ÎVARCOTIAE.

Solubilité dans l'eau.

Solubilité dans l'alcool

Solubilité dans l'è- Iher

Solubilité dans les alcalis caustiques.

Saveur

Acide azotique. . . .

Par les persels de fer.

Par l'acide iodique.

Percblorure d'or. . .

Peu.

Soluble.

Insoluble.

Soluble.

Très-anière.

Coloration rouge de sang.

Coloration bleue.

Décompose cet acide et met Tiode en , liberté.

Précipité jaune, puis bleui\tre,puisTio- , lacé.

Soluble.

Soluble.

Un peu soluble.

Insoluble.

Amère.

Ne rougit pas. -

Pas de coloration.

Ne le décompose pas.

• Précipité jaune.

Peu.

Soluble.

Soluble.

Insoluble.

Peu amère.

Coloration rouge, si on ajoute une goutte d'acide sulfurique.

Pas de coloration.

Ne le décompose pas.

Précipité jaune.

Nous voyons par conséquent, d'après ce tableau, que la morphine se distingue par sa solubilité dans l'alcool et dans les alcalis caustiques; elle se dissout aussi dans les huiles grasses et vo latiles ; son insolubilité dans l'éther, tandis que la narcotine s'y dissout ; enfin en ce qu'elle est colorée en rouge de sang par l'acide azotique, en bleu par les persels de fer, et en ce qu'elle décompose l'acide iodique. C'est un ensemble de caractères que ne présente aucune substance connue.

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