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EMPOISONNEMENT PAR L'OPIUM

L'opium est un produit très-complexe dont nous avons déjà parlé dans VArù de formuler, et dont la constitution varie. Cependant les principes immédiats qu'il renferme sont toujours les mêmes ; leurs proportions seules éprouvent des changements.

L'opium est un poison très-violent : son action toxique doit être

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attribuée principalement à la morphine. Quoique les autres principes participent à le rendre plus vénéneux, il agit rapidement lorsqu'il est injecté dans les veines, moins quand il est appliqué sur le tissu cellulaire, et moins encore lorsqu'il est injecté dans l'estomac on le rectum.

Le marc d'opium, privé de morphine et de narcotine par l'eau ou l'alcool, est sans action sur l'économie animale ; si on la prive de la narcotine seulement par l'éther ou par le procédé de M. Limousin-Lamothe, il jouit de toutes ses propriétés; il agit même avec plus d énergie. Orfila a constaté, en outre, dans l'opium, l'existence d'un principe volatil que l'on peut obtenir par distillation, et qui peut déterminer des vertiges sans cependant être très-vénéneux ; il est d'ailleurs impossible d'assigner le rôle que jouent dans l'empoisonnement par l'opium les divers principes immédiats qu'il contient. MM. Desportes et Flourens ont constaté que l'opium agissait principalement sur les lobes cérébraux.

On a voulu établir une identité entre l'action de l'opium et celle que produisent les liqueurs alcooliques; mais Orfila a prouvé, d'une manière péremptoire, qu'il existait une grande différence dans l'action de ces deux sortes de substances. (Voir son Traité de Toxicologie.)

Symptômes de C empoisonnement par l'opium. Ils sont les mêmes, à peu de chose près, que ceux que détermine la morphine ; cependant l'opium paraît exercer une action plus excitante, et d'après M. Bally, les rêves pénibles seraient produits plus fréquemment par l'opium ; de même que les démangeaisons et les éruptions dont nous avons parlé en traitant de la morphine.

Traitement. Diverses substances ont été proposées comme contre-poison de l'opium. Nous allons les examiner successivement et indiquer la valeur de chacune d'elles.

1° Vinaigre et acides végétaux. Toutes les fois que Topium n'a pas été vomi, les acides végétaux aggravent les symptômes ; mais si les vomissements ont eu lieu et que le poison ait été expulsé, l'eau vinaigrée et les acides végétaux diminuent les symptômes et peuvent même les faire cesser.

Vinfusion et la décoction de café très-chargées, ne décomposant pas l'opium dans l'estomac, ne peuvent pas être regardées comme contre-poison; mais elles n'ont pas, comme le vinaigre, l'inconvénient d'augmenter les symptômes. Si les vomissements n'ont pas eu lieu, il n'y a donc pas inconvénient à faire usage du café, tandis qu'il y en aurait à employer le vinaigre dans les mêmes circonstances. Nous ajouterons même que l'infusion trèsforte de café, administrée à plusieurs reprises, diminue très-vite les accidents produits par l'opium, et peut même les faire cesser.

Décoction de noix de galle. Cette décoction, en raison du tan-

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nin qu'elle contient, jouit de la propriété de précipiter les alcalis organiques de l'opium, et de former des tannâtes peu solubles bien moins vénéneux que l'opium lui-même; l'emploi de cette décoction peut donc présenter des avantages, en ayant bien le soin de ne pas administrer un excès qui pourrait redissoudre le précipité formé.

Eau chlorée. Ne présente pas d'avantages réels. Elle doit être rejetée.

Camphre. Le camphre n'est pas non plus un contre-poison de l'opium; il peut cependant, lorsqu'il est employé à petites doses, calmer les symptômes produits par une grande quantité d'opium.

Eau et boissons mucilagineuses. Ne sont d'aucun secours données en grande abondance : elles ne font qu'aggraver les accidents en diluant le poison et facilitant aussi son absorption.

loclure îoduré de potassium. Ce sel, dissous dans l'eau, précipite assez bien les alcalis organiques de l'opium , et forme des composés insolubles ; mais un excès de ce sel, pouvant produire des symptômes d'irritation très-graves, il doit être rejeté.

Saignée. La saignée ne paraît être nuisible dans aucun cas : elle sera utile chez les individus forts, pléthoriques, surtout s'il s'est écoulé quelque temps depuis l'empoisonnement, et qu'on n'ait pas à craindre qu'elle hâte l'absorption.

Marche à suivre dans le traitement. Voici en résumé ce que le médecin doit faire lorsqu'il doit combattre un empoisonnement par l'opium. On administrera, dissous dans très-peu d'eau, 25 à 30 centigrammes d'émétique, 75 centigrammes à i gramme de sulfate de zinc, ou bien 10 à 25 centigrammes de sulfate de cuivre Après avoir fait prendre les vomitifs, on donnera la décoction de noix de galle et l'infusion de café lorsque les vomissements auront été abondants; si le sujet est pléthorique, on pratiquera la saignée : on donnera ensuite comme boisson l'infusion de café, les limonades acétique, tartrique ou citrique. De temps en temps, on fera des frictions rudes sur les bras et les jambes ; on donnera un lavement camphré, et si l'on suppose que le poison a franchi le pylore, on administrera des lavements purgatifs.

Recherches médico-légales. Nous ne donnerons pas ici les caractères chimiques et physiques des diverses préparations opiacées ; une pareille description ne peut trouver place que dans un traité complet de toxicologie. Nous dirons, toutefois, que c'est par le laudanum de Sydenham que les empoisonnements sont les plus fréquents. Or son amertume extrême, sa coloration jaune, son odeur vineuse, un peu vireuse et aromatique, suffisent pour le faire reconnaître.

Il est difficile d'isoler la morphine cristallisée et l'acide méconique lorsqu'on opère sur de petites quantités. Pour affirmer qu'une matière suspecte renferme de l'opium, il ne suffit pas de constater son amertume, sa coloration, par les divers réactifs de la morphine. Pour se prononcer d'une manière certaine, il faut avoir isolé Ja morphine, et l'acide méconique; mais si, à ces réactions, nous ajoutons les symptômes d'empoisonnement par l'opium, les présomptions deviendront plus grandes.

Procédé. Si l'on opère sur des matières liquides, on les fait évaporer en consistance de sirop épais à une très-douce chaleur; si, au contraire, on opère sur des organes, on les fera bouillir dans de l'eau légèrement acidulée par de l'acide acétique; et dans ce cas encore, on fera évaporer en consistance de sirop épais. On traite alors à deux reprises par l'alcool concentré et bouillant; on filtre après refroidissement, et on évapore de nouveau en consistance de sirop. On redissout dans l'eau distillée et on filtre une seconde fois. On traite alors la liqueur par l'acétate de plomb basique; il se forme un précipité de méconate de plomb que l'on sépare par filtration et que l'on réserve. On fait passer dans la liqueur un courant d'acide sulfhydrique dans le but de précipiter l'excès de plomb : on filtre et la liqueur est mise à évaporer au bain-marie d'abord; après l'avoir décolorée par le charbon animal, lavé, s'il y a nécessité, on achève ensuite î'évaporation sous le récipient de la machine pneumatique. On obtient alors des cristaux en une masse amorphe présentant tous les caractères que nous avons assignés à la morphine. Quant au précipité de méconate de plomb, on le fait bouillir avec de l'eau acidulée par l'acide sulfurique, qui formera du sulfate de plomb insoluble, que l'on séparera par filtration. La liqueur évaporée fournira des cristaux ou une poudre amorphe d'acide méconique, dont la dissolution colore en rouge sang les sels de peroxyde de fer.

Un grand nombre de procédés ont été proposés pour la recherche des alcalis organiques dans les cas d'empoisonnement; celui qui a été indiqué par M. Stass est seul employé aujourd'hui ; il s'appuie sur les principes d'extraction des alcalis organiques dans les substances qui les contiennent, et qui ont été si bien décrits par MM. Pelletier et Caventou.

Voici en quoi consiste le procédé de M. Stass. La matière suspecte, coupée en morceaux, est portée à l'ébullition avec de l'alcool acidulé par l'acide tartrique ou par l'acide oxalique ; on filtre, et on fait évaporer le liquide à siccité sous le récipient de la machine pneumatique, à son défaut dans un courant d'air sec ou sous une cloche avec de la chaux vive ; le résidu est repris par de l'eau distillée. La liqueur filtrée est évaporée à siccité de la même manière que pour le liquide alcoolique ; le résidu de la solution aqueuse est repris par l'alcool, filtré, évaporé ; on reprend

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par l'eau, ainsi de suite jusqu'à ce que la matière soit complètement soluble dans l'alcool et dans l'eau; enfin on traite une dernière fois par l'eau et le bicarbonate de potasse en léger excès ; on agite avec de l'éther, qui enlève ralcali organique mis en liberté; la solution éthérée étant évaporée spontanément, on obtient l'alcali que l'on reconnaît à ses caractères physiques et chimiques.

Quelques auteurs ont prétendu qu'il valait mieux traiter primitivement la matière suspecte par de l'eau au lieu d'alcool ; mais l'expérience nous a appris que cela était indifférent : l'important dans cette opération est de faire évaporer le liquide à une trèsdouce température.

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